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» galion que le législateur leur impose , dans les termes les » plus forts. La loi ordonnoit à celui qui avoit séduit une » fille, de l'épouser et de lui faire un douaire; et , si le père » de la fille refiisoit de la donner au séducteur, ce d«mier » étoit obligé de payer au père une somme considérable. * • «Les lois sur la pudeur étoient très-sé-vères. La femme ^ » dbent- elles , ne portera point Vhahit d* un homme ^ et » V homme ne se vêtira point de la robe d'une femme, Ho- » nore ton père et ta mère , afin que tu prospères et que tu » vives long-temps sur la terre que rÉternel , ton Dieu , va te » donner (a)... Que chacun de vous craigne son père et sa » mère {£xod,, Lent., Deut,). Maudit soit celui qui a » méprisé son père et sa mère, et tout le peuple répondra y>Amen [Exod,, Levit,, Deut), Quiconque maudira son » père ou sa mère, sera puni de mort [Exod,), Vous ne » ferez aucun tort à la veuve ni à Forphelin ; si vous les of- » fensez en quelque chose, ils crieront vers moi, j'écouterai » leurs cris {Exod. ). Lorsque vous verrez le bœuf et la bre- » bis de votre frère égarés , vous ne passerez point votre ii chemin; mais youâ les ramènerez à votre frère, quand il » ne seroit pas votre parent, et quand même vous ne le » connoitriez pas. Vous les mènerez à votre maison , et ils » y demeureront , jusqu'à ce que votre ftère les cherche et » qu'il les reçoive de vous. Vous ferez de même à l'égard de » l'âne ou .du vêtement, ou de quoi que ce soit que votre » frère ait perdu ; et , quand vous l'aurez trouve , vous ne le » négligerez point ^ comme étant à vu autre et non à vous.
(a) Ce fax un des commandemens qae Bien dicta de vive voix à son
peuple , et qa*il écriyit sur la pierre. C'est le seul commandenkent an-
qnel il attache nne pi*oinesse de récompense particulière dès cette vie,
dans Tancienne et la nouvelle loi, et la promesse qui intéresse' le plo*
les hommes.
»Si TOUS voyez Tâne ou le bœuf de votre frère tombé dans % le chemin , vous ue passerez point sans vous en mettre en » peine ; mais vous l'aiderez À le relever [Deut. , ebap. 22). » Vous ne livrerez pas l'esclave qui s'est réfugié vers vous, *» entre les mains de son maître ; il demeurera auprès de vous » où il lui plaira ; et il se tiendra en repos en l'une de vos » villes^ sans que vous l'attristiez en aucune cbose [Deut, cbap. 23).
» Lorsque vous aurez coupé vos grains dans votre champ , » et que vous y aurez laissé une javelle par oubli , vous n'y » retournerez pas pour l'emporter; mais vous la laisserez » prendre à l'étranger, à la veuve, à l'orphelin , afin que le D Seigneur vous bénisse dans toutes les œuvres de vos mains. » Dieu fait le même commandement pour les fruits des oli- * »viers ^ pour la vigne, etc. (Deut.).
» Quand vous scierez les grains de votre terre , vous ne » les couperez point jusqu'au pied , et vous ne ramasserez » point les épis qui seront restés; mais vous les laisserez » pour les pauvres et les étrangers (Lévit., chap. aS).
» Le prix du mercenaire qui vous donne son travail , ne » demeurera point chez vous jusqu'au matin.
