NAIN, PAR TIÉPOLO
Prafinent d'une fretqoa do palais Ubia i Venisa, d'aprèa no croquis à Taquarella da M. Charles Toeh^
les prenaient pour conseillers ou pour hochets. Il y avait même une troupe de gladia-
leurs exclusivement composée de nains qui, tout petits qu'ils fussent, ne s'entretuaient pas moins que les autres s'il faut en croire un auteur du temps.
Les grands et les riches particuliers comptaient toujours dans leur maison un ou plusieurs de ces malheureux dont toute la mission est d'exciter le rire.
En visitant la villa Albani, à Rome, l'un de nous a remarqué une statue qui devait être le portrait d'un de ces personnages parfois fort incomplets au point de vue intellectuel. Il s'agit d'un homme drapé à l'antique et dont la conformation de la tête, certainement copiée sur nature, reproduit un type de microcéphale.
Deux petits bronzes du musée d'Avignon, que certains archéologues ont pris pour des caricatures de Caracalla, donnent à l'empereur romain un corps de nain monté sur des jambes torses.
Au Moyen âge, les nains furent en vogue dans toute l'Europe. Nous signalerons de cette époque deux spécimens artistiques intéressants.
La célèbre tapisserie de Bayeux dite de la reine Mathilde (xi*' siècle) qui retrace toute l'histoire delà conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, nous montre un nain en titre d'office dans l'exercice de ses fonctions de page. Il tient par la bride les deux chevaux des envoyés de Guillaume à Guy de Ponthieu ; son nom TVROLD estinscritau dessus de sa tête. Ledessin, tout sommaire et archaïque, retrace cependant, en outre de l'exiguité de la taille, le volume exagéré de la tête et le développement de la face aux dépens du crâne amoindri.
Le second spécimen nous offre des détails plus précis et par là même plus intéressants. Une médaille de Francesco Laurano (1461) reproduit les traits d'un fou nommé Triboulet, mais il ne s'agit pas ici du fou du même nom qui, au siècle suivant, se rendit célèbre à la cour de Louis XII et de François V" . Le Triboulet de la médaille de Laurano était fou du roi de Sicile, René d'Anjou. C'était un pauvre nain difforme ayant, contrairement à la plupart de ses piareils^ la plus petite tête qu'on eût jamais vue ^
Il avait pour coiffure une barette qui n'était pas plus volumineuse qu'une grosse orange. En effet, lamédaillé.nous montre de profil un type remarquable de microcéphale. Les traits sont grossiers, le nez est proéminent. Le front fuyant est en retrait sur les arcades orhitaires, et^ le crâne tout petit fait un contraste frappant avec la face au contraire largement développée et dont une grande barbe en pointe augmente encore le volume. Les oreilles sont grandes et, par leur situation, révèlent Tétroitesse de la partie crânienne qui, sur une tête régulièrement conformée, devrait se développer beaucoup plus>€n arrière.
Mais c'est à partir de Ja Rènaiséance qu'abondent les représentations artistiques de fous, de nains ou de bouffons. En effet, ces êtres disgraciés tenaient une telle place dans
i. Ed. GarDÎer, le$ Nains et les GéaniSi Paris, 1884. Hachette, p. 96.
les mœui*s des cours royales, que chaque fois qu'un artiste avait à mettre en scène un roi ou un grand seigneur avec sa suite, le nain ou le fou avait sa place marquée dans la composition. Le fou et le nain se voient dans les festins, les cortèges royaux, les triomphes, soit que le peintre évoque des scènes contemporaines, soit qu'il retrace
POHTIIAIT DE CIIAHLES EMMANUEL* ADOLESCENT, PAR JACOFO ARCCNTI.
Turin. Galerie royale,
des faits d'histoire. Enfin, les nains ont eu leurs portraitistes, qu'ils soient représentés seuls et pour eux-mêmes, ou aux pieds de leurs maîtres et seigneurs. De grands artistes se sont chargés de livrer leurs traits à la postérité et ont su faire, avec ces déshérités de la nature, des chefs-d'œuvre de l'art.
