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LES RIGOBERT

Fondé en 1878, ce dîner, dont l'idée première est due à Vibert, a pris une importance considérable parmi les réunions artistiques. On voulait d'abord réunir quelques amis, habitant dans différents quartiers de Paris. Ces artistes, n'ayant pas les mêmes relations, risquaient de ne jamais se rencontrer et de ne se connaître que de nom.

Vibert fit part de son idée à quelques intimes : Détaille, Worms, Berne Bellecourt, Duez, Jourdain et quelques autres. On dressa une liste des membres à élire ; le vote eut lieu et la Société fut organisée.

Voici la liste complète des sociétaires ; Vibert

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Détaille, Worms, de Neuville, Louis Leloir, Eugène e Roux, Roger Jourdain, Duez, Firmin Giraud, Alphonse Hirsch, Maurice Courant, de Gironde, Goubie, Léon' Glaize, Delort, Poirson, Butin. Après leurs succès au Salon, on demanda à Jean Béraud, Mathey. Jacquet et, en dernier lieu, à Bastien Lepage, de vouloir bien faire partie de la Société. Alphonse Hirsch, fut nommé secrétaire et on n'élut pas de président : ce rouage parut inutile.

Les premiers dîners eurent lieu chez Brébant ; mais, au bout de quelques mois, de Neuville proposa de se réunir chez son ami Noël, au passage des Princes. Cette proposition fut acceptée et Noël reçut les artistes à bras ouverts.

Le dîner n'eut pas de nom pendant quelque temps, mais cette hérésie ne pouvait durer ; on chercha, chacun proposa un titre ; l'un même émit l'idée de l'appeler Gueules de bois, puisqu'il y avait déjà les Tètes de bois, il y eut des cris de pudeur effarouchée dans lu réunion; on se récria contre ce nom par trop

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réaliste, et, en cherchant dansl'almanach, on s'aperçut que le saint du jour était saint Rigobert. Le nom était trouvé : le dîner fut nommé le Rigobert.

Après quelques repas payés, le restaurateur qui est un homme de goût, proposa un arrangement qui consistait à le solder, non en argent, mais en œuvres d'art. Chaque dîneur lui donnerait un croquis. La proposition fut acceptée.

La seconde année, Noël, qui avait pris goût à la chose, proposa de continuer ce système d'échange; les artistes qui ne s'en trouvaient pas mal, applaudi rent, et la collection du restaurateur continua à s'enrichir d'œuvres signées de noms célèbres.

Il faut dire que ces repas succulents avaient séduit les artistes.

Les dîners des Rigobert sont très gais ; on y dé-

pense beaucoup d'esprit, on y dit pas mal de bêtises et jamais on ne s'occupe de choses sérieuses, ce qui est le comble de l'esprit. Si, par hasard, une question grave est imprudemment mise en circulation, elle est aussitôt étouffée sous les rires et les plaisanteries.

Une chose sérieuse est sortie du dîner, c'est la Société des Aquarellistes français. Cela vaut mieux que d'avoir disputé sur la politique, la religion ou... sur le règlement du Salon. Aussi la Société ne songe pas à se dissoudre; les artistes sont satisfaits et Noël est joyeux.

Cette gaieté des Rigobert n'aurait-elle pas pour cause l'excellence des mets et la qualité des vinsqui leur sont fournis ?

Les Rigobert ont perdu deux de leurs sociétaires Louis Leloir et Ulysse Butin.

Louis Leloir eut pour maître son père, un peintre d'histoire. Son frère, Maurice Leloir est un peintre

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de genre et un aquarelliste de grand talent ; M M . Toudouze et Paul Colin sont ses cousins. On voit que l'art est bien représenté dans la famille de Louis Leloir.

Les œuvres et les objets d'art réunis dans son atelier qui était un véritable musée ont été vendus à l'hôtel Drouot, le produit de cette vente a dépassé trois cent mille francs. Leloir était à peine âgé de quarante ans.

M. Ulysse Butin est mort à quarante-six ans. Cinq mois auparavant il avait perdu sa femme, sa santé fut altérée, ses amis s'inquiétèrent, mais la douleur morale avait tué le corps, le mal ne fit qu'empirer et un dénouement fatal justifia les inquiétudes de son entourage.

Il comptait de nombreux succès, tels que Y Attente, le Départ, le Cabestan, la Femme du marin, l'Enterrement, le Vœu et Une mise à l'eau, etc.

Le Figaro illustré contient de lui un dessin d'une page entière qui s'appelle le Repos du marin.

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Peu de temps avant sa mort, il travaillait à une décoration très importante pour l'hôtel de ville de Saint-Quentin, sa ville natale. Le sujet était le comte de Vermandois octroyant les franchises à la ville de Saint-Quentin.

Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1881 il avait été pendant douze ans professeur des écoles de la ville de Paris.

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