>» Yous ne parlerez point mal du sourd (XeVi/l, chap. 19). » On pourra juger , d'après cet extrait, si c'est avec jus** lice que les détracteurs de la Religion répètent , depuis trente ans, que ces lois sont absurdes , barbares et/e'rvces. Mais ce n'est qu'en lisant ce Code divin tout entier, qu'on peut connoître à quel point ces calomnies sont extravagantes. Les lois qui assut'ent les propriétés y ne sont pas moins admirables. «Dans quelle législation ancienne, dît » l'auteur des Lettres de quelques Juifs ^ trouve-t-on rien de » comparable à ces lois en faveur clés pauvres, et à ces ex- » hottations de secourir les malheureux? Quand on se lea
«rappelle, ces exhortations et ces lois, ou rhumanité, la » bonté du cœur le plus. tendre se font si viyement sentir » >» peut-on, sans souffrir, Yoir ce grand homnk; et toute sa » législation taxés de férocité et de barbaiie par un écri- »;irain célèbre qui se dit impartial!...» <
Après avoir projuvé avec autant de clarté que de profondeur, que les sciences, dans l'antiquité, n'ont pu venir que d'une révélation divine , et non de la succession des siècles , M. de Maistre ajoute :
« Observez qu'il est impossible de songer à la science ipo- » dem« , sans 1^ voir constamment environnée de toutes les » machines de l'esprit et de toutes les méthodes de l'art. Sous » l'habit étriqué du Nord, la tête perdue dans les volutes » d'une chevelure menteuse, les bras chargés de livres et » d'instrumens de toute espèce , .pâles de veilles et de tra- » vaux, elle se traîne, souillée d'encre , et toute pantelante, u la route de la vérité, baissant toujours vers la terre sur V son iront sillonné d'ajgcbre. Rien de semblable dans la » haute antiquité. Autant qu'il nous est possible d'apercevoir » la science des temps primitifs k. une si énorme distance , » on la voit toujours libre et isolée, -volantpkis qu'elle ne » marche, et présentant, dans toute sa personn.e, quelque » chose d'aérien- et de «upaaturel. Efle livre 9ux vejDts' des » cheveux qui s'échappent 4*une r(iiipe orieo^t^e; Véphod » couvre son sein soulevé par rinspirat^on; elle ne regarde que ' » le ciel , et son pied: dédaigneux semblcKne toucl^^ la terre » que pour la quitter. Cependant , quoiqu'elle n'ait jamais » rien demandé à personne « et qu'on ne lui conx^oisse aucun » appui humain , il n'est pas moins prouvé qu'elle a possédé u les p}i^ rares connoissancçs; c'est une grande preuve que » la jsciepce antique avoit .été dispensée du travail imposé à » la nôtre, et que tous .les calculs que nous étaUiâsuns sur
i>f ejpérience modetne, sont ce qu'il est possible d'imaginer » de plus faux. ( Soirées de SiUnt^Pétersbour^ ^ tom. I*^' ^
»pag, 104.)
» La barbarie du peuple hébreu est luie des thèses favorites » du xvxu' siècle ; il n'est permis d'accorder à ce peuple » aucune science quelconque; il ne connoissoitpas lamoin- « dre Tërité physique ni astronomique; pour lui , la terre n'é- », toit qu'une plaHtude^ et le ciel , un baldaquin ; sa langue, » dit-on, dériTe d'une autre, et aucune ne dérive d'elle; il » n'avoit ni philosophie , ni arts, ni littérature; jamais, avant » une époque très-retardée , les nations étrangères n'qnt eu'la v moindre eonnoissance des livres de Moïse ; et il est très- » faux que les vérités d'un ordre supérieur qu'on trouve disr- » séminées chez tes anciens écrivains du paganisme , dé- » rivent de cette source. Accordons tout par complai- » sance (a)j. Comment se £ût*il que cette même nation soit » constamment raisonnable , intéressante , pathétique , très- » souvent mémq sublime et ravissante dans ses prières ? La u Bible, en général, renferme une foule de prières dont on a » fait un livre dans notre langue; mais elle renferme de plus, » dans ce genre , Je livre des livres , le livre par excellence^ » et qui n'a point de -rival, celui des psaumes. {Soirées de » Saint-Pétersbourg f tom* II, pag. 55). , • . »••••••••'•««•« • • •• •
» Les odes de Pindare sont des espèces, de cadavres dont
(a) Cest en effet une e^^tréme complaisance, car il est certain : x«, que Thébrea est la plus belle des langues , et qu'elle a produit des che&-d*œuvre; les sublimes poésies dlsaïe, de' Job, dllabacUc, d*Osée , la Sagesse, les Provevhes àe Salomon, les belles 'Élégies di Jéréxnie, le9 Psaumes sublimes de îïmdf. l'Ecclésiastique, etc.
» l'esprit s'est retiré pour toujours.. Que rom importent les » chevaux de Hiéron ou les mitles d*Agésias ? Quel intérêt « prenez-YOus à la ndslesse des villes et de leurs fondateurs , » aux miracles des dieux , aux ex[^oits des héros ^ aux » amours des nymphes ? Le charme tenoit aux temps et aux » lieux ; aucun effet de notre imagination ne peut le faire «renaître. Il n'y a plusd'Olympie, plus d'Élide, plus d'Aï-
V phée ; celui qui se flatteroit de trouver le Péloponèse au Pé» » rou, seroit moins ridicule que celui qui le chercheroit dans » la Morée. David , au contraire , brave le temps et l'espace » » parce qu'il n*a rien accordé aux lieux, ni aux cûccbnstances : » il n'a chanté que Dieu et la vérité immortelle comme lui. » Jérusalem, n'a point disparu pour nous : elle -est toute oà 9 nous sommes; et c'est David surtout qui nous la rend » présente ( Soirées de Saint-Pétersbourg^ tom. II , p. 59)-. » Il faut lire dans l'ouvrage même les explications admirables des psaumes , dont le texte latin est toujours cité.
