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ticulièrement difficile. Cependant j'ai essayé de prouver ailleurs! que la parenté de la religion chaldéo-babylonienne des siècles historiques avec les religions de-la Syrie et de la Phénicie devait en faire rapporter l’origine à l’élément de langue sémitiqué, que dans les âges primitifs le peuple de Sumer et d’Accad avait été entièrement adonné au culte des Esprits, à une religion démonologique analogue à celle des peuples altaïques, religion dont j'ai cru retrouver les vestiges dans les vieilles incantations magiques exclusivement rédigées en langue accadienne. Mais, même dans celte théorie, si le fond des conceptions religieuses, leurs traits principaux et leur esprit général paraissent appartenir au peuple frère des Sémites, il faut aussi admettre une large part d'emprunts faits à là mythologie des Sumers et des Accads. Dans cet article, qui ne sera qu’un exposé du système de la religion chaldéo-babylonienne aux âges historiques et monumentaux, je laisserai de côté cette question des origines. Je me bornerai aux faits tels que l’on peut les constater matériellement. Pourtant il était, m’a-t-il paru, nécessaire d'indiquer une théorie dans laquelle je persiste jusqu’à nouvel ordre, et qui, seule, fournit une explication d’un phénomène fort important que nous rén- contrerons à chque pas dans notre exposé. Ce phénomène, le voici : ous les dieux, même ceux qui se retrouvent le plus incontestablement chez les peuples de la Syrie, de la Phénicie et de la Palestine, ont, en même temps que leur nom assyrien-sémitique, un nom entièrement distinet dans l'idiome accadien ; de plus, beaucoup de pérsonnages du panthéon chaldéo-babylonien n’ont pas d’autre appellation, mêmé dans les textes en langue sémitique, qu'un nom accadien, lequel peut être tenu comme un indice certain de leur provenance.
La religion de Babylone et de la Chaldée, adoptée par les Assyriens avec une seule modification importante, était, dans ses principes essentiels et dans l'esprit qui avait guidé ses conceptions, une réligion de la même nature qué celle de l'Égypte et qu’en général soutes les grandes religions du paganisme. Lorsqu'on y pénétrait audelà de l'écorce extérieure du polythéisme grossier qu’elle avait
4. Dans mon ouvrage sur La Magie chez les Chaldééns ét les origines acéa- diennes. Paris, 1874.
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revêtue dans les superstitions populaires et qu’on s'élevait jusqu'aux conceptions d’un ordre plus haut qui en avaient été le point de départ, on y retrouvait la notion fondamentale de l’unité divine, mais défigurée par les monstrueuses rêveries du panthéisme, qui confond la créature avec le Créateur et transforme l’Étre divin en un dieumonde dont tous les phénomènes de la nature sont les manifestations. Au-dessous de ce Dieu suprême et unique, puisqu'il est le grand Tout dans lequel toutes choses se confondent et s’absorbent, est échelonné, dans un ordre d’émanation qui correspond à leur ordre d'importance, un peuple de dieux secondaires qui ne sont autres que ses attributs et ses manifestations personnifiées. C’est dans ces personnages divins secondaires et dans leur nature réciproque que se marquent surtout les différences entre les grandes religions .païennes, dont le principe premier est toujours le tiême. L’imagination des Égyptiens avait été surtout frappée par les péripéties successives de la course journalière et annuelle du soleil; ils y avaient vu la manifestation la plus imposante de la Divinité, celle qui révélait le mieux les lois de l’ordre du monde, et ils y avaient cherché leurs personnifications divines. Les Chaldéo-Babyloniens, au contraire, adonnés d'une manière toute spéciale à l’astronomie, lurent, dans l’ensemble du système sidéral et surtout planétaire, la révélation de l'être divin. De même que les peuples syro-phéniciens, avec les religions desquels la leur a la plus étroite parenté, ils considérèrent les astres comme les vraies manifestations extérieures de cet être divin, et ils firent dans leur système religieux l’apparence visible des :‘hypostases émanées de la substance de l'être absolu, qu’ils identifiaient avec le monde, son ouvrage. Seulement, sous sa forme définitive, leur religion classa ces émanations dans une échelle philosophique et savante, résultat d’un très-puissant effort de pensée, auquel la Syrie et la Palestine n'offrent rien d’analogue.
Le Dieu suprême, le premier et unique principe d’où dérivent tous les autres dieux, était lou (en accadien Dingira), dont le nom signifie « le dieu » par excellence. C’est le Un et le Bon {les deux expressions se trouvent formellement dans les textes cunéiformes), que les philosophes néoplatoniciens disent avoir été la source commune de tout dans la théologie des Chaldéens; et en effet, on voit le premier principe appelé « le Dieu Un » dans quelques documents d’une époque tardive où le langage philosophique s'était complétement formé dans les écoles sacerdotales. Mais ceci semble appartenir à
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un développement tout à fait récent. Dans la religion des âges classiques du bassin de l’Euphrate, la conception d’Ilou était trop compréhensive, trop vaste pour recevoir une forme extérieure bien déterminée, et par conséquent les adorations du peuple; à ce point de vue, les Grecs lui trouvèrent une certaine analogie avec leur Cronos, auquel ils l'assimiièrent. En Chaldée, il ne parait pas qu'aucun temple lui ait été spécialement dédié, bien que Babylone lui dût son nom de Bab-[lou (en accadien Kâ-Dingira). Pendant longtemps même, on ne distingua pas nettement la personnalité de lou; son rôle et sa qualification de « Dieu Un » furent d’abord donnés à Anou, « l’ancien des dieux, » premier personnage de la triade suprême qu’on regarda ensuite comme émané d’Ilou; on ne distinguait pas alors le principe primordial du chef de cette triade, qu’on tint après pour sa première émanation. C’est seulement chez les Assyriens que le culte d’un deus exsuperantissimus, source et principe d’où découlent tous les autres, prit une importance presque égale à celle d’Ahouramazdà chez les Perses, en la personne de leur dieu national Assur, d’où le pays lui-même tirait son nom.
Le récit cosmogonique des livres sacrés de Babylone et de la Chaldée, dont le début a été si heureusement retrouvé par George Smith! énumérait ainsi les premières généralions divines, qui se confondaient avec les premières phases de l’origine des choses :
En ce temps là, il y avait en haut quelque chose d’innomé, le ciel;
En bas quelque chose d’innomé, la terre;
L’Océan (Apsou) ouvert était leur générateur,
Le Chaos de la Mer (Moummou-Tiamat), celle qui les avait enfantés dans leur totalité.
Leurs eaux réunies et confondues s’élevaient en haut;
aucun roseau n’y avait encore poussé, aucune fleur produit sa graine.
En ce temps-là, aucun des dieux n’en était encore sorti;
ils n’avaient pas des noms divers, et le Destin n’existait pas.
Alors furent produits les dieux. |
Lakhma et Lakhama (les deux formes mâle et femelle de la substance) sortirent par émanaiion, et ils grandirent.
Sar et Kisar (l'Énergie de production en haut et en bas) furent ensuite produits. |
Une longue suite de jours, et furent produits « Anou, [Bel et Éa]. Ju
1. Le.texte dans Fr. Delitzsch, Assyrische Lesestücke, p. 40. Un premier essai de traduc.ion dans G. Smith, Chaldean account of Genesis, p. 62 et suiv.