‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 38 sur 41 · TOUTES A LA FOIS · texte numérisé non relu

TOUTES A LA FOIS

Oui \ oui.

LE CHEVALIER 86 lève , va feuilleter ^Encyclopédie, ef

lit tout haut.

Carnation, « Les filles brunes qui sont sages , y» et qui cependant aiment à plaire , ne portent » ni les blondes, ni le linge, ni les coëffes d'un >i beau blanc, parce qu'il Içs feroit paroître d'un » coloris incarnai , noir et terne. »

LA DUCHESSE

Mais quelle folie!... Les filles brunes et sages portent du linge sale par coquetterie?

LA COMTESSE

Je crois qu'elles savent au contraire que les reflets d'un beau blanc sont très-favorables au teint des brunes.

LE CHEVALIER , continuant la lecture.

« Les femmes coquettes qui comptent plus

(475) » sur leur intrigue que sur la beauté de leur car- » nation , doivent porter les couleurs qui jurent » avec le doux incarnat de la pudeur. Par exem- » pie, un fard de carmin pur, barioler leur vi- » sage de mouches, noircir de couleur de jai j) leurs sourcils; en un mot, mettre sur toute » leur figure des enseignes qui appellent à grands » cris les passions, d

LA MABECHA.LE.

Cela est charmant.

M. DE PONDEVESLE.

Vous allez nous lire à présent l'article Bosquet.

LE CHEVALIER

Assurément ; c'est l'article à grandes prétentions, et les éditeurs le trouvent si beau, qu'ils l'ont fait précéder de l'éloge de la brillante imagination de l'auteur , qui est M. le baron de Tschoudy ; voici ce petit chef-d'œuvre, et madame la maréchale va sûrement retrouver dans ce morceau tout ce qu'elle a pensé mille fois, en se^ promenant dans la foret et dans les bosquets de Montmorency : (mit.) « Où est celui qui n'a ja- » mais essuyé son front à la fraîcheur des forêts, » et ouvert l'oreille à leurs concerts?.., »

LA MARÉCHALE

Je dois vous avouer. Chevalier, que je n'ai jamais sué dans la foret de Montmorency.

liA BVCHBS&E.

D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi la/StMkheur invite à s'essujer léfronU

N'importe ; écoutez , Madame , et vous allez sûrement vous reconnoitre dans la description suivante :

« Ne voulez-vous que recueillir au frais des » oiseaux et vos pensées ?.... »

LE MA.EËCHAL DE mCHELIEU.^

jdecueUiir des oiseaux et ses pensées /..»«

LE CHEVALIER , lisant.

« Jetez des masses d'arbres et d'arbustes entre » des sentiers sinueux , tels que ceux où les amans » et les poètes vont rêver si volontiers »

Hf • DE POmrDEVESLB.

Si volontiers ! comme cette expression vulgaire s'accorde bien avec le ton poétique de ce morceau!....

STADAME DU DEFFANT.

Ainsi, q^and on Jette ^es masses d'arbres entre des sentiers sinueux ^ on recueille au/i*ais des oiseaux et ses pensées /....

LA MAR^GHALB.

Cçla est bcm à savoir quand on a un jardin

LE GSEYAlLIER) lisant.

* rt Offe^z, polir râîàance de leur ménage , l'aubé- Dpine au Rossignol, et le genêt au linot.... Là^ î» j'aimerois au^si à trouver la terre jonchée de j> prunes bigarrées, à écarter du pied la pomme » et^a poiré, et à contester la cerise aux loriots.... » Les contrastes sont la coquetterie de la nature

» et le charme de l'art Je^mêlerois jusqu'aux

» caractères des odeurs ; je cliargerois les vents » de m'apporter leurs flots légers ; elles éveillent » l'imagination.... Peut-être elles ouvrent l'âme k » la bienveillance par l'attrait du plaisir.;.. Moi, » j*aime h écarter les branches en marchant et à » cacher ma tète dans les fleurs.... Il est gracieux » d'apercevoir celte architecture svelte et ajou- » rée, où des cordons de verdure s'élancent en » colonnes »

LÀ COMTESSE

Comparer des cordons de verdure à des CO" lonnes ! cela est neuf.

