II. — Tondantes à grosses spores d'origine humaine
Les trichophytons endothrix causent des teignes à lésion presque exclusivement pilaire, sèches au lieu d’être croûteuses comme les précédentes. Les meilleurs résultats que nous ayons constatés ont été obtenus par l’épilation associée à la
teinture d'iode et à l'emplätre de Vigo.
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F. s.a. un sparadrap.
L’épilation, nous l'avons vu, est fort difficile; mais ce n’est pas une raison pour la rejeter complètement. Même lorsque le cheveu casse, on obtient, par cette demi-épilation, la propreté de la plaque, et l'adhésion de l’'emplâtre en est facilitée ; lorsqu'on à le bonheur d'enlever un cheveu entier, ou au moins de le fracturer au-dessous de Porifice pilaire, on peut espérer la pénétration par capillarité d’un peu de teinture diode ; enfin l'enlèvement des parties contaminées extérieures au malade est une précaution contre la contagion.
Les applications de teinture d’iode et d’emplâtre de Vigo conduisent très vite à l’un ou l’autre des deux résultats suivants : ou bien il se produit une irritation épidermique phlycténulaire, analogue à l’action d’un vésicatoire ; ou bien on détermine un empâtement congestif de la profondeur du cuir chevelu. Le premier résultat est nul pour le traitement ; le second, au contraire, est très actif ; l'effet le meilleur qu'on puisse obtenir est la production d'un ædème profond avec apparition d’une minime vésico-pustule à chaque orifice pilaire ; on peut dire, d’une manière générale, que tous les poils où siège cette vésico-pustule seront guéris en trois semaines ou un mOIs.. ;
Donner des règles précises pour obtenir l'effet désiré n'est pas possible, car les cuirs chevelus réagissent différemment aux mêmes topiques appliqués de la même façon. C'est au praticien à varier l'intervalle des applications 1odées, et le temps de séjour du Vigo pour éviter l’irritation vésicante et amener l’œdème profond (1). En tout cas, il ne faut pas badi-
(1) Il nous a semblé que les résultats étaient meilleurs quand on réappliquait la teinture d’iode sous le même Vigo laissé en permanence sur la même plaque.
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geonner trop souvent à la teinture d’iode ; cette pratique, renouvelée deux fois par jour, provoque presque sûrement l'apparition des phlyctènes.
La majorité des tondantes à grosses spores traitées par ce moyen est guérie au bout de cinq à huit mois. Par quel processus la guérison est-elle donc obtenue ? Deux théories peuvent être invoquées.
Il est possible qu’il y ait expulsion mécanique du parasite, comme pensaient les partisans du traitement à l’huile de croton. L'inflammation d’un follicule pileux amène la fonte et le remplacement des cellules épidermiques, en même temps que l’éviction du poil parasité. Mais nous pensons que l'explication la plus plausible doit se trouver dans un fait de concurrence vitale.
Les recherches de M. Sabouraud (1) ont montré que les trichophytons non pyogènes sont gênés dans leur culture par la présence du staphylocoque blane ou doré. Chaque colonie bactérienne crée autour d’elle une atmosphère de deux millimètres environ, en surface et en profondeur, que la colonie trichophytique respecte en la contournant. On peut donc présumer que l’accouplement du staphylocoque au trichophyton, nuisible au champignon dans la culture, entrave aussi son développement dans la lésion. L'action de médicaments réputés antiseptiques, comme l’iode et l’emplâtre mercuriel, consisterait donc effectivement à créer une
infection secondaire mortelle au trichophyton (2). Il va sans
(1) Sur les trichophytons à grosses spores, Loc. cit.
(2) On peut vérifier par la culture qu’une plaque, traitée de cette façon par des médicaments irritants, est envahie en moins d’une semaine par des microorganismes pyogènes. R. SABOURAUD, |
dire que nous ne donnons cette interprétation des faits que comme une hypothèse.
Dans certaines trichophyties à mycélium fragile, le cheveu, loin de faire une saillie au dehors, se recourbe sur luimême dans l'épaisseur de Pépiderme, comme une tige qui n'aurait pu percer la couche de terre trop tassée au-dessus d'elle. Il est inutile, en ce cas, de penser à l'épilation. La première indication du traitement est alors d’exfolier cet épiderme où se trouve enfermée l’extrémité du cheveu qui devrait être aérienne. On y parvient par la rasure, le grattage, les applications todées ; ou encore par les collodions et traumaticines qui agissent, quand on les extirpe, par leur adhérence avec la couche épidermique.
