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INFLUENCE DES POISONS CÉRÉBRAUX

Ainsi se trouve singulièrement fortifiée cette opinion, que la pensée est le produit d'associations d'images, images qui sont le fait de la modification des cellules sensibles ou mieux de l’organisation des sensations dans les cellules, qu’elle est en dernière analyse, fonction de sensibilité, sensibilité inhérente à la cellule organisée, vivante.

A l’état d'empoisonnement cérébral, comme à l’état normal, la pensée, l’idée, l’image, sont bien dans le cerveau de même nature que la sensation, mais à des degrés différents d’évolution, de sélection et d'organisation.

Un grand air d’opéra est composé de notes qui toutes sont au fond identiques à elles-mêmes, c’est-à-dire de vibrations de l’air plus ou moins amples, plus ou moins rapides. Cependant, quand nous écoutons Faust où Mignon, nous ne pensons nullement aux notes composantes de ces airs ; séparées, elles ne seraient rien ou presque rien, ellesn’ont de valeur que par leur ensemble.

Eh bien ! la pensée c’est Faust, c’est Mignon ; la sensation, ce sont les notes composantes.

Le poison cérébral, activant ou paralysant la sensibilité des cellules, active ou paralyse en même temps la pensée.

Demandons-nous à présent de quelle nature est le phénomène de pensée que nous avons examiné dans son élaboration, dans son fonctionnement, dans son siège.

Suffirait-il de dire : la pensée a la même nature que la sensation, bien qu’à des degrés divers d'évolution, de sélection et d'organisation ; connaître la nature de la sensation, c’est connaître celle de la pensée ? Non, ecla ne serait pas suffisant : la pensée est un phénomène beaucoup plus complexe que la sensation et qui, précisément à cause de cette complexité, paraît en être absolument différente. Des expériences scientifiques ont dù tendre à déterminer sa nature.

Il y a quelques années, dans la Revue scientifique (11 et 18 décembre 1886 ; 1°" janvier 1887), M. Armand Gautier disait que les différents processus psychiques, sensations, images, concepts, etc., n'étaient que des phénomènes de vision intérieure ; cette opinion, que nous avons admise, a été démontrée par les expériences de MM. Binet et Ch. Féré. Mais A. Gautier déclarait que des phénomènes de vision intérieure ne pouvaient avoir d’équivalent mécanique et ne voyait pas ce qui autorisait les physiologistes modernes à affirmer que la pensée est une transformation de l'énergie, c’est-à-dire une forme spéciale de l’énergie, comme le mouvement, la chaleur et l’électricité. Que les phénomènes psychiques ont un équivalent méca-

nique, thermique, chimique, voici ce qu’il faudrait prouver, disait A. Gautier : «Il faudrait montrer, ou bien que les phénomènes psychiques ne peuvent apparaître qu’en faisant disparaitre une quantité proportionnelle de l'énergie cinétique ou potentielle, ou, tout au moins, qu’ils se transforment en mouvement, chaleur, électricité, etc. »

Reportons-nous aux expériences qui ont été faites sur le travail psychique. Nous verrons, avec elles, de quel côté doit se trouver la vérité.

Tout d’abord, nous savons que les excitations transmises par les nerfs mettent un certain temps à se rendre d'un point à un autre, et l'analyse physiologique démontre que « ce qui a lieu dans le nerf est un mouvement moléculaire, propagé de son extrémité périphérique à son extrémité centrale ». (Herzen, Le Cerveau et l’activité cérébrale, p. 65.)

Une des premières observations faites à ce sujet fut celle de

Maskelyn, directeur de l'observatoire de Greenwich : le temps exigé pour la transmission nerveuse de l’excitation est peu de chose en comparaison du temps d'élaboration psychique. Cette constatation, extrêmement importante, donna lieu à de nombreuses expériences de la part des physiologistes. - M. Hirsch, de Neufchâtel, opéra sur différents sens séparément, et arriva à ce résultat que : « non seulement les différences personnelles se maintiennent, mais en outre que le temps de réaction varie selon les sens mis en activité et selon l’état plus ou moins prononcé d’excitation des différents organes des sens. »

Wolf continua ces recherches. Donders et ses élèves, à l'université d'Utrecht, recommencèrent plus tard des expériences nombreuses et variées ; mais elles ne donnèrent aucun renseignement sur la durée de l’acte psychique.

Donders institua alors des expériences de façon à influencer seulement l’acte psychique : « Il imagina de prononcer différentes voyelles, mais de n’en faire répéter qu’une seule, et toujours la même, chaque fois qu’elle se présentait ; les autres

devaient restér sans réponse. Il trouva que pour la distinction entre deux impressions, il fallait à son aide 0,036 de seconde. » (Herzen, op. cit., p. 81.)

Schiff fit une quantité d'observations du même genre que celles qui précèdent.

