‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 18 sur 41 · LE COMTE DE TRESSAIT · texte numérisé non relu

LE COMTE DE TRESSAIT

Les entretiens que nous nous permettons entre nous seroient très-imprudens devant des domestiques.

l'aB^IÉ MORELLET.

ce On a reproché aux philosophes d^avoir éta- » bli en principe que toutes vérités sont bonnes à

« éire\ mais cette proposition peut avoir plus » d'un sens , et n*est pas riiéme une-vérité , si on T» ne Fafecompagne de quelques restrictions que V les philosophes raisonnables n'en* jamais' ex^ » dues* Gélle qui me paroît la plus nécessaire, » sera empruntée de la circonstance du temps. » Toute vérité sera bonne k- dire en un temps y> opportun et suffisant^ el non-ea tout temps et » tout à eoup (à). ».

LE COMTE

Je crois qu'il n'y a pas de temps opportun pour ôter toui sentiment de rejigipn aux domestiqueç.

LE CHBVALIER. . .

Ni aux peuples» ^ '

DirCLOS. ^ '

B me Semble que certains principes outrés swt \at liberté né seroîent pas meilleurs à publier dans les antichambres que dans les rues;

l'axsé T/toveuME.

Il y a quelque • quarante èmnées {è) que les vrais philosophes sont convenus de ne parler à cœilr ouvert que dans le secret de l'intimité.

(a) Mémoires de tabbé Morellet, tom. I'', pag* 149.

(b) Manière de parler que Ton trouvé fréq[ueiiiment dans les Mémoires de l'abbé Morellet,

LE MA.RQUIS.

Pourquoi donc font-ils imprimer tous leurs secrets les plus intimes 'i toutes les -déclamations les plus dangereuses contre la royauté, l'obéissance des peuples , et sur ce qu'ils appellent la liberté?

l'abbé gagliani,

La raison et la philosophie n'approuveront jamais le despotisme , la tyrannie et Tescla-'' vage.

LE MARQUIS

Raynal et quelques autres philosophes modernes ont en effet déclamé avec véhémence contre l'esclavage; maià l'Évangile réprouve cette oppression baii)are. Plusieurs écrivaihs religieux ont parlé sur ce sujet d'une manière admirable. J'ai par hasard dans ma poche un volume des Hehiennes ; me permettez-vous de vous en lire deux pages?

LE CHEVALIER

Je serai charmé de les eiiitendre.

Î^LUSIEURS voix.

Et nous aussi.

LE MARQUIS

Voici comment s'exprime sur l'esclavage le respectable auteur des Hel viennes, (il Ut tout haut.)

« Si l'Europe entièfe est libre, si la seule pei^- ^ sée de Thomme sous le joug nous révolte , si le y> colon avide est forcé de cacher dans un autre » hémisphère les fers qu'il a forgés pour ses j> semblables , reconnoissez au moins à quelle » école ce cri de la nature a repris son énergie. » Quel homme j avant le Christ et son Évangile , 2> entendoit cette voix si puissante et si impé- » rieuse parmi nous ? Quels philosophes même ,* » avant le Christ, en réclamoient les droits? Us » ont gémi eux-mêmes sous le joug , et l'ont ' i; cru légitime (a); pas un seul n'avoit dit : Un D esclave est un homme , et tout homme est mon » frère. Et qu'étoient-ce alors que les villes , les * » sociétés et les familles? Un mélange odieux, » inconcevable d'infortunés vendus, de tyrans » acheteurs, d'esclaves dans les fers et de maî- » très dont la verge et le fouet étoient le scep- » tre ; d'infortunés opprimés qui ne pouvoient » pas même dire : Mes bras sont à moi ; et de » riches oppresseurs qui , sans remords et du » même sang-froid , calculoient dans leurs poè- » sessions, des hommes et des bœufs! c'étoit-là , » W monde et tout le genre humain , avant D l'école évangélique. Ces crimes étoient ceux

