‹ Les diners artistiques et littéraires de ParisChapitre 40 sur 58 · L ALOUETTE 2} I · texte numérisé non relu

L ALOUETTE 2} I

s'ils osaient s'affranchir de la domination cléricale, reprendre le rang que leur génie devrait leur assurer dans le monde.

Viollet-Leduc.

Paris, 18 mai 1878.

Un félibre, M. Félix Gras, finissait son toast en s'écriant :

Patriotes, je bois au jour où nous dirons : il y avait mille juges, maintenant il n'y a qu'une justice ! Il y avait mille mensonges, maintenant il n'y a qu'une vérité ! Il y avait mille rois, maintenant il n'y a qu'un peuple !

M. Alban Germain porta un toast très court :

Je bois à l'esprit libéral de cette réunion ! A l'esprit anticlérical du Languedoc !

A l'esprit révolutionnaire de la France ! A l'esprit fédéraliste des races Latines !

M. Auguste Fourès lut une pièce de vers ayant pour titre, la Marianne latine. M. P. Verniaire qui disait représenter les Baléares, affirma qu'à Majorque il existait une population antipapiste et libérale

et qu'il était l'interprète — sens mandat — des libres penseurs majorquins.

Nous ne citons qu'une très petite partie des noms des toasteurs et des auteurs d'épîtres. On voit par les courts extraits que nous reproduisons comment la société de V Alouette ne s'occupe pas de politique. Si elle s'en occupait ! cela fait trembler rien que d'y penser.

M. Victor Hugo parlait à un de ses familiers de Y Alouette et lui demandait des renseignements sur la société.

— Je crois me rappeler, dit le grand poète, pour expliquer sa question, que j'ai reçu une lettre d'un méridional dont j'ai oublié le nom, il me semble bien avoir accepté la présidence honoraire d'un banquet dit de -l' Alouette.

Cet oubli n'est pas flatteur pour M. de Ricard et ses amis, mais M. Victor Hugo écrit tant.

LA CHASSE ILLUSTREE

Fondé en 1874, ce dîner a lieu tous les premiers mercredis du mois au café Riche. Là, dans un salon se réunissent les rédacteurs, les dessinateurs et les graveurs du journal dont le dîner a pris le nom. Les voyageurs qui ont visité quelques parties peu connues du globe, et subi les chaleurs des tropiques ou les froids des pôles, sont bien reçus dans cette réunion Après avoir entendu conter les ruses des lièvres, les finesses des chiens, on écoute avec plaisir les récits des luttes contre les tigres, les lions, les crocodiles, les ours blancs.

Quelquefois le conteur y met un peu du sien, exagérant les dangers qu'il a courus et les fatigues qu'il a

supportées, mais on passe sur ces détails pourvu que le narrateur ait de l'esprit, ce qui arrive toujours. Dans ces conditions, on le voit, les dîners de la Chasse sont très intéressants parce que, chaque fois, un hôte nouveau, arrivant d'un point quelconque du globe y assiste et narre ses exploits.

La réunion est présidée par M. Alfred Didot, un chasseur passionné ; puis autour de la table, on voit, M. Ernest Bellecroix, rédacteur en chef de la Chasse illustrée, écrivain et dessinateur de talent ; M. Florian Pharaon, un journaliste très connu et un excellent confrère ; M. Bodmer, dessinateur, dont la réputation est parfaitement méritée; M. le marquis de Cherville qui écrit au Temps, à V Illustration, au Derby; M. d'Amezeuil ; M. Méaulle, graveur ; M. le comte de la Panouze ; M. le colonel du Housset, célèbre par ses voyages ; M. le comte de Semelé qui ne se sépare jamais d'un morceau de chair qui a fait partie intégrante d'un nègre de l'Afrique équatoriale : c'est un souvenir qu'il conserve

LA CHASSE ILLUSTREE

précieusement et montre sans émotion. Il a fait de ce débris une blague à tabac. M. Jullemer, un écrivain qui connaît à fond, les questions cynégétiques ; M. de Villiers ; M. Rive, dessinateur; M. Le Duc et beaucoup d'autres assistent à ce dîner qui est toujours fort gai et où l'on n'est pas exposé à entendre réciter des alexandrins.