Herzen, quelques années plus tard, se livra à un grand nombre d'expériences qui lui permirent d'arriver à cette conclusion :

« Les exemples cités démontrent à l’évidence que l’acte psychique le plus élémentaire, la plus simple distinction entre deux impressions dissemblables, n’est pas un phénomène instantané, mais a besoin pour se produire d’un certain temps qui vient s’ajouter à la durée de la transmission centripète du réflexe central, de la transmission centrifuge et de l’entrée en contraction des muscles qui doivent donner le signal; ils démontrent de plus que le surplus de temps constaté dans ces conditions est relativement très long, si on le compare à la vitesse des mouvements psychiques », c’est-à-dire à la vitesse de transmission nerveuse.

Parallèlement aux expériences d’Herzen, auxquelles il venait donner plus de poids et de valeur, Mosso en institua d’autres au sujet du changement de volume du cerveau pendant le travail psychique. Ces expériences, exécutées à l’aide du pléthysmographe sur des individus qui présentaient une perte considérable des os frontaux, ont démontré que pendant l’activité cérébrale ou sous l'influence de sensations et d'émotions, l’avant-bras, dont le pouls devient plus fréquent et plus petit, diminue de volume tandis qu’augmente le volume du cerveau, par suite d’un afflux de sang plus considérable ; elles ont aussi démontré que pendant le sommeil, une voix, un bruit, toute espèce d'impression sensible, provoquent une contraction des vaisseaux de l’avant-bras et une augmentation d’afflux de sang dans le cerveau de l'individu endormi. (Au réveil, cet individu n’a aucune conscience des processus psychiques très réels pourtant qui ont accompagné ces modifications de la circulation cérébrale, déterminées par des excitations extérieures .)

Seppillt et Tamburini ont constaté que chez une hystérique en léthargie qui, à son réveil, n’aura aucun souvenir des idées et des actes correspondants qui lui auront été suscités par une impression sur les sens, les excitations externes déterminaient une diminution du volume de l’avant-bras. L’analogie autorisait à admettre que ces excitations, dans l’hypnose comme dans le sommeil normal, provoquaient un afflux plus considérable de sang dans le cerveau, en réveillant l’activité de cet organe.

Morselli et Bordoni-Uffreduzzi ont exécuté une centaine d'expériences sur un homme qui présentait une large perte de substance du crâne dans la région temporo-pariétale gauche. Ils ont constaté que toute perception était suivie d’une augmentation du volume du cerveau, et, ce qui est très important, que le temps où se manifestent les variations de la circulation cérébrale, consécutives à l’action des stimuli, est beaucoup plus long que celui du processus physiologique des perceptions ; d’où l’on doit conclure que ces modifications de la circulation sont l'effet, et non la cause déterminante, des actions réflexes cérébrales provoquées par les perceptions.

Rummo et Ferrannini, qui ont étudié le pouls cérébral chez deux individus présentant une ouverture du crâne, ont déclaré que les variations de la circulation cérébrale pendant le sommeil leur paraissaient à eux aussi, être l’effet et non la cause du sommeil.

Enfin, à la suite d'expériences remarquables, M. Gley (Étude expérimentale sur l’état du pouls carotidien pendant le travail intellectuel, Paris, 1881) a établi que la suractivité de la circulation cérébrale est due à une influence vaso-motrice, que les cellules cérébrales, excitées, réagissent à leur tour sur les fibres vaso-motrices des artères carotides et les dilatent; que ces artères, recevant alors une plus grande quantité de sang, déterminent par le canal des artérioles et des capillaires également dilatés, une irrigation sanguine plus active et plus abondante de la substance grise du cerveau.

En résumé, de ce qui précède, on peut déduire que tout

travail cérébral produit du mouvement, fait un appel sanguin, a besoin de matériaux pour s’élaborer.

Ajoutons que, d’après les recherches de Thorion, de Gley, etc., il a été bien établi que sous l’influence du travail intellectuel, la magnésie, et surtout la chaux, augmentaient dans les urines; que, d’après les constatations de Scki/f, de Gley, Mosso, Solvay, l'acte psychique est accompagné d’une augmentation de température et que, d’après les recherches thermo-électriques de Tanzi, cet acte engendre en même temps de lélectricité.

Après les résultats acquis au moyen des expériences que nous connaissons, il est indéniable que la pensée, comme la sensation dont elle est faite, en un mot que tout phénomène psychique est un travail et, comme tel, a un équivalent mécanique.

Qu'est-ce que l’association des différentes sensations, des différentes images éparses dans le cerveau, si ce n’est un travail? Qu'est-ce qui peut empêcher les phénomènes de vision intérieure d’A. Gautier d’avoir un équivalent mécanique? On ne voit rien qui s'oppose à ce qu'ils représentent un certain travail. Comment, seules, les fonctions du système nerveux se manifesteraient-elles sans résulter d’une énergie quelconque ?

