DINER DES PRIX DE RHUM
Il ne faut pas confondre ce dîner avec son homonyme des prix de Rome. Les artistes et les littérateurs qui en font partie sont connus ou en voie de se faire connaître, tout comme leurs confrères qui ont été envoyés sur les rives du Tibre pour compléter leur éducation artistique. Cependant l'étiquette du dîner n'est pas due tout à fait à l'imagination inventive d'un peintre en joyeuse humeur. Parmi les fondateurs des Prix de Rhum se trouvaient, sinon des adorateurs, du moins des amateurs passionnés de cette liqueur qui, outre les qualités que beaucoup lui reconnaissent, a aussi le mérite de faire connaître aux
plus ignorants l'existence de la Jamaïque.
On ne s'occupe pas si la Jamaïque est une île ou fait partie du continent ; si c'est un royaume puissant ou une principauté minuscule ; ces détails intéressent peu, mais on sait que ce pays produit le rhum. Là s'arrête la science géographique d'un grand nombre d'appréciateurs de cette liqueur alcoolique.
Ce dîner fut fondé en 1880; la première réunion eut lieu chez Paul Brébant, le Ier novembre de cette même année. Ce repas fut très gai ; on parla de statuts, d'art, de littérature, et, le rhum aidant, l'éloquence de quelques-uns des convives atteignit des hauteurs vertigineuses. Une qualité nouvelle était découverte au produit de la Jamaïque ; il déliait les langues, donnait de l'audace aux timides et rendait gais les hypocondres. Ce fut un coup douloureux pour la pharmacie, qui cependant se remit de cette secousse. Les Prix de Rhum ne propagèrent pas leur découverte ; ils n'ennuyèrent pas les journalistes en leur demandant des réclames. Ils furent modestes et ne cherchèrent pas à exploiter les qualités aussi