‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 47 sur 49 · FRXGMP.NT DF. LA RÉSURRECTION DE LAZARE. NICOLAS FROMENT · texte numérisé non relu

FRXGMP.NT DF. LA RÉSURRECTION DE LAZARE. NICOLAS FROMENT

lacle n'est pas moins saisissant. Là, des flancs de la montagne, débouche une chevauchée triomphante de seigneurs et de dames, dans le plus brillant appareil.

« Soudain, le joyeux cortège s'arrête court : à quelques pas devant lui, s'ouvrent béants trois cercueils, gisants à terre,trois cercueils avec trois cadavres, l'un vêtu de l'hermine doctorale, déjà livide et gonflé, l'autre portant la couronne, en pleine putréfaction, le dernier réduit à l'état de carcasse, méconnaissable, tous emplis de vermine, tous rongés par des reptiles.

« Les chevaux efl^arés allongent la tête en reniflant; l'un des cavaliers se bouche le nez, sa compagne pensive laisse tomber mélancoliquement son menton sur sa main.

« La chasse est troublée pour ce jour-là et les gens du monde sont inquiets. Cependant au-dessus d'eux, dans les hauteurs de l'horizon, au milieu même des rocs d'où jaillissent les flammes infernales, les serviteurs de Dieu, les pieux anachorètes vaquent paisiblement à leurs besognes journalières, bêchant leurs jardins, trayant leurs chèvres,

lisant leur missel, fermant leurs yeux et leurs oreilles à toutes les tentations; ils vivent en grâce, ils meurent en paix, en compagnie des cerfs, des lièvres, des perdrix, de toute la création apprivoisée par leur douceur. Un sentiment jeune et vif de toutes les joies de la nature éclate dans cette partie de la composition. C'est le Moyen âge qui pense, c'est déjà la Renaissance qui parle. »

Nous n'insisterons pas plus longtemps ici sur la manière dont le peintre a représenté, sur les cadavres, les degrés divers de la décomposition des corps. Si nous trouvons là une peinture réaliste assez exacte de ce lugubre tableau, le troisième cadavre réduit

purnéPACTioN. d\s-relief en cire de gaetano giulio. BlHséc du Bargello à Florenrc.

presque à l'état de squelette témoigne d'une science anatomique fort rudimentaire.

Nous ne pouvons passer sous silence une résurrection de Lazare, de Nicolas Froment ou Fromenti, et qui se trouve aux Offices, à Florence. Lazare à demi nu, décomposé, horrible, se dresse hors de sa bière, les mains jointes tendues en avant. On voit des larves sur la peau.

Mais nulle part la corruption des corps n'a été représentée avec un réalisme plus répugnant que dans les hauts-reliefs en cire de Lumbo Gaètano Giulio, au musée du Bargello, à Florence.

Deux hauts-reliefs sont consacrés à la putréfaction, un troisième représente la peste.

Googfe

Au fond d'horribles souterrains, parmi des débris de toutes sortes, au milieu de tombeaux, des cadavres, entassés pêle-mêle, sont en proie à la pourriture. Tous les différents degrés de la putréfaction sont représentés. On y vo^t des femmes et des enfants. Des rats et des reptiles grouillent dans cette puanteur. Kous ferons grâce aux lecteurs d'une description plus détaillée. Dans l'un de ces hauts-reliefs, le Temps, sous les traits

LA FIN DES r. LOIRES DE CE MONDE, PAR VALDKS DE LEAL.

HApital de la Charité à Sôvillc.

d'un vieillard, détourne la tête de cet horrible spectacle ; dans l'autre au faîte d'un tombeau, une sorte de statue de la Mélancolie domine l'affreuse scène. C'est ce dernier que nous avons fait reproduire. Dans le haut-relief qui représente la Peste, se voit un amoncellement de cadavres de tout âge et de tout sexe, au milieu des ruines. Un homme qui apporte un nouveau cadavre se renverse suffoqué par les effluves miasmatiques, malgré le bandeau qui lui bouche le nez. Au loin, de grands feux s'allument dans la campagne déserte. La. silhouette d'une ville se profile à l'horizon. L'auteur de ces

cires étranges y a déployé beaucoup d'habileté et de talent. Mais Ton peut se demander par quelle aberration il a consacré à la représentation d'un tel sujet toutes les ressources de son art. C'est le chantre de la pounûture, le virtuose de la putréfaction.

Enfin nous devoiis signaler encore un tableau bien connu de Valdès de Léal, à l'hôpital de la Charité, à Séville, et qui porte comme titre : la Fin des gloires de ce monde.

On y voit deux cadavres dans deux bières ouvertes. L'un d'eux, qui est le plus en vue, porte la mitre et les vêtements pontificaux. La face rongée laisse voiries dents. Elle est couverte de vers et de larves, qui se répandent également sur les vêlements et qu'on voit grouiller entre les plis de la chasuble. Il s'y ajoute de gros coléoptères.

Nous avons raconté plus haut comment M. Mégnin avait reconnu dans les [tombeaux la présence de coléoptères qui s'y introduisent aux différentes époques de la putréfaction suivant les espèces, pour y déposer leurs œufs, d'où naissent les larves qui viven t de la pourriture.

Pages.

Introduction i

Les grotesques 1

Les nains, les bouffons, les idiots, etc 12

Les infirmes 52

Les aveugles 69

Les teigneux et les pouilleux 76

Les syphilitiques 79

Les lépreux 88

Les pestiférés 89

Les malades 109

Les morU 120

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