‹ Les Difficultés du Traitement des Teignes TondantesChapitre 15 sur 37 · LOT · texte numérisé non relu

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cheveu parasité est gros, foncé, court et nu; il n’est pas engainé, et on ne remarque autour de lui aucune lésion épidermique. Au microscope, les spores, grosses de 5 à 7 y, sont toutes contenues dans le cheveu (trichophyton endothrix) et agminées en chaînes régulières suivant son axe longitudinal. On peut distinguer, dans cette trichophytie, une forme à mycélium résistant, caractérisée par des spores quadrangulaires, restant toujours accolées en chapelet, et une forme à mycélium fragile, caractérisée par des spores rondes ‘ou elliptiques, se séparant lorsqu'on écrase la préparation.

Les trichophyties d'origine animale, quoique ne formant qu'un vingtième des cas environ (l), sont dues à des espèces nombreuses. Elles ont pour caractère commun de s’accompagner de lésions croûteuses de l’épiderme (Kérion de Celse) ; les spores sont de grosseur variable (de 4 à 12 y), agminées en files longitudinales, et, comme dans la tondante de Gruby- Sabouraud, elles engainent le cheveu à sa base, mais seulement dans sa portion radiculaire (érichophyton ectothrix).

A ces signes cliniques et microscopiques correspondent des différences de culture qui affirment encore la spécificité des espèces (2); mais nous n'avons pas à nous en occuper ici.

Ce qui nous intéresse, au contraire, c’est de voir que, jusqu’à ce jour, la médecine s’est épuisée en vains efforts pour traiter d’une manière uniforme deux maladies, au moins,

qui n'avaient de commun que le siège. Tout les sépare : leur

(1) Elles paraissent former, au contraire, la totalité des trichophyties pilaires de la barbe. Î (2) Voyez : Les Trichophyties humaines, loc, cit.

PTE. ps

forme clinique, l'espèce du parasite, son habitat, ses réactions à la culture, à l’inoculation ; elles sont aussi distinctes entre elles que le favus et le trichophyton. On comprend, dès lors, quelle subite clarté les doctrines que nous venons d'analyser brièvement apportent dans l’aveugle thérapeutique des tondantes. N’est-il pas évident a priori que des espèces morbides diverses réclament des traitements différents ? Il n’y a pas de raison pour qu’un procédé efficace contre une maladie du cuir chevelu soit en même temps le spécifique des autres. On s'explique maintenant comment les découvertes mycologiques adoptées, mais déformées, et, si l’on veut nous permettre l’expression, décomplétées par les successeurs de Gruby, ont amené de si pauvres résultats pour le traitement des tondantes, alors que celui du f&vus en a si nettement bénéficié.

Mais il y a plus: distinctes objectivement et microscopiquement, les tondantes diffèrent encore dans le pronostic que comporte leur évolution spontanée. Leur séparation est trop récente pour qu'on ait eu le temps de les étudier suffisamment à ce point de vue spécial, mais déjà certaines lois se précisent: il y à des tondantes bénignes et des tondantes rebelles, et l’on peut espérer qu’un jour viendra, où le clinicien, établissant son diagnostic, posera du même coup le pronostic de la maladie. Aïnsi, les trichophyties d’origine animale ont, en général, une durée beaucoup plus courte que les autres, elles ne dépassent guère trois ou quatre mois ; ce sont malheureusement, comme nous l'avons vu, les plus rares. Inversement, si l’on met à part, dans un hôpital de teigneux, les enfants qui sont en

traitement depuis une, deux ou plusieurs années, on s’aper-

= Joie

cevra que, dans l'immense majorité des cas, leur lésion est due au 7xicrosporum Audouint; la tondante à petites spores paraît donc la plus grave de toutes. Quant aux trichophyties d’origine humaine, elles semblent tenir le milieu entre ces deux extrêmes et avoir une durée moyenne d’un an. Voilà des considérations qui font, à notre sens, reculer loin dans le passé la conception grossièrement synthétique de l'unique tondante d'autrefois, et qui expliquent bien des résultats thérapeutiques contradictoires. Il n’est pas étonnant qu on ait cru de bonne foi découvrir le spécifique rêvé, lorsquon l’essayait, sans s’en douter, sur une trichophytie à évolution rapide ; on attribuait au remède la terminaison naturelle et spontanée de la maladie. Et d'autre part, l'échec du traitement eût été moins inattendu si l’on avait su qu'on l’apphiquait à des cas plus graves ; les méthodes le plus en faveur devaient être nécessairement condamnées lorsqu'elles rencontraient des tondantes rebelles, ce qui arrivait trop souvent.

Il résulte de là qu’à l'avenir les essais thérapeutiques devront prendre pour base la différenciation des tondantes en espèces distinctes ; le traitement doit être, en principe, spécial à chacun des groupes définis à l’heure actuelle, comme à ceux qui pourraient être isolés par la suite ; et, pour donner à ces expériences une valeur vraiment démonstrative, il faudrait que l’évolution normale de chaque espèce morbide fût bien connue, que l’on sût, en somme, de combien de temps la méthode employée abrège la durée de l'affection abandonnée à

elle-même. Autrement l'obscurité continuerait à régner ; des

chercheurs pleins de bonne volonté appliqueraient sans se lasser sur des têtes de teigneux les médicaments nouveaux que la chimie et la matière médicale ne cesseraient de leur fournir, publieraient avec empressement les succès obtenus. pour voir ensuite, après des échecs inexplicables, leur procédé remplacé par un autre dont l’eflicacité ne s’imposerait pas davantage. Lorsqu'un traitement aura à son actif des observations ainsi formulées, par exemple : « Dans tant de cas de tondante à petites spores, dont la durée moyenne est de vingt mots, la méthode X a renvoyé les enfants parfaitement guéris au bout de cinq à six semaines, » il pourra être déclaré merveilleux, et les praticiens chargés de la cure des teignes seront coupables de ne pas l’expérimenter. Mais nous n'en sommes pas là ; 1l s’écoulera quelque temps encore avant que la confusion des tondantes ait définitivement cessé ; les notions unicistes sont trop séduisantes pour l'esprit, et il faut un peu de courage pour introduire de la complexité dans des

questions longtemps considérées comme simples.

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