‹ Les diners artistiques et littéraires de ParisChapitre 41 sur 58 · VINS · texte numérisé non relu

VINS

Chanturgne, beaune vieux.

Café, Liqueurs, Fine Champagne, Bénédictine,

Chartreuse, etc.

Ce menu était illustré d'un dessin de M. Franc Lamy.

Naturellement, un repas qui doit être le point de départ de beaucoup d'autres ne peut se terminer sans discours. Il y eut donc des discours à la Soupe aux

choux. D'abord M. Saint-Joanny parla de la Société et des motifs qui avaient amené sa fondation. M. Richard, du Cantal, prononça aussi un discours qui fut énergiquement applaudi. On buta Lafayette, à l'Auvergne. M. Edmond de Lafayette prit aussi la parole et M. Gabriel Marc, en sa qualité de poète, dit les vers suivants :

Je bois à mon pays natal ; aux monts superbes, Aux pays couverts de neige, aux gazons verdoyants : Aux coteaux où fleurit la vigne ; aux bois riants ; A la blonde Limagne où s'entassent les gerbes.

Je bois à l'Arvernie, à ce vieux sol gaulois, Où Vercingétorix vit fuir l'aigle romaine ; D'où s'élança Dclzons, le fougueux capitaine, Et d'où partit Desaix, pour de lointains exploits ;

Aux vallons des premiers amours, où croît le vergne ;

A la claire Jordanne, à la Dore, à l'Allier ;

A nos frères absents qu'on ne peut oublier.

Je bois au Puy-de-Dôme, au Cantal, à l'Auvergne I

Les verres furent vidés et remplis. M. de la Foui-

house, qui est aussi un poète délicat, chanta une chanson, Mon cœur porte peine, dont il est l'auteur. Cette poésie se chante sur un vieil air du pays. M. Chaly égrena ses notes en patois à la grande joie de l'assistance qui répétait le refrain avec lui et M. Dupérelle débita avec entrain la charge locale des raccommodeurs de chaudron.

Pour les futurs dîners on nomma, sur la proposition de M. Saint-Joanny, six organisateurs, MM. Gabriel Marc, Mouly, de Vergèses, Monbur, Lamy et l'auteur de la proposition. A ces six commissaires on adjoignit M. Melchissédech. Cette constitution n'était que provisoire et pouvait, par conséquent, être modifiée.

On voit que, comme célébrité, le dîner de la Soupe aux choux tient bien sa place parmi les repas artistiques. La patrie de Sylvestre II, de Biaise Pascal et de tant d'autres illustrations n'a point voulu

laisser absorber ses gloires. Nous émettrons un regret, c'est que les noms de M. Rouher, ancien ministre de Napoléon III ; de M. A. Grenier, rédacteur en chef du Constitutionnel, un des écrivains les plus corrects de l'époque, un lettré fin et délicat ; de M. Tullon, un jeune peintre plein d'avenir, et quelques autres que nous pourrions citer ne figurent point parmi les membres de la Soupe aux choux. Cependant M. Gustave Saint-Joanny a affirmé dans son discours que la politique serait exclue de la société. Peut-être n'est-ce qu'un oubli.

LE DINER QELTIQUE

Le dîner celtique a été fondé en 1878; il se compose de Bretons bretonnants, de Bretons gallots et aussi d'écrivains s'étant occupés de la langue et de la littérature celtique ; parfois aussi on y a vu des Gallois, des Irlandais et des Écossais résidant à Paris ou s'y trouvant au moment du dîner qui a lieu tous les mois, sauf de juillet à novembre.

Les principaux membres du dîner sont MM. Renan, auquel tout naturellement la présidence a été donnée ; Henri Gaidoz, directeur de la Revue celtique ; Bertrand, directeur du musée de Saint-Germain ; A. de Barthélémy, l'archéologue bien connu ; Arthur Rhône, le peintre ; Paul Sébillot, qui est aussi un

littérateur distingué : il a publié les Coules populaires de la Haute-Bretagne; Eugène Rolland, auteur de la Faune populaire de la France , Loth, professeur au collège Rollin ; Quellien, qui a écrit un volume de poésies en breton intitulé Annaïk; F. -M. Luzel, l'auteur des Veillées bretonnes, etc., etc.

Au dessert, on cause des littératures celtiques, des souvenirs locaux ; parfois on y récite des vers en langue bretonne, et plusieurs fois on y a mangé des crêpes bretonnes envoyées spécialement par les amis de dîneurs résidant en Bretagne.

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