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TÊTE GROTESQUE, PAR LÉONARD DB VINCU

rable du crâne par rapport à la face, crâne aplati par en haut, front bombé, tête supportée par un cou grêle. Ces caractères sont bien ceux de la première enfance.

Nous ajouterons que l'artiste égyptien a doté de la même conformation céphalique d'autres dieux habituellement représentés dans le jeune âge. Les vitrines du Louvre renferment des statuettes du jeune dieu Horus ou de Iphotem, fils de Phtah, dont les têtes sont conçues exactement d'après le môme type que celui du dieu Phtah. Si nous faisons observer en outre que, sur bon nombre de figurines de ce dernier dieu, les membres ont un caractère de gracilité qui s'éloigne du type du nain pour se rapprocher de celui du nouveau-né, nous pensons qu'il est difficile de ne pas accorder que, dans

CHARCOT et RICBER. — Les difformes et les malades dans l'art. ^

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certaines représentations de Phtah, la première enfance ait été prise pour modèle. D'ailleurs la distinction que nous faisons ici est plus spécieuse que réelle. Ainsi que le fait remarquer le professeur ParroL, il n'est aucune déviation de la forme normale qui donne à l'être humain jeune ou adulte une analogie plus grande avec le fœtus ou l'enfant naissant que celle de certains nains, en particulier de ceux qui le sont par achondroplasie. La petite taille, le volume démesuré de la tête, Tensellure, les membres gros

FRAGMENT D'i'.NE TAPISSERIE FLORENTINE DU XVI" SIÈCLE, LE FESTIN DE PHARAOÎI,

d'après le DRONZINO.

et courts, les plis du tégument au niveau des articulations, l'abondance du tissu adipeux sous-cutané, tout concourt à affirmer cette ressemblance.

Il est banal de reconnaître que le culte du beau fut universel en Grèce. Aussi le chapitre des difformités relatives à l'art grec doit-il être peu fourni en documents. Nous ne parlons pas ici de ces quelques irrégularités qui se trouvent dans des œuvres réalisant, plus qu'on ne l'a jamais fait, l'expression du beau et dans lesquelles l'artiste attaché à un modèle n'a pas craint de marquer d'un coup de ciseau consciencieux les irrégularités écliappées à la nature. Nous signalerons en passant le gros orteil gauche du gladiateur combattant sur lequel M. Ravaisson-Mollien a attiré notre attention, et les oreilles déformées, tuméfiées, plaquées contre le crâne de quelques têtes de pugilistes.

Mais il est cependant une œuvre importante qui fait exception, et consacrée tout

iS LES DIFFORMES ET LES MALADES DANS L'ART.

entière à la représentation d'une « belle difformité », si Ton veut nous passer cette expression. L'intérêt qui s'y rattache nous fera pardonner la précision des détails dans lesquels nous allons entrer.

On sait qu'il a existé à Athènes des portraits d'Esope, célèbres par une représentation habile de la difformité. L'un d'eux était de la main de Lysippe, que Pline vante pour la fidélité du détail. Il n'est pas impossible qu'une des nombreuses reproductions qui ont dû être faites du portrait d'Esope par le grand artiste soit venue jusqu'à nous. Il existe à la villa Albani un buste qui pourrait bien être l'une de ces répliques, ainsi que le pense Visconti.

Ce marbre connu sous le nom d'Esope nous offre un remarquable exemple d'une difformité considérable du torse, et reproduite avec une remarquable habileté. Ce buste a déjà fait l'objet d'un travail critique, publié par l'un de nous en collaboration avec le docteur Dechambre, dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie^ 1857.

Nous reproduirons ici les principaux passages de ce mémoire.

Il s'agit d une courbure de la colonne vertébrale connue sous le nom de cyphose. La colonne vertébrale dans toute sa portion dorso-lombaire décrit une courbe d'un grand rayon, à convexité postérieure. Si Ton regarde le buste de dos, on s'aperçoit que cette excurvation n'est pas directe dans toute sa longueur, mais que, dans une grande section de la région dorsale, elle présente une très légère courbure à convexité droite, et de plus que, dans cette même étendue, le rachis, toutens'incurvant, tout en formant un arc latéral, décrit de légères ondulations de gauche à droite et de droite à gauche, ondulations brusques, provenant de ce que les vertèbres ont chevauché les unes sur les autres en divers sens, et que les apophyses épineuses ne peuvent plus former une courbe régulière.

