FRAGMENT OU TRIOMPHE DE LA MORT
Fresque du Campo-Santo do Pise.
petit chien peletonné sur ses genoux, d'autres chantent aux sons de la cithare ou du théorbe; d'élégants jouvenceaux, le faucon sur le poing, leur glissent dans l'oreille de douces paroles. Non loin, des couples amoureux se promènent sous les feuillages. On dirait une conversation galante du Décaméron. C'est sur cette joyeuse compagnie que la Déesse fatale, l'éternelle victorieuse, se précipite d'un vol furieux, du haut des airs. Elle n'a point pris l'apparence grêle et hideuse d'un squelette décharné, elle garde au contraire les traits d'une véritable guerrière. C'est une virago, vieillie mais vigoureuse, cuirassée de fer, qui, les cheveux au vent, brandit, d'un geste brutal, la formidable
faux. Au-dessous d'elle, dans un trou, gisent déjà pêle-mêle ses victimes dernières : roi et pape, seigneurs et grandes dames, évoques et moines; des démons et des anges se disputent les cadavres. Vainement une troupe en haillons de gens désespérés, d'estropiés lamentables, des aveugles, des paralytiques, des manchots, tournent vers elle leurs yeux suppliants, implorant ses coups comme une délivrance. La cruelle qu'elle est, n'écoutant rien, poursuit son vol vers le frais bosquet au-dessus duquel planent des essaims d'amours. A gauche, de l'autre côté du rocher qui abrite ces misérables, le spec-
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