LE CHEVALIER , lisant.

<c Je me plairois à voir la pâquerette entourer » le pied des arbres , et la jacinthe expirer sur le » sein entr*ouvert du narcisse.... , tandis que le » chardonneret chante sur la flèche d'un arbre » comme un bouquet harmonieux.*.. ; une de ces » belles soirées, où un jour tendre caresse la vtie.

2> où les vapeurs odorantes ondoient mollement 9 dans un air tiède, et lorsque le soleil qui baissé » pénètre de ses rayons, rasant les pétales dia- » phanes, au centre du bosquet qui les réunit, » s^élèvent les arbres dont le vêtement est le plus j> étoffé!... Une chaleur sèche et brûlante m'en- » vironne et m'accable : où fuir quand mes fibres » sont relâchées, que ma poitrine manque deresj> sorts?... Voyez par-là ces bergères assises dans j> l'eau , sous la voûte des saules ; et , par ici, leurs » génisses à moitié cachées dans les roseaux qui » s'y tiennent immobiles , tandis que , sur la roche 9 voisine , à l'ombre de cet orme dont ses brebis » couronnent le pied, ce berger a jeté ses véte- » mens et s'est couché près de son chien , dont

» la langue sort pantelante Ce bosquet est le

» sanctuaire des ombres et l'urne des eaux ; il 3D sera aussi le temple de l'air »

LE DUC

Il me paroit difficile que le sanctuaire des ombres, qui doit être celui de l'obscurité, soit le temple de Vair.

LE MARECHAL DE BIRON

Quelle extravagance et quelle puérilité !

LE CHEVALIER, lisant.

ce Qui m'empécheroit de jeter dans un coin la » courge rampante, de fouler, parnti les herbes,

(477) X) le fraisier des Alpes; de cueillir, en passant ,sur » les rameaux qui s'inclinent , l'abricot, la prune » et la griotte?.... C'est vous que j'aimerois alors, » cèdres irnniortels, dont les branches fourrées

» nagent dans les airs comme des nuages !

» D'autres plus légères voltigent en banderoles » auprès de' ces touffes épaisses qui se relèvent » comme les pans. d'une robe enflée d'air; ainsi » on fait jouer les formes et badiner les acci- » dens.... »

LA MABECHALE.

Des accidens qui badinent , qui Jolâtt^nt ; quelle image gracieuse !....

Permettez-moi de vous citer encore un article d'un genre badin , plus charmant , s'il est possible , que celui que vous venez d'entendre.

MADAME jDU DEFFANT.

Quel est ce mol ?

LE CHEVALIER

Calembourg.

MADAME DU DEFFAITT.

Je ne le connois pas.

LA M4RiCHAL£.

ïf i moi non plus^

hk DUCtaSSK.

J'ai éntétidu dire qu'il est stupide.

LA COMTESSE

Et atroce.

LE CHEVALI£R.

Vous en allez juger ; le voici :

a Ce seroit une platitude bien froide de dirf^: » cet homme-là mérite d'être cru; il ne faut pas le » cuire. Mais on sera sûr de faire rire avec la » même équivoqve , en supposant up homme » condamné à être brûlé , qui , au moment où » l'on va mettre le feu au bùchei», Veut parler » encore pour sa justification, et en admettant » un interlocuteur qui lui adresse ces mots : Fa , » mùn amij ce que tu dis là ^t lnén, ceéi /a inême » chose; tu ne seras plus cm^ »

Quelle horreur \

LA DUCHESSE

Cela est véritablement ei^écrable autant qu'absurde.

LA COMTESSE

Cependant les éditeurs étaient sûrs de nous faire rire avec cet article.

LE CHÊVAtlER.

Permettez - moi de vous liire 0ncdi*e le mot

Caractère peint y dans lequel il est dit que:<!cles » têtes de Néron , de Galigula , d'Othon et de 3» Commode (dans les médailles), semblent nous » décrire^ jusqu'à quel point les petits-maîtres » peuvent devenir scélérats.... »

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Néron , petittinaitre !

JaA. COMTESSE.