Ces détails seuls, si vrais, si nature (pour employer un terme d'atelier) suffiraient pour attester que le travail a été fait sur pièces, mais le reste de l'œuvre en témoigne plus clairement encore.

L'incurvation de la région cervicale, par suite du prolongement de la courbure dorsale, n'a lieu que dans les vertèbres supérieures et profondes, comme elle devait être pour contre-balancer une excurvation aussi forte ; la'tête est rejetée en arrière, profondément enfoncée entre les épaules, le front déprimé, comme nous l'avons dit, quoiqu'à un trop faible degré. Toutes les côtes ont subi un double mouvement. L'excurvation dorsale les a rapprochées les unes des autres à leurs extrémités antérieures en leur imprimant une disposition analogue à celle des rayons d'un segment de roue, d'où il résulte un raccourcissement considérable du thorax suivant le diamètre vertical. D'autre part leur extrémité antérieure a été portée en avant, leur courbe s'est effacée, le thorax a subi un aplatissement latéral, en même temps que son diamètre antéro-postérieur s'est accru et que le sternum, d'autant plus repoussé en avant que les côtes sont plus

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS. tO

longues, a basculé sur ses articulations claviculaires et est devenu presque horizontal. De là vient cette poitrine en carène dont on voit ici un si bel échantillon.

La disposition de Tabdomen est aussi fidèlement rendue. La paroi antérieure poussée d'arrière en avant par les côtes est devenue en grande partie supérieure, et comme d'un autre côté le diamètre vertical de la cavité a été considérablement réduit, comme celle du thorax, par l'incurvation du rachis, le ventre a presque disparu pour qui le regarde de face.

Il n'est pas enfin jusqu'à la courbure latérale droite de l'épine dont les effets consécutifs ne soient traduits sur ce morceau : d'une part par un léger déjettement du cou à gauche, d'où résulte l'élargissement de l'épaule droite^ d'autre part par un pli de la hanche gauche sensiblement plus profond que celui de la hanche droite.

De quelle nature est cette difformité ? Le défaut de flexion anguleuse de l'épine semble

L'fl VANOUISSEMENT D'BSTUBR, PAR PAUL VÉRONÈSR.

Musée du Louvre.

d'abord devoir éloigner l'idée d'une carie, el, cette affection éliminée, il ne resterait plus guère d'admissible que le rachitisme. S'il ne s'agissait pas d'un buste, la question pourrait être plus aisément tranchée, car une déviation rachitique de ce genre ne saurait exister sans courbures des membres inférieurs. En l'état de choses, si l'on considère que les côtes ne portent pas trace de nodosités rachitiques, qu'elles ne sont pas incurvées vers leur partie moyenne, que le sternum, simplement soulevé, n'est nulle part infléchi sur lui-même, que la flexion anguleuse du rachis n'est pas un caractère essentiel du mal de Pott à toutes ses périodes, il nous semble que c'est à cette dernière difformité que se rapporte la figuie.

Ce buste est-il réellement un portrait du fabuliste phrygien?

Nous avons déjà rapporté l'opinion qui attribue à Lysippe l'original de notre marbre. Ce ne serait pas une raison pour que la figure fût bien ressemblante, soit dans les traits, soit dans l'expression delà difformité, puisqu'il n'y avait pas loin de deux siècles que le

fabuliste avait été précipité du haut du rocher de Delphes, quand Tartiste de Sicyone vint ftu monde, mais celui-ci a pu s'aider en partie de quelques données antérieures de la statuaire, en partie d'études anatomiques sur un modèle bossu, en partie de son inspiratioq, et composer avec le tout une figure dont les caractères physiques et l'expression morale et intellectuelle répondirent à tout ce que Ton savait de l'original.

UnQ circonstance vient à l'appui de l'idée qu'on n'a pas voulu seulement modeler un bossu quelconque, mais bien réaliser un portrait; c'est que l'extrême fidélité avec laquelle le dos a été copié ne se retrouve pas dans l'exécution de la tête. Ceux qui sont familiarisés avec les difformités de l'épine reconnaîtront au premier coup d'œil qu'il y a un défaut assez notable de proportion entre le degré de l'excurvation et de la déformation thoracique et celui des déformations consécutives de la face. Le front est bien un pQu fuyant, le crâne s'allonge bien un peu en pain de sucre, mais ces caractères

rRAOHINT DU TABLEAU DE CARPACCIO, fl LS9 AMBASSADEURS DU ROI MAURUS. >

Académie des Beaux-Art», à Venise.

