‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 19 sur 49 · Venise^ Hisioirey Art et Industrie, Paris · texte numérisé non relu

Venise^ Hisioirey Art et Industrie, Paris

d'après la formule antique. Il ne s'agit point là d'une œuvre de Raphaël, car les peintures de celte salle ont été exécutées après sa mort, par un de ses élèves de prédilection, mais qui n'hérita point de son génie, Jules Romain. Dans la fresque qui représente la harangue de Constantin aux troupes, on voit à droite, au premier plan, un nain debout qui se coiffe d'un énorme casque empanaché. C'est un nain guerrier vêtu d'une cuirasse en pelleterie, ceint du glaive. Tête énorme, gros yeux, nez court, torse épais, membres courts et fortement musclés, jambes torses; il estdelarace de l'antique pygmée hercule, comme certaines figurines du Bes égyptien.

Dans une composition satirique d'Annibal Carrache, contre le Caravache, conservée au musée national de Naples, on voit au côté gauche du tableau un nain aux jambes torses appuyé sur un chien et qui tient un gros perroquet sur le poing.

Un des bas-reliefs en bronze de la statue équestre de Come I" , par Jean de Bologne, rappelle la cérémonie du couronnement. Au premier plan un nain ventru, court de jambes, s'appuie sur une canne et porte un petit chien sous un bras.

Au vieux palais de Florence, on voitune tapisserie florentine du xvr siècle représentant dans l'histoire de Joseph, le festin de Pharaon, d'après le Bronzino. Dans l'angle de droite, près de la table, un nain s'avance porté sur de courtes et solides jambes. Il est d'ailleurs d'aspect athlétique sans autre difformité qu'une physionomie repoussante. Il est à rapprocher du nain de Jules Romain dans la chambre de Constantin, au Vatican.

Les nains de Paul Véronèse ne sont pas moins remarquables. Les types qu'il nous montre ont certainement vécu, et il les a pris dans son entourage pour les mettre sur la toile. Le musée du Louvre en possède deux bien connus, l'un dans les Noces de Cana^ l'autre dans l'Évanouissement d'Esther.

Le nain des Noces de Cana, à peine aussi haut que la table près de laquelle il se tient, porte un perroquet de sa main gauche. Il est richement vêtu. La tête est volumineuse, le nez élargi, la bouche enlaidie de grosses lèvres. Le torse bedonnant est supporté par de petites jambes cagneuses.

Au pied du trône d'Assuérus, àdo[i^V Évanouissement d^Eslher^ se tient un nain favori, personnage dont le crâne déformé ressemble à celui des sujets atteints d'hydrocéphalie. Le front proéminent surmonte un nez court et écrasé. La disproportion est flagrante entre le crâne trop développé et la face diminuée de volume. Le reste du corps, bien que couvert de magnifiques vêtements, laisse paraître les disproportions habituelles.

Nous pouvons citer plusieurs autres nains dus au pinceau de Paul Véronèse, qui parait avoir eu une sorte de prédilection pour la représentation de ces êtres difformes^. Dans le tableau représentant Mdise sauvé des eaux y au musée du Prado, à^Madrid, un

1 . Paul Véronèse ne se doutait point que cette fantaisie bien innocente lui vaudrait une réprimande^du saint Office de Venise. M. Armand Baschet (Gazette des Beaux- Arts^ 1867, p. 378} nous a fait connattre une pièce

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nain occupe le coin droit de la composition. Vêtu de riches vêtements, il montre ses jambes torses, sa tête volumineuse au front bombé, au crâne court, et ne le cède en rien aux précédents au point de vue naturaliste.

l'enfant de VELLACA8, PAR VKLA80UE/.

Musée du Prado, à Madrid.