S'il n'y avait pas de travail, que signifieraient, comment s’expliqueraient l'appel du sang vers le cerveau, l’augmentation de volume de cet organe lente à se produire, qui accompagnent les processus psychiques, ces déchets d’autant plus abondants dans l’urine que les opérations intellectuelles ont été plus nombreuses ?

Le travail psychique doit être assimilé au travail musculaire. Il ne doit pas en être autrement pour le cerveau qui travaille que pour le muscle qui se contracte : la circulation y est plus rapide et le sang y afflue en plus grande quantité; la vitesse et l’ampleur du courant sanguin qui éveille et entretient l’activité du cerveau, sont modifiées à chaque instant par les fonctions de cet organe, les pensées, les sensations.

Est-ce que le travail intellectuel ne fatigue pas autant que le

travail physique, corporel? Est-ce que, comme lui, s’il est excessif, il ne peut pas entrainer l'épuisement? C’est un fait connu que, lorsqu'il faut produire une longue et dure tâche intellectuelle, les stimulants, les aliments d'épargne, sont appelés à jouer le même rôle que lorsqu'on doit accomplir un travail musculaire considérable. Dans un cas, comme dans l’autre, des matériaux, des aliments sont consommés, brûlés par l'organisme, en proportion de l’effort produit.

Si le travail intellectuel est accompagné d’une élévation de la température cérébrale, cela n’a rien d'étonnant. Le muscle qui travaille s’échaufle bien; pourquoi en serait-il différemment du cerveau ?

« On pourrait évaluer, a écrit Lavoisier, ce qu'il y a de mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit, de l’homme de lettres qui écrit, du musicien qui compose. Ces efforts, considérés comme purement moraux, ont quelque chose de physique et de matériel qui permet, sous ce rapport, de les comparer à ce que fait l’homme de peine. »

Nous répéterons après M. Ch. Richet, en réponse à À. Gautier, que depuis l’illustre chimiste, « l'être vivant est une machine à force chimique. » — « Les phénomènes de la vie sont des phénomènes physiques et chimiques; Lavoisier l’a établi; Magendie, W. Edwards, Jean Muller, Helmholtz, Cl. Bernard, Vont répété après Lavoisier. La physiologie est un chapitre de la physique et de la chimie. » (Ch. Richet, Ze Travail psychique et La force chimique. Rev. scient., 1886, XII, 788 ; la Pensée et le travail chimique, id., XIII, 83.)

En résumé, il résulte de toute cette étude qu'il y a dans Île phénomène psychique « la pensée » un travail physico-chimique, que les faits, les expériences, ont fait nettement apparaître. Transmission vibratoire, mouvement, chaleur, électricité, assimilation et désassimilation ; enregistrement des excitations par des cellules qui dès lors seront diversifiées et capables de reproduire dans la suite les sensations sous forme d'images mentales, voilà tout ce que nous avons trouvé dans la pensée.

Mais l’homme n’est pas seulement une machine ; ce n’est pas un automate ; autrement, il ‘agirait, il parlerait sans conscience. Il reste encore chez lui un autre phénomène à considérer, c’est celui qui fait qu'il observe lui-même ses modifications et perçoit leurs rapports, qu'il est pour ainsi dire spectateur de lui-même. Ce phénomène nous l’appelons conscience.

Cette perception de soi-même et des relations entre les états internes, c’est aussi de la pensée, mais c’est en quelque sorte une pensée surajoutée à la première et qui sous certaines conditions apparait et disparait assez facilement. Il s'ensuit que ce phénomène est de même nature que la pensée; c’est du reste ce que nous verrons, en l'étudiant au chapitre suivant.

La cellule cérébrale qui emmagasine les résidus de sensations, n'est-elle que l'outil, l’instrument d’un principe d'essence

surnaturelle, d’une âme raisonnable ou bien, au contraire, estelle le substratum de la sensibilité et par suite l’origine même de la pensée qui ne peut exister sans elle ou en dehors d'elle ? Tout ce que nous avons dit jusqu'ici semble bien prouver que la deuxième hypothèse est la vraie.

Les quelques lignes qui vont suivre et termineront notre étude sur la pensée contribueront, nous l’espérons, à démontrer encore plus complètement la réalité de cette deuxième hypothèse.

Les cellules cérébrales, avons-nous dit, sont le substratum de la sensibilité, Comment expliquerait-on qu’une seule et même excitation (une décharge électrique par exemple) produisit des sensations différentes suivant les différents types de cellules, si ces sensations n'étaient pas inhérentes à la cellule même? Si de quatre personnes unies les unes aux autres par les mains, la première se touche la langue, la seconde l’œil, la troisième la membrane olfactive, la quatrième le tympan, et si dans cette situation, ces personnes sont soumises à une décharge électrique, la première aura une sensation de saveur, la seconde de lumière, la troisième d’odorat et la quatrième de son.