(à) Épictète fîit esclave dTEpaplirodite. Beaucoup d'autres eurent le luéme sort.

j» du Grec , du Romain , de FÉgyptieEi , du ». Perse , de l'Indien , du Germain , du Gaulois , 9 du Sarmate , de toutes les nations. Ce crime » nulle part n'alarmoit les consciences; nulle » part , ni la philosophie , ni la loi n^ défen- » doient à l'homme d'achçter l'homme , de » le fouetter , de roppriwçr , ^e le tu^çr , M de l'immoler. Je le sais, pt j'en frémis. Il » est encore d?? esclaves ; mais au moins le » chrétien ne les jetter^t pçis , vie^ix ou inftrn^^s^ » dans une, île déserte, pour prix de leiirs serj) yiççs (voyez Piutqrque sur Coton). Il est en- » core des esclaye$ ; mais au moins il n'en est » plus .en Europe; et cette $oif fprjcenée ^ui » vous pousse au^^elà des tropiques, ne les » soustraira pas à la projteetion du Dieu de l'Ë- » yang^le ; il vous suit sur les mers , jusque sur » les rives du Niger et dans vos colonies les V plus lointaines ; il vous crie : cet esclaiye , c'est » moi qui l'ai créé , je su^s son père ; si tu es son » hpurre^u , si tu n'adoucis pas la rigueur de son » sort,j'£|ggraverai le ti^n par les feux allumés » dans ma colère (a), o ^

(a) Pavoué que , malgré mon respedt pour la plûlosoplde moderne, ces! paroles prononcées , l^ETangîle k la main , me paroissent plus solennelles et plus persuasives que lorsqu'on les dit au nom de Djiderot, d'^elvétius, de i^aynal, de Danton, de Marat et de Roberspierre.

DUCLOS

Gela est très-beau, et je dirai de plus que tous les verbiages de nos confrères les philosophes contre les prêtres sont fort injustes et fort dangereux.

Voici SOT ce sujet un beau passage de M. de La Harpe. (Cours de Litiérature),

« Suffît-il de s'indigner contre l'oppresseur pour légiti- » mer tout dans l'opprimé ? Si nous n'avions que le crime » à opposer au crime , le poignard à l'injm^e, et le massacre .» à l'usurpation, où en seroît le monde? A ce qu'il étoit 1» da^ Fenfance des sociétés , an seul empire de la tiolence ; » et c'est toi qui veux nous y ramener? •*-« Je sois Tami des » noirs. — Non , tu es r^inemi de leurs maîtres. -^ Je yeux » punir les maîtres et venger les esclaves. — Tu as tort; il » faut délivrer ceux-ci et éclairer ceux-là y tu feras le bien de » tous; autrement tu ne réussiras qu'à les perdre les uns par » les autres . Quoi , ces esclaves sont sous la verge , et tu leur 9 mets le fer à la main? C'est là tout ce que fait la philoso- « pliic. Ma tabon n'anroi^tpas même besoin de ma rdigioa » pour m'apprendre à ne pas combattre le mal par le mal, M mais à vaincre le mal par le bi^ ; et c'est ainsi que je ferai » tomber la verge sans aiguiser le fer; que je ferai du maître un » homme sans faire de l'esclave un assassin ; que j'appellerai » la justice sans déchaîner la vengeance; et n'en connois-tu » pas les effets ? Ne sont-ils pas toujours plus ou moins réci- V proques ? Ces esclaves tue^nt ou ils seront tués ; ils incena dieront les terres et ils mourront de faim; Us raviront l'or »^de leuics maîtres et s'extermineront en .se le disputant. » N'auras-tu pas fait un bel ouvrage ? » •

l'abbé horellet.

