‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 7 sur 49 · DIABLB DBS TOURS DE NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

DIABLB DBS TOURS DE NOTRE-DAME DE PARIS

relevée, le nez tors et la commissure labiale relevée et entraînée du même côté. La joue gauche est plissée, sillonnée de rides. Par contre, l'œil droit est grand ouvert, saillant, et tout ce même côté de la face contraste par le calme des traits et l'absence de rides avec le spasme qui bouleverse tout le côté gauche.

Une petite tête en terre cuite trouvée àMyrina offre unedifformité semblable. Le catalogue de MM. Pottier etJ. Reinach la décrit ainsi sous len° 777 : « tête longue, étroite, le sourcil gauche relevé, la bouche est ouverte et de travers, expression de souffrance. » Nous ajouterons que du côté de la déviation de la bouche, la narine est relevée, le nez tordu, la joue ridée, l'œil fermé ; ceci a lieu à droite, pendant que tout le.côté gauche

garde une impassibilité complète. Cette tête est celle d'un vieillard, et son expression est d'une réalité saisissante. Elle offre l'image, ainsi que la tête précédente, d'une affection nerveuse, plus difficile à définir nettement que celle du mascaron grotesque de Venise, parce que l'absence de la saillie de la langue enlève un signe d'une importance décisive; le diagnostic peut hésiter : le sujet est atteint ou d'hémispasme à droite ou d'hémiparalysie à gauche. On comprend que la seule inspection soit insuffisante pour trancher la question entre deuxaffectionsqui donnent lieu à une déformation des traits analogue et dont le diagnostic dans la pratique n'est pas sans présenter quelque difficulté. L'aspect lisse et exempt de rides du côté de la face qui n'est pas contracté, plai-

TftTE GROTESQUE.

EglUe de Semur.

derait plutôt en faveur de l'hypothèse d'une paralysie faciale localisée à ce même côté. Quoi qu'il en soit, il y a dans l'expressionde ces petites têtes un accent de vérité qui ne saurait tromper. A notre avis, ce n'est pas là une simple grimace, et nous sommes disposés à voir dans ces deux petites terres cuites la manifestation d'une déformation pathologique prise sur nature et reproduite par Tartiste avec un rare bonheur.

Nous avons également trouvé un rictus analogue dans une petite figurine du musée de Lausanne, et dont nous avons vu le moulage dans le cabinet de M. Charles Ravaisson-Mollien au Louvre. Mais l'ensemble des signes sur lesquels nous avons insisté à propos des figures précédentes n'existe pas. D'ailleurs, dans cette dernière tête l'expression caricaturale est bien plus accentuée ; elle offre des traits que nous retrouvons sur un grand nombre de têtes grotesques, et dont le numéro 769 de la collection

de Myrina offre le plus typique exemple. « Figure imberbe, dit le catalogue, crâne chauve et pointu, nez démesurément long et busqué, bouche largement fendue et ouverte, montrant toutes ses d^nts, larges oreilles écartées de la tête, sourcils relevés, menton fuyant. » Ce type caricatural est fort répandu dans les terres cuites d'Asie Mineure, les fouilles de Tarse et de Myrina en ont découvert de nombreux spécimens. Nous n'en aurions pas parlé ici, «i les artistes ne s'étaient plu à associer à ces traits grotesques d'une exagération manifeste, les déformations crâniennes les plus variées, front fuyant, crâne allongé, comme étiré en différents sens, diminué de volume, bossue, etc. . . comme les imbéciles, les idiots et les crétins nous en offrent de si nombreux exemples.

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MASQUB EN TERUE CUITE.

Musée du Louvre. Collection Campana '

Terre cuite de Myrina n" 709. Musée du Louvre.

Encore celte fois, c'est dans le triste champ des infirmités humaines, que la caricature est allée chercher ses éléments et ses moyens de provoquer le rire.

De semblables têtes sont parfois placées sur des torses difformes de rachitiques*. Le grotesque drapé (n° 817), doué de jambes très maigres, est vêtu d'une tunique à manches courtes et dont les plis retombent sur sa poitrine bombée comme celle d'un bossu.

C'est évidemment de ce type caricatural que dérive lemaccus des Atellanes, l'ancêtre du Polichinelle napolitain, du Pulcitiella.

L'antiquité avait l'habitude de ridiculiser les esclaves, ce sont eux qui composent la foule des grotesques. L'artiste s'est souvent contenté de copier leurs traits servilement et a produit ainsi de véritables types ethniques.

i. Cette figure et les suivantes qui représentent des statuettes du musée du ]<ouvre ont été faites d'après des photographies dues à l'habile concours de M. A. Londe et prises sur les originaux mêmes que MM. les conservateurs, M. Heuzey^M. Picrret, M. Ch. Ravaisson-Mollien etM.Saglio ont fort gracieusement mis à notre disposition.

â. Ainsi que c'est le cas pour la terre cuite portant le n° 705 de la collection do Myrina.

CHARCOT et RiGHER. — Les difformes et lés malades dans l'art. S

A. de Longperrier retrouve dans un buste en bronze du musée du Louvre le type de la race rouge du nouveau monde. « On a peut-être là, dit-il, Timage de quelque Guanche ou de quelque Caraïbe des îles de l'océan Atlantique *. »

Mais le type le plus fréquemment reproduit est celui de l'Ethiopien. Les terres cuites de Grèce et d'Asie Mineure en offrent de nombreux exemples, d'une vérité si parfaite qu'il semble qu'on ait sous les yeux le portrait de quelque chef abyssin de nos jours.

C'est ainsi que la nature elle-même a souvent fourni à l'art caricatural ses types les

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