Les cellules cérébrales, qui sont donc bien le substratum de la sensibilité, sont par suite l’origine même de la pensée; elles ne sont pas l’instrument d’un principe supérieur.

L’être à l’état d’inanition est incapable de fournir un travail aussi bien intellectuel que physique ; qu’on lui donne une dose suffisante de substance nutritive ou stimulante, aussitôt son activité tant intellectuelle que physique réapparaîtra. Il y a par conséquent une relation incontestable entre l’état physique d’une personne et ses forces intellectuelles ; il n’est pas inutile d'attirer l'attention sur l’union intime du corps et de l’intelligence; la constatation de cette liaison a une grande importance.

Si le cerveau et la pensée sont en relations très étroites ct inséparables, ce n’est pas le cerveau qui est dans la dépendance de la pensée, mais c’est le cerveau qui a la pensée sous sa

dépendance. Comment expliquer les différentes modalités de cette pensée, sous l'influence d’un poison cérébral, autrement que par une modification physico-chimique ou histologique des cellules, rétractilité dans la théorie de l’amæboïsme de M. Mathias Duval, modification entraînant naturellement celle de la sensibilité et par suite de la pensée ? Si celle-ci était une manifestation de l’âme raisonnable, si elle était l’exercice d’une faculté supérieure, il faudrait admettre que les manifestations de cette âme, que les modalités de la pensée, varient avec les modilications subies par les cellules, c’est-à-dire par son instrument, en d’autres termes que le principe supérieur est soumis à l'influence de son outil et lui obéit.

Nous savons que si dans l’empoisonnement cérébral, les idées ont une abondance extraordinaire et se succèdent avec une extrême rapidité, elles sont en revanche exagérées et incohérentes, ce qui revient à dire que la raison est diminuée ou même disparait. Si on devait dans le phénomène de pensée faire intervenir l'âme, on serait amené à reconnaître que sous l'influence d’un poison cérébral, cette âme devient déraisonnable et impuissante à diriger le cours de ses manifestations. S'il y avait une âme, une âme pensante, d’une part il est évident qu’elle ne saurait être à la merci de la matière, que par suite, elle devrait être entièrement hors des atteintes du poison cérébral et ne pourrait pas sous l'influence de celui-ci perdre l’un quelconque de ses attributs; d’autre part, il est certain qu'elle serait toujours identique à elle-même, qu’elle serait toujours inséparable de la raison; elle ne peut du reste se concevoir autrement que raisonnable.

De tout ce qui précède, nous tirerons cette conclusion finale : en dehors des cellules cérébrales vivantes, la pensée n'existe pas.

La conscience, dans son acception ordinaire, n’est probablement qu'un processus psychique qui accompagne les autres processus s’élaborant dans le cerveau.

La question de la conscience n’a pas été résolue d’une façon bien nette par les auteurs qui s’en sont occupés ; la plupart du temps il ont confondu entre eux : 1° la sensation ; 2° ses divers processus ; 3° le moi sentant ou mieux la connaissance du moi.

M. Armand Gautier a écrit, comme nous l’avons vu précédemment, que « les différents processus psychiques sont de pures formes perçues dans les organes mêmes qui en sont le siège » ; que «la pensée, c’est la perception des états intérieurs et de leurs relations ». À quoi Herzen a répondu que « cette perception des états internes était une définition dela conscience, et des états de conscience, maïs non de l’activité psychique en général qui peut être consciente ou inconsciente ».

Si d’une part il est impossible de ne pas reconnaître avec Herzen, que les phénomènes de l’activité psychique sont conscients ou inconscients, on ne peut d'autre part, selon nous, considérer l’image (agrégat de sensations), la pensée agissante (associations d'images), autrement que comme des « visions intérieures » perçues, c’est-à-dire senties, dans le lieu même qui en est le siège. Nous admettons donc l’opinion d'A. Gautier,

mais en la conciliant avec celle d'Herzen de la façon suivante : la vision intérieure qui exige forcément un être sentant peut être consciente ou inconsciente.

