SCÈNE LXV
TROISIÈME INTERRUPTEUR
Monsieur Apollon, s'il vous plaît ?
APOLLON
Encore !
TROISIÈME INTERRUPTEUR
Ouvrez-moi! vous êtes chez vous, je le sais — le concierge m'a dit de monter; je suis instruit par lui.
(La porte cède.)
APOLLON
Vous osez forcer ma porte ! J'aurais le droit de vous brûler la cervelle — je ne le fais pas: cela m'acquitte.
TROISIÈME INTERRUPTEUR
On vous trouve, enfin ! Avez-vous oublié vos engagements , jeune homme
APOLLON
Oh! jamais — c'est ma plus grande faiblesse.
TROISIÈME INTERRUPTEUR
J'apporte ma note; si elle n'est pas payée, aujourd'hui, je vous exécute.
PREMIER INTERRUPTEUR
11 est donc votre débiteur ?
TROISIÈME INTERRUPTEUR
Depuis un an — 150 francs 25 centimes !
DEUXIÈME INTERRUPTEUR
Et le nôtre aussi — total : 600 francs !
PREMIER INTERRUPTEUR
Vous êtes tailleur? A votre air allemand...
TROISIÈME INTERRUPTEUR
Restaurateur, monsieur — né à Cohnar, France.
PREMIER INTERRUPTEUR
Je suis bottier !
DEUXIÈME INTERRUPTEUR
C'est moi, monsieur, qui tiens la confection. Je suis patron de la culotte atmosphérique. Nous voilà refaits.
APOLLON
C'est le commencement du crédit.
DEUXIÈME INTERRUPTEUR
Quelle farce ! — trompés tous les trois ! Sans compter les autres dupes...
TOUS A LA FOTS
Portons une plainte en escroquerie.
Si cette plainte pouvait donner du lustre à mes habits râpés... Ah! messieurs, votre rigueur n'a pas d'excuse, (n va à sa table.)
... Jusqu'au jour éternel dont se fleurit la mort !
J'ai fini, messieurs. Je reprends mon élasticité positive. Est-ce donc un si grand crime que trois dettes parallèles? Ne ririez- vous pas le premier, vous, cher monsieur Couturier, de me voir marcher pieds nus dans les rues ? Et vous, monsieur Schwal, quelle mine feriez-vous devant vos superbes fourneaux, si on s'avisait de les méconnaître ? Monsieur Muller veut-il habiller les oiseaux? J'ai concouru au mouvement de votre négoce dans une mesure désobligeante, il est vrai, mais intéressé par vos talents divers. Le mien consiste à polir des rimes, salutaire aliment des émotions. — Achetez des parures pour votre esprit ; d'autres vous solderont en vile matière. L'or
sera-t-il définitivement le despote caressé de la vie Hélas ! chacun lui
soumet jusqu'à sa conscience. Pour reconnaître vos bons offices, j'aurais
le courage de sacrifier les objets les plus chers à mon affection. Voici, dans ce livre, une fleur, violette flétrie qui me coûta bien des larmes ; — la voulez-vous? Ces cheveux blonds, roulés dans la soie, trésor si souvent appliqué contre mes lèvres, vous plaisent-ils?.... Ce violon brisé, doux confident de mes peines, a-t-il excité votre convoitise? emportez, emportez. Ce médaillon de plâtre où la mythologie semble sourire à la terre, charme peut-être vos regards?.... — prenez-le vite. Ce vase de terre, aux formes pures, ce sachet odorant, cette grandiose image d'Homère, les enviez-vous? prenez, prenez ! en échange de mon repos, — ou laissez-moi le temps de tromper la Fortune, et pour cela, prêtez-moi votre concours, enseignezmoi vos pièges (on frappe à la porte.) Visite'1 comme un sage !