(2) « Quand on aura mis à nu .toute la pauvreté d'esprit » de nos soi-disant philosophes (et ce n'est pas celle de l'É- » vangile)^ tout ce qu'il y a y dans leurs écrits, de profbndé- » ment inepte, caché sous un vain appareil demots abstraits >y et de phrases ampoulées , qui en impôsoient à l'ignorance . » et 'à l'inattention ; quand on aura détaillé , au moins en « partie , Tincroyable quantité de bêtises 9 proprement dites,
V enfermées souvent dans une seule phrase (et je dis bêtises , »par respect pour le mot propre, qui est de devoir, et sur- T^ tout ici), on aura honte pour le siècle où nous vivons , » qu'il ait pu être si long-temps la dupe de charlatans si » méprisables , qu'ils n^étoient pas même en état de défendre ■9 leur masque , leur enseigne et leurs tréteaux , s'il y eut eu » quelqu'un pour faire la police en philosophie , comme on la » faisoit au Parnasse. H faudra expliquer toutes les causes
» de cette tranquille et, imperturbable possession de Tabsurde » pendant tant d'années , de cette longue et incompréhen^ » sible impunité, dont le vertige révolutionnaire a été la » suite , et dont il doit être aussi le remède ( Cours d^ Lit- -» térature de M, de La Harpe). » ;^
' Il est bien certain que M. de Voltaire a écrit des inepties qui eussent couvert de ridicule tout autre que lui. Peut-on concevoir que, pour nïet^scientifiquementlQ déluge ujiiversel, il ait prétendu (avec gravité) que les énormes couches de coquillages que Ton trouve sur le sommet des plus hautes montagnes, ne sont que des débris et des dépouilles de quelques pèlerins {a).
M. de Voltaire n'a mis le mot patrie dans son Dictionnaire que pour $e moquer de Tamour de la fratrie ; Fauteur tCj croyoit pas davantage qu*à Famour de la vertu. Au mot Bannissement il dit :
« Ceux qui ont écrit sur le droit des gens se sont fort tour- » mentes pour savoir au juste si un homme qu'on a banni » est encore de sa patrie \ c'est à peu près comme si on de- » mandoit si un joueur qu'on a chassé de la table du jeu est » encore un des joueurs. » Voila une comparaison bien ridicule et bien fausse; car des joueurs n'ont pas pris, depuis leur enfance , des engàgemens sacrés avec la table de jeu» Quand il seroit possible que la patrie entière nous fît une injustice , il faudroit encore conserver de Fattachement pour le pays où l'on a 'reçu le jour, et c'est un sentiment naturel à toutes les belles âmes. Mais si Fon est injustement banni , c'est seulement l'iniquité d'un tribunal ou d'un gouvernement ; la patrie n'y est pour rien. Ainsi ce ne seroit donc pas une raison de Faimer moins.
(a) On sait qne M. deBnffon se moqua de cette absurdité avec autant de sel ^e de justesse.
Une des choses que Ton doit le moins pardotmer atucpliilosophes, c'est leur dénigrement pçnr la France f tantôt Toltaire appelle les Français des ff^ekhes, tantôt il s*écrie que ce siècle en France est dans la boue ; et , en disant dn mal de toutes les autres nations, il les élève sans cesse , et surtout l'Angleterre , au-dessus de la nôtre. En 1766 ^ il écrivoit à d*Alembert : « Je mourrai bientôt, et ce sera en » détestant le pays des singes et des tigres \ où la É>lie de ma » flère tne fit naitre il y a bientôt soixante-treize ans (a). »
Peut-on exprimer le mépris et la haine avec plus d'animo* site Piyàlembert hd répondoit : « II eist sûr que cette France » m'est bien odieuse ; et si ma raison est pour elle , assuré- » ment mon cœur n^y est pas (6). «
Ainsi , dans les innombrables inconséquences de Voltaire, on peut compter ce vers de Tancrède :
' « A. ton» les coeiun bien nés., que la patrie est chère I »
On poUrroit citer une infinité d'autres traits de ce genre, ; je n'en rapporterai plus qu'un seul , mais tiré d'un ouvrage >s^ieux, et que les partisans de M. de Voltaire ont loué 6utre 'mesure le Siècle de Louis XI F.
