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LE DINER DES PRIX DE RHUM

une place parmi ses confrères. Le libraire intelligent a remplacé le littérateur. Il est toujours resté à M. Charpentier un faible très prononcé pour les artistes, les poètes et les prosateurs. Il a fondé et dirigé longemps la Vie moderne, dont le succès est assuré ; un jeune poète, Georges Nardin, fait partie de son personnel, et il a publié de lui un volume de vers : les Horizons bleus. Nardin a causé bien des désagréments aux commis-libraires qui venaient acheter des livres, en leur faisant des reçus en vers. Heureusement que, pour ces intelligences faibles, ces plaisanteries n'ont pas duré. L'hiver, cela passait encore ; mais l'été on a constaté des cas d'épilepsie, des accès de gâtisme, et l'auteur de ces actes féroces et blâmables riait à se tenir les côtes.

Nardin a un mérite : il est exact à son poste, ce qui est étonnant pour un garçon qui se livre à la fabrication des alexandrins, mais un de ses confrères qui était son collègue chez Charpentier, Maurice Montégut, faisait à des intervalles éloignés, acte de

présence. Aussi quand il offrit sa démission à son patron, ce dernier crut à une aimable plaisanterie. Il croyait que depuis de nombreux mois le capricieux auteur des Noces noires et de Lad/ Tempest s'était retiré. Montégut eut pour successeur Léon Henrcique, un écrivain naturaliste de beaucoup de talent, auteur de la Dévouée, un roman très bien écrit et de plusieurs autres œuvres d'imagination dont pas une seule n'a passé inaperçue. M. Hennique lait partie du Dîner des Prix de Rhum. Une des plus brillantes plumes du journalisme parisien, M. Fourcaud, est aussi du dîner. Comme critique d'art, il possède une autorité que parsonne ne songe à lui contester. Il écrit aussi à la Vie moderne.

Pour terminer, citons parmi les dîneurs le docteur Veyssières. Pour analyser les sauces, un chimiste ferait sans doute mieux l'affaire, mais chez Brébant ce serait une précaution superflue.

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