SCÈNE L V I II
MERCURE (à ses amis)
Vous êtes exacts — c'est bien. Maintenant, pensons aux dieux. Peut-être
les rencontrerons-nous par ici Je vois de beaux jeunes gens passer par
groupes, rieurs ou pensifs. Dans toutes leurs paroles perce l'intelligence des faits élevés, des sentiments supérieurs.
eu: PI DON
Apollon ne saurait vivre autre part que dans ce centre de rêves et d'étude. Je n'ai pas eu de chance en le cherchant de tous les côtés — une retraite profonde cache sa vie. Levez la tête voici la demeure où j'habitais autrefois, avant que le monde oisif m'appelât à lui. Que de jours passés dans le
calme, dans le bien du travail Il n'y faut plus songer — le cœur se livre à
d'autres inclinations. Là, je fus heureux , là, je lus aime !.... Mes amis
m'étaient bons. Où sont maintenant leurs cœurs — évanouis ! L'étude
me consolait de tous les déboires qui sont l'éternelle nourriture humaine. Sur cette terrasse, j'avais la vue d'un admirable coin de Paris. Ma chambre était grande comme la main : — je ne l'aurais pas échangée contre le Louvre : elle contenait tout un monde de souvenirs bienfaisants.
MOMUS
Chaque heure déplace les rêves, mon cher; chaque jour voit leur transformation — mais les meilleurs ne sont pas les derniers, il s'en faut.
UN GROUPE D'ËîtfMANTS SCÈNE LIX
PREMIER ÉTUDIANT
Tiens, Chambard et ses fameuses lunettes rouges!... siffle, ce soir, mon bonhomme ?
— Tu sais qu'où
DEUXIÈME ÉTUDIANT
Où ça, ma vieille ?
PREMIER ÉTUDIANT
Dans le bazar à côté, pardieu — à l'Odéon — une belle première : Négoce et Poésie — des alexandrins majestueux.
TROISIÈME ÉTUDIANT
La muse en habit noir ?
DEUXIÈME ÉTUDIANT
Naturellement. Le tout, déclamé par des êtres archi-faux. Je te parie que nous entendrons un garçon de magasin improviser une élégie sur la salade.
PREMIER ÉTUDIANT
Tu oublies le bourgeois lamartinien que nous coudoyons dans le premier café venu, bredouillant dans un dialecte pindarique — ou bien quelque madame Moutonnet, très grasse, parlant des « maîtres de l'art » flanquée à droite d'un avoué amateur de fables et à gauche d'un vrai poète rendu ridicule.
DEUXIÈME ÉTUDIANT
Je ne reconnais qu'une grande loi au théâtre les primant toutes : la loi d'harmonie et de proportion. Pour la passion, nous savons que cela n'existe plus. On est régulier. L'idéal nécessaire a fait son temps ; sacrifice, abnégation, la véritable vie des œuvres scéniques, ne se comprennent plus. Le théâtre est aux tiroirs — sans nuances. Cela simplifie l'architecture des œuvres qui était la véritable beauté. On est décousu et vide.
PREMIER ÉTUDIANT
J'ai une bonne paire de clés — sois tranquille.