Pour nous, la conscience a pour point de départ la sensation. Elle est comme l’image et la pensée un complexus plus ou moins compliqué de sensations ; dès lors il est bien évident qu’on ne peut pas dire après M. Ch. Richet (Essai de psyeh. gén., p. 108): « La sensation suppose la conscience, et toutes les fois qu'il y a sensation, nous pouvons dire qu'il y a conscience. »

C’est le contraire que nous pensons être vrai : la conscience suppose la sensation, et toutes les fois qu'il y a conscience il y a sensation. Les matériaux dont est faite la maison ne sont certainement pas la maison, et les chiffres composant l'addition ne sont pas l’addition. M. Pierre Janct, dans son livre l’Automatisme psychologique, semble aussi confondre sensation et conscience quand il dit : « La conscience peut exister sans aucun jugement, c'est-à-dire sans intelligence; l’homme peut sentir et ne pas comprendre ses propres sensations (p. 38). »

Maine de Biran avait parfaitement conçu que la sensation pouvait exister sans la conscience : « Les fonctions vitales ont pour résultat des effets internes appelés sensations animales, modes généraux de plaisir et de douleur qui constituent l’existence de l’animal, lequel pour exister et pour sentir ainsi à son titre propre d'animal, n’a pas besoin de savoir qu'il existe ou s’apercevoir qu'il sent, c’est-à-dire d'avoir la conscience, l’idée de sensation, d’être une personne, un moi constitué un, simple, identique, restant le même, quand la sensation passe et varie. » Et plus loin : « Entre la conscience complète et le mécanisme cartésien il y a place pour des êtres qui ont la sensation sans conscience, sans moi capable de l’apercevoir. » (Journal intime, 1877, 139.)

I est vrai que Maine de Biran ne concevait pas exactement la conscience comme elle peut être conçue à l’heure actuelle, Le titre d'animal lui suffisait pour nier toute conscience, tandis

que M. Ch. Richet et M. Pierre Janet accordent une conscience à l’animal, « et que personne ne doute aujourd’hui de la conscience d’un chien. » (Pierre Janet, p. 22.)

Toutefois, Maine de Biran lui-même raconte qu'il eut des discussions avec Ampère, Cuvier, Royer-Cellard, et éprouva de la peine à se faire comprendre : « Une sensation pour eux n'était rien si elle n’était pas jointe à la conscience de l'être qui l’'éprouve. » (Journal intime, p. 139.)

D'autre part, Despine (Psychologie naturelle), Maudsley, Herzen, Ch. Richet (Psychologie générale), semblent admettre que sensation et pensée n’impliquent pas forcément la conscience.

M. Pierre Janet espère les confondre victorieusement (Aus. psych., p.22).

Ses arguments, nous l’avons déjà vu pour la pensée consciente, ont été loin de nous convaincre; aussi, pensons-nous qu'il y a des sensations qui ne sont pas conscientes, et la plupart des psychologues modernes veulent admettre qu’il y a aussi des images et des idées inconscientes.

De ce qu’un être est sentant, c’est-à-dire réagit à une excitation quelconque par des mouvements quelconques ou bien même par des mouvements appropriés coordonnés, il ne s’ensuit pas du tout que cet être soit conscient; c’est, du reste, ce que déclare M. Ch. Richet, en refusant une conscience à une grenouille décapitée ou décérébrée. La grenouille décapitée dont on pince la patte fait encore des mouvements appropriés. La grenouille décérébrée fait encore la chasse aux vers et aux mouches, tout comme des poissons sans cerveau, ainsi que l’ont observé MM. Steiner et Schrader.(V. Ess. de psyck., Ch. Richet, p. 3; Dict. physiol., p. 798.)

Prenons le chien décérébré de Goltz et voyons comment il se comporte : on lui donne un morceau de, viande imprégné de sulfate de quinine, il le rejette; on lui en donne un autre imprégné de lait, il l’avale ; il fait un choix tout comme s'il avait une conscience.

Quelle explication donnerons-nous de ce refus par le chien d’avaler le morceau de viande saupoudré de sulfate de quinine? Voici celle qui nous paraît la plus plausible et la plus satisfaisante. Sous l'influence du sulfate de quinine, #7 s’est produit dans les cellules gustatives une modification intime forcément sentie, puisqu'elle a été suivie d’une réaction traduite par un mouvement de répulsion que nous ne pouvons mieux comparer qu'à celui de notre estomac qui s’obstine à refuser tel aliment qu'il assimile mal tandis qu'il accepte ceux qu'il assimile bien. Le fait de réaction qui semble adapté à une fin, coordonné, se produit grâce aux principes d'évolution et de sélection.

Y a-t-il eu conscience? Non. Cependant, il a dù y avoir modification des cellules nerveuses qui en conserveront le souvenir ; cette dernière supposition parait être fondée puisque l’animal décérébré est, on le sait, susceptible d’une certaine éducation (très infime, il est vrai).