On ne sait pas pourquoi on place Othon dans la classe de ces monstres. Othon fut peut-être nn p^it^mattre y mais il ne fut point un scélérat.

LE CHEVALIER , continuant de lire.

a Dans les médailles de Vespasien , on croit » mesurer l'étendue de son avarice.... :»

LA MARECHALE.

Gela n^est pas facile à représenter dans un# gravure.

M. DE MALESHERBES

On s'étonneroit que Vespasien ^ l'un des meilleurs et des plus grands empereurs, na fut dé«> signé ici que d'une manière injurieuse, si l'on ne savoit pas que ce prince si clément , si généreux, et qui protégea avec éclat les arts, les lettres et les sciences , fot obligé de chasser de Rome trois ou quatre phihs^hbs iiîâoltens et séditieux.

LE CHEVALIER , continuant de lire.

« Marc-Aurèle paroit être violemment attentif » à remplir tous ses devoirs. »

LA MARÉCHALE

Voilà encore mie chose qu'il est merveilleia de pouvoir représenter dans un profil; on a raison de louer le talent extraordinaire des anciens artistes.

LE CHEVALIER

Assurément, car Tun des nôtres pourroit à peine , dans une tête , nous donner seulement l'idée d'un prince médiocrement attentif à remplir un de ses devoirs.

LE MARÉCHAL DE EIRON

On ne conçoit pas comment des hommes qui ne sont pas imbécilles , peuvent insérer de (elles choses , dans un ouvrage sérieux qu*ils appellent nationale

M. DE PONjDEVESLE.

Il y a bien d'autres bizarreries dans ce sièdeci, que Ton ne concevra pas un jour.

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Heureux les jours où l'on s'en étonnera !

M. DE MALESHEIUBES»

Quoi de plus surprenant que toutes les folies et les bêtises que les encyclopédistes se permet-

tent dans tous les genres, et même àeommencer par Voltaire ; je m'en rappelle une de lui qui n'a jamais été relevée et qui me paroît inouie.

« La .langue primitive ^^ dit -il, n est-elle pas » une plaisante chimère ? que diriez-vous d'un » homme qui youdroit rechercher quel a été le » cri primitif de tous les animaux , et comment » il est arrivé due, dans une multitude de siècles^ » les moutons se soient mis à bêler , les éhats y> à miaiiler , lé^ pigeons à roucbultîr, feâ linottes » a siftler [aj?»

MADAME DU DEFPAWt.

Quçl r^isop^eip^nt inonaçev^le 1 ^^ . .

On en p[c>HF|oit dferjl^en/d^îiçi^ même force , du même auteur ; j'avoue que ce qui m'irrite le plus contre noà beaux esprits célèbres, c'est 1 orgueil insupportàDie, qui leur donne une partialité,' une injustice, une duplicité dont'oéi n'ajâtoâis,'je -crois, vu d'^exçmples : j'ai eu la sattsfectiôri ê^^^itiér^Ukm^é^aifâmB, façon depéhser'à M. d^Aîênlbé«rd'iîfté manière non équivoque daQSiUneDréppnse à une de ses

(a) Dictionnaire philosophique de "Voltaire , mot AnC ou Alphabet. . .. ;^ . ^ ,

(^) Cette lettre imprinpiée est véritablement admirable:

LE DUC. '

On n^a jaitiais vu une secte entiè|:*e aussi scandaleusemenJt impie ^ abscène , séditieux, et en même temps aussi burlesquèmeht ridicule à tant d'é^arcls.

LE MARECHAL DE RICHELlEtT-

Copep^ant. cç^ç secte, si tous les bons esprits ne se liguant pû$. çpptrç ellç , cettç secte audacieuse et turbulente bouleversera l'Europe : il y a déjà tant de gens corrompus par eux , et tant de sots

.. .' • :TV..' i^ . -;

MADAME DU DEFFANT

Ah! M. le màrécKal, c'est voir' ïfô^etïiioîr; et cette crainte' exagérée Pà|>péUe l'étonnante ptédittiotf tiè ' Uabbé" de »Bièaiii*èpW» j x i .

