L'ARCHE DE NOE
En 1867, plusieurs jeunes artistes fréquentaient le restaurant de la Tourelle, au coin des rues Saint- Benoît et Jacob. Ce premier groupe se composait du peintre Eugène Baudouin, qui était le boute-entrain de la réunion ; d'Henri Regnault, Léon Glaize, Adrien Moreau, Clairin, Blanchard, Firmin Girard, Alfred Loudet, Amédée Rosé, peintres ; de Louis Bourgeois, Aristide Groisy, Jules Lafrance, sculpteurs. Henri Regnault se livrait à des charges où la mort jouait toujours le principal rôle. Un jour, il se barbouilla la figure, le cou et la poitrine de rouge, et se fit apporter par quatre de ses amis à la Tourelle. On crut que ces hommes étaient chargés
d'un cadavre. On parla d'assassinat ; l'émotion était dans le quartier ; les sergents de ville prévinrent le commissaire de police, et on eut beaucoup de peine à faire comprendre à ce magistrat que toute cette émotion avait pour cause une farce de mauvais goût. A cetteépoquelapetitesociétén'avaitpasencore denom.
En 1868, elle se transforma et le nombre de ses membres s'accrut. Les nouveaux étaient Saint-Saëns, compositeur de musique ; Paul Ferrier, auteur dramatique ; Paul Deroulède, qui a fait les Chants du soldat] Georges Charpentier, fils du célèbre éditeur; Paul Sébillot, peintre ; les trois Coquelin ; Piton, jeune homme fort riche qui faisait de la peinture en amateur; Etienne Leroux, sculpteur ; Georges Becker, peintre ; Frédéric Barré, poète.
La Société se réunit au Palais-Royal, chez Janodet, et prit le nom de Trop serres, parce que le salon où elle s'assemblait était tellement exigu, que les malheureux artistes étaient entassés les uns sur les autres et pouvaient à peine se mouvoir.