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Les dieux de Babylone et de l'Assyrie

Les études d'histoire des religions ont pris de nos jours une importance capitale ; elles sont une des grandes préoccupations de la science et de la philosophie. Mais parmi toutes les religions antiques dans la connaissance desquelles on commence à pénétrer aujourd'hui, grâce au déchiffrement des sources originales, il n’en est pas qui offre un plus vivant intérêt que celle de la grande civilisation du bassin de l’Euphrate et du Tigre, celle qui régnait dans les sanctuaires de Babylone, de la Chaldée et de l’Assyrie. La parenté deses récits cosmogoniques avec les traditions de la Bible fait de l’examen de ce système religieux un élément d’une importance majeure dans les études bibliques, et dans les polémiques auxquelles elles donnent lieu de nos jours. L’attention du public est éveillée de ce côté par les travaux des érudits, et en particulier par les belles découvertes de George Smith, si prématurément enlevé à la science, qui a retrouvé dans les tablettes cunéiformes du Musée Britannique les fragments des récits babyloniens de la création, de la chute des premiers hommes, du déluge et de la construction de la Tour des langues. Il me semble donc qu’un exposé rapide, mais plus complet qu’on ne l’a fait jusqu'ici, de la religion de Babylone et de l’Assyrie, du système de hiérarchie de ses dieux et de leurs attributions, peut être de nature à intéresser, non-seulement les savants, mais aussi le grand public. C'est ce que je tente aujourd’hui.

: Je prendrai dans cet exposé la religion ed eee offi-

pi ete EE cielle au point de son plus complet développement; je remonterai ensuite dans ses phases antérieures jusqu’à l’époque des plus anciens monuments épigraphiques que nous possédons. Mais je n'essaierai point, ce qui est pourtant possible à la science et ce qu'elle à déjà tenté, de pénétrer encore plus haut dans l’obscur problème des origines.

Il est aujourd’hui bien établi, malgré les efforts essayés à plusieurs reprises pour le nier, que la civilisation de Babylone et de la Chaldée, communiquée ensuite à l'Assyrie, est essentiellement un produit mixte, l'œuvre de la fusion de deux races. Aussi haut que nous pouvons remonter avec les monuments, nous voyons deux populations différentes d’origine et de langue, juxtaposées et enchevêtrées sur le sol des plaines fertiles qu’arrose le cours inférieur de l’Euphrate et du Tigre, l'une parlant l’idiome sémitique désigné habituellement par le nom d’assyrien, l’autre ayant en propre la langue que l’on appelle accadienne ou sumérienne. C’est une langue agglutinative comme celles de la famille altaïque, mais dont le degré de parenté avec ces dernières n’est pas encore complétement établi. Le peuple non-sémitique, qui s'intitulait lui-même peuple de Sumer et d'Accad, paraît avoir été le premier occupant du pays, et, en tous cas, il fut certainement, des deux, le plus anciennement civilisé; c'est à lui qu'est due l'invention de l'écriture cunéiforme. Avec le cours des âges, le péuple de langue sémitique finit par l’absorber complétement, et à partir des environs de l’an 2,000 avant l’ère chrétienne, l’idiome accadien ne fut plus qu’une langue morte, que l’on étudiait dans les écoles sacerdotales comme celle dans laquelle était rédigée une partie des livres sacrés et liturgiques. Mais cette absorption de l'un des deux éléments ethniques par l’autre fut en réalité une intime fusion, dans laquelle le peuple qui finit par l'emporter adopta toute la civilisation du peuple antérieur et non sémitique, en la combinant avec les institutions propres à lui-même.

Les plus anciens monuments de Babylone et de la Chaldée parvenus jusqu'à nous montrent la fusion des deux races et de leurs génies en voie de s’opérer. Ce n’est que par induction que la science peut essayer de remonter plus haut, à l’époque où chacun avait une vie entièrement distincte ; et sur bien des points, il est encore impossible de déterminer, avec quelque chance de précision et de certitude, les apports de l’un et de l’autre élément ethnique dans la grande culture qui a été leur œuvre commune. Pour la religion, le problème est par-

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