• * LA COMTESSE.' ^'

Qu'est-ce que l'abbé dfe Beaui:;effarc( ? ' '

. ... a^ADAiME.DU D^PfAMJ,

<ÏQmi^/tt^>l^a4$gpe9 v^:$;ii'aye7 p^s entendu parler. 4u «^notiqu réçlkniient ig^çç^,, prédira No*r^DÎa«ft?: par l'ebfe^/d^e .*f aw^g^d? '

tA COM*T£&S»..> II '

J'arrive de riIe-Adam , où l'on ne patloit'àtie d'amusemens et de fêtes.

eUe fait le plus grand honneur à M. de Malesher^^ ' et yt trouve dai^s la Correspondance itéa^Jttemberts "

j.M.i f' i f ,-• *.â.i*iiff.A«i^r'TTii)»'.i7 •' S ■ . • ' *'» > '■ >, »

On m'a bieii' 3îV^'elqtfe chose de cef abBé/ qui a toujoui*^ëté, dît-èiv, Énl^J^erllieiix et trèssage ; mais qui a eu en chait^. ^m» ^9fm9 d'actès de folie.

;''«<••' 'NI . .r

.MADAME DU DjEFFAWT.

Son sermon imprimé a p£^cv;,hijef,;il ÇSt^i^lç coin de ma cHeininée.

M. DE MALESHERBES

Le voici.

MADAH^IE DU .DEEFAirT.

vLe passage est marqué par^^JWpKii^ïfeiM^if £;râce« M, de Malesherbes, lisez-le tout Imut.

M. Dl^ MALESHEEBES , lisant.

»,lpsQpl)[|^$,en. yeulent! Idi.lmche çt;le maitôau » sopt , (tïans^ leurs m^ns ! i^ , n!ûtt^dçnt quç ^^ rinstaut, /ayprabjte pour, renvèi^er le trône: ^1 » Tautçl !.^„. » . ' ,-..,.... X r

. XIS .MA;iticBAl# D^ 'aiCBBI.I£U« .

Je suis tout-à-fait dé" cette opinion.

• -C'est la mietone aussi.

M. DE MALESHERBES , lisant. . .

« Oui J vos ttmples^ ^Seigiiéut, i^ercMoit dépôuil-

« lés et détruits, ^Y9$<ii$t^i/al:)Qi[ies, votre nom

M. DE MALESBERBES , lisant.

« Mais que vois-je !.... le pontife de Baal dans 5»Ià chaire •dè''irAW:(b>!;i.v*M"=- '

LA DUCHESSE

Ah ! c'est trôjp fort.

MADAME DU DEFFANT

Il va vous en dire bien d autres ; je vous en

.î;f.;.1 fîw^J '/.-.vî;::; .: '.: .-^i'/Au.f. 'jh [y *. v

M. DE :9iAt£SHERBES, lisant

« Aux saints cantiques qui laisoient retentir ^ ks^^ vdÛtfô^ mrèè^, &tèdyât^tfey èhatïts prok'iaiàéklJÈï tbV aiVinité'îrifSnië dii^â^ktiiSine, »Sïta^ûdi(ïue Vëifiife, ftfHfito^îtfî'iné^jirendic j)* la plàfce du Ketf vivant i fttsisèôîi^ kùVîe trône » du saint des saints, et recevoir l'encens* éié- » crable de tes" «ouveaux? adoirat^ura (é). »

(a) Le comédien Mônyel qui, dans la chaire de Notre- Dame, jona le rôle de grând-prétre de la Raison. Il esta remarquer que, huit ans aprè»^ il devint lour-fuiçiettx qo'il Técnt deux ans dans une démence complète, et qu'il moarut dans cet état. » '

^ (6) Mademoîsdlc Anbry;^* actrice 4e f Opéra qui, presqw

Voilà une' ^agération ridicîiîte qai'va juscju'à la loiic* > « . ». I . . 1 1 t , / / ...

