SCÈNE III
UN PÈLERIN (marchand)
Milord, milord, achetez-moi quelque petite chose — je n'ai pas étrenné.
LE BON DIEU
Tu mens comme un ministre, mais ta religiosité d'emprunt donne quelque attrait à cette faiblesse. Que vends-tu ?
LE PÈLERIN
Des prières.
LE BON DIEU
Des prières, vertus saintes ! Chaque créature ne trouve-t-elle pas en elle une oraison mentale digne du créateur qui l'inspire ? Faut-il lui faire la leçon comme aux bêtes savantes ? Cela ressemble aux petits compliments de nouvelle année. Comment appelles-tu ce collier de grains?
LE PÈLERIN
Un chapelet.
LE BON DIEU
Quel est son usage ?
LE PÈLERIN
L'usage... de la religion : on dit ses prières dessus — tenez, comme ça, en comptant les boules.
LE BON DIEU
Bonne chaîne à calcul qui permet les distractions. Vois-tu, l'ami, une seule pensée élevée sincèrement vers Dieu suffit et au delà. A-t-il besoin de tant de redites? Pour vous, c'est un mauvais riche à la porte duquel le pauvre nasille son pater au moins pendant quelques heures de suite? Que peuvent signifier ces coquilles cousues à ton chapeau ? Explores-tu les mers pour arborer ce trophée comique ?
LE PÈLERIN
Je suis pèlerin de la Terre-Sainte ; ces coquilles viennent du Jourdain.
LE BON DIEU
Bon plaisant, tu fais faire des miracles à une rivière : la nature aussi va s'amuser à singer l'homme, elle la vertueuse ! Laisse tu coquille à Jean-Baptiste qui s'en servit pour le plus grand succès de ses prédications, et quant à la Terre-Sainte, dis-toi que l'on y commit, de tout temps, de fort grands péchés. Les meilleurs pèlerinages sont ceux de son âme à son cœur, pays d'exploration difficile, et qu'il est bon que l'on sanctifie de temps à autre. Voici une bourse ; redeviens homme si tu veux honorer ta raison.
LE PÈLERIN
C'est le bon Dieu qui vous envoie — j'étais bien malheureux.
LE BON DIEU
Ne te rends pas misérable, (n entre dans îégiise.)