‹ Les diners artistiques et littéraires de ParisChapitre 57 sur 58 · LES BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

LES BOURGUIGNONS

Parmi les artistes, nous citerons MM. Lapostolet, Laurens, Chapuis, Mathieu Déroche, Paupion, Ziem, peintres; M. Hubert Clerget, dessinateur, ancien professeur à l'école d'État-Major, professeur de la maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis. C'est lui qui a fait tous les dessins de la belle géographie de la France Illustrée publiée par Rouff ; M. Clerget, est aussi un peintre détalent.

M. Cernesson, conseiller municipal de Paris, architecte, qui s'est attiré la haine la plus cordiale des marchands de vin de Paris par sa construction des entrepôts de Bercy. Comme on n'ose plus demander d'argent aux contribuables, on essaye de leur en prendre d'une façon détournée. Ainsi les loyers de Bercy seraient doublés, de cette façon les consommateurs payeraient leur vin plus cher, mais les habiles du conseil diront de s'en prendre aux marchands de vins. Ce sont ces derniers qui font courir ces bruits.

Ils se sont arrangés pour aller s'installer au delà des fortifications, et les soixante millions au moins

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que coûteront à la ville les entrepôts de Bercy — M. Cernesson fecit — rapporteront un ou deux pour cent.

M. Dampt, sculpteur.

Les hommes politiques ; M. Mugot, député,. viceprésident ; M. Sadi-Carnot, sous-secrétaire d'État, sénateur; M. Ch. Mazeau, sénateur ; M. Spuller, député, un des amis les plus dévoués de M. Gambetta.

Les savants : M. le docteur Tarnier ; M. Tisserand, membres de l'Institut.

Militaires : M. le général Millot qui a succédé à l'amiral Courbet, comme commandant en chef de l'expédition française au Tonkin, le capitaine d'artillerie Pinet, inspecteur des études à l'école Polytechnique : le commandant d'État-Major Bassot.

Un avoué: M. Chaffotre.

Citons encore M. Guasco, ancien secrétaire du président Bonjean, assassiné en 1871 par les communards.

Ce dîner réunit- les rimeurs publiés par Lemerre, éditeur étrange, phénoménal, considéré par beaucoup d'imbéciles ayant la prétention burlesque de posséder — toutes leurs facultés — comme ils disent dans leur langage correct, comme un illuminé ne possédant point sa raison et que, dans son intérêt, il fallait orner d'un conseil judiciaire en attendant que, sa folie s'accentuant, on le conduisit chez le docteur Blanche.

« Les vers le mangeront » avait dit en souriant béatement de sa plaisanterie, un de ces jocrisses.

Au lieu de le dévorer les vers l'ont enrichi, rendu célèbre. Sully-Prudhomme, un des poètes qu'il a

Ce dîner réunit, les rimeurs publiés par Lemerre, éditeur étrange, phénoménal, considéré par beaucoup d'imbéciles ayant la prétention burlesque de posséder — toutes leurs facultés — comme ils disent dans leur langage correct, comme un illuminé ne possédant point sa raison et que, dans son intérêt, il fallait orner d'un conseil judiciaire en attendant que, sa folie s'accentuant, on le conduisit chez le docteur Blanche.

« Les vers le mangeront » avait dit en souriant béatement de sa plaisanterie, un de ces jocrisses.

Au lieu de le dévorer les vers l'ont enrichi, rendu célèbre. Sully-Prudhomme, un des poètes qu'il a

édités est de l'Académie et Coppée y est entré en

Théodore de Banville qui cisèle la prose aussi finement que les vers est du dîner. Bon pour les autres, d'une politesse exquise, M. de Banville a desadmirateurs et pas d'ennemis. Ses œuvres sont connues de tout ce que la France compte de lettrés délicats.

Un autre dîneur, M. Leconte de Lisle, a aussi un grand talent poétique, mais quoique ayant déjà écrit un nombre considérable d'ouvrages il est à peine connu. Un groupe très restreint d'amateurs a lu ses œuvres, mais le public ne les connaît pas. Il n'a pas la chaleur communicative de M. de Banville. La rime est riche, le vers irréprochable, maison ne sent pas la vie dans tout ce travail que son auteur admire, trouve superbe, mais qu'il est impuissant à animer.

M. de Lisle vit en dehors de ses confrères en poésie au-dessus desquels il affecte de planer, mais au fond il sait bien que tout le monde se moque de lui et de ses prétentions.

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Durant des années, chez Lemerre, il a traité Sainte-Beuve de prosateur sans aucune valeur et M. Victor Hugo de poète ignorant les premiers éléments de l'art de faire les vers.

Le grand poète qui plane lui, vraiment, et dédaigne toutes ces attaques de médiocrités jalouses a reçu son contempteur acharné à sa table, il lui a même une fois donné sa voix pour l'Académie. M. Leconte de Lisle ne comprit pas ce que ce vote renfermait pour lui, de dédain. Quémandeur sans vergogne, il reçut de Napoléon III une pension mensuelle de trois cents francs, sur la cassette impériale. M. Auguste Vitu, un bonapartiste militant lui fit obtenir, en plus, cent vingt-cinq francs par mois de M. Duruy, alors ministre de l'instruction publique.

