‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 8 sur 49 · FEMME OBÈSE · texte numérisé non relu

FEMME OBÈSE

Terre cuite de Tanagre. Musée da Louvre.

plus achevés. Il conviendrait de citer ici tous les grotesques, depuis le dieu Bes égyptien jusqu'aux figurines du genre familier, que les anciens ont doté des formes du nain. Mais nous nous réservons d'en parler au chapitre suivant.

Ce serait sortir des limites de la présente étude, que de rappeler ces types de caricature si remarquables dont il existe de nombreux spécimens parmi les figurines que nous a laissées l'art des coroplastes grecs. Ces vieilles femmes grotesques et ventrues tantôt

1. Notice des bronzes antiques exposés au musée du Louvre, réimpression 1879, p. 113.

LES GROTESQUES. Il

voilées, souvent d'une nudité indécente, qui minaudent avec de faux airs de Vénus pudiques, ces philosophes prétentieux, ces pédagogues ridicules, ces pêcheurs à la ligne si amusants, tout entiers à leur capture, et bien d'autres... sont autant de petits chefs» d'œuvre où éclatent les qualités de délicate observation, de fine ironie, de moquerie spirituelle du génie attique. Mais la difformité n'y tient point une place prépondérante et nous n'avons pas à nous y arrêter. Néanmoins nous dirons un mot de deux de ces petites statuettes dont le grotesque nous parait surtout résulter de la copie spirituelle autant qu'exacte d'une difformité naturelle.

La première figurine fait partie de la collection des terres cuites de Tanagre. Elle représente une vieille femme obèse, complètement nue. Elle est debout, avec un geste de pruderie grotesque. Les gras et les maigres ont de tout temps exercé la verve des caricaturistes; mais nous ne pensons pas que l'obésité ait jamais été reproduite avec plus de réalisme. Néanmoins l'attitude est en même temps d'un comique si fin qu'on retrouve là dans tout son éclat cette alliance, qui fit le grand art grec, de l'amour servile et scrupuleux de la forme avec l'idée qui conduisait le ciseau ^

Dans l'autre spécimen dont nous voulons parler, la difformité l'emporte sur l'idée. C'est unepelite figurine de la fabrique grecque de Kittion, dans l'île de Chypre : une vieille femme grotesque, d'une nudité inconvenante, bossue, accroupie eu boule, tenantuncanthare des deux mains. M. Heuzey en a donné une reproduction dans ses Figurines du Louvre^. Sa bosse a une forme spéciale qui nous semble bien prise sur nature. Elle est anguleuse, comme il arrive dans les déviations de la colonne vertébrale, consécutives au c mal de Pott ».

Nous passerons sur quelques statuettes de la basse Egypte, époque alexandrine, également conservées au musée du Louvre, où la difformité due à l'obésité se joint h des gestes indécents et à des poses lubriques.

i. Nous pouTons opposer à ce type de gras un torse en terre cuite de Tarse que M. Heuzey nous a montré dans son cabinet du Louvre, et qui est un exemple de maigre fort réussi. Les os et les muscles émaciés se dessinent sous la peau avec une grande vérité anatomique. Ce curieux spécimen démontre que les anciens avaient su reproduire avec un égal style Textréme maigreur et l'extrême obésité.

î. Les Figurines antiques de terre cuite du musée du Louvre^ par Léon Heuzey, avec planches gravées par Achille Jacquet, in-i®, Paris.

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS, etc.

Cet amour du grotesque et du difforme se manifeste d'une façon évidente dans Tantique coutume des nains et des bouffons officiellement attachés aux cours royales ou aux maisons des grands seigneurs, t Le suprême pouvoir, dit Th. Gautier, a toujours aimé cette antithèse de la suprême abjection. Un fou contrefait jouant avec les grelots de sa marotte sur les marches du trône est un contraste dont les rois du moyen âge ne se faisaient pas faute, i Et ce n'est pas seulement au moyen âge que nous retrouvons cet usage, c'est à toutes les époques et dans tous les pays, depuis les temps les plus reculés des anciennes monarchies égyptiennes jusqu'aux temps modeines.

Le peuple lui-même a eu ses nains, et la foule a toujours couru aux exhibitions de ce genre dans les fêles publiques, les foires, les théâtres. Elle n'a cessé par son empressement d'encourager l'exploitation de ces malheureux qui a été de tous les temps.

Les nombreux documents que les historiens ont pu rassembler sur ces disgraciés de la nature, constituent l'histoire la plus curieuse et la plus intéressante, mais ce qui nous touche ici plus particulièrement, c'est la trace que cet engouement a laissée dans les arts.

Ces représentations artistiques, dont un grand nombre sont signées des noms les plus célèbres, viennent à l'appui des documents écrits, et permettent de ranger ces êtres phénomènes à leur véritable place en les faisant entrer dans le cadre de la pathologie.

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer en détail les signes qui permettent d'établir, en ces questions, une nosographie méthodique. II suffira de dire que ces êtres singuliers que l'on a distingués sous le nom de nains, de fous ou de bouffions — autant de catégories qui souvent se confondent — n'appartiennent pas a une seule espèce morbide. Le doc-

leur Paul Moreau, de Tours* y dislingue plusieurs affections dont la part est variable suivant les sujets. Il cite en première ligne le rachitisme, puis la scrofule, Timbécillité et le crétinisme. Nous y ajouterons une aff^ection récemment décrite en France sous le nom de cachexie pachydermique et, en Angleterre, sous le nom de myxœdème. Il nous faut citer aussi la malformation achondroplasique décrite par le professeur Parrot.

Nous ne parlons pas ici des peuplades de petite taille dont l'existence au centre de l'Afrique a été parfaitement démontrée par les explorateurs modernes. Les anciens les avaient entrevues, et de là vraisemblablement est née la fable des Pygmées.

Existe-t-il de véritables nains? Pour mériter cette qualification « il faut, dit le doc-

STATUE nu NAIN K H NO UH M T PO U, FACB ET PROFIL. Muiti'o de BouUq.

teur Martin, que le sujet présente dans toutes ses parties de justes proportions, de telle sorte que si son corps a été arrêté dans son développement par une cause qui échappe à la vue et dont un examen attentif est incapable de rendre compte, il n'ait éprouvé cependant aucune altération ni dans la vigueur ni dans les facultés intellectuelles et morales, ni dans la santé, ni dans la vie, u\ surtout dans les aptitudes génératrices*. » On en cite plusieurs exemples d'ailleursdiscutables, et l'on se heurte toujours à quelques défectuosités parmi lesquelles l'impuissance tient le premier rang. Un des

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