‹ Les Différentes Manifestations De La PenséeChapitre 32 sur 82 · LAN BOUILLAUD · texte numérisé non relu

LAN BOUILLAUD

tionnelles du cerveau. Aïnsi les paralysies du membre inférieur résultaient d’une lésion des lobules moyens du cerveau des corps striés, non pas des lobes antérieurs (Foville, Pinel- Grandchamp, Serres) ; les paralysies du membre supérieur provenaient d’une lésion du lobe postérieur du cerveau ou des couches optiques ; enfin, la paralysie des organes de la parolé dépendait de la lésion des lobes antérieurs du cerveau.

Pour Bouillaud, il existait donc dans le cerveau plusieurs centres de mouvement ou centres moteurs ou encore conducteurs de mouvements musculaires, comme il existait plusieurs organes de perception des impressions de la sensibilité et plusieurs organes intellectuels.

Puisque chacun de nos sens a une fonction spéciale, « il existe, disait-il, des centres nerveux qui sont les organes immédiats où s’opère la perception de l’impression sensitive ». L’altération de l’organe cérébral affecté à un sens, détermine une lésion dans les fonctions de l'organe de ce sens. Quant à la sensation en quelque sorte universelle, tact ou toucher, elle ne paraissait pas avoir un siège central aussi circonscrit que la vue ou l’ouïe : Le foyer cérébral qui perçoit les impressions tactiles s'étend dans tous les points où aboutissent les divers nerfs du sentiment.

Enfin, les altérations des fonctions intellectuelles doivent varier aussi avec le siège de la lésion du cerveau. A cette question se rattache expressément pour Bouillaud la doctrine de Gall, de la pluralité et de la spécialité des organes cérébraux, doctrine qui mérite, disait-il, d’être soumise au creuset de l’observation pathologique. Il admettait comme très probable que tout désordre de l'intelligence dépend d’une altération localisée de la substance corticale du cerveau et que la partie distincte du cerveau dont la lésion produit celle de l'intelligence est le substratum cortical de cet organe (sic : Delaye, Foville, Pinel-Grandchamp).

Bouillaud émettait à titre d’hypothèse cette idée que la substance grise est le centre sensitif ; il s'élevait donc avec véhémence contre la localisation de la sensibilité dans le cervelet,

BOUILLAUD, BROCA 45 a D localisation proposée par l’école de la Salpétrière qui, en outre, plaçait dans la substance blanche des hémisphères l'organe du mouvement. Si le cervelet, objectait Bouillaud, était l’organe unique de la sensibilité, comment expliquerait-on la paralysie du sentiment qui accompagne un si grand nombre d’affections cérébrales ?

Le cervelet n'est ni le foyer de la sensibilité, ni l’organe législateur des fonctions génératrices (Gall). C’est le siège d’une force locomotrice spéciale et aussi de toutes les forces dont se composent les actes si nombreux de l'attitude, de la station, de la progression; il coordonne les mouvements d’où résultent l'équilibre, le repos et les divers modes de locomotion.

Nous entrons maintenant dans une époque tout à fait moderne et nous nous étendrons moins longuement sur elle que sur les précédentes, pour les raisons suivantes : les découvertes célèbres dont elle a été le témoin, ont fourni sur le cerveau et ses fonctions les données actuelles que nous rencontrerons dans notre chapitre d'anatomie et de physiologie; de plus, nous aurons l’occasion d’en parler au cours de notre ouvrage.

Après Bouillaud, nous arrivons à Paul Broca (1824-1880), qui a eu l’incontestable gloire de découvrir la première localisation cérébrale.

Tout le monde connaît la sensationnelle déclaration que le grand physiologiste fit à la Société d'anthropologie de Paris, le 18 avril 1861, en présentant le cerveau d’un homme décédé à 51 ans, après avoir perdu l’usage de la parole depuis 21 ans. Broca démontra que le ramollissement, qui s’était propagé très lentement, avait eu son foyer principal et son siège dans le lobe frontal de l'hémisphère gauche, et sur ce lobe, dans la troisième circonvolution, laquelle « présentait la perte de substance la plus étendue » et était complètement « détruite dans toute sa moitié postérieure ». Il en concluait que « selon toute probabilité, c'était dans la troisième circonvolution frontale gauche que le mal avait débuté ».

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