Dissimulant avec soin ses ressources, M. de Lisle se posait en victime du gouvernement de l'empereur, lui républicain, et offrait à ses amis républicains, du thé et des sandwichs payés avec l'argent du souverain. C'était un comble.

Mais M. Leconte de Lisle est de ceux qui ayant bu toute honte, sont simplement contrariés lorsque sont rendus publics des actes comme celui que nous signalons, et n'en sont nullement humiliés.

Il chercha qui pourrait bien le pensionner. Coppée donna sa démission de bibliothécaire au Sénat et fit nommer à sa place M. de Lisle qui le détestait et dont la haine s'augmenta en proportion du service rendu.

Au mois d'avril 1884, le Temps publiait un article sur un volume de M. de Lisle. On disait que le poète, pour se distinguer de la masse des Leconte avait ajouté à son nom de Lisle. L'auteur des Poèmes antiques répondit aussitôt :

Paris, le 20 avril 18H4.

Monsieur le rédacteur, Je lis, dans un article du Temps, que je ne signe pas de mon vrai nom,

J'ai l'honneur de vous informer que je possède tous les papiers de famille qui me donnent le droit qui m'est contesté, Mon père, mon aïeul, mon bisaïeul, etc. se nommaient le-

conte de Liste ; mais je ne me crois pas obligé de soumettre ces preuves incontestables à ceux qui en douteraient. Les archives du ministère de la marine et des colonies et de la grande chancellerie de la Légion d'honneur répondront pour moi à qui voudra les interroger.

Je suis, d'ailleurs, de ceux qui savent se faire un nom et qui ne le fabriquent pas.

Agréez, etc.

Leconte de Lisle.

Le Temps inséra cette grossièreté sans même lui faire l'honneur d'un commentaire, l'auteur étant de ceux avec lesquels on ne discute pas.

Mais, comme il dit, il est de ceux qui savent se faire un nom... Robert Macaire aussi, s'est fait un nom.

M. Gabriel Marc, M. Albert Mérat et beaucoup d'autres poètes dont nous avons déjà cité les noms font partie du dîner. Naturellement M. Coppée en est.

Lorsque l'auteur du Passant, fut nommé à l'Académie, Lemerre convoqua à l'hôtel du Louvre tous

les amis du poète pour leur offrir un banquet. La soirée fut très brillante et l'éditeur se montra comme toujours fort gai, faisant des jeux de mots lamentables. A la fin de la petite fête il invita chacun des assistants à passer chez lui, à la Galerie Choiseul ; en échange de cette visite courtoise il offrait un exemplaire de luxe de Severo Torelli.

Décidément les vers ne l'ont pas mangé 1

Le joyeux docteur Belliol était au nombre des convives, mais son concours scientifique fut inutile, il n'y avait là aucun homme a/faibli, donc pas de conseils à donner.

La Pairie offrit aussi un banquet à son collaborateur à l'hôtel Continental. Là encore il y eut des toasts des vers.

Cette élection remit en circulation un pastiche charmant qui avait paru déjà sous le titre du Homard à la Coppée :

C'était un tout petit homard do Batignolle. Nous l'avions acheté trois francs place Bféda ;

En vain, pour le payer moins cher, on marchanda. Le fruitier, cœur loyal, n'avait qu'une parole.

Nous portions le cabas tous deux à tour de rôle. Comme nous arrivions aux remparts, Amanda Entra dans un débit de vin et demanda Deux setiers. — Le soleil dorait -sa tête folle !

Puis ce furent des cris, des rires enfantins. Nous avions une allure étrange de pantins Mangeant du crustacé de façon coutumière.

Nous revînmes le soir peu nourris, mais joyeux, Et d'un petit homard nous fîmes trois heureux, Car elle avait gardé les pattes pour sa mère !

M. Charles Monselet, un poète exquis, serait diton l'auteur de cette charge spirituelle.

Le dîner des Poètes a lieu tous les mois, chez Brébant, on le nomme plus souvent le dîner de l'Homme à la Bêche, à cause du bonhomme simplement vêtu de cet instrument aratoire qui orne la couverture des livres sortant de la maison Lemerre.

Ce dîner, en 1884, en est à sa douzième année d'existence. C'est donc une des plus anciennes réunions de ce genre. Aussi compte-t-elle les noms les plus célèbres de Part et de la littérature.

Le président fondateur est M. Carolus Duran et le vice-président M. Jules Claretie.

L'illustre peintre est universellement connu. Qui ne s'est arrêté devant les portraits charmants éclos de son pinceau ? Quel amateur n'a pas un tableau, une étude, une simple esquisse de lui ? L'atelier du passage Stanislas est fréquenté par tous ceux qui s'occupent d'art ; les maîtres de l'escrime eux-mêmes ont dans M. Carolus Ducan un collègue très dis-

tingué, ■car l'éminent artiste manie l'épée avec autant d'habileté que le pinceau.

Aussi le voit-on dans tous les assauts, soit- comme juge, soit comme simple amateur, prononçant en dernier ressort sur la valeur des coups, ou donnant simplement son avis.

