LE DINER DES TERMES
célèbres. Il reçut de ces maîtres de l'art dramatique des réponses fort curieuses et très intéressantes.
Alexandre Dumas fils, Emile Augier, Victorien Sardou, Eugène Labiche, Ernest Legouvé, Camille Doucet, Ludovic Halévy, Théodore de Banville, Adolphe d'Ennery, Emile Zola, Edouard Pailleron écrivirent à M. Dreyfus des lettres dont la lecture est naturellement des plus instructives.
Saint-Germain a dit souvent avec un grand succès la Pomme, conte qui fait partie d'un volume de l'ancien secrétaire du Diner.
A la fin de la séance on déclame des vers, souvent de circonstance, on chansonne le Terme du diner. C'est un caveau en miniature.
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Ce dîner a un titre tout naturaliste, il n'est donc pas étonnant que M. Zola et ses disciples en aient fait partie. Il existe depuis 1864, mais à cette époque il n'avait pas l'importance qu'il a acquise depuis et ensuite reperdue.
On se réunit au café Procope, ensuite chez Laffitte, rue de Taranne — aujourd'hui boulevard Saint-Germain. Vers 1876 on retourna au Procope que Ton quitta tout à fait pour aller s'échouer chez Brébant.
C'était d'abord une réunion d'intimes, d'Aix ou des environs ; Emile Zola, Paul Alexis, Antony Valabrègue, Maurice Coste ; Marius Roux et Béliard.
Puis viennent Maurice Bouchors, l'auteur des
Chansons joyeuses ; Paul Bourget, un littérateur de grand talent doublé d'un fin critique. Il a été rédacteur du Parlement et a publié chez Alphonse Lemerre un volume d'études sur les écrivains tels que MM. Taine, Baudelaire et quelques autres. Ensuite Coppée se fît inscrire avec un ami, M. Gualdo, un romancier italien qui écrit parfaitement le français.
En 1878, nouvelles recrues ; Léon Hennique, auteur de la Dévouée, du Cas de monsieur Hébert et de plusieurs autres romans et nouvelles fort remarquables; M. Huyssmans, un écrivain de l'école de M. Zola ; M. Guy de Maupassant un des plus brillants chroniqueurs du Gaulois; M. Armand d'Artois, qui a écrit en collaboration avec M. Coppée, la Guerre de cent ans. M. d'Artois a eu des pièces jouées sur diverses scènes et a fait la critique littéraire à la Vie Moderne. Il est attaché au ministère de l'instruction publique.
Outre ses chroniques et ses romans, M. de Maupassant est auteur dramatique. Il a eu une pièce
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jouée au Troisième Théâtre- Français : Une Histoire du Temps passé. Ce succédané de l'Odéon était alors boulevard du Temple, dans le local de l'ancien théâtre Déjazet, l'impressario Ballande le dirigeait.
M. Fourcaud s'occupe surtout des questions d'art au Gaulois. Il a écrit à la Vie Moderne. Un écrivain naturaliste, M. Huyssmans, l'auteur des Sœurs Vattard; puis M. Henry Céard, qui appartient à la même école, a fait au Voltaire des chroniques remarquées, il est employé dans un ministère.
M . Paul Alexis a poussé la note naturaliste à l'extrême. Il a publié une série de pièces de vers intitulées Les Lits. Sous ce titre prosaïque il parle du lit du bourgeois, de celui de la courtisane, en un mot la couche des différentes classes de la société est chantée par ce poète qui imite Beaudelaire dans ce qu'il écrit de plus réaliste.
Un autre poète, mais d'une facture moins violente, M. Antony Valabrègue. Il a un cousin du même nom qui a été secrétaire général au théâtre Histori-
que et a eu quelques pièces, seul ou en collaboration, représentées sur diverses scènes. A propos d'une de ces œuvres, une lutte épistolaire éclata entre les deux parents qui se dirent des mots fort désagréables dont le public s'amusa pendant quelques jours.
— Ce n'est pas moi qui ai commis cette ineptie, écrivait Antony en parlant de l'œuvre dramatique de son cousin.
— Je ne suis pour riendans une œuvre aussi idiote, répliquait Albin, citant des poésies d'Antony. Ces méridionaux ont la tète près du bonnet.
M. Marius Roux, romancier, secrétaire de la rédaction du Petit Journal, Albert Dethez, du Courrier du Soir ont été du Dîner, ainsi que M. Haag, répétiteur à l'École Polytechnique, condisciple de M. Zola et M. Orsat, successeur de Coppée dans son emploi au ministère de la guerre.
Le célèbre auteur de Madame Bo>\iry et de $alambô, Gustave Flaubert, a assisté au dîner. Edmond Duranty, un travailleur infatigable, un observateur
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plein de finesse y a assisté également. Duranty, jeune, fut directeur du Guignol des Tuileries et composait lui-même les pièces qu'il faisait représenter par sa troupe de marionnettes. Il a réuni en un volume ces œuvres légères. Elles serviront à ceux qui, moins intelligents que lui, ne peuvent se créer euxmêmes un répertoire.
Flaubert est mort après avoir savouré le succès, Duranty, fatigué par la lutte, a rendu le dernier soupir au moment où ce succès tant recherché et si longtemps attendu commençait à lui sourire.
Le peintre paysagiste Jean Desbrosses, le peintre proudhonnien ? Béliard et Maurice Coste étaient mêlés aux littérateurs. Béliard fut l'exécuteur testamentaire d'Alphonse d'Esquiros, préfet de Marseille après le 4 Septembre, dont les gaspillages sont restés légendaires.
Coste, secrétaire du Dîner, avait son atelier rue Mazarine. C'était un véritable capharnaiim où se trouvaient mélangés des costumes, des peaux d'ani-
maux, des armes diverses. Aux murs des tableaux, des études, des pipes de formes variées. Cet atelier avait été occupé par Y von.
Les lettres d'invitation ou de convocation avaient en tête un petit bœuf. La gaîté la plus franche a toujours été la note des dîners du Bœuf Nature.