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ÉCOLE DE MONTPELLIER, HALLER

Sa doctrine donna naïssance à celle du vitalisme, représentée particulièrement par l'École de Montpellier {de Bordeu, 1722- 1776; Barthez, 1734-1806; Grimaud, 1750-1789. Les vitalistes, d'accord avec Stah}, n'admettent pas que les phénomènes vitaux puissent se résoudre en phénomènes chimiques ou physiques et affirment l'insuffisance des forces matérielles pour expliquer la vie ; mais pour eux, l’âme, le principe pensant, ne peut pas s’abaisser à diriger des opérations purement vitales ; il y a donc un principe de la vie distinct de l’âme, une force vitale disciplinée, harmonique. Cette force est une pure entité, dirons-nous, quand on la considère comme indépendante du corps vivant, de la matière organisée, et que, sous la forme de cette conception, on lui attribue des propriétés, des qualités, des actions.

L'erreur de l’animisme et du vitalisme provenait de la séparation qu'ils faisaient entre la matière organisée et ses propriétés. La doctrine qui devait finalement triompher était celle pour qui les corps organisés ont des propriétés d'ordre vital qui leur sont propres (trois propriétés fondamentales : nutrition, contractilité, sensibilité, correspondant à trois structures : tissu végétatif, tissu musculaire, tissu nerveux), ces propriétés reposant elles-mêmes sur l’ensemble des lois chimiques, physiques et mathématiques.

Pour en revenir à Haller, disons que d’après lui, il n’est pas possible d’assigner aux diverses fonctions psychiques des provinces distinctes cans Île cerveau ; les nerfs des organes des sens tirent leur origine de points différents du cerveau et n’ont pas dans la substance blanche de territoires délimités.

Haller a constaté que la surface du cerveau est lisse chez les animaux peu intelligents, surtout chez les oiseaux ; qu’elle est au contraire creusée de profonds sillons et très plissée chez l’homme. La fin de cette structure, c’est d'augmenter la quantité de substance corticale, le nombre des vaisseaux qui pénètrent dans l'écorce et par suite le nombre des fibres médullaires qui ont leur origine dans le cerveau. Ce sont, conclut Haller, les

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innombrables vestiges de la mémoire humaine imprimés au cerveau, qui réclament une plus grande quantité de substance blanche et un plus grand cerveau.

Vicg d'Azir (1748-1794) a conscience de son ignorance au sujet du mécanisme des fonctions intellectuelles ; il possédait cependant une connaissance approfondie des différentes pièces de la machine qu’il regardait si curieusement fonctionner.

Son grand titre de gloire est d’avoir consacré la doctrine de l'unité fondamentale de composition du système nerveux, doctrine élevée plus tard au-dessus de tout doute par Serres, quant à l’anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes de vertébrés. « En considérant les organes nerveux dans toute l'étendue de la chaîne, depuis l’homme jusqu'aux reptiles, a dit Vicg d'Azir, on aperçoit toujours les traces du même système qui va toujours en décroissant, les brutes ne présentant aucune partie dont l’homme ne soit pourvu et celui-ci en ayant plusieurs qui leur manquent. »

Avec le morave Prochaska (1749-1820), nous assistons à la disparition définitive des esprits animaux, que nous avons vu encore défendus au xvin° siècle par Haller et Boerhaave, combattus, il est vrai, par Bontekoe. Des ventricules du cerveau où ils étaient élaborés, de l’air respiré par les narines et des esprits vitaux venus du cœur avec le sang artériel, les esprits animaux ont émigré dans l'écorce du cerveau et du cervelet, même dans la substance grise de la moelle épinière et le suc nerveux a même dù leur servir de véhicule. 1x

Prochaska rejette tout fluide ou esprit et entreprend d'expliquer les fonctions du système nerveux sans recourir à aucune hypothèse, non plus à priori, mais à posteriori, par la méthode inductive ; il appelle force nerveuse la cause inconnue des effets observés dans l’étude du système nerveux ; de la connaissance de ces effets, fonctions du système nerveux, doit résulter la connaissance des lois de ces phénomènes naturels.