Guidé par des idées théoriques, nous avions pensé tirer de bons effets du réactif de Schweitzer (1). Ce liquide, dissolvant la cellulose, nous semblait devoir attaquer un parasite dont l’écorce est cellulosique. Son emploi a fourni d’autres résultats que ceux que nous attendions : l’ammoniaque libre qu'il contient est mortifiante pour les éléments épithéliaux, de sorte que son application accentue l’exfoliation des couches cornées, qui tendent à s’éliminer, non en poussière furfuracée, mais en larges plaques. On peut donc employer la pommade au réactif de Schweitzer dans le même but que les collodions et les traumaticines ; mais nous pensons maintenant qu’il serait
(1) L’œmmoniure de cuivre où réactif de Schweitzer s'incorpore bien à la /4n0= line. Nous avons employé la formule suivante :
Réactif de Schweitzer du commerce..... 30 grammes. LADOLTO PAPE SCENE MAN CR ROUES 50 — Hole de TIC re TE ee ne à 10 —
DE ss tee illusoire de compter sur une action dissolvante; ce médicament s'est montré, comme parasiticide, aussi insuflisant que tous les autres, quand nous l’avons soumis à lexpérimentation.
Avec le #richophylon à mycélium fragile, un autre cas s’est présenté, celui des trichophyties en clatrière. Dans une même épidémie, sans qu'on puisse invoquer de différences de races ou d'espèces entre les parasites (1), on rencontre ou bien la tondante ordinaire à plaques circonscrites, ou bien une forme spéciale, dans laquelle les cheveux sont pris par deux ou trois sur toute la superficie du cuir chevelu. Il est clair que les moyens précédemment décrits cessent alors d’être praticables : il faudrait épiler la tête en totalité et appliquer les médicaments irritants sur toute cette surface, ce qui risquerait d’être dangereux.
Ce sont ces cas qui ont conduit M. Sabouraud à essayer des topiques gazeux, appliqués sous une enveloppe imperméable, et dont l’action pourrait s'exercer indifféremment sur les portions malades et saines du cuir chevelu. Les premiers essais avec le coton iodé ont été fort prudents, car on pouvait craindre une action vésicante aussi intense que sur les régions non pilaires ; mais ces craintes étaient chimériques : le cuir chevelu supporte parfaitement l'application permanente d’un matelas de coton iodé, épais de deux doigts et renouvelé tous les deux jours, sous une calotte de caoutchouc ; après une semaine, il semble seulement avoir été soumis à quelques badigeonnages de teinture d’iode.
Malheureusement, si Le remède est inoffensif, il est, comme
(1) Voir : Les Trichophyties humaines, /oc. cit.
Re
tant d’autres, d'une efficacité restreinte, Nous avons vu, en parlant de la disposition anatomique des infundibula pilaires (1), que la quantité d'iode qui peut pénétrer par ce moyen dans le follicule est certainement insuffisante pour tuer rapidement le parasite. Nous ne retenons ici cetté méthode que parce qu’elle nous paraît pour le moment la seule applicable aux trichophyties en clairière, qu'elle guérit sûrement, quoique avec lenteur. Elle présente en outre l'avantage d’empêcher les contagions d'enfant à enfant, ainsi que les contagions secondaires sur le cuir chevelu d’un même sujet.
Du reste, ce traitement par les vapeurs antiseptiques n'a peut-être pas dit son dernier mot; de nouveaux médicaments gazeux sont à l'étude, et il se pourrait que, dans l'avenir, cétte
méthode devint d'un emploi général.
III, — Tondante à petites spores, \
Les résultats qui précèdent semblent, au premier abord, aussi bien applicables àla teigne de Gruby-Sabouraud qu'aux trichophyties proprement dites. On est aux prises avec les mêmes difficultés d'épilation (2), car le cheveu est aussi cassant dans Les deux cas, avec la même impossibilité d'atteindre au fond de son follicule un parasite également fragile : le #richophyton et le microsporum ne présentent pas, x vitro, de différences au point de vue de la résistance aux antiseptiques.
Mais c'est ici que les recherches théoriques de M, Sabouraud sont, croyons-nous, grosses de conséquences pour la
(1j Voir p. 45.
(2) Il faut néanmoins, comme pour les trichophyties, la tenter dès le début.