‹ Les difficultés qui se présentent lorsque l'on veut diminuer la durée du séjour des malades dans les hôpitaux parisiensChapitre 23 sur 35 · LES TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

LES TUBERCULEUX

Un placement rapide et satisfaisant à la fois pour le moral du chronique et les finances des municipalités et de l'Etat est donc infiniment souhaitable et réalisable sans grandes difficultés. I est plus urgent encore de placer rapidement les tuberculeux dans des sanatorias. Le problème est d'envoyer le plus rapidement possible le tuberculeux au sanatorium. Les cas sont rares en effet où il y a intérêt à ce que le malade rentre chez lui. Il ne s’agit donc pas seulement de libérer un lit dans un hôpital, il s’agit de trouver un placement dans un sanatorium.

Les raisons qui militent en faveur du placement rapide des chroniques, militent aussi en faveur du placement rapide des tuberculeux. Lorsqu'un tuberculeux pulmonaire par exemple occupe pendant des mois un lit dans une salle de malades aigus, le moindre inconvénient de cet état de choses est une gène pour le médecin-chef de service et ses élèves, une entrave à l’enseignement clinique; inconvénient minime par rapport à d’autres, beaucoup plus graves. . Une journée de tuberculeux à l’hôpital coûte envi-

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ron 38 francs alors que dans un sanatorium le prix de revient de la journée est beaucoup plus faible. Les longues attentes à l'hôpital peuvent aggraver l’affection et le séjour au sanatorium en est prolongé. Les frais de tous ordres sont donc augmentés. Les assurances sociales ne payent que pendant 6 mois; la famille en général ne peut pas entretenir complètement ses malades, si bien qu’en définitive, des frais supplémentaires retombent sur les collectivités. Un placement plus rapide signifierait donc pour le budget de l’état, des départements, des villes une économie importante, difficile à chiffrer, mais que toutes les évaluations reconnaissent comme devant être considérable.

Le facteur moral, d’autre part, est loin d’être négligeable parmi les causes de guérison de la tuberculose. D'une part, parce qu’un tel malade, s’il a limpression d’être un peu abandonné à son triste sort, sans qu’on fasse grand chose pour le soigner, accepte plus difficilement la discipline des cures, les prescriptions d'hygiène qui lui sont nécessaires. Si les centres de triage et les services spécialisés des hôpitaux sont à l’heure actuelle assez bien organisés, par contre, il existe des salles entières de tuberculeux en dehors des formations spécialisées, où l’organisation est beaucoup moins bonne. Il y a, par exemple à St-Antoine, une salle en dehors du centre de triage qui est occupée uniquement par des tuberculeux et que l’administration a mis sous la responsabilité d’un médecin connu pour ses travaux sur le

tube digestif. 11 n’est pratiquement pas une salle de malades aigus, où l’on ne trouve sur des brancards un ou deux tuberculeux attendant un placement. À la date du 5 novembre 1935, il y avait dans les hôpitaux de Paris, 82 tuberculeux en attente dans des salles de médecine générale; presque fatalement, le médecin passant sa visite, ne s’arrêtera que de temps en temps devant le lit du tuberculeux; le moral du malade pourra s’en ressentir, il essaiera de frauder la discipline, risquera de se faire mettre à la porte de l’hôpital, ce qui n’est pas une solution. D’autre part, il est difficile de ne pas reconnaître que la seule impression de se sentir suivi par un médecin, de se sentir entouré de soins et dans les meilleures conditions pour guérir peut aider le tuberculeux à guérir. En outre, il est important de tenir compte de l’état d'esprit du malade adulte ou de la famille d’un enfant « à qui le médecin a souvent affirmé avant l’entrée à l'hôpital, la nécessité d’un départ rapide à la campagne ou à l'altitude, et qui voient leur enfant séjourner pendant des mois dans un établissement hospitalier parisien. Nombre d’entre elles s’impatientent et reprennent leur enfant malgré l’avis médical »,

Le tuberculeux se retrouve alors dans un foyer insalubre et risque de voir sa santé définitivement compromise, Et d’autre part, il risque de contaminer son entourage.

IL est enfin des raisons très graves pour placer rapidement le tuberculeux au sanatorium. Trop nombreux sont les cas où le malade a attendu des mois

son placement. Quand vient le jour de la contre-visite, il est déjà trop tard, l’affection a progressé, le malade est refusé ou même incapable de se présenter à la contre-visite. Après des mois d’attente, le malade est souvent dans un état différent de celui où il se trouvait lorsque l’on a proposé telle ou telle cure sanatoriale; le climat de la station de cure a changé avec la saison, si bien que les indications thérapeutiques se

sont modifiées.