Il a dù y avoir phénomène senti dans le lieu même qui en a été le siège, car sans cela il n’y auraït pas eu rejet de la viande. Tandis que le chien décérébré a rejeté la viande imprégnée de sulfate de quinine, le propre chien de Goltz qui avait son cerveau intact, l’a avalée. Celui-ci sans doute a eu une sensation quelconque qui le poussait à rejeter la viande, mais la vue de cette dernière a réveillé en lui une idée, c’est-à-dire un agrégat de sensations, qui a été plus forte que la sensation première et qui l’a poussé à avaler. Nous dirons que chez ce chien certe détermination d'avaler à pu être accomplie avec une certaine conscience. |

Le chien décérébré, au contraire, a agi machinalement sans connaissance ; ses cellules impressionnées ont réagi suivant une loi d'évolution et de sélection, sans qu'il ait la moindre conscience. N'ayant pas d'associations de sensations, il n’a pu avoir ni connaissance de la viande, ni connaissance de son moi, et partant, aucune relation ne s’est établie entre ce moi et cette viande. |

On peut dire que ce chien était dans tous ses actes aussi bien sans conscience que sans idée; s’il mangeait fort bien ce qu'on lui mettait dans la gueule, il était incapable, il n'avait pas l’idée de rechercher lui-même sa nourriture ; tout comme le pigeon de Flourens, il serait mort de faim à côté d’une nourriture alléchante.

« Les mouvements de son corps étaient beaucoup plus continus que chez les chiens normaux qui ne changent de place que pour quelque fin. Si l’on tiraïllait ou pinçait en n'importe quel point le tégument cutané de ce chien, il manifestait son mécontentement par des expressions variées de la voix, grondements, jappements, aboïements furieux, selon le degré d'intensité des excitations, en même temps qu’il cherchait par des mouvements appropriés des membres de la tête et-du tronc à se délivrer de la main qui le tenait ; s’il n’y réussissait pas, il mordait en tournant sa colonne vertébrale du côté de l’agression ; il atteignait pourtant rarement la main qui le tenait; il ne faisait qu’effleurer de ses crocs et mordait à vide ; il avait évidemment perdu la faculté de trouver d’une manière consciente le point de molestation. »

Les plus douces caresses le laissaient indifférent ; toute expression de joie lui faisait défaut.

Cependant chez ce chien les sens étaient conservés, le goût, la vue, l’ouie, le toucher. Pour chacun de ces ordres de sensations, restaient peut-être un certain nombre de traces, mais ce qui manquait, c'était l’outil pour les associer, pour en faire des représentations mentales, des connaissances inséparables de la conscience. |

Il ressort de ce qui précède que connaissance du moi et conscience ne font qu’un. La connaissance marche parallèlement avec le développement du cerveau, et c’est seulement chez l’homme dont les connaissances sont les plus élevées, que la conscience est réellement claire et s’aflirme d’elle-même.

Il y a eu confusion, nous le répétons, entre la conscience et la sensation qui forcément est toujours plus ou moins sentie, comme

nous venons de le voir, mais qui, par le fait de ce qu’elle est sentie, n’est pas pour cela forcément consciente,

La sensation nécessite un être sentant, mais qui pour cela n’est pas forcément conscient.

Qu’on appelle perception la sensation consciente, et qu'on réserve le nom de sensation à la sensation inconsciente, peu importe; il y a là une simple question de mot. La sensation est toujours la sensation, qu’on en ait ou qu’on en ait pas conscience.

Mais, qu'est-ce exactement que la sensation ? Pour le savoir, nous n’avons qu'à examiner le phénomène qui est ainsi appelé sous ses deux aspects différents.

1° Objectivement, dans ses effets vus, observés ; nous trouvons un phénomène de réaction de la cellule nerveuse impressionnée sur ses congénères ou sur les muscles, par l’intermédiaire des nerfs.

2° Subjectivement, dans son essence; même nous apercevons un phénomène senti par l’être vivant et qui est, comme nous l'avons vu au chapitre de la pensée, un phénomène physicochimique de désintégration et de rédintégration cellulaire.

Nous définirons la sensation : l’excitation partie d’un point quelconque externe ou interne, transmise à une cellule ou bien ensemble de cellules, donnant lieu à un phénomène de réaction intime (désintégration ou rédintégration) qui se produit dans les cellules mêmes qui sont excitées, et de réaction transmise soit à d’autres cellules nerveuses, soit aux muscles par l’intermédiaire des nerfs centrifuges, donnant ainsi lieu à des mouvements.

Les excitants, les réactions externes, les contractions, les mouvements, c’est ce que nous voyons.

Le phénomène intracellulaire qui donne lieu à une élaboration et à des modifications physico-chimiques, c’est le fait senvi, c’est la « vision interne » consciente ou inconsciente.

Comme nous allons le voir à l’instant, cette dernière distinction est très importante pour concevoir la conscience.

Ceci dit, nous trouvons dans le phénomène appelé conscience :

1° La sensation (désintégration et rédintégration cellulaire) ;

2° L'élaboration psychique (association de sensations) ;

3° La connaissance du moi, qui n’est autre qu’une élaboration psychique sans cesse agissante, venant s’ajouter à la première.

Comment a-t-on défini la conscience ?

