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SCÈNE II

ENDYMION (on costume de chasse, un fusil sur l'épaule)

0 maternelle nature ! repos des bois, vents parfumés des émanations de la terre, murmure des insectes et chants des oiseaux — ici je vous savoure en paix, dans la plénitude de cet isolement qui fait de ma vie une sauvage ivresse. Mon cœur est plein de vos charmes pénétrants ; la mélodie de votre silence se répand dans tout mon être, comme une source filtrée à travers les herbes cl les sables lins. Le chœur aérien des feuilles agitées par la brise n'est pas plus doux. Le gazon vert caresse mes yeux comme un sourire fraternel. Dans les clairières le soleil se joue, magicien capricieux. Autant la pensée amoureuse es! salutaire à l'esprit, autant la senteur des bois est chère à mes sens émus. C'est un sommeil pour ma pensée. La violette s'épanouit ; les marguerites et les boutons d'or étoilent l'herbe ; les rosiers sauvages s'enroulent autour du tronc frêle des bouleaux; dans son sein profond le petit étang absorbe l'espace lumineux — et moi, plus heureux que le plus favorisé «les mortels, dédaignanl toute gloire qui n'est pas une paresse, je me repose dans cette félicité de la vision, des souilles respires. Sur la colline, la lune ('levé son pâle visage, dans un rayon de soleil couchant ; les étoiles vont éclore, la nuit sera favorable au mystère. Dans le pins ('pais du bois, les esprits régleront leurs poétiques turbulences. Ici, les bruits menteurs n'arrivent pas. Depuis le premier sourire de l'aube, j'erre à travers la forêt, vagabond rêveur commis à la garde de ce domaine. Mon corps cède à La fatigue. A l'ombre de ce hêtre, près de la source où le cerf vient boire, reposons-nous (n se couche). La chaleur du jour a réchauffé l'herbe. Quel plaisir d'abandonner son corps à celle moite caresse 0 nature ! sur Ion sein fécond

je m'agenouille ; je veux m'épanouir dans ta grandeur (on entend un son4 de cor). La belle comtesse Diane est en chasse... sa meute clame une fanfare éclatante ; les chevaux bondissent à travers les arbres ébranchés. Dans l'étang voisin le cerf viendra mourir comme d'habitude. Que ne puis-je le sous^

traire à leur cruel divertissement Diane ! Diane ! ta grâce est mon

unique souffrance ; en toi, je vis et je meurs Que le cœur soit muet, le

cœur malade que rien ne peut guérir et qui se consume dans un amour sans espérance... Vers la terre, les yeux noyés de pleurs se tournent et cherchent une consolation Le doux rossignol chante mais quelle

VOix peut faire Oublier Diane (il se couche et s'endort. Un cerf vient se jeter dans

l'étang; Diane, à cheval, suivie de sa meute et de chasseurs, arrive au galop près d'Endymion.)

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