'£n parlant de l'exécrable BrinviUiers , M. de Voltaire raconte que le mari de cette femme eut l'imprudence de loger chez lui l'Italien nommé Sainte-Croix (qui , par la suite , en devenant l'amant de la Brinvilliers , l'engagea à empobonner toute sa famille), et M. de Voltaire ajoute : qu'tV en résulta ce qui devoit naturellement arriver avec une femme jeune , belle et sensible !
Vne/emme sensible , qui , sous prétexte de charité y es-
(a) Lettre de Voltaire , x 766.
(6) Lettre de d'AUmbert^ 1766.
saya ses poisons sur tous les malades -de rH6tpl-Dieu ^ pour empoisonner ensuite son père, sa mère, ses frères et son mari! ... Il est plaisant aussi d'établir en maxime iji\e tout mari qui loge un homme chez lui s*expose à être le témoin, et la yictime de sea ctimçs. Je ne crois pas qu'on ait jamais fait imprimer une ineptie aussi extraordinaire et au^sî extravagante. Que seroit^-ce , si l'on ajoutoit à ces incompréhensibles distractions de M. de Voltaire., non-seulement seà innombrables mensonges historiques ^ mais ses bévues dans ce genre? comme, par exemple, lorsqu'il trantforme en homme le titre d'un ouvrage (du Sfidder) ,.ce qui prouve que M., de Voltaire n'a jamais lu le Sadder, Ce fut M. l'abbé Foncher qui lui apprit que le Sadder est un poème et non un homme.
On trouve dans la Philosophie de V Histoire cette savante remarque : «c Jean Castriot étoit le fils d'un despote , c'est- » à-dire , d'un prince vassal ; car c'est ce que signifioit » despote , et il est étrange que l'on ait afifecté le mot de » despotique aux grands souverains qui se sont rendus 4Lb» » solus. »
M. Larcher , et beaucotq> d'autres auteurs , n'ont pas manqué de relever cette méprise, qui est en effet fort étrange^ car le mot despote a toujours signifié , non un prince vas-* sol y mais un mattre absolu qui commande à des esclaves.
On lit dans la Raison par a^habet , que les Juifs empruntèrcnt le nom de Tèhovah des Syriens y et dans le Dictionnaire philosophique y qu'ils empruntèrent ce mot de Jéhovah des Phéniciens, et dans la Philosophie de l'His^ toire y qvHils empruntèrent ce mot des Égyptiens. Tout lecteur verra dans ces diverses opinions au moins deux bévues ; mais les savans en ont trouvé trois , et l'ont prouvé , ce mot étant hébreu , et par conséquent n'ayant été em-,
plijûité ni des Syriens , ni des Phéniciens , ni des Egyp^ tiens. Le même auteur a écrit , dans sa Bible enfin expliquée y qa* aucun prophète n'a" dit que le Messie serait appelé Nazaréen , parce que^ ne sachant pas Thébreu , il ignoroît que le nom de Nazaréen , Notzzi, a la même racine et la même signification que celui de Notzer, qu'Isaïe donne au Messie (a). C'est avec la même érudition que M. de Voltaire appelle la ville de Cariât de Sépher, un pays , et qu'il dit ( Défense de mon Oncle ): « Si Ton cultivoît alors les B sciences ^ans la petite ville de Dabîr , combien dévoient-. » elles être en honneur dans Sydon et dans Tyr, qui étoient >» appelées le pays des Livres , le pays des Archives. » Et , au contraire , jamais les villes de Sydon et de Tyr n'eurent ces noms; c'étoit la ville de Dabir qui s'appeloit la ville des Livres y la ville des Archives.
Le même auteur, par une distraction difficile à concevoir, dans la Philosophie de VHistoire ; met le Livre de Josué , et d'autres encore » dans le Pentateuque, oubliant jusqu'à la signification du Pentateuque , qui lui auroit rappelé que ce recueil ne contient que les cinq Ijivres du législateur^ et que ni le Livre de Josué , ni d'autres ,.n'en firent jamais partie. Forcée de me borner à un très-petit nombre d'exemples , je ne puis citer une infinité d'autres méprises , tout aussi singulières ; mais on peut , sur ce point , consulter le« critiques que j'ai indiquées ; on y trouvera dans ce genre uûe foule >de traits véritablement curieux.