« La conscience, dit Royer-Collard, est la faculté par laquelle nous sommes sans cesse avertis de ce qui se passe en nous. »

Pour Guizot : « La conscience est cette faculté qu’a l’homme de contempler ce qui se passe en lui, d’assister à sa propre existence, d’être pour ainsi dire spectateur de lui-même. »

Alors que pour Spinoza : « C’est l'organisme observant luimême ses modifications et percevant leurs rapports. »

Nous définirons la conscience : la connaissance du moi dans ses rapports avec les excitations tant externes qu'internes.

Comment arrivons-nous à cette connaissance ?

Nous avons vu que les premières idées commencent avec les premières sensations associées. Si ces premières sensations associées peuvent donner lieu à des idées quelconques, elles peuvent tendre aussi à la connaissance du moi et à l’association de cette connaissance à celle des faits et du monde extérieur.

Il est facile de voir que les premières notions que peut avoir l’enfant aboutissent à la connaissance de lui-même, et cela forcément, car il ne commence pas par connaitre autrui, les sensations, les impressions, les idées d'autrui.

C'est lui, toujours lui qui est présent à lui-même, dès que son cerveau commence à travailler, à élaborer, à réagir.

Les images qui naïîtront, les idées qui se présenteront chez lui, vagues, indécises, sans lien au début, tendront à adapter son organisme, ses mouvements, ses actes, à des fins, à un but.

Ce n’est pas instantanément que les idées et les mouvements de l’enfant seront coordonnés ; c’est après mille tâtonnéments, mille erreurs (qui conservés dans son souvenir et comparés entre eux lui donneront la connaissance de lui-même), qu’il sera amené à une adaptation qu'il jugera supérieure à toutes les autres. Ces tâtonnements et ces erreurs qui existent dans la coordination des mouvements se produisent aussi dans la coordination des images.

Bien des mouvements, bien des actes, ne seront conscients chez l’enfant, c’est-à-dire ne donneront lieu à un phénomène d'élaboration physique, que pendant la période de coordination, . d'apprentissage.

Certes, il est des mouvements coordonnés et des aptitudes que l'être apporte en naïssant ; encore faut-il peut-être un certain degré d'élaboration psychique pour que quelques-uns de ces mouvements se produisent, pour que quelques-unes de ces aptitudes se manifestent.

Le poussin qui vient de naître conserve assez d'aliments nutritifs, pour que sa mère, en picotant le grain de mil mis à sa portée, lui suggère l’idée d’un pareil mouvement. Et chez les mammifères, les femelles attirent leur nouveau-né vers leurs mamelles ; les mouvements de succion sont probablement seuls transmis héréditairement. (Ce n’est qu'après plusieurs tétées que l’animal réclame ou recherche la mamelle.)

L'enfant qui naît a beau posséder en puissance un certain nombre d’agrégats, ces derniers sont inconscients ; et sa connaissance du moi ne vient petit à petit qu’au fur et à mesure que travaille son cerveau. Nous avons dit que ce n’était qu'après mille erreurs que se coordonnaïent ses mouvements ; ce n’est encore qu'après mille erreurs qu'il arrive à la connaissance du moi.

« Aïnsi notre idée de notre personne est un groupe d'éléments

coordonnés dont les associations mutuelles, sans cesse attaquées, sans cesse triomphantes, se maintiennent pendant la veille et la raison, comme la composition d’un organe se maintient pendant la santé et la vie. Maïs la folie est toujours à la porte de l'esprit, comme la maladie est toujours à la porte du corps, car la combinaison normale n’est qu'une réussite ; elle n’aboutit et ne se renouvelle que par la défaite continue des forces contraires. Or, celles-ci subsistent toujours ; un accident peut leur donner la prépondérance ; il s’en faut de peu qu’elles ne la prennent ; une légère altération dans la proportion des affinités élémentaires et dans la direction du travail formateur amènerait une dégénérescence. Morale ou physique, la forme que nous appelons régulière a beau être la plus fréquente, c’est à travers une infinité de déformations possibles qu’elle se produit. — On peut comparer la sourde élaboration dont l’effet ordinaire est la conscience à la marche de cet esclave qui, après les jeux du cirque, traversait toute l’arène, un œuf à la main, parmi les lions lassés et les tigres repus ; s’il arrivait, il recevait la liberté. Aïnsi s’avance l'esprit à travers le pêle-mêle des délires monstrueux et des folies hurlantes, presque toujours impunément, pour s'asseoir dans la conscience véridique et dans le souvenir exact. » (Taine, De l’Intellig., t. II, p.230.)

« Comment se fait-il que l’esclave arrive si souvent au terme ? » C’est grâce, dirons-nous, à la loi inéluctable d’évolution et de sélection, loi nécessaire, sans laquelle la vie ne saurait exister. |

« Tel objet est utile à notre existence, et alors il provoquera une émotion de plaisir. Tel autre objet est nuisible, et alors il provoquera une émotion de douleur.