rt Cette mauvaise opinion des prêtres énoncée jj comme un fait général , est bien anti-philoso- » phique. L'estime que nous devons tous à la » culture de Pesprit , à Tinstruction , conduit » bien plutôt un homme sensé à avoir des prêtres » une meilleure idée que de tout aulre classe » également nombreuse de la société: Leur édu- M cation est en général plus sévère et surtout » plus longue; la plupart acquièrent des connois- » sauces qui les mettent fort au-dessus du com- » mun des hommes. Les principes de la morale » religieuse , qui est presque en tout la même » que la morale purement civile , leur sont plus M familiers. Pour peu que les motifs religieux se » joignent dans leur esprit à ceux-là , il doit en » résulter en eux une tendance plus forte à être » justes, bons, vrais-; en un ^ot, ou il faut » penser que l'instruction ne tend qu'à corrom- » pre les hommes, ce qui est bien peu philoso- » phique , ou il faut croire que , toutes choses » égales d'ailleurs, la classe des citoyens parmi » lesquels il y. a le plus d'instruction est celle où

» il y a aussi le moins fie corruption (a).

(a) Le même abbé Morellet dit encore , dails lé même onvrage ( ses Mémoires) , que les études du séminaire de la Sorboniie ttoient extellentes, et qu*on y discutoit,/e*/?/i/J'

» Il est vraiment absurde de prétendre qu'un » état qui prescrit des devoirs sévères , une vie » appliquée , des pratiques journalières de relî- » gion et de bienfaisance , et qui , d'un autre » côté, ne fournit par lui-même et directement » aucune occasion , aucune tentation de vioter » les lois de la morale, qu'un état semblable, dis- » je , donne à ceux qui le professent , le caractère n général d'immoralité que leur attribuent leurs >} ennemis {a)*»

LE MARQtJiS.

Avec une façon de penser si raisonnable, vous devez être bien indigné , Monsieur l'abbé, de la constante animosité et de l'injustice choquante, contre les prêtres, de MM. de Voltaire, Diderot, Helvétius et d'Alembert ; car dans tous leurs ouvrages elles sont bien révoltantes (b).

' grandes questions de la métttphjrsique , de la morale, et même de la politique.

Il faut lire dans les Soirées de Saint-Pétersbourg l'éloge des études religieuses , et celui de saint Thomas , qui fut surnommé l'ange de V école. « saint Thomas, dit M. deMaistre, » qui Viyoit dans le xiii" siècle , fîit Tune des plus grandes tètes » qui aient existé dans le monde , » et M. de Mai^tre le prouve par les citations les plus intéressantes.

(a) Mémoires de l'abbé Morellet , tom. II , pag. i^oo.

[b) Et dans leurs lettres, ^

l'abbé UrOKIBI/LET.

Je n'aime l'exagération dans aucun genre.

DUGLOS.

Il n'est pas question d'exagération. Monsieur vient de citer un fait, et qui est très-scandaleux, sur la publication des secrets intimes.

X£ BABOZr.

Ah! ça, Messieurs, j'espère que cette discussion très-oiseuse ne sera pas poussée plus loin.

BUCX^OS»

Oiseuse! pas du tout....

XiJS mauquis.

A propos de prêtres, il est une distraction philosophique qui m'a toujours paru très-plaisante : « à n entendrelesphilosophes, ce sont les prêtres qui » ont imaginé pour leur intérêt la Divinité , la » Religion, le culte; ce sont eux qui ont trompé yy le monde ; il n'y a pas de lieu commun plus >> rebattu dans la philosophie moderne , et qui M revienne plus souvent dans le Système de la » nature : il y a pourtant une petite difficulté ; » c'est qu'avant d'avoir des prêtres , il a fallu » nécessairement avoir des dieux; avant d'avoir » des prêtres , il a fallu convenir généralement » de la nécessité d'un culte ; il faut donc que les » déclam ateurs avouent que l'idée de la Divinité

^> et le besoin d'unç jKeligifOi ne sont pas des iq- » ventions des prêtres ; qu'au contraire nous » n'avons des prêtres que parce que tous les » peuples ont cm à la Divinité et même à une » Religion; et certainement cette croyance, cette » volonté, ce besoin ne pouvoient venir des prê- » très qui n'existoient pas fencore (d). »

M. GAILLARD

L'argument est un peu fort.