La Cigale, après avoir envahi tout le midi de la France, depuis Nice jusqu'à Bayonne, remontait lentement vers le nord, s'annexant tous les poètes, les artistes, les littérateurs nés dans le Lyonnais, l'Auvergne, le Limousin, sous le prétexte de langue d'oc. Les Auvergnats ont voulu former un groupe à part et prouver que leur pays ne produit pas seulement des porteurs d'eau sans pareils, des frotteurs incomparables, des commissionnaires impeccables ; mais aussi des hommes d'État, des écrivains, des peintres, des sculpteurs. Il faut que la fameuse plaisanterie du soulier ferré trouvé dans une marmite : cha n'est pas que cha choil chale mais cha tient de la plache cesse de faire la joie des aspirants à l'esprit.

Donc, des descendants des Arvernes se sont réunis pour organiser une société, leur appel a été entendu et le dîner de la Soupe aux choux a été créé.

C'est le icr juillet 1880 qu'a eu lieu la première réunion dans la grande salle du restaurant Notta. Les convives étaient nombreux, naturellement beaucoup, parmi ces soixante Auvergnats, avaient conservé l'accent du pays, ce qui donnait à la petite fête un charme de plus, un parfum de terroir qui faisait plaisir. Presque tous les convives assistant à ce premier repas se sont fait un nom dans les arts, la science ou la politique.

On remarquait d'abord M. Richard du Cantal, un des doyens de la presse agricole, ancien représentant en 1848. M. Richard du Cantal, par ses écrits et son exemple, a rendu les plus grands services à l'agriculture; MM. delà Foulhouse, Franc Lamy, Dupérelle, Chaly, de Vergèses, Batifaud, Charbonnel, peintres de talent. M. de la Foulhouse fut un des membres du Pluvier, dîner fondé par Philibert

Audebrand. Des sculpteurs : MM. Coulon, Monbur et Mouly ; M. Félix Ribeyre, ancien rédacteur de la France et du Constitutionnel, secrétaire de la rédaction du Pays; M. Gabriel Marc, un poète.

La corporation des avoués était représentée par M. Tourette ; l'ordre des avocats, par MM. de Nevrezé, Colombier, Tourraud et Tourseillier. Un étudiant, M.Georges Talion; M. Vauzy, conseiller général de la Seine ; M. Melchissédech, de l'opéra, M. Gil-Naza, de l'Ambigu, qui a si bien représenté le type de Mes Bottes, dans L'Assommoir.

Des médecins, MM. les docteurs Agulhon de Sarran, Chalvon, Delarue ; MM.de Lamolinière, Perdrix, Maison, Sudre, Gerle, Faucon, Gallice, de Lescure, Faugières, Louis Bois, de Chalambel, Cusson, Pardoux ; M. Mage, ancien auditeur au conseil d'État ; MM. Ferdinand Dumay, A. de Taillandier et Francisque de Taillandier, chefs de bureau ; M. Saint-Joanny, archiviste de la Seine ; M. Altaroche, ancien préfet du Puy-de-Dôme en 1848, direc-

teur de l'Odéon sous l'empire. Mort en mai 1884. Il était gérant du Charivari.

Les sénateurs auvergnats, MM. Edmond de Lafayette, Salneuve et Guyot-Lavaline ; les députés, MM. Alfred Talion, Costes et Duchasseint.

MM. de Parieu et Berthauld, sénateurs ; M. Bardoux, ancien ministre, député; M. Honoré Roux, député ; M. Amable Burin des Rosiers, conseiller général ; MM. Bouquet de la Grye-Chalus, Marange, M. Bergeron s'étaient fait excuser de ne pouvoir assister à ce premier, dîner dont nous donnons le menu :

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