J L'PITER
Liqueur de moine. Cela ne sent-il pas un peu le froc ?
LE CURÉ
Vous mourrez dans l'impénitence finale
MINERVE
Y a-t-il péché à fronder légèrement le cloître quand il devient un laboratoire ?
LE CURÉ
Ce sont de saintes demeures.
MOMUS
Où le temps se partage entre l'amour de Dieu et des douceurs.
LE CURÉ
Encore une goulte de mon vieux rhum. Je bois à votre santé !
JUPITER
Un pareil vœu me touche beaucoup plus que vous ne pense/.
MINERVE
Voici votre bréviaire, monsieur Le curé.
LE CURÉ
Vous avez raison, ma fille — la piété n'est point Incompatible avec le plaisir. Dieu n'a garde de repousser la prière des cœurs en joie — c'est un bon père.
JUPITER
Et l'on a vu de tout temps Les pères montrer un faible pour leurs enfants émancipés. Ce qui ne veut point dire que nous soyons en débauche à cette heure.
LE CURÉ
Non pas, non pas. Je ne dépasse jamais la mesure habituelle.
MOMUS
Bon moyen pour se conserver. Voici un axiome religieux : user des choses sans abus.
LE CURÉ (un peu endormi)
Mon ministère s'y oppose formellement. Les goûts y sont peut-être
J'ai quelquefois péché par intention, jamais volontairement. Après ça, que chacun soit jugé pour ses petits délits... Quelle conscience est parfaite ? —
les anges furent rebelles. Encore un coup Et buvez donc, Minerve!
si la sagesse est une vertu, la folie peut devenir une grâce. Donnez-moi
mon bréviaire. Il est temps de prier Rex meus, in auxilium meum
respice Buvez donc !.... effunde ut implearis (n s'endort tout à fait.)
JUPITER
Voici l'heure, ma fille.
MINERVE
Partons.
JUPITER (regardant le curé)
Doux sommeil, doux cerveau ; son âme est bonne et son visage heureux le fait aimer.
MOMUS
Pauvre force individuelle Est-ce bien là le cerveau qui commente et
prescrit les ordres d'un Dieu invisible 0 terre ! les ténèbres te couvrent
encore comme à ton premier mouvement dans les profondeurs troubles du chaos. Brave curé, il était à bonne école. En deux jours, le voilà presque converti au paganisme.
JUPITER
A ma prochaine restauration, je le prends pour secrétaire.