PRÉFACE
Dans ses Doctrines relatives aux principales actions des centres nerveux, Brown-Sequard dit, dès les premières pages, au sujet des questions de physiologie « qu'il nous faut rejeter comme absolument faux tout ce que nous avons appris et recommencer notre instruction ». Rien n'est plus vrai, si l’on se reporte à l’enseignement de la philosophie tel qu’il est donné dans nos lycées, et dont les affirmations sont en constante contradiction avec les faits qui ont été excellemment prouvés par les physiologistes.
De même, M. Jules Soury (les Fonctions du cerveau, p. 116) a pu de son côté écrire très justement, en faisant allusion aux idées erronées qui se transmettent soigneusement d’année en année : « En France, les médecins parlent encore couramment de l'intelligence, comme on parlait de la mémoire avant Gall; car c’est ce grand anatomiste qui a le premier posé, comme un postulat physiologique, la pluralité des mémoires. Il n’existe donc pas plus de centre de l'intelligence que de centre de la mémoire en général. »
Malgré d’abondantes découvertes, malgré des faits précis et nombreux, malgré les indéniables manifestations des esprits scientifiques, il n'en est pas moins vrai que le dire de M. Jules Soury est à l'heure présente scrupuleusement exact et que l'intelligence sera considérée longtemps encore comme une faculté spéciale, au lieu de l'être comme l’ensemble des phénomènes psychiques qui s’éla-
borent dans notre cerveau.
Et ces erreurs auxquelles faisait allusion Brown-Sequard, auxquelles songe M. Jules Soury, elles dureront d’une vie longue et tenace, parce qu’il est commode, dans l’examen sommaire des manifestations mentales, de se servir de ces mots éntelligence, âme, volonté, conscience, etc., mots brefs et concis en vérité, mais
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pleinement inexacts, si on leur donne l’acception dont se contente un certain enseignement officiel
Cet essai que nous présentons, est un résumé des conceptions actuelles sur les phénomènes de l’activité psychique. Nous avons simplement voulu exposer un ensemble des découvertes physiologiques ayant rapport au cerveau et des diverses opinions émises au sujet des fonctions de cet organe, opinions que nous avons commentées avant de conclure selon notre mode personnel
Si nous avons été amené à faire ce travail de préférence à un autre qui aurait eu trait à la spécialité dont nous nous occupons, c'est parce qu'il nous a fourni l’occasion d'étudier d’une façon toute spéciale la Pensée, fonction du cerveau; cette étude était pour nous d’un très vif intérêt; elle nous avait toujours attiré; elle devait avoir pour résultat de mieux nous faire connaître ce qui avait été, à maintes reprises, le sujet de nos réflexions et d'apporter dans notre esprit l’ordre et la précision que nous avons toujours recherchés.
Nous avons pensé, non peut-être sans témérité, qu'avec quelque suite dans les idées, qu'avec quelques efforts nous pourrions arriver, en coordonnant certaines conceptions actuelles, à une connaissance suffisamment présentable de la Pensée et de son mode de fonctionnement.
Contrairement à ce qu’on peut dire, nous n’avons rencontré nulle part l’éclatante lumière de la vérité complètement démontrée. Il faut consulter et approfondir bien des ge et des "ouvrages récents, pour arriver à une théorie d'ensemble qu’on ne trouve exposée chez aucun auteur. Cette nécessité fait que des hommes qui ne lui ont pas obéi viennent prétendre, tout en n'étant pas les premiers venus, que nous ne sommes que dans le vague et l’incertain, ce qui enhardit les défenseurs obstinés du passé à nous parler d’une banqueroute de la science.
De tous côtés, aux yeux de tous, les ténèbres se dissipent grâce aux découvertes scientifiques. Dans ce grand mouvement, dans cette immense poussée de notre siècle vers la lumière et la vérité, la connaissance vraie de l’homme au point de vue psychologique est une de celles qui restent le plus dans l'ombre et l'obscurité, et cela est à notre sens profondément regrettable ; ce l'est d’autant plus, qu’à notre époque où l’on entend dire qu’il faut mener les hommes non plus par la foi et par la force, moyens primitifs et brutaux, mais par la toute puissance des idées développées par l'instruction et L'éducation, il importerait au plus haut point de savoir quelles sont la nature et la valeur de ces idées.