Nous avons déjà dit que le nanisme ne relevait pas d'une seule et unique cause morbide. Plusieurs affections, en arrêtant le développement de l'individu, peuvent conduire il ce résultat et se traduisent extérieurement par des signes diff'érenls. A côté du nain diff^orme et contrefait, nous avons vu qu'il existe un type de nain à peu près régulièrement conformé dans sa petite taille. On trouverait même quelques exemples de proportions parfaites et irréprochables. En y regardant de près cependant, on peut, le plus
souvent, se convaincre qu'il existe tout au moins quelque défaut de proportion entre les diverses parties du corps : le torse est bien fait mais un peu long, les jambes sont droites mais trop courtes, la tête est trop volumineuse. C'est à cette dernière catégorie qu'on pourrait rapporter un certain nombre de figures de nains, telles que celles de Spinel Arétin (dans une fresque de San Miniato, à Florence), deDomenico Ghirlandaio (dans le Festin d'Hérode à l'église Santa Maria Novella, à Florence), de Gaudenzio Ferrari (dans P Adoration des MageSy Académie des Beaux-Arts, à Milan), de Bonifacio (dans Mdise sauvé du Nil et présenté à la fille de Pharaon ^ musée Bréra, Milan), etc.
Nous citerons plus loin les portraits des nains célèbres Jofïrey et K. Gibson par sir Peter Lely, van Diok et Mytens, et qui se rattachent également an groupe des nains exempts de difformités.
Pour compléter cette liste, nous pourrions ajouter les deux nains dont il a été question plus haut, le gentilhomme polonais Borwilaski, qu'une gravure de van Assennous montre comme un petit personnage accompli, et Bébé, nain du roi de Pologne, dont il existe deux portraits, un au musée de Nancy et un autre dans les galeries de Versailles, sans compter la statuette en cire de l'École de Médecine, de Paris.
Mais c'est là l'exception. Dans la très grande majorité des cas, la difformité apparaît dans tout son jour, car, comme le dit M. Lancereaux, le nanisme est toujours une monstruosité ou une malformation.
A côté du nain, il y avait souvent dans le personnel des cours royales ou impériales le fou ou le bouffon. Sans être d'une taille exiguë, ces derniers personnages n'en relèvent pas moins des diverses affections morbides que nous avons signalées plus haut, et un grand nombre d'entre eux présentaient des difformités physiques que les artistes ont fixées sur la toile, souvent avec bonheur. Nous passerons rapidement en revue quelques-unes de ces représentations artistiques parmi les plus remarquables, en commençant par les écoles d'Italie.
Mantegna nous a laissé deux figures de nains remarquables. Dans le Triomphe de Jules César (château royal de Hampton Court, septième panneau) un nain montre une face où se lisent clairement les signes combinés de la scrofule et du rachitisme. Le crâne est petit et dénudé, sur ses côtés se détachent d'énormes oreilles, le nez est épaté. Mais le trait le plus caractéristique se trouve dans la proéminence excessive de la mâchoire supérieure etdans le boursoufflement de la lèvre supérieure. Ses membres sont courts et trapus. Il porte au poignet droit un bracelet de grelots. Derrière lui un bouffon, coiffé du bonnet de fou, cligne de l'œil, en faisant avec les mains des gestes grotesques.
Dans le portrait de Barbe de Brandebourg, marquise de Mantoue, entourée de sa famille, Mantegna a représenté une naine à la face élargie, à la tête volumineuse et aux membres disproportionnés.
M. Ch. Yriarte a publié dans son livre sur F^ww^Me fac-similé d'un dessin de Mantegna, tiré du recueil de Padoue, et gravé par Francesco Novelli. Un nain, bonnet bas, présente un papier à un seigneur. Il a une grosse tête sur un petit corps, des bras courts mais sans difformité, la physionomie commune.
LES MÉNIMS, PAR VkLASQUBZ«
Musée du Prado, à Madrid.
Nous avons trouvé dans la collection des dessins grotesques de Léonard de Vinci une tôle qui n'est pas sans analogie avec celle du nain du Triomphe de César dont nous avons parlé plus haut. Il s'agit d'un croquis très certainement fait sur nature d'après un crétin goitreux et dolichocéphale.
Une des fresques de la Salle de Constantin, au Vatican, reproduit un type de nain