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LORRY, HALLER

sur l’homme, il croit pouvoir conclure que l’âme ne réside pas dans toute l'étendue du cerveau, que le corps calleuxest l'organe primitif de la raison et des sensations, auquel tous les autres organes ne font pour ainsi dire que porter le résultat de ce qui se passe chez eux et les impressions qu’ils ont reçues des objets.

Bontekoe a considéré également le corps calleux comme le siège des perceptions et le principe des mouvements volontaires.

Cette doctrine fut combattue par les expériences de Lorry (1725-1785) sur le cerveau d'animaux vivants. Il démontra, contrairement à La Peyronie, que le corps calleux était aussi insensible que les autres parties du cerveau et ne découvrit qu'une seule partie dont l’irritation provoquait toujours et uniformément des convulsions : la moelle allongée ; cette partie est pour lui le seul principe du mouvement, la source du sentiment ; elle est le seul organe actif du cerveau.

Haller (1708-1777) a constaté, comme Lorry, que la substance grise corticale était tout à fait inexcitable ; il ne lui paraît pas possible que les fonctions de la sensibilité aient pour siège l’écorce du cerveau et qu'on doive y faire remonter la cause des mouvements des muscles. Il faut, a-t-il observé dans un grand nombre d’expériences, aller très loin au delà de l'écorce, pour qu’une lésion de la moelle du cerveau provoque des convulsions. Irritée, cette substance exalte la sensibilité en douleur, le mouvement en convulsions ; lorsqu'elle est comprimée, la sensibilité et le mouvement disparaissent. C’est donc dans la moelle du cerveau et du cervelet que se trouvent, pour Haller, Pun et l’autre siège de la sensibilité et du mouvement. Toute la substance blanche est le véritable sensorium commune, si l’on nomme ainsi le lieu où s’exercent toutes les fonctions de la sen: sibilité et d’où partent tous les mouvements des muscies ; il est dès lors impossible de considérer comme le siège de l’âme soit la glande pinéale, soit les corps striés, soit le corps calleux. Ce siège ne doit pas avoir de limites plus étroites que l’origine de tous les nerfs de la sensibilité et du mouvement, qui, euxmêmes, doivent avoir leur origine dans le sensorium commune

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pour en tirer la cause des mouvements. Ce sensorium commune ne doit pas être étendu au corps entier, comme l’ont admis ceux qui refusent tout privilège au cerveau, tels que l’allemand Stahl (1660-1687) et son école.

Stahl est le fondateur de l’animisme, doctrine de la spiritualité absolue de la vie. « Dès la plus haute antiquité, dit Claude Bernard (la Science expérimentale, p.149), des philosophes ou des médecins célèbres ont regardé les phénomènes qui se déroulent dans les êtres vivants comme émanés d’un principe supérieur et immatériel agissant sur la matière inerte et obéissante. Telle est la pensée de Pythagore, de Platon, d’Aristote, d'Hippocrate, acceptée plus tard par les philosophes et les savants mystiques du moyen âge: Paracelse, Van Helmont et par les scolastiques. Cette conception atteignit dans le cours du dix-huitième siècle son apogée de faveur et d'influence avec le célèbre médecin Stahl, qui lui donna une forme plus nette en créant l’animisme.… Stahl fut le partisan déterminé et le plus dogmatique de ces idées perpétuées depuis Aristote. On peut ajouter qu'il en fut le dernier représentant ; l'esprit moderne n’a pas accueilli une doctrine dont la contradiction avec la science était devenue trop manifeste. » Dans le système de Stahl, le corps est entièrement inerte et passif; c’est l’âme immortelle, source même de la vie, qui dirige en souveraine, mais sans en avoir conscience, tous les actes volontaires et involontaires, tous les phénomènes de la vie animale considérés en eux-mêmes et indépendamment de la texture des organes et des actions chimiques et physiques qui s’y passent. Les forces chimiques extérieures tendent à détruire le corps vivant ; mais une force lutte contre cette destruction, c’est l’âme raisonnable. Quand une maladie survient, c’est parce que cette âme n’a pas rempli ses fonctions ou n’a pas pu résister efficacement aux causes extérieures de destruction.

On voit par ce qui précède que Stahl comprit, tout autrement que les spiritualistes Descartes et Leibniz, les phénomènes de la vie et les rapports de l’âme et du corps.

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