■ ' ' Lfe ' îw'AMckAL i)£ kïcHiELtÈC.' ' • * ' • I » . " - f t •

« Les philasophe&.ne.13paoq^<fr9^^ 4??^^^!% zxx fanatisjfie. r/.- -? ' . .

nue et en déesse )/l^fp/», ^pt^p^Q^'^.s4^^ie}gçà|[id an^V^ Kotre-Dame ^ pçur y i;eçeYoir SQljeiijuell<ipipitles l^omiii^g^ du peuple. L'un des journaux du temps , en rendant compte de cette coiguste cérémonie , disoit que la déesse jetoit stu' le peuple deis regards fiers et doux, Ce fût cette même actrice qui, sept ans; après ^ jouant dans* qujqp^raij île note de ,Miaejv£y et .placée : dlins une gloire^ ^omba.dn h^ut.du cintre (toutes les. cordes de la machine rompirent à la^fois) : elle se. brisa toutes les dents, se cassa une épaule,,, une jambe , et se- défigura horriblement le \isagç. Deux petits enfans qui dévoient représenter aux pieds 'de la dé)efs!se , ïés génies des arts , furent arrêtés |>ar un embarras dans la rue des. Lpmbards; il$ é$tiyèventid«patWe botut^iqfifi» ^t ]rres-

.tèrent un demi'^qunr^;d'hepf:e, jMa^emOji^çUe r^^vb^T Y les attendre pour monter dans • sa gloire : le puhlîc ne le souffrit pas. On. lui demanda quelques mii^utes d'attente ; il les refusa : les enfans n'arrivèrent qu a l'instant même de la chute. iNToris étions à I^sfris, et notis Vîmes lé soir iiême' trois personnes qui sTétbièilt trouvées à'éette'fêpbdseiitation : d'aile

: leUrs tous les > joumwix en rnendirent * dompte. Le pont^fi dela Raison devenant^tt.^ la d4fsse punie^aus le m^me^i^jàle ^ l'innocence épaf'gnée dans les enfans,... et la prédictions det^ l'abbéde Bca]irëgai!di....Quel sijyQt'(l^4^esfon«!««« .

XA i ÇOILTESSB.

£t , au . fftit ) eiji c0ti^ ce t^^ ^era pa» aap$ raison.

MADAME BU DEFFAWT.

Cependant M. Farchevêcjqe a lui-même hautement biâmé cette étrange extravagance; Tabbé de'fiéatirëgarclliêvoit prêcher à Versailles, et n'y prêchera point; enfin il est interdit pour sit semaines de toutes fonctions ecclésiastiques: tout cela i^t très-fâcheux pour la Religion , car Cet inconcevable sérijion^sera* pdtïr- les encyclopëdistes lin véritable triomphe. '

^ •' Xie bon {urétre sans doute extravagi^oit : on m •verra sû!i^enieiit rieti de semhlàbie:tié pontife de Baàl ne montera point dans la chaire de vérité et Ton dira toujours la .messe sur le grand autel «Je NQtçe-IiJ^me,; , , . ,

Je conilois iinhotrinïe de finauG^s^^ «q«i rdînc qiielquefois chez le baron ' d^Hôlbacfe et ^ùi a .entendu de ses oreilles la phrase suivante qui se^trouvoit dans une lettre de Voltaire adressée . ^ d'Alembei;^ : cç Çç Di'eslj pa^ asrsez qp.e le^ servaqi) tes n'aillâtiit ni à la. mùsûû^mijmx prêches \ il » fetot €ingagé«^*a bbtine compagnie à n^y plus » dller ^a). « Ainsi vous voyez qiftls hé veulent

(a) • Ckfntspohdêmée ^ ^ F^lùHre et de d'4iembeH. ^ .

ni de. 1^ religion* catholique, ni de la protestante : cles%yçthéfsme, sous le nom adouci du déisme, qu^ils ont le projet d'établir dans toute l'Ejurope.

LE MARÉCHAL DE IIÏCHELIEU

Je vous assure, M; Je duc, que je ne doute .nullement 4e Jo, ionne volonté de ces Messieurs à cet égard ; je^is très-persuadé, comme je l'ai dit mille fois , que, si on n'agit pas fortement contre eux , ils amèneront une révolution qui changera la forme du Gouvernement; inais ils conserveront un fantôme de royauté , et ils ne parviendront point à abolir le culte public.