LE CHEVALIER

Il ne tombe pas sur vous, M. Gaillard, car vous avez toujours parlé avcp ménagement de la Religion et avec impartialitië des prêtres; et nommément dans votre excellente histoire de François I" , quand vous, citez le beau discours de cet évêque qui, au Conseil de Çharles-Quint , fut d'avis de renvoyer généreusement François P"^ sans rançon et sans imposer une seule condition; on se moqua de cette pi^oposition éi^angélique ^ et vous remarquez Urès-îudideusement que si

(a) Cours de LittéraiUre de M. de La Harpe : « Jugez » maintenant, dit M. 4e La Haipç, du degré djimpudence >» ou d'ineptie que suppose une diffamation habituelle , tel- » lement absurde et Goât^adîcf oire , que, pot^ Fappuyer , il )» faut soutenir une impossibilité de. principes, «t de faits; il » faut soutenir que Teffet a existé avant la cause , ou en » d'autres termes^ que deux et deux ne fa>nt pas quatre, e| » qu'il fait jour à minuit; c'est tout un» <

l'on eût suivi ce noble conseil, on auroil évité tous les maux que l'on a soufferts.

LE BARON

Cela est fort bien; mais M. Gaillard n'ignore pas que son dernier ouvrage , si estimable et si ' brillant à tant d'égards^ la Rii^alité de la JFlrance et de l'Angleterre y excite dans ce moment une grande rumeur , et ce qu'il y a de pis , parmi les , gens raisonnables.

LE MARQUIS. '

Je me flatte de n'étrepasinsensé^etjenesuîs nullement du nombre de ces gens raisonnables.

M. GAILLARD

Je sais qu'on me reproche d'avoir dit naïvement qu'il y a du merveilleux dans l'histoire de Jeanne-d'Arc.

LE BARON

Convenez que la nsûveté est un peu forte.

l'abbé morellet.

Et à quoi bon dire une telle folie?

M. GAILLARP.

Je l'ai dite sans système , comme un fait.

LE BARON et l'aBBÉ HORELLET. .

Comme un fait!,....

H. GAILLA.R0«

Qui, Messieurs , comme un fait qu'il m*a paru impossible de nier; Usez mes vieilles chroni" gués (a).

LE BAROir.

Vous verrez que des vieilles chroniques ne peuvent pas mentir.

M. GAILLARD

Non , quand elles sont d'une infinité d'auteurs, la plupart de différens pays , et qui tous s'accordent parfaitement sur le fait et sur tous les détails.

Cette excuse, si on l'admettoit, nous méneroit loin.

LE MARQUIS

Oui , mais elle nous méneroit bien.

M. GAILLARD

On veut bien m'accorder le mérite de ne jamais négliger une recherche historique ; et il est certain, que j'en ai fait d'immenses pour écrire cette histoire ; et , après tout ce travail , ^ J'ai été convaincu malgré pioi, je vous assure,

i^) Phrase que répétoit toujours M. Gaillard aux reproches que les philosophes lui faisoient à ce sujet. ,,

qu'il y a réellemeot eu quelque chose de mira-* culeux d^ttôt la vie d^ Jeaiuaie-d' Are; ainsi j!ai dû le dire.

LE BARON

Le miraculeux est que y(Mis ayez pu penser ainsi.

M. GAILLAR0i

Lisez mes vieille^' êhrétiiîjués.

Au reste, il y a de si belles choses dfâli's cet ouvrage , il est si instructif et si attachant, qu'il faut pardonner à l'auteur ce jugement anti-ptiilosophique.

On y a remarqué de très-grands sentiméns^ contre le despotisme et éttr ht liberté.

