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CHAPITRE VI

La difficulté du diagnostic de la guérison.

Nouvelle cause d'erreur des statistiques : la difficulté du diagnostic de la qué-

rison. — Il faut chercher les derniers cheveux malades au milieu des cheveux sains. — Manière de pratiquer cet examen : reconnaissance à la loupe ; tentative d'épilation; examen microscopique. — (Caractères des racines malades, — Réserves qu'il faut faire avant de déclarer une tondante guérie. —

Opinion de M. E. BESNIER : la guérison apparente, et la guérison réelle.

Nous avons déjà énuméré bien des griefs contre les statistiques de guérisons, telles qu'elles sont publiées à l'heure actuelle. Nous ne voudrions pas paraitre leur avoir déclaré une guerre sans merci, et nous souhaiterions de pouvoir accepter leurs résultats, souvents brillants. Mais plus on examine ces résultats, plus on les compare avec ceux qui sont fournis par l'expérience de nos maîtres, et plus on acquiert la conviction que les auteurs des statistiques favorables ont dû se laisser illusionner quelquefois par lardeur de leurs espérances. Dans bien des maladies, il est facile de voir si le sujet est, ou non, guéri de sa lésion : les symptômes s’amendent nettement, le retour à l’état normal est manifeste, l'expression diagnostic de la guérison n'aurait pas de sens. La guérison des tondantes est, au contraire, plus difficile en-

core à reconnaitre que leur début; il est fort délicat, pendant

une longue période, de se prononcer pour laflirmative ou la négative, et l'on conçoit qu'après l'application d’un traitement en lequel on à confiance, on soit parfois tenté de précipiter la conclusion.

Quand une plaque de tondante régresse, elle diminue par son pourtour, perd sa forme arrondie, et la bordure d'épilation préventive s'élargit progressivement, aux dépens de la surface malade ; en mème temps, commencent à repousser une multitude de petits follets sains, qui ne seront point envahis. Les bords mêmes de la plaque s’ébrèchent, et, après un temps, elle se trouve divisée en plusieurs segments, encore parasités, mais environnés chacun d’une zone guérie. C’est ainsi qu’un ancien et large placard est peu à peu remplacé par deux, trois, quatre petits ilots qui vont chaque jour en se rétrécissant. Il est facile, quand on à soigneusement continué l'épilation, d’apercevoir par transparence à travers l’épiderme les points grisàtres correspondant à chacune des racines cassées ; mais ce n’est pas là le cas le plus ordinaire.

Habituellement, lorsque les plaques sont en cet état, le médecin a depuis longtemps arrêté l'épilation. Les poils incessamment arrachés repoussent avec une lenteur croissante, et les familles ont hâte de voir disparaitre la déglabration révélatrice. Si l'on exigeait que les points malades fussent rigoureusement dénudés jusqu'au jour de la guérison définitive, on prolongerait la durée de l'isolement de toute la période nécessaire à la repousse des cheveux ; aucun collège, aucun établissement ne consentirait à recevoir un enfant porteur

d’une tonsure, même avec un certficat de guérison attestant

que la calvitie momentanée est le résultat du traitement. Le médeein est donc porté, lorsqu'il voit arriver la terminaison de la maladie, à diminuer le diamètre de l’épilation en même temps que les plaques se rétrécissent ; il se relâche de ses prescriptions à mesure qu'il approche du but, et, de faiblesse en faiblesse, en vient à ne plus parler d'épilation.

Les parents, de leur côté, sont encore plus disposés que le médecin à déclarer l'enfant guéri; en admettant qu’ils aient ponctuellement observé le traitement pendant les longs mois qu'a duré la maladie, ils sont, vers la fin, fatigués d’une telle persévérance ; le médecin aurait beau réclamer impérieusement la continuation de l’épilation qu'ils ne s’y soumettraient pas. Ils ont tout intérêt à croire et à faire croire leur enfant débarrassé d’une affection qui l'a trop longtemps tenu éloigné de la vie sociale ; continuer à arracher une foule de cheveux sains pour permettre d'apercevoir quelques poils malades leur parait une exigence injustifiable ; ils laissent donc croître indistinctement tous les cheveux et, lorsqu'ils demandent un certificat de guérison, le cuir chevelu de l’enfant présente, en général, toute l'apparence d’une tête saine.

Le diagnostic de la guérison, ou plutôt de la non-guérison, consiste, dès lors, à découvrir un très petit nombre de cheveux malades, disséminés un à un au milieu d’une forêt de cheveux sains ; on voit combien ce travail est compliqué et combien les erreurs doivent être fréquentes. M. Lailler, qui dirigeait avec une si haute probité scientifique l’école des teigneux de Saint-Louis, ne délivrait aucun certificat de guérison sans avoir lui-même examiné pendant trois quarts d'heure au moins

ET pas

le cuir chevelu de l'enfant qui se présentait ; ce témoignage d'un maître universellement estimé peut donner une idée de l'importance et de la difficulté du problème.

Il est évident que si les cheveux sont longs, il faut tout d’abord les faire couper au ras de la tête, c’est-à-dire à l'épaisseur des ciseaux: mais même avec cette précaution, la recherche est encore bien ardue. Deux instruments sont nécessaires : la loupe, à moins que l'opérateur ne soit doué d'une myopie favorable en la circonstance, et la pince, indispensable dans tous les cas. Alors commence la patiente exploration du cuir chevelu tout entier; aucun cheveu ne doit passer inaperçu, et tous ceux qui présentent un aspect anormal doivent être essayés à la pince. En particulier, tout poil tordu sur lui-même ou & demi-plié, frisé à son extrémité, gros parmi de plus fins, dirigé dans un autre sens que ceux qui l'entourent, plus foncé que ses voisins ou, au contraire, d'un blanc crayeux, plus court que les autres, présentant à sa base une légère exfoliation épidermique ou le rudiment d’une collerette... doit attirer l’attention, car il a les plus grandes chances d’être contaminé. On le saisit avec la pince et on tente de l’épiler. e

Plusieurs cas peuvent se présenter :

Ou bien le poil cassera net, sans amener son bulbe pilaire ; examiné au microscope, il montrera sans difficulté son parasite ;

Ou bien il s'allongera comme un fil élastique. mais viendra entier par une traction lente : c’est presque sûrement un poil

teigneux, et l'examen microscopique lèvera les doutes ;

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