M. de Voltaire a fait beaucoup de plaisanteries sur Finconséquence et les contradictions de J.-J. Rousseau , et
(a) Réfutation de la Bihle enfn expliquée , savant ouvrage en an to- Itune, où l'on relève une foule de mensonges, dVrrenrs et de méprise» inconcevables de M. de Voltaire. Cet ouvrage a para en 1 781.
o*est nn droit qu'assurément il n'avoit 'pas , lui qui se contredit si souvent , et d'une manière si frappante et si grossière; lui qui dit que hepère Daniel ne passe pas pour un kis-* torien assez profond et €issez hardi, mais qu'il pa^se pour un historien très-véridique ; qu'il peut errer quelquefois , mais qu'il n'est pas permis de Vappeler un menteur, £t celui qui porte ce jugement , dit ailleurs que le père Daniel est un indigne historien ,. qui insulte à la vérité et à ses lecteurs, M. de Voltaire a été un des grands panégyristes de Pope ; c'est-à-dire du fonds de sa doctrine , qui consiste à prouver que tout est bien, M. de Voltaire appelle Pope un philosophe sublime , qui a porté le flambeau dans l'abtme de Vêtre; et dans plusieurs ouvrages, entre autres dans le poème sur la destruction de Lisbonne , le poète français, rejette formellement ce même axibme.
M. de Voltaire a écrit que la croyance de l'immortaUté de l'âme est une croyance utile , salutaire y sainte, nécessaire aux hommes; et, dans une multitude de volumes, 41 à nié cette vérité, entre autres dans ses Lettres de Memmius , et son j4 B C j oii l'on trouve cette conclusion si formelle : Parlons plus franchement, il ny a point d'âme; ce système est le plus hardi, le plus étonnant de tous, et au fond le plus ^ simple.
On lit dans plusieurs ouvrages de M. de Voltaire, les plus pompeux éloges de Zoroastre , qu'il appelle un grand homme, un sage législateur. Il assure que ses écrits sont admirables et fort supérieurs à tous les livres des Juif^, Et dans d'autres ouvrages , il dit que Zoroastre n'est qu'un fou dangereux y et que Nostradamus et le Médecin des urines sont des gens raisonnables en comparaison de cet énergumène. Il ajoute que ses écrits ne sont qu'un fatras abomi^
noble , dont on ne peut lire deux pages sans avoir pidé eie la nature humaine.
Dans ses lettres au roi de Prusse , l'auteur réfute avec force le système de la Êitalité; et dans les articles Chatne des é^énemenSy Destinée, Liberté^ au DictionncUre philosophique , il y soutient \k fatalité absolue.
Son inconséquence a été la même avec une infinité de gens de lettres; entre autres J.-B. Rousseau , Pompignan, Maupertuis et le président Hénaut, qu'il a commencé par louto exeessivement, et qu'il a ensuite déchirés et calomniés sans relâche. Desmahis, auquel il adressa d'abord une de ses plus jolies pièces fugitives, qui commence ainsi :
Vos jeunes mains cueillent les fleurs Dont je n*ai plas que les épines ;
et qu'il appelle ensuite un fat et un polisson ; Gresset quHl a traité de même , et tant d'autres.
(3) Page 3i8. Dans aucun siècle il n'y a eu autant de plagiaires que dans lexviii' siècle et dans pelui-ci. J.-*J. Rousseau s'e$t approprié sans scrupule les idées d'une infinité d'écrivains , particulièrem^t de. Locke , qu'il eut l'injustice de critiquer avec mépris ; de Richardson, deSénèque, de Montaigne , et de beaucoup d'autres qu'il ne cite jamais.
Nos philosophes (comme on l'a déjà dit) n'ont inventé aucun de leurs systèmes (a). Fontenelle prît celui des Mondes dans Jordanus Brunus^ un Napolitain antérieur à Gassendi,
{a) Helvétins a troaTe le sien dans de vienx livres ; d* Alembeit a em* pranté de Bacon tout le plan de son Discours préliminaire de l'Mncjr- 0iojpédie, etc.
Hobbes , etc. , et qui lepremier a dit que les planètes étoient des mondes habités (a).