I Un autre tableau du même maître, aujourd'hui au musée de Dresde, est consacré au même sujet, il porte comme titre : La découverte de Mohe. Dans l'angle de gauche

exlrémemenl curieuse des archives de Venise et qui relate l'interrogatoire du peintre vénitien par les membres de ce tribunal sacré qui d'ailleurs n'avait à Venise ni l'autorité ni la sévérité de la sainte Inquisition d'Espagne. C'était a propos de tableaux que le Révérend Père du couvent des Saints-Jcan-et-Paul lui avait donné commission de faire pour l'honneur de son église. Les juges lui reprochèrent d'avoir mis en scène concurremment avec notre Seigneur des nains et des bouffons, c Est-ce qu'il parait convenable, dirent-ils, dans la dernière cène de notre Seigneur de représenter des boufTons, des Allemands ivres, des nains et autres niaiseries. » Le bon Caliari qui ne se croyait pas un aussi grand coupable prétexta de la pureté de ses intentions. Il en fut quitte pour c corriger et amender » son tableau, sur Tordre du saint Oflice, dont le jugement nous a certainement privé de quelques-unes de ces figures étranges, qui ne sont pas parmi les moins intéressantes de ses vastes compositions.

un nain tenant en laisse deux lévriers fait voir sa tête difforme et son profil lippu.

Enfin il existe un autre nain dans l'angle de gauche des escaliers monumentaux qui conduisent à la salle du festin, dans le Banquet dans la maison deLévi, àrAcadémie de Venise.

Carpaccio, dans la suite des épisodes de la vie de sainte Ursule, conservée aujourd'hui à l'Académie des beaux-arts, à Venise, a peint plusieurs nains. Dans le fragment qui représente les ambassadeurs anglais près du roi Maurus, sur la place qui s'étend au second plan, animée de nombreux personnages, on voit un nain gros et court, aux jambes torses, aux bras exigus, se promener majestueusement, la tête coifféed'une petite toque surmontée d'un long panache.

Dans un autre morceau, consacré au retour des ambassadeurs anglais chez leur roi, on voit assis sur les marches du trône un tout petit nain rabougri.

Nous ne quitterons pas l'école vénitienne sans dire un mot des nains de Tiépolo. Dans le recueil de cent eaux-fortes du maître reproduites par C. Jacobi*, les planches 90 et 91, dont nous donnons le fac-similé, reproduisent des croquis fort intéressants de nains et de chiens. Les nains ont de grosses têtes, des traits vulgaires, de petites jambes torses, avec des accoutrements bizarres.

C'est ce même type qu'il a placé dans une des fresques qui décorent le palais Labia, à Venise. Vu de dos, le nain monte les degrés qui conduisent à la table où sont assis Cléopâtre et Antoine. Nous sommes heureux d'en pouvoir donner une reproduction aussi scrupuleuse qu'habile, grâce à l'obligeance et au talent d'un aquarelliste bien connu, M. Charles Toché.

A la galerie royale de Turin se trouve un tableau important d'un maître terrarais de second ordre, Jacopo Argenti (deuxième moitié du xvi* siècle), et qui mérite notre attention à cause du sujet qu'il représente. C'est un portrait en pied de Charles Emmanuel adolescent. Le jeune homme, svelte et distingué, s'appuie de la main droite sur la grosse tête d'un nain qui lui sert en quelque sorte de repoussoir, et particulièrement remarquable par la petitesse de sa taille. La tête, en effet, de cet étrange personnage est énorme, sans déformation spéciale cependant; la barbe est clairsemée. Mais le reste du corps est si disproportionné qu'à partir du sol jusqu'au menton, il n'a guère plus de deux fois la hauteur de la tête. Les bras également fort courts atteindraient à peine au vertex. L'ample vêtement dont il est habillé ne permet pas de reconnaître s'il existe des incurvations rachitiques des membres inférieurs.

Nous ne ferons que signaler le nain que le Dominiquin a placé, dans les fresques de Grolta Ferrata, parmi la suite de l'empereur Othon III rendant visite à saint Nil. En

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