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BALLADE DE NOËL POUR LES PETITS

Lui, en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes.

Pensez à cela, petits enfants, en cette nuit de Noël. Endormez- vous en priant le petit Jésus couché dans la crèche. Il reviendra bénir votre sommeil, et ses petites mains feront tomber en votre cœur les semences des vertus qui font la vie pure et belle.

Le Vieux

Un décor banal de boulevard. De loin en loin le gaz des réverbères met une tache blafarde dans le noir qui couvre jalousement la voûte des arbres. Tout là-bas, les lanternes rouges du Métro tirent l'œil. A tout instant un autobus gronde et passe en trombe, accompagné ou suivi d'un tram qui nous assourdit de son bruit de ferraille.

La soirée est douce. La lune est très bas sur l'horizon, et dans le firmament sans nuage elle montre une bonne grosse figure d'un orange presque rouge. On dirait l'air épanoui d'un gros monsieur qui a bien dîné.

Les cafés regorgent de clients. Les longues files de tables qui encombrent le trottoir semblent toutes occupées, et c'est à grand peine que nous pouvons trouver une place où siroter paisiblement le café du soir, bien sucré et bien chaud et dont les effluves nous parfument les narines.

Une affiche appendue à l'auvent nous annonce qu'il y a concert par des lauréats du Conservatoire. Nous nous attablons tout au bord, le dos à l'orchestre.

Le piano égrène quelques notes et la mélo-

die s'élève, aérienne, ailée, toute vive et menue. Le soliste fait chanter son violon d'une voix à la fois grêle et gracieuse, où l'on sent comme une timidité qui ne peut se vaincre totalement. Et c'est toujours la même série de notes légères, de coups d'archet veloutés, qui semblent planer un instant au-dessus de nos têtes avant de monter là-haut dans les sphères inaccessibles. C'est le Prélude de Bach que j'aime tant, et sur lequel Gounod a eu la plus ou moins heureuse idée d'adopter un Ave Maria.

Sur le trottoir, quelques passants s'arrêtent, les ims après les autres et forment un auditoire attentif, à la physionomie extraordinairement diverse. Je suis distrait un moment à regarder un type qui bat la mesure à grands gestes, et dont la trogne splendide dit assez en quel honneur il tient le jus de la vigne.

A ses côtés, comme caché dans l'ombre que projette un arbre au tronc vigoureux, est un vieillard pitoyable d'aspect, dont le minable pantalon et les savates éculées crient la misère. Une grosse moustache grise sabre le visage ravagé, aux plis accusés, et la peau du menton pend, flasque, hérissée d'une barbe en clairières vieille d'une semaine.

La musique est bonne à l'âme des gueux surtout lorsqu'elle ne coûte rien, et il est là, le vieux, qui écoute de toute sa puissance d'é-

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