VARIATIONS
quelques notes éparses font place à un chant triste, monotone, las. il semble que nous entendons les mots de Verlaine: "Il pleure dans mon cœur."
Le même son revient toujours, piqué et repiqué, en u\w mélancolie sans limites, et, tout autour, gravite une plainte morne, qui monte et retombe, qui tourne dans le même cercle, qui reprend toujours la même lamentation. Et toujours revient l'inquiète dénia] ide du poète:
"Quelle est cette douleur Qui pénètre mon cœur!"
La plainte poursuit toujours, elle s'agrandit, elle sanglote; mais elle ne reçoit aucune réponse, elle demeure implacablement seule. Avant de s'éteindre et de mourir, elle dit tout bas, en une désespérance infinie:
"C'est bien la pire peine De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine.
Mon cœur a tant de peine!"
Noël
Tant crie l'on Noël, qu'il vient. (François Villon.)
Vous tous les misérables, claque-patins, traîne-la patte, ventres-creux et crève-lafaim, besaciers et mendiants, truands et frères-quêteurs, chantez haut et clair, c'est la Noël! Ohé les gueux, vous tous aux faces blêmes, aux doigts bleus et raidis, batteursde-semelle et genoux-troués, éjouissez-vous, c'est la Noël!
Drapez-vous dans vos haillons de misère, moquez- vous de la bise qui fait claquer vos dents, aimez pour une fois la neige qui vous gèle, ayez chaud au cœur, c'est la Noël!
Et la Noël est votre fête à vous, gueux, car Celui dont les cloches rappellent aujourd'hui la naissance vint au monde pauvre comme vous, plus misérable que vous encore. Etesvous nés dans une étable ?
Son père et sa mère étaient venus à Bethléem pour le recensement de César-Auguste, et la nuit vint sans qu'ils eussent trouvé un abri. Les hôtelleries étaient pleines, et, d'ailleurs, qui donc reçoit les pauvres en son
hôtellerie ?
Ils furent heureux de se reposer dans une étable. La nuit était arrivée où commençait l'œuvre de notre rédemption, et Jésus vînt au
monde.
Pour berceau il eut une crèche avec un peu de paille; et le bœuf et l'âne qui partageaient avec Marie et Joseph l'étroit abri, réchauffèrent de leur haleine l'Enfant-Dieu.
Les riches veulent faire de Noël leur fête et les riches n'ont pas honte de cet acte, car ils ne rougissent de rien; mais c'est votre fête à vous, gens de misère, venez adorer le fils de Dieu qui a voulu naître pauvre comme vous.
Les cloches vous appellent, les églises flamboient de lumières, et, à chaque fois que les portes s'ouvrent, vous entendez les voix des grandes orgues chanter leur hymne <ie délivrance. Entrez, les gueux, venez montrer à l'Enfant que vous êtes pauvres, que vous êtes mal vêtus, que vous avez faim.
Il vous sourira sur sa paille et il dira à votre oreille: "C'est pour toi que je suis ici. Si j'étais resté là-haut, avec mon Père, tu aurais toujours été pauvre, toujours misérable, mais je viens te donner mes biens, les seuls biens qui ne périssent pas. Laisse vivre le riche dans son faste, il ne possède que sur la terre, il n'amènera pas avec lui un sou de toutes ses richesses, et il lui sera demandé