La force nerveuse est engendrée dans le système nerveux tout entier par la vie ; la circulation du sang, la respiration,

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les échanges matériels de la nütrition sont donc nécessaires à l'entretien de cette force ; elle est produite non pas seulement dans le cerveau, mais dans chaque nerf; pour agir elle a besoin d’un excitant ; celui-ci est corporel ou psychique. L’irritabilité qui présuppose la force nerveuse n'appartient qu'aux muscles, la sensibilité qu'aux nerfs. L’organe propre du mouvement est le muscle ; les nerfs ne sont que des conducteurs.

L’organe propre de la sensation ou de la sensibilité générale (appelés sens externes par Prochaska) est le cerveau. Celui-cr. avec. toutes ses parties est encore l’organe des fonctions animales ou sens internes (perception, jugement, volonté, imagination, mémoire, etc.) ; mais Prochaska n’admet pas que la masse organisée du cerveau puisse suffire à produire la pensée ; il invoque une force psychique ou âme. En percevant les impressions externes transmises par les nerfs à un sensorium commune, cette âme en tire certaines connaissances ou notions (images, idées). C'est par l'intermédiaire de ce centre (sensorium commune), qu'a licu la réflexion des impressions des nerfs du sentiment sur les nerfs du mouvement. Le siège du centre de réflexion où se terminent les nerfs du sentiment et d’où partent les nerfs du mouvement, est coextensif à l’origine des nerfs.

Prochaska estime qu’il est impossible de déterminer avec quelque certitude quelle partie du cerveau est l’organe des fonctions animales. Admettant que la clinique et l’anatomie pathologique jeteront peut-être un peu de lumière sur cette question, il ne paraît pas toutefois douter qu’il existe dans le cerveau des sièges différents pour les différentes fonctions de l'intelligence. Si, dit-il, « jusqu'ici on n’a pu déterminer quelles parties du cerveau et du cervelet, organes de la pensée, servent à telles ou telles fonctions de l’intellect », si, en dépit des conjectures très improbables par lesquelles des auteurs célèbres se sont efforcés d'y arriver, cette partie de la physiologie demeure enveloppée de ténèbres aussi épaisses que jamais, Qiln’est pas improbable que les différentes parties de l’intel-

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ligence aient, dans le cerveau, leurs organes ». La théorie de la pluralité des organes cérébraux, au moins distincts et localement séparés, est déjà si présente à l'esprit de Prochaska, qu'il estime que « l'organe de l'imagination » doit être dans le cerveau, le plus éloigné de « l'organe des perceptions », et cela parce que, quand celui-ci est assoupi par le sommeil, celui-là peut entrer en action et produire des rêves.

Prochaska est plus connu pour sa théorie générale des actions réflexes que par sa méthode d'interprétation des fonctions du cerveau, qui est pourtant d’une originalité bien plus hauté ; ce n’est point Prochaska qui, le premier, a parlé de la réflexion dans les centres nerveux, phénomène non seulement décrit explicitement par Descartes et Willis, mais encore observé par tous les physiologistes anciens et modernes sous le nom de mouvement de. réflexion.

Bichat (1771-1802) considère bien le cerveau comme l’organe de la vie animale, comme le centre de tout ce qui a trait à l’intelligence, mémoire, perception, imagination, fondements des opérations de l’entendement, reposant eux-mêmes sur V « action des sens ». Mais pour lui, si « toute espèce de sensations a son centre dans le cerveau » et si les sensations sont l'occasion des passions, celles-ci n’affectent jamais directement le cerveau ; elles ont pour siège unique les organes de la vie interne (foie, estomac, cœur, intestins, etc.). Cette théorie est aussi celle de Pénel (1745-1896) et de Fodéré (1764-1835).

Bichat a compris que la raison des phénomènes vitaux devait être cherchée non pas dans un principe d’ordre supérieur immatériel, mais au contraire dans les propriétés de la matière au sein de laquelle s’accomplissent ces phénomènes ; il a émis cette ‘idée générale, lumineuse et féconde, qu’en physiologie, comme en physique, les phénomènes doivent être rattachés à des propriétés comme à leur cause. On pourrait croire qu'il va se rapprocher des physiciens et des chimistes, puisqu'il place comme eux la cause des phénomènes dans les propriétés de la matière; c’est le contraire qui arrive, et Bichat s’en éloigne et

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