,iÉ itfAïiijûis.

Oui, car ses sentiméris sont sages^ modérés, et ne teàdeM^ piointl à bovAeverser les eM^res.

LE BÀHOir.

On, ne sauroit parler avec trop de véhémence contre les tyrans.

LE MARQUIS

Mais en re^ectant les gmiyememen» et les souverains»

LE BÂROir.

Tout souverain qui n'est pas un tyran peut le devenir.

LE MARQUIS

On peut dire aussi que tout homme qui n'est pas un scélérat peut le devenir; faut-il, dans cette supposition, désirer qu'il soit pendu?

LE BAROir.

Assurément, s'il avoit tous les moyens et tout le pouvoir qui assure la possibilité d'abuser de l'autorité et de la force.

» LE MARQUIS

La conclusion est sévère! Ainsi vous ne voulez ni autorité , ni pouvoir ;. comment gouvernerez-vous?

LE BAROlf.

Par les lois.

Il faut une autorité forte et respectable pour les faire suivre , car elles contrarient sans cesse les passions et les intérêts particuliers; il faut donc un chef, et quand il ne s'appelleroit que consul , il peut , tout comme un roi , devenir un despote.

LE COMTE

On ne tarit point sur ce sujet, et je vous avoue.

Messieurs; que ces disputes me paroissent bien i^aines ; me permettez-vous de vous citer , sur cette matière , des vers d'un de nos anciens poètes, qui, dans son genre ^ ne manquoit pas de philosophie.

l'abbé morellet.

Vous embellissez les vieux poètes en tes ressuscitant (a) : nous vous écoutons.

LE COMTE

Voici ces vers :

Qui , penser s'afifranchir , c'est une réycrie ;

La liberté par songe en la terre est chérie ;

Eien ;i'est libre en ce monde , et chaque homme dépend ,

Comtes , princes , sultans (b) , de quelq[ne autre plus grand.

Tous les hommes yîvans sont ici bas esclaves ;

Mais suivant ce qulls sont, ils diffèrent d'entraVes ;

Les uns les portent d'or «t les autres de fer ,

Et , n'en déplaise aux vieux, ni leur philosopher,

Ni tant de beaux esprits qu'on voit eu leurs écoles.

Pour s'affranchir , crois-moi , ne sont que des paroles.

Au joi:^ nous sommes nés , et n'a jamais été

Homme qu'on ait vu vivre en pleine liberté.

En vain me retirant enclos en une étude ,

Penserois-je laisser le joug de servitude ,

(a) Le comte de Tressan a remis en nouveau langage, avec beaucoup d'agrément, plusieurs Fabliaux,

{b) Les sultans dépendent des j anissaires ou d'un voisin redoutable, etc.

Etant serf au désir d'apprendre et de savoir , Je ne ferois si non que changer de devoir; Cest Farrét de nature, et personne en ce monde, Ne sauroit contrôler sa. sagesse profonde (a)*

DUCLOS

£h bien! je trouve plus de bou sens dans ces vers-là que dans toutes les. diatribes de Raynal.

l'abbé mobellet.

Totis les vraiâ philosophes désapprouvent ses déclamations (b) ; seriez- vous curieux , Messieurs, de voir le jugement qu'un illustre philosophe porte de cet ouvrage ?

l'abbé gagliani.

Assurément.

l'abbé MORELLET, tirant de sa poche tm papier.

Voici une lettre que j'ai reçue hier de M. Tur-

gOt. ( On se rapproche pour écouter. ) Je VOUS passe le

commencement qui ne. parle que vaguement de l'ouvrage et de l'auteur, et j'arrive à l'opinion positive sur l'un et l'autre. ( n lit ) « J'ai été uu » peu choqué de l'incohérence de ses idées, et de » voir tous les, paradoxes les plus opposés mis

(a) Régnier le satirique.

(^) Et tous ces vrais philosophes^ comme on Ta vu, y avoient travaillé; mais on parloit ainsi devant les gens de ia Cour.

