‹ Les dieux en voyageChapitre 123 sur 162 · SCENE LXXII · texte numérisé non relu

SCENE LXXII

PLUTON (courant à la marchande de fleurs)

Allons, Flore, donne vite un bouquet, que je t'étrenne. Tu vendras tout ton étalage.

FLORE

Je le crois.

PLUTON

Les gens de lettres se font un devoir de protéger les fleurs, pour donner du crédit à leur poésie.

FLORE

Voici ton bouquet, (eiic chante un air gai.)

PLUTON

Quand tout renaît, autour de nous, le messager de la mort peut bien se fleurir dans l'espoir de la récolte prochaine. Elles-sont jolies tes violettes — comme toi. Quel parfum ! Ta vie est heureuse : tu ne la vois que par ses couleurs aimables.

FLORE

Mes petits bouquets de printemps me font passer l'hiver. Tout le monde m'aime ; nul ne me parle que le sourire aux lèvres. Je suis la bonne nouvelle des jours heureux. Je suis la reine de Paris, qui est le roi du monde.

PLUTON

Et les amourettes ?

FLORE

Comme toujours — en l'air, à fleur de corsage.

PLUTON

Sois sage — et quand les jeunes gens te prendront le menton, ma petite rieuse, ne profite de ces avances que pour ton débit de fleurs.

FLORE

Je sers l'amour avec réserve, sans me fâcher des œillades à mon adresse.

(Les Dieux traversent la place.)

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