Et, vraiment, il serait absurde qu’il en fût autrement. Concevrait-on un nouveau-né qui aurait de la répugnance pour le lait. Concevrait-on un individu à qui les brûlures de la peau feraient éprouver une sensation agréable ? Le plaisir et la douleur sont étroitement liés à nos besoins. La douleur de la faim, le plaisir de l’apaiser, nous indiquent que notre organisme a

besoin d’aliments. Le dégoût, la frayeur, sont des sentiments qui nous protègent contre les dangers innombrables du milieu ambiant, et qui nous avertissent de ce qu’il faut éviter. Si aucun plaisir n’accompagnait l’union des sexes, est-ce que la conservation de l'espèce serait assurée ?

Faisons l’hypothèse (absurde) d’un homme qui serait livré à son intelligence seule, ayant des sensations et perceptions très précises quant à la notion des objets, mais qui ne ressentirait aucune émotion, soit douleur, soit plaisir, par le fait des excitations extérieures : cet homme ne pourra, quelque intelligence qu’on lui suppose, protéger longtemps son existence. Comme il ne sentira ni la douleur, ni la fatigue, ni la faim, s’il se blesse, il malmènera sa blessure au point qu’elle s’enflammera et deviendra mortelle ; s’il marche ou s’il travaille, il se fatiguera et s’épuisera jusqu’à ce que les muscles ne puissent plus se contracter. Il ne mangera que par raison, et il mangera peutêtre plus que de raison, puisqu'il ne sentira ni la faim, ni la satiété après le repas. Les poisons lui paraîtront aussi bons à manger que les meilleurs aliments. Si le froid ou la chaleur l’atteignent, il mourra de chaud ou de froid, car il sera forcé de consulter le thermomètre pour savoir s’il doit être vêtu avec des vêtements épais ou légers. En un mot toute son intelligence, toute son attention, toute sa science, mises à contribution, ne sauraient remplacer que d’une manière extrêmement imparfaite les émotions innées de plaisir et de douleur. » (Ch. Richet, p. 142, Psych. génér.)

Eh bien ! non seulement nous avons, grâce à la transmission héréditaire, les mêmes sensations, caractères, aptitudes, que nos semblables, mais encore les mêmes centres d'association qui nous conduisent à des coordinations de mouvements et à des élaborations de pensées à peu près identiques.

Malgré toutes les forces accumulées pour maintenir les êtres sous l'empire de la loi d’hérédité et d'évolution, il arrive parfois qu’un d’eux s’en écarte et sort de la sélection naturelle ; toutes les forces de la nature sont alors immédiatement coalisées

contre lui et tendent à le faire disparaître. Aïnsi, lorsqu'un individu monstrueux soit anatomiquement, soit intellectuellement, vient au monde et grandit, il est fatalement destiné à disparaître.

Supposons un être qui aurait des sensations identiques à celles de ses semblables, mais qui. de leurs associations arriverait à la conception monstrueuse de son moi ; qu’arriverait-il ? il serait vite rayé du cadre des humains.

Est-il nécessaire de rappeler Vacher, le tueur de bergers. Non seulement il n'avait pas des sensations pareilles à celles des autres hommes ; mais encore il avait une connaissance de soi-même (conscience) monstrueuse, puisqu'il se proclamait l’envoyé de Dieu sur la terre.

En résumé, la conscience claire, distincte, qui s’affirme d’ellemême, c’est la connaissance coordonnée de soi-même au moyen de sensations et d’agrégats coordonnés, connaissance ellemême coordonnée, qui pousse à des mouvements et à des actes coordonnés en vue d’une fin et d’un but coordonnés.

Comment allons-nous donc expliquer ce phénomène de conscience ? Nous avons vu que la sensation était nécessaire à la conscience, mais que la réciproque n’était pas vraie ;. nous allons considérer deux choses : Less

1° La sensation qui est l’élément de la conscience.

2° La connaissance du moi.

La sensation se rattache, comme nous l’avons dit précédemment, à la désintégration et rédintégration des cellules nerveuses ou mieux aux phénomènes physico-chimiques qui se passent en elles, l’intensité de cette sensation étant en rapport avec l’intensité du phénomène physico-chimique; toutes les fois qu'il y aura désintégration et rédintégration, il aura sensation; et toutes les fois qu'il y aura élaboration, il y aura désintégration et rédintégration.

a) La sensation peut donner lieu à une réaction automatique.

b) La sensation peut donner lieu à une réaction psychique.

Deux hypothèses ont été faites pour expliquer les phénomènes de conscience : 1° ou les centres nerveux conscients sont distincts des autres centres nerveux ; 2° ou bien toutes les actions nerveuses sont primitivement conscientes et deviennent inconscientes par la répétition et l'habitude. |

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