‹ Les Différentes Manifestations De La PenséeChapitre 43 sur 82 · FIBRES D'ASSOCIATION DE RAMON Y CAJAL · texte numérisé non relu

FIBRES D'ASSOCIATION DE RAMON Y CAJAL

Sil’individualisation de semblables centres est problématique, les fibres d'association ne le sont pas, et il est évident, depuis les recherches de Ramon y Cajal, Golgi, etce., qu’il existe dans le cerveau des neurones d'association disséminés dans la corticalité, neurones qui restent dans la corticalité dans toute leur étendue, cellule, dendrites et cylindre axe.

Les fibres d'association sont groupées en systèmes que nous énumérerons pour mémoire : 1o fibres arquées ; 2° cingulum ; 3° faisceau longitudinal supérieur ; 4° faisceau longitudinal inférieur ; 5° faisceau unciforme ; 6° faisceau occipitofrontal.

On peut ranger dans la même catégorie, les fibres commissurales ou inter-hémisphériques. Elles associent, comme on sait, les régions homologues des deux hémisphères, et elles nous permettent de comprendre comment ces régions homologues peuvent se suppléer mutuellement dans les cas de lésions localisées à un seul hémisphère. Ces fibres commissurales sont rangées en trois formations distinctes : 1° le corps calleux, lame large et épaisse dont les fibres naissent de toutes les régions de l’écorce, à part la partie antéro-inférieure du lobe temporal ; 2° la commissure blanche antérieure qui unit les deux bulbes olfactifs et les lobes temporaux ; 3 les fibres de la lyre, qui mettent en relation les deux régions de la corne d’'Ammon,

Non seulement, ainsi que le disait Maudsley (Physiologie de lesprit), l'hypothèse d’un agent immatériel, intervenant à un moment donné comme un deus ex machina pour produire la pensée, est inconciliable avec ce que nous savons des phénomènes habituels qui se passent dans notre organisme, maïs il ÿ a une foule de faits qui montrent que l’activité cérébrale a pour substratum des modifications fonctionnelles qui se révèlent à nous de la même manière que les autres phénomènes vitaux.

Le travail cérébral est, en effet, un travail d’origine chimique, ainsi que l’avait pressenti Lavoisier. La constitution schématique du cerveau au point de vue chimique est la suivante :

HAS RS AE ER a LU NA SR EN TATERe 750 AIDUMINEST PALERME ARIANE RE 125 Cholestérine. . . . . RE arte Mer Tore 40 PTOIADON MS sn ru re re a > Ÿ Taie 80 PROS DHALOB NE mm eee ce ot en «+ 4 AUTOS SELS EEE ES RENTE MOMIE RTS 1

Le protagon est formé de lécithine (substance grasse phos- -phorée) et de cérébrine. Or, la cérébrine est aussi une substance phosphorée; c’est du phospho-distéaro-glycérate de névrine. Il importe de remarquer cette constitution phosphorée, car le travail cérébral augmente dans des proportions très notables la quantité des phosphates dans les urines. Les attaques d’épi-

lepsie produisent aussi l'élimination exagérée des phosphates dans les urines ; l’urée augmente aussi d’une manière appréciable après un travail cérébral prolongé.

Voilà donc les actes chimiques en tous points semblables à ceux qui se passent dans le reste de l’organisme. Mais ce n’est pas tout : Schiff, expérimentant sur le cerveau des pigeons, a pu montrer qu'il s’y passait des phénomènes thermiques ; et il n’y a aucune corrélation entre la température du cerveau et celle du crâne.

Le travail cérébral est d’ailleurs influencé par une multitude d'agents physiques ou chimiques. L’effet de la température est bien manifeste; c'est ainsi que chez l’homme une température de 41° s'accompagne presque toujours du délire. Les grenouilles au-dessus de 35°, les écrevisses au-dessus de 25°, sont anesthésiées. Les vertébrés à sang froid et les invertébrés sont encore actifs quand la température est voisine de 0°. L’élévation de température accroît leur activité psychique, le froid la diminue. Ainsi s’explique la torpeur qui s'empare des animaux hibernants aux premiers frimas. ;

L'état chimique du sang, sa teneur en oxygène ou acide carbonique, influent aussi sur l’activité cérébrale. Dans l’asphyxie, les fonctions psychiques sont paralysées les premières ; au contraire, il faut pour que se manifeste l’activité cérébrale d’une manière convenable, que l’oxygène soit dans le sang à une forte tension. Lorsque la tension y diminue, comme dans le mal de montagne, il se produit une foule d’hallucinations et du délire. Enfin, rappelons l'effet des poisons psychiques : le début de leur action est le délire alcoolique, chloroformique, etc..., le maximum de leur action est le coma. Et l’on peut ainsi par cette gradation avec les différents poisons, dissocier approximativement les différentes cellules nerveuses ; les cellules psychiques sont les plus sensibles.

La durée du travail cérébral est variable. Il y a une véritable équation personnelle, ainsi que nous le verrons tout à l’heure. Les excitations nerveuses mettent un certain temps pour parcourir les troncs nerveux qui leur servent de conducteurs, c’est ce qu'on a désigné sous le nom de vctesse de l'influx nerveux. La vitesse de cet influx est moins grande au niveau de la substance grise de l’écorce qu’au niveau des tubes nerveux des nerfs, comme s’il y avait au niveau des cellules de l'écorce une sorte d'élaboration, de concentration, de méditation de l’acte, ce qui cadre fort bien avec l’idée de centre qu’on attribue au système nerveux. « Lorsque la rétine est excitée, la perception n’est pas immédiate; elle retarde d’un temps infiniment court. Ce retard est dû à ce que sans doute il faut un certain temps pour que se fasse la transformation du mouvement lumineux en mouvement nerveux; puis ce dernier mouvement met un intervalle de temps, intervalle infiniment petit, pour se propager jusqu'aux centres cérébraux le long du nerf optique; enfin les centres de perception ne s’ébranlent pas immédiatement. D’après les recherches de Plateau, Lissajous, Helmholtz, ensemble de ces retards serait de 1/50 à 1/30 de seconde. De même, lorsque l'excitation a cessé, la cessation de la perception ne se produit pas aussitôt et retarde d’un temps égal. » (Mathias Duval, Thèse d’agrégation, 1873, p. 132. Paris, G. Baillière.)

La vitesse est différente suivant le genre d’excitation; c’est ainsi que la réponse à une excitation tactile ou acoustique met 0”’45 à s’effectuer ; laréponse à une excitation optique met 0” 18; la durée d’élaboration d’un jugement est de 0” 10 (Ch. Richet). Notons encore qu'il faut une excitation plus forte pour provoquer une réponse cérébrale que pour un réflexe simple.

I1 faut aussi tenir grand compte, comme le fait remarquer Herzen (le Cerveau et l'activité cérébrale, p.71) de l'équation personnelle, et il cite l'exemple de Maskelyn, directeur de

l'observatoire de Greenwich, qui s’aperçut que son aide chargé de marquer le passage des étoiles au méridien de la lunette commettait régulièrement un retard de 0,5 à 0,8 de seconde. Bessel, observant le même fait, constata qu'il s'agissait d’un phénomène constant et en rapport avec l’aptitude spéciale de l'individu.

Page 1