LE MAKÉCHAL DE BIRON

Depuis l'invention de la poudre à canon, une révolution est impossible ; nos places fortes seront toujours vaillamment défendues et nos.troupes toujours fidèles; d'ailleurs , notre nation est loyale et généreuse ; le peuple français est plein d'humanité ; on ne verra jsunais parmi nous les cruautés qui ont souillé l'Angleterre; les Fran- • Çais sont belliqueux, mais ils sont sensibles ; ils aiment leurs Rois ; ils ne deviendront jamais par* jures , barbares et féroces.

LE CHEVALIER

Les nations, comme quelques individus, peuvent quelquefois quitter, le^^r(^actè:i?e naturel.

Il est vrai qu'ils y reviennent fecileigent; niais', comme les arbres qu*iin ' orage •V^iolent force à ployer avec impétuosité jusqu'à terre; ils ne se relèvent qu'après avoir écrasé ceux qui se trotivoient sous leur abri.

LE DUC '

Le symptôme le plus effrayatat de notre décadence est Tesprit novateur qui gagne tous les États. ' ' '

M. DE MjVLESHERBES»

<c Surtout lorsque cet esprit .remuant veut » changer les lois j car la vieillesse des lois ( qui i) ne sont point barbares ) est sacrée comme celle » des hommes est vénérable. Qn a un grand » avantage quand ce que Ton présetite comme » de plus conforme à la raison et à là justice, » se trouve appuyé de Tautorité dés siècles pas- ♦ » ses. La prévoyance est une qualité si rare !.... » et cependant l'avenir est le meilleur tles con- » seillers : les fou3 le dédaignent Ah ! si les hon- » nêtes gens pouvoiént un jour se liguer!... Mais D ils craindroient par là de cesset* d'être hon- » nêtes (a). M .■•'•'.'

LA MARECHALE.

Cela est tout simple ; toutes les ligues jusqu'ici

(a) Pensées de Màlesherbes^ " ' * • .

n'ont été que des complots ténébreux inventés etdirtgés par de malhonnêtes g^ns^'à^ factieux , des impies.;;. • »

LE CHEVALIER

Quand verra-t-on une ligice magnanime formée par des génies Inenfaisans et des âmes vertueuses ?..; '.••/.«' • ' •' . - ' ' ..

LA COMTESSE. :-

Elle nous seroit bien nécessaire dans le moment actuel

M, Dï: MALE;&H£|LB£S.

' «Quel temps, éii effet, que celui où^l'hon- )) nête homme se trouve heureux de pouvoir » faire le bien impunément (a). »

- • LA nucHEssp. . .

■Avouons, pourtant , qu'il y a dans nos mœurs quelques çhangemens favorables; par exemple^ nous^ sommes plus rapprochés de la nature, QQUSpavons de$ gQÙts plus champêtres, nous aimons davanta<ge: la campagne.

LÀ MARÉCHALE

Oui, le gQut de Fagriculture est, comme toute autre chose, une prétention; tous les hommes, dans leurs terres ou dans leurs maisons de campagne , se croient des Cincinnatus.

(a) Pensées de Malesherbes.

jys GHZVALISB. . . , .

Il leur su£6t, pour cela, d'avoifc des chapeaux et des souliers gris et de se promenef le matiii une heure dans les champs (a).

X«A. COMTfSSE.

A propos de champs^ madame là «naréchale sait<^ elle si madame de la Ferté-Imbault est revenue de ses terres?

{a) Depuis la révolution, l'amour universel de l'argent n'a pas réformé les mœurs , mais cet amoui^matérîellement solide a mis , à certaiî^ égards , qudque règle dans les conduites. N<3^ grands propriétairëâ ont calculé qu'il va}ok mieux s'occuper, du soin de faire valoir sjes terres pour en mettre le revenu dans ses coffres, que d'y recevoir avec, agrément et magnificence sa famille , ses amis et les étrangers. D'ailleurs^ comme il n'y a plus de vassàtix, et que Tfaonime est Ubre ^ çomvçLe il n'y a plus de seigaeurs.y on. n