D... Claude, né en 1909, boulanger, célibataire. I1 a eu une pleurésie en Novembre 1929; a été hospitalisé à Laënnec en décembre 1929. Entre à l’hôpital le 21 novembre 1932. Aurait été proposé pour Champrosay, le 28 novembre 1932. A été proposé pour St-Martin-du-Tertre, le 1° décembre 1932. Le 10 décembre 1932, proposition départementale, le domicile de secours de ce malade étant à Verzenay (Marne). Le malade désirant aller à St-Martin-du-Tertre avait trompé l’assistante sociale sur son véritable domicile de secours. Le 11 avril 1933, le chef de service écrit au Préfet de la Marne pour lui signaler le cas de M. D... et faire hâter son placement dont on n’avait aucune nouvelle. Le Préfet fait savoir à M. D... que son domicile de secours n’est pas dans le département de la Marne. On fait une demande à l’O. P. H. S. . On obtient après bien des difficultés que M. D. soit placé par l'Office. M. D... est placé à La Rochefoucault, le 26 juin 1933 en attendant son admission au sanatorium; puis il part au sanatorium de La Guiche. Le 26 octobre 1933, le médecin chef du sanatorium écrit une lettre au médecin chef du service où le malade avait été hospitalisé. Il lui renvoie le malade car M. D. se plaint de douleurs sacrées tenaces; une radiographie semble nécessaire. Le malade revient très fatigué le 30 octobre 1933, et il meurt le 16 janvier 1934.

G... Joséphine, infirmière temporaire de l'A. P., née en 1911, dans le Finistère; elle a un fils de 2 ans et demi qui est

en nourrice chez sa grand’mère; elle n’est pas mariée. Elle entre dans le service le 18 mars 1933; la malade ne peut plus payer les mois de nourrice de son fils; le service social à l’hôpital obtient des Enfants Secourus une allocation de 150 francs par mois. Le 19 juin 1933, une demande est établie pour que la malade soit prise en charge par le Finistère. Le 27 septembre 1933 on écrit à la Préfecture du Finistère parce qu’on n’a aucune nouvelle de la demande. Le 9 octobre 1933 on a une réponse de Quimper, il n’a pas été trouvé de traces dans les services de la Préfecture de demande d’admission au Sanatorium, pour la nommée G.…. On fait des démarches à l’A. P. On obtient que la malade soit admise au sanatorium d’Angicourt où elle entre le 7 novembre 1933. Elle reste à Angicourt jusqu’en Août 1934. La malade rentre le 12 octobre 1934 dans le service parce qu’on a découvert un foyer de condensation pulmonaire. Elle quitte le service pour partir en cure libre le 14 novembre 1934. Actuellement, la malade vit de ÉPSSAIUERE, bien qu’elle soit extrêmement fatiguée.

Quelques statistiques vont nous donner une idée de la durée de l’attente des tuberculeux dans nos hôpitaux parisiens :

Année 1934-1935 dans un centre de triage.

Placement par l'A. P.

Adultes :

Brévannes : 25 départs sur 31 demandes; 3 attentes de moins de 1 mois; 10 attentes de six semaines environ; 12 attentes de plus de six semaines, 2 à 3 mois et plus.

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Angicourt : 8 départs sur 11 demandes; 2 attentes de moins de 1 mois; 4 attentes de 6 semaines; 2 attentes de 10 semaines.

Ivry : 7 départs; Pas une seule malade partie en moins de 2 mois; 4 attentes de 10 semaines; 3 attentes de 3 à 4 mois.

Enfants :

Brévannes : 43 départs; 12 attentes de moins de 1 mois; 19 attentes de 1 mois; 12 attentes de plus de 1 mois, 5 semaines à 3 Mois.

Roc de Fiz : 5 demandes faites, pas un seul départ.

Placement par l'O. P. H.S.

Adultes : 120 départs :

Arnières : 38 malades admises; 2 en 5 semaines; 6 en deux mois; 30 entre 2 et 3 mois; Magnanville : 19 malades admises; 3 en 5 semaines; 16 en 8 à 10 semaines.

La Tuyolle : 27 malades admises; 10 en moins de 2 mois; 15 en 3 mois; 2 en 4 mois.

Groslay : 7 malades admises, attente de 10 semaines environ.

Bligny : 4 malades admises, attente de 3 à 4 mois. Hauteville : 15 malades admises, attente de 6 semaines à 2 mois.

L'Hay les Roses : 3 malades admises; 2 attentes de 10 semaines 1 attente de plus de 3 mois; Le Glandier : 3 malades admis en 6 semaines.

Villepinte : 4 malades admises; 3 attentes de 10 semaines; 1 attente de 3 mois.

Enfants :

Garçons :

Villiers-sur-Marne : 22 départs; 3 attentes de 2 mois; 4 attentes de 3 mois;

10 attentes de 4 mois; 5 attentes de plus de 4 mois;

Filles :

Ormesson : 8 départs; 3 attentes de 2 mois; 1 attente de 3 mois; 4 attentes de 6 mois; Villepinte : 10 départs; 4 attentes de 3 mois; 2 attentes de 2 mois; 4 attentes de plus de 3 mois (4 à 5 mois).

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