(que les biographes d'Esope lui attribuent) sont trop peu accentués pour une déviation aussi considérable du rachis, le visage lui-même est trop régulièrement conformé. Or cette invraisemblance, nous dirions même cette impossibilité anatomique, de la part d'un artiste si habile à rendrele difforme, ne peut être que l'effet d'un calcul, ne se comprend qu'au profit d'un portrait ou au profit d'un monument élevé à la mémoire d'un personnage plus ou moins célèbre.

En dehors de ce spécimen que l'on peut rattacher au grand art sculptural de la Grèce, c'est dans les produits d'un art secondaire, dans les figurines en terre cuite, qu'il faut chercher pour trouver quelques exemples de difformités.

Nous rappellerons les quelques types grotesques dont nous avons parlé plus haut, et dans lesquels le comique résulte en partie de la copie fidèle d'une difformité naturelle. Nous y ajouterons ici plusieurs statuettes représentant des nains. M. Heuzeyen signale deux qu'il a reproduits dans son AtlaSy PI. 56, figures 5 et 6.

La collection des terres cuites de Myrina renferme un type remarquable de nain, grosse tête, jambes cagneuses*.

i. N»332 du Catalogue.

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS. 3i

Xous avons vu dans la collection Camille Lécuyer et Charles Toché, une petite terre cuite de Tanagra dans laquelle les signes tie rachitisme sont très fidèlement rendus. C'est un nain à demi drapé et qui montre à découvert ses deux jambes cagneuses, dont l'une est plus courte que l'autre.

La collection de terres cuites antiques de 0. Rayet renfermait une statuette de nain, trouvée à Pergame et décrite ainsi dans le catalogue: « N** 118. Nain grotesque, nu, le crâne chauve, le visage difforme, les jambes courtes. Il marche vivement vers la gauche et ouvre la bouche très grande pour crier : on dirait un capitaine de pygmées menant sa troupe au combat. »

En effet, la légende despygmées, dont Homère a chanté les combats contre les grues, a laissé dans l'art antique des traces nombreuses. Des peintures de vases, des verreries, des bas-reliefs de terre cuite, des statuettes célèbrent leurs exploits. On trouve fréquemment les pygmées et les grues dans les peintures d'ornementation des maisons de Pompéi et d'Herculanum. Le musée du Louvre possède un certain nombre de statuettes en bronze représentant des pygmées, et dont la provenance inconnue ne permet pas de les rattacher avec précision à l'art grec où à l'art romain. Toutes les probabilités sont cependant pour la seconde hypothèse. Nous en parlerons ici avec quelques détails.

Il convient de diviser, au point de vue morphologique, les pygmées du musée du Louvre en deux catégories. Les pygmées de la salle des bronzes offrent les caractères du nain et ne sont pas sans analogies avec le dieu Bes, dont nous avons longuement parlé plus haut. Le torse est long, charnu, ventru, les membres sont courts, ramassés, et les jambes chez quelques-uns, particulièrement chez ceux que nous avons fait reproduire, présentent la courbure rachitique. Ils sont représentés dans des attitudes variées, l'un dans une pose guerrière, un autre portant sous son bras gauche une grue dont il sert le bec de la main droite, un troisième dansant et couronné de feuillages, etc..

La collection Thiers renferme trois pygmées, l'un* se rapproche beaucoup des précédents : grosse tête, jambes torses et rabougries; il est représenté dansant. Les deux autres petites statuettes en bronze», également désignées comme pygmées, en diffèrent au point de mériter une description spéciale. Nous y remarquons les déformations rachitiques les plus intéressantes de la tête et du tronc; les membres, au lieu d'être courts et déformés, sont longs, grêles, fort émaciés, mais sans incurvation des os bien appréciable. La disproportion qui existe entre les membres et le tronc est donc ici en sens inverse. Chez les premiers, torse long, membres courts et difformes; chez les der-

i. N» 57 du Catalogue.

% N'-Sô et 56 du Catalogue.

niers torse difforme et ramassé sur lui-même, membres longs et sans notable déformation. Là, le rachitisme est surtout évident aux membres inférieurs, ici il se montre presque exclusivement à la tête et au tronc.

En effet, le crâne est déformé, allongé, dénudé ; les oreilles sont grandes et saillantes; la face imberbe, osseuse, amaigrie, sillonnée de rides, présente Taspect bien saisissant du faciès rachitique. Le tronc est celui des bossus, il n'est pas sans présenter de grandes analogies avec celui du <t buste d'Esope » que nous avons étudié plus haut.

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