M. Claretie est en littérature ce qu'est M. Duran en peinture. Travailleur infatigable, il produit et produit toujours. Jamais il ne s'est montré dur pour ses confrères débutant dans la carrière si difficile des lettres.

Les autres membres de la Macédoine sont : Georges Charpentier, l'éditeur : M. Roger Ballue ; M. Augustin Challamel, historien de grande valeur, et très connu. MM. Jules Comte ; Ch. Degeorge : L. Dunayrouze, qui joint à ses qualités positives d'ingénieur, le talent délicat du poète ; A. Closset ; Paul Deroulède, encore un poète d'un patriotisme exubérant. Il poursuit partout ce qui dans Paris, a l'air de faire des concessions aux Allemands. Nous necroyons

pas à l'efficacité de ce procédé, mais nous sommes malgré tout, admirateur de M. Deroulède, et ne nous sentons pas le courage de le blâmer. M. Deroulède, poète ; M. Claretie, prosateur; M. Léon Couturier, peintre militaire sont rédacteurs du Drapeau Français, un vaillant journal qui réchauffe le patriotisme des indolents et maintient à un niveau élevé l'ardeur des passionnés.

M. Paul Dubois, professeur à l'école des Beaux- Arts ; M. Falguières; M. Feyen Perrin ; M. Coquelin cadet, de la Comédie Française. M. Coquelin a eu pendant un temps le goût de l'équitation, mais un jour dans une promenade au bois de Boulogne, Cadet qui peut-être avait eu des mots désagréables pour sa monture, fut brusquement renversé et dans sa chute se cassa le bras.

Cet accident le décida à renoncer aux chevaux : « Comme comédien, dit-il, je gagne ma vie, comme cavalier je me casse un membre, après y avoir mûrement réfléchi je renonce à monter à cheval ! »

Le peintre Henner, le graveur Huot ; Kreyder, un alsacien comme Henner ; les rieurs et les fruits ont dans M. Kreyder un admirateur qui reproduit sur la toile leurs couleurs les plus brillantes.

M. Hayem; M.Girard; le sculpteur Delaplanche qui avait pris pour épigraphe de sa statue l'Ensommeillée, ces vers de Coppée :

Elle va s'endormir, la belle fille d'Eve, Et lâchant son bouquet, la main vient de s'ouvrir. Et vous êtes, ô fleur, heureuse de mourir, Car c'est pour embellir et parfumer son rêve.

Le célèbre bijoutier en faux qui a mis tout ce qu'il possédait d'intelligence à ruiner notre pays en gaspillant nos finances, nous avons nommé M. Tirard, fait partie de la Macédoine. S'il se livre à des divagation sur l'art de conduire un grande nation à la banqueroute il doit avoir énormément de succès. Républicains de toutes nuances et conservateurs sont d'accord sur sa colossale incapacité comme ministre des

finances. Lui seul a conservé sur sa valeur quelques illusions qu'il tient à conserver.

L'écrivain humoristique, Louis Leroy ; M. Edouard Pailleron, l'auteur du Monde où Von s'ennuie, sont du dîner. M. Leroy a fait représenter sur différentes scènes parisiennes des pièces toutes pétillantes d'esprit ; quant à M. Pailleron ceux qui ne se sont pas ennuyés en écoutant sa comédie ne se comptent plus. Ils sont légion et leur nombre s'accroît tous les jours.

M. Paladilhe, M. André Deroulède, le dessinateur Lix ; M. G. Lafenestre; M. Camille Bornot ; M. Georges Decaux, l'éditeur des publications illustrées, sont des macédoniens convaincus. M. Decaux est certainement l'homme de Paris qui a le plus créé de journaux. Journaux de romans, de voyages, de modes, quotidiens, bi-hebdomadaires, hebdomadaires, mensuels. Beaucoup de ces feuilles n'ont pas vécu, parmi celles qui survivent nous citerons la Caricature qui chaque semaine publie des dessins de

Robida, M. Jules Demolliens, rédacteur en chef du Moniteur de la Semaine est chargé du texte de la Caricature.

Le compositeur Jules Massenet ; le sculpteur Mercié ; le peintre Français, une de nos gloires artistiques ; M. E. Muntz, critique d'art au Temps ; M. Sully-Prudhomme, de l'Académie Française ; M. C. Moyaux,M. Parrot, un peintre dont les œuvres figurent à toutes les expositions et ne passent point inaperçues du public ; M. Tony Noël ; M. Albert Pesson ; M. Lucien Marc qui dirige avec une incontestable autorité, Y Illustration.

Armand Silvestre, qui a inventé deux types étonnants, le commandant Laripète et l'amiral Lekelpudubec ; M. Georges Pouchet ; M. Albert Pesson; le peintre de portraits E. Sain ; le paysagiste Paul Sédille ; M. R. de Saint-Marceaux.

Un sociétaire, M. Ismaël est à Marseille ; un autre M. Georges Soupe, habite Londres.

Le secrétaire de la Macédoine est M. Eugène Pitou, un jeune journaliste qui a été secrétaire de la rédaction du Télégraphe.

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