THÉORIE DE L'AMŒBOÏSME DE MATHIAS DUVAL
Mais cette comparaison de l’activité cérébrale avec celle des autres systèmes (leucocytes, éléments musculaires, etc.) peut se poursuivre plus loin encore. On sait, d’après lastructure histologique du cerveau, que chaque cellule nerveuse constitue un véritable système entièrement indépendant du voisin, un neurone, comme on l’appelle. Il n’y a pas, en effet, continuité entre les différents neurones, mais simple contiguité. Or, ce rapport de contiguité comporte des variations en plus ou en moins; aussi « est-on amené à se demander si précisément ces ramifications de substance protoplasmique, disposées dans le voisinage les unes des autres, ne seraient pas susceptibles de se rapprocher ou de s’écarter plus ou moins par le fait de la contractilité de son protoplasma; telle est essentiellement l’hypothèse de l’amæboïsme nerveux. » (Mathias Duval, Revue rose, 12 mars 1898.)
C’est en se basant sur cette hypothèse de l’'amœæboïsme nerveux que M. le professeur Mathias Duval, abandonnant la théorie du sommeil de Durham basée sur l’anémie cérébrale, créa sa théorie du sommeil par rétraction des fibres nerveuses. Nous ne rapporterons pas ici toutes les raisons hypothétiques, pourtant sérieuses, que cet auteur donne à l’appui de sa théorie sur l’amæboïsme nerveux ; nous rappellerons seulement celles qui reposent sur des constatations tangibles.
N’a-t on pas constaté des mouvements amæboïdes dans des éléments très proches parents des cellules nerveuses : cellules visuelles de la rétine, cellules pigmentaires de cette membrane ?
DEMOOR ET STEFANOWSKA 67
Pergens n’a-t-il pas montré que sur des poissons maintenus 48 heures à l'obscurité complète, les cellules pigmentaires de la rétine sont rétractées ? Mêmes constatations ont été faites sur les cellules olfactives : « On peut, dit Ranvier, examiner à l’état vivant les cils olfactifs et être témoin de leurs mouvements.
IL faut pour cela, après avoir détaché la muqueuse qui recouvre l’éminence olfactive de la grenouille, Ia placer sur une lame de verre dans une goutte d'humeur aqueuse et la replier de façon qu’elle montre sa surface libre sur le bord du pli ; on peut alors la recouvrir d’une lamelle et l’examiner à un fort grossissement. Les cils olfactifs diffèrent des cils vibratils ordinaires; se meuvent très lentement, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Le rôle des cils olfactifs paraît donc être non pas d'imprimer un mouvement dans une direction déterminée, au fluide qui recouvre la muqueuse, mais simplement de le brasser pour ramener les particules odorantes au contact des éléments qu’elles doivent impressionner. »
Demoor a montré cette rétractilité des cellules pyramidales chez les animaux morphinés. Il a obtenu les mêmes modifications avec le chloral et le chloroforme, mais il n’a pu cependant déterminer par le chloral un état assez profond pour atteindre les arborisations daus presque toute leur étendue ; c’est seulement au niveau de fines ramifications que l’état perlé, caractéristique, s’est montré.
Me Stefanowska, travaillant au laboratoire de l’Institut Solvay à Bruxelles où travaïllait aussi M. Demoor, a complété les recherches de ce dernier auteur et est arrivée aux mêmes conclusions.
Ainsi donc rien ne s’oppose à cette conception du fonctionnement cérébral basé sur l’amœæboïsme du système nerveux.
Mais comment la mémoire peut-elle être interprétée en ce sens ? Est-ce aussi un être mystérieux, comme celui qui personnifie la pensée chez les idéalistes ? L'histologie n’a pas -encore révélé la trace des actes cérébraux dans les cellules. Mais il y a dans l'organisme des faits de mémoire cellulaire
qu’on peut mettre en régard, d’une manière complète, des faits de mémoire ordinaire.
Ainsi, pour ne citer que celui-ci, le curieux exemple signalé par M. Henri Hélier (Pouvoir réducteur des tissus, Acad. des sciences, 30 janv. 1899), à l’Académie des sciences et montrant que chez l'animal qui mange habituellement à huit heures du matin, la cellule hépatique commence à fonctionner vers dix heures, que l'animal ait mangé ou non.
Toutefois, « les expériences de Wissl, de Lugaro, etc., semblent démontrer qu'il y a des espèces cellulaires distinctes, réagissant d’une manière différente aux mêmes excitants, et que ces individus, de nature hétérogène, sont localisés dans des territoires différents du nevraxe, maïs en des points toujours identiques pour les animaux construits d’après un même type. Nissl enseigne donc que, dans toute la série des vertébrés, la plupart des centres nerveux sont de structure ou de composition hétérogène, c’est-à-dire qu'ils sont formés de cellules nerveuses d'espèces différentes. Cette disposition est d’autant plus nette que le centre nerveux est plus complexe : elle est au plus haut point frappante dans l’écorce du cerveau antérieur... S'il existe des éléments spécifiques, une structure, une histologie spéciale, pour chaque centre cortical de sensibilité générale et spéciale, pour chaque sphère sensorielle, pour chaque aire de projection, sinon d'association, il y a de nécessité, avec une histophysiologie et une histopathologie de l'écorce, une histopsychologie. » (Dict. phys., p. 849, J. Soury.)
Conczusions. — En résumé, il ressort de tout ce chapitre que :
1° La théorie des localisations est un fait démontré ; qu’on donne à ces localisations le nom de centres sensitivo-moteurs ou centres de projection, il n’en est pas moins établi définitivement qu'il existe des centres spéciaux pour des sensations
spéciales ; du reste, pour quiconque réfléchit, il serait bien extraordiñaire qu'il en fût autrement. En outre, il paraît naturel de penser que, ces centres ayant une sensibilité spéciale, les cellules qui les composent ont une histologie spéciale (Nissl, Lugaro, etc.). Ÿ
2° De ces centres sensitivo-moteurs partent des fibres d’association groupées en systèmes, associant les régions homologues des deux hémisphères et les différents centres entre eux.
3 La constitution chimique du cerveau est extrémement compliquée, et, à la suite d’un travail psychique prolongé, on trouve dans les urines des déchets provenant de la désintégration cellulaire, ce qui semble prouver qu'il y a relation entre l'élaboration psychique et le phénomène physico-chimique qui s’opère dans les cellules.
4 Le travail cérébral est influencé par une multitude d'agents physiques et chimiques qui agissent sur la sensation, ce qui tend à prouver que la pensée a comme premier élément la sensation.
5° Le temps d'élaboration psychique est relativement long (ce qu’on a appelé retard, inhibition) par rapport au temps de transmission de l’influx nerveux.
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CONNERE PSYCHOLOGIE COMPARÉE
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