Les plagiats de M. de Voltaire sont innombrables. Cest apparemment pour les expier qu'il a tant inventé quand il a écrit rhistoire ; mais d'ailleurs , dans tons ses autres ouvrages , il met à contribution tous les auteurs , les anciens , les modernes , et même les contemporains ; M. de la fiaumelle a relevé les nombreux plagiats de la Henriade ; ceux de ses tragédies sont encore plu^ audacieux ; car il a osé piller les tragédies les plus célèbres et les plus dignes de l'être. Polieucte , par exemple^ dont il a fait V Orphelin de la Chine (b)^ Bajazet qu'il a eu la prétention de refaire ^ous le titre de Zulime ; Atrée et Thyeste , qu'il a refait avec aussi peu de succès; sa Mérope^ composée de la Mérope de Maffei, et de la tragédie ^Amasis de la Grange-Cbancel; OrestCy Sémi" ramis et Rome sauvc*e , pillées des tragédies de Crébillon ; Alzire , sujet dérobé , dit-on, à M. de Pompignan [b) ; les plus ingénieux traits de Zadigy pris dans V Histoire des Cérémonies religieuses y et le chapitre entier de l'Ermite y traduit littéralement de l'anglais , du docteur PamelL Ce qui est moins connu , c'est qu'il a volé en totalité le sujet de Nanine à Fontenelle. Cette pièce volée se trouve sous le titre
(a) Jordanus Brunus fut matérialiste : aussi est-il lon^ à Texcès dans V Encyclopédie,
(i) Je sou le premier écrivain qni ait remarqué cet étrange plagiat, fl y a trente-sept ans , dans les Annales 4^ la Vertu ; et tont le monde convint alors qu'il n'en est point de plcU frappant. M. Geoffix»y en a parlé depuis dans le Journal de VEmphe , peu de mois avant sa mort.
(c) Il fut d'abord trè»^é'avec M. de Pompignan, auquel il écrivit les lettres les plus flatteuses sur ses talens. Plusieurs écrivains assurent que M. de Pompignan lui confia une pièce dont le si^ct étoit les Américains et que Yoltaîre en fit Alzire,
ii Henriette dans les OEuvuss de Fontenelle, Il y a dans ifanine une tirade qui ne pouvoit convenir qu'à un sujet mythologique , et qui est bien déplacée dans une comédie''fTançaise ; c'est dans la première scène entre le comte d*01ban et la Baronne.
Je TOUS Ta! dit (répond le comité) , ramour a deux carqooîs; L'on est vempli de ces traits tout de flamme , etc.
La Baronne trouve cette comparaison fade , et elle n'a pas tort ; c'est une singulière manière de se justifier dans une explication sérieuse; mais tout ce morceau est pris è^Iphigénie en Aulide , d'Euripide : le chœur dit que l'amour a deux sortes de traits (a),
« Par Tun , il fait le bonheur de la vie ; par l'autre il jette » le trouble et la confusion. Écartez , charmante Vénus , 3» écartez de nos cœurs ces traits empoisonnés ; faites-nous » goûter vos douceurs ; garantissez-nous de votre ivresse. »
M. de Voltaire s^est beaucoup moqué des tragédies anglaises ^ surtout de celles de Shakespeare ; cependant il en a pris une infinité de choses : plusieurs des beaux traits du rôle d'Orosmane sont empruntés à* Othello, Il doit à Dryden un grand nombre d'idées qui se trouvent dans la piçce-de Jules César.
. Dans la pièce de Brutus , il n*a pas dédaigné de prendre mot à mot une réponse très-frappante qui se trouve dans la tragédie de mademoiselle Barbier^ sur le môme sujet ; et il termine cette pièce par des vers imités de Rotrou. Le dénouement de Brutus et celui de Wenceslas offrent la même
(a) Ce qui vaut mieux qae deux carquois qui seroient fort emharrassans à porter.
Situation 5 et dans Wenceslas^ le malheureux père , en envoyant son fils à la mort , lui dît :
Adieu, surrécha&ad portez le cœnr d'un prince, Et faites y douter à tonte la province , Si, né pour commander et destiné si haut, Vous montez sur un trône ou sur un échafaud.
Les beaux vers que dit Gusman (dans Alzirc) avant d'expirer, sont dus à Thistoire. Le duc de Guise, assassiné p^r Poltrot (un calviniste) lui dit en mourant :
« Des deux religions que nous professons , reconnoissez » laquelle est la meilleure. La vôtre vous a commandé de » m*assassiner; et la mienne m'ordonne de vous pardonner, v
. Des dieux que nous servons connois la différence : Tut» tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance , Et le mien , quand ton bras vient de m*assassiner , M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.
Il seroit trop long de détailler les plagiats de ses contes et de ses pièces fugitives; il a même pillé les Lettres de Voiture ; il en a'copié une presque d'un bout à l'autre ; il a tiré d'un roman de madame de Villedieu toutes les idées du mondain.