« en avant et défendus avec la même chaleur , le » même fanatisme. Ibest tantôt rigoriste comme » Richardson , tantôt immoral coipame Helvétius, » tantôt enthousiaste des vertus douces et ten- » dres , tantôt delà débauche (a), tantôt du cou- » rage féroce ; traitant l'esclavage d'abominable, )) et voulant des esclaves ; déraisonnant en phy- » sique , déraisonnant en métaphysique et sou- » vent en politique ; il ne résulte rien de son li- » vre (è), sinon que l'auteur est un homme de » beaucoup d'esprit, très-instruit, mais qui n'a M aucune idée arrêtée et qui se laisse emporter » par l'enthousiasme d'un j eune rhéteur. Il semble » avoir pris à tâche de soutenir successivement » tous les paradoxes qui se sont présentés à lui » dans ses lectures et dans ses rêves. Il est plus w instruit, plus sensible qu'Helvétius; mais il est w en vérité aussi incohérent dans ses idées et aussi » étranger au vrai système de l'homme (a) (c}. »

LE CHEVALIER

Voilà un jugement très-remarquable, et, à dire le vrai, c'est celui de tous les bons esprits.

(iz) Enthousiaste de la débauche!,..

(b) D'après cet extrait, fait par un philosophe, il devroit en résulter une juste indignation et un profond mépris.

[c) Mémoires de l'abbé Morellet, tom. I«', pag. 222.

( aSg )

LE BAROir.

Il faut po^r tant conveair que l'on trouve dans louyrage des morceam^ de la plus haute éloquence.

LE MARQUIS

Mon cher baron , si vous preniez la peine de rélire avec uti peu d'atteMioiij ces morceaux ^une haute éloquence , vous n'y tW)U?yeriez , je vous assure, que de l'emphase et du galimgthias.

Vous avez beaucoup de goût , mais tout écrivain philosophe vous paroît ridicule.

LE MARQUIS

Il y a de la philosophie moderne d^ji^ les qu* vrages de Montesquieu, ce <j[ui.ne w'empéchô pas de regarder cet auteur çpiwroe mi grand écrivain ; les gens religieux peuvent faire les miême^ reproches aux écrits de MM^ Dw.çiQ$ let Gaillard^ et personne ne rend plus sincèrement que moi justice 4UX talens de ces Uttéijate.uy^ «i justement . célèbres. Mais il est vrai que ces Messieurs put gardé des mesures ; qu'ils ont rendu de grands hommages à la Religion (2); qu'ils né Toni jamais attaquée avec i^@K:SQlp0^ «t blaspJlséme ^ et que IW devX.yti^ les Us«at, <{iiL'il3 a'eur ent jamai» le dessein de corrompre les mœurs , ni de renverser les trônes.

M. GAII.LA.IUD.

Quant à ces projets insensés, je suis convaincu qu'ils ne sont jamais entrés dans la tête de Voltaire et de ses amis (3)^

DUGLOS.

Moi , je n'ai pas tin si bon caractère ; je crois fermement qu'ils veulent faire une secte , et par conséquent une révolution.

LE BAROir.

Quelle folie!

l'abbé morellet.

Voilà une imputation, qui, j'ose le dire, est bien peu réfléchie. Rien n'est plus innocent que la philosophie « qui demeure contenue dans l'en- « ceinte des spéculations, et ne cherche dans ses » plus grandes hardiesses qu'un exercice pai- 9 sible de l'esprit ; tel est manifestement le ca- » ractère de la philosophie de ceux de nos amis, » qui même vont le plus loin , comme Diderot » et les autres (a).»

DUCLOS, avec colère , et frappant du pied.

Mais encore une fois, comme on vous Ta déjà dit , ne faites donc pas imprimer vos Exercices

(a) Mémoires de Vabbé MoreUet, tom. !•', pag* xSg.

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