SCÈNE VI
JUPITER
Vicomte, interrogez ce manant; sachons à qui appartient le château.
VICOMTE DE L'AIGLE
Vilain — hé, maraud! approchez. Mon auguste maître vous fait l'insigne grâce de vous demander quel est le seigneur de ce noble domaine ?
l'homme
Tiens, des comédiens !... Vous pourriez jouer vos farces autre part que sur la route. Laissez donc les gens circuler paisiblement.
VICOMTE DE L'AIGLE
Insolent ! cette audace de parole pourrait vous coûter cher.
JUPITER
I Hd
Qu'on batonne le drôle !
MOMUS
Sur notre dos : les bâtons sont libres, Sire. Nous n'en sommes plus à Voltaire. Vous auriez le rôle piteux aujourd'hui.
L'iIOMME (après de bruyants éclats de rire)
Vous parlez de bâton, je crois ? Allons, c'est pousser la charge un peu loin. Et de quel côté se dirige votre parade ambulante ? — car je m'adresse à des comédiens, je pense ? Vous rôdez par les chemins dans un équipage qui excite ma curiosité.
JUPITER
Songez, L'homme, que vous parlez à un roi!
l'homme
Ah ! très bien. Un roi de théâtre ? le parterre se charge de leur couronne.
VICOMTE DE L'AIGLE
Ce faquin a lu les révolutionnaires.
l'homme
Je voudrais surtout lire votre passeport.
JUPITER ((mieux)
Des passeports !... Je suis le maître de la terre — Jupiter!
* • L'HOMME (riant de plus belle)
La mythologie n'empéche pas l'autorité. Et moi, je suis officier municipal, un simple maire. Montrez-moi vos papiers, s'il vous plaît.
JUPITER
Vicomte, tirez votre épée ; frappez ce drôle !
VICOMTE DE L'AIGLE
Ma vie vous appartient ; je l'offre pour une cause sainte.
(L'épée, tirée du fourreau, n'a pas de lame.) MOMUS
N'y aurait-il plus que ma marotte de bonne contre la loi ? Cette fois, nous ne serons pas en force.
l'homme
Veuillez me suivre à la localité voisine. Les vilains, aujourd'hui, ce sont les voyageurs suspects.
JUPITER
Ma foudre ! ma foudre ! . . .
MOMUS
Mes yeux ne me trompent pas... Ce visage... cette tournure... par l'Olympe, voici Diane ! Au secours, ma belle guerrière !
(Diane arrive au galop.)