Sa jolie pièce de vers qui commence :
De desseins en erreurs, et d'erreurs en désirs, Les mortels insensés promènent leur folie ,
est une traduction littépale d'un monologue à' Aureng-Zeb , tragédie de Dryden; et traduire est piller, quand on n'indique pas la source où l'on a puisé.
Nous avons dit que M. de la Baumelle, dans ses notes sur la Henriade^ cite un grand nombre de plagiats de M. de
Voltaire. £n voici quelques-uns qui lui sont échappés , et que M. de La Harpe rapporte dans son Cours de Littérature» Agrippine, dans Britannicus ^ dit :
« J*appelai de Texil, je tirai de Tannée,
» Et ce même Sénèque , et ce même Bnrrliiu ,
«Qui depuis... Rome alors estimoit leurs Tertos. ••
Toltaire imita ces vers dans la Henriade :
«Et Biron, jeune encore, ardent, impétueux, «Qui depuis...; mai* alors il étoit vertueux. »
La description du cheval, dans la Henriade , est imitée d'une belle stance de Tode de Sarrazin, sur la bataille de Lens.
M. de Voltaire a imité, aussi dans ce même poème, une strophe entière d*une ode de J.-B. Rousseau.
Dans son poème sur la loi naturelle , on trouve les troid vers suivans :
a Dans nos jours passagers de peine et de misères, » Enfims d*un même Dieu , vivons du moins en frères , »ÂidonS'nous l'un et l'autre à porter nosfardeaux,n
Voltaire ne se doutoit peut^tre pas (ajoute M. de La Harpe) qu'il traduisoit ici mot à mot saint Paul : «Portez les far- » deaux les uns des autres, et c'est ainsi que vous accom- » plirez la loi de Jésus-^Ihrîst {a)^ »
(a) Combien les auteurs des siècles derniers ont profité dans leors •uvrage^, même profimes, des beautés sublimes de FÉcriture-Sainte! li*admirable monologue de Phèdre :
OJI fuir? oà me cacher? Dam la nuit infernale !...
9lt tiré mot à mot d*un psaume de David.
Voici encore un plagiat cité par M. de La Harpe :
Nnl de nous n*a vécu sans connoitre les larmes. De la société les seconrables charmes Consolent nos dooleois an moins qnelq[lies instans ^ Remède encor trop foible à des maux si constans. Ah! n^empoisonnons pas la douceur qui nous reste! Je crois voir des fovçats dans leor cachot faneste Se pouvant seconrir, Tnn sor Taatre acharnés. Combattre avec les fers dont ils sont enchaînés.
Cette heureuse comparaison est de Pope , et ce n'est pas le seul emprunt que l'auteur ait fait à cet illustre Anglais*
M. de Voltaire a même pillé un obscur et mauvais auteur, Scévole de Duryer. M. de Voltaire en a pris des vers , que dit Jocaste y dans Œdipe.
(4) Page 320. Voici d'excellentes réflexions sur le goût., par M. de Voltaire : «Comme le mauvais goût, auphysique, 9 consiste à n'être flatté que par des assaisonnemens trop » piquans et trop recherchés ; aussi le mauvais goût , dans » les arts, est de ne se plaire qu'aux omemens étudiés , et de » ne poa sentir la belle nature. Le goût dépravé, dans les ali-
Le diàlogne si frappant dans Iphigénie :
imiosirii.
yem*t*«n à l'antel votre henranse £unille ?
▲OAMlKNOir.
HéUs!
zPHioiiriE.
- Yens voos taises ! ,
Yoos y seies ma fille.
Ce dialo^ne est pris de l'entretien d'Abraham et dlsaac sur la montagne , on le saint patriarthe M dlsposoît à sacrifier cet en&nt chéri.
»> alîmens, est de choisir ceux qui dégoûtent les autres hommes .- I» Le goût dépravé dans les arts , est de se plaire à des sujets » qui révoltent les esprits bien faits , de préférer le préciejix » et raffecté , au beau , au simple et au naturel. On dit qu'il » ne faut pas disputer des goûts ; on a raison , quand il n'est » question que du goût sensuel. Il n'en est pas jie même dans » les arts. Comme ils ont des beautés réelles, il y a un bon » goût qui les discerne, et un mauvab goût qui les ignore (a). » Le goût peut se gâter chez une nation. Ce malheur arrive » d'ordinaire après les siècles de perfection.
» Les artistes craignant d'être imitateurs , cherchent des » routes écartées , ils s'éloignent de la belle nature. Le pu- » blic amoureux des nouveautés court après eux ; il s'en dé- » goûte bientôt , et il en jparoit d'autres qui font de nouveaux » efforts pour plaire ; ils s'éloignent de la nature encore plus » que les premiers ; le goût se perd , on est entouré de nou- » veautés qui sont rapidement effacées les unes par les autres. » Le public ne sait plus où il en est : il regrette en vain le -» siècle du bon goût qui ne peut plus revenir; c'est un dépôt » que quelques bons esprits conservent alors loin delà foulé. » ( Encyclopédie j mot Goût,) Il me semble que cet article n'est pas complet et qu'on pourrôit y ajouter les réflexions suivantes:
Le goût dans les arts est un sentiment vif et naturel de l'harmonie, de l'accord et des proportions d'un ouvrage; et de plus , en littérature , c'est une délicatesse exquise sur tous les genres de convenances. Le goût est pour les artistes et les gens de lettres une qualité d'autant plus nécessaire, que
(a) Comment concevoir qoe ranteur de cet article soit aussi celai da poème intittdé la Guerre de Genève , des six volmnes da Diètionnaire philosophique, de tant de brochores infimes dont le cynisme le plas dé< pravé , et les fictions les pins baroqaes font toat le sel ; et de tant dç libelles où les injures les plus grossières sont prodi^ées à chaque pa^^.
presque en tout il tient à la morale ; la raison désaprotiVd tout ce que le goût condamne. Des colonnes trop frêle» pour soutenir un lourd bâtiment forment un édifice de mau< vaîs goût , et la raison dit que cette structure pàroît manquer de solidité , défaut qui la choque le plus. Le goût est blessé si les figures d'un groupe de sculpteur ou d'un tableau ont des attitudes forcées , et la réflexion sufBroit pour faire connoitre que ces attitudes sont fausses ; c'est ainsi que le goût est toujours l'instinct de la raison. Dans la société , dans la littérature, le goût prescrit la simplicité , le naturel , la modération , la modestie ; toujours sage, il n'en est pas moins opposé à la fadeur et à l'insipidité ; ennemi de ^out excès vi-« cieux , il réprouTc également les lieux communs et la bizarrerie , l'enflure et la bassesse , l'insolence et la lâcheté , le burlesque et le sérieux pédantesque , la sécheresse et la prolixité. C'est lui qui grava sur les portes du temple de Delphes y cette sentence : Rien de trop.
Le goût n'est donc pas une chose frivole ; il ne donne pas seulement Télégance , il donne encore l'aversion de tout ce qui est faux , de tout ce qui manque de convenance, d'hon- , néteté, de délicatesse. On a reconnu pendant long-temps que les Français étoient le peuple de l'Europe qui avoit le plus de goût : c'étoit reconnoître qu'ils possédoient aussi les qualités les plus sociables , les plus aimables et les plus attachantes...
Nous ne pouvons terminer cette note sans rapporter encore une excellente page de ])& de Voltaire , sur l'affectation du style ; ce passage se trouve malheureusement dans un ou^ vrage infâme , de l'aveu même de ses amis.
Voici ce passage :
« Que seroit-ce qu'un ouvrage rempli de pensées recher-
> Gbées et proolématiques? Combien sont supérieurs à toutes » ces idées brillantes ces vers simples et naturels :
» Cîmia , tu t^en sonvieiiB , et yeux m^assassiner ! etc.
» UenTÎe de briller et de dire , d'une manière nouvelle , ce )» que les autres ont dit , est la source des expressions nou- » Telles comme des pensées recherchées. Qui ne peut briller » par une pensée, veut se faire remarquer par un mot... Si » Ton contLnuoit ainsi, la langue des Bossuet , des Racine , » des Pascal , des Corneille , des Boileau , des Fénélon , de-
> viendroit bientôt surannée. Pourquoi éviter une expression » qui est d'usage, pour en introduire ime qui dit précisément «la même chose? Un mot nouveau n'est pardonnable que » quand il est absolument nécessaire, intelligible et sonore; » on est obligé d'en-crécr en physique ? Mais fait-on de non- » velles découvertels dans le cœur humain? Y a-t-il une autre » grandeur que celle de Corneille et de Bossuet? T a-t-îl » d'autres passions que celles qui ont été maniées par Ra- )» cine (a) , effleurées par Quinault ? Y a-t-il une autre mo- » raie évangélique que celle de Bourdaloue ; etc. ( Die- » tiônnaire philosophique , m.oX Esprit), »
(a) Des passions maniées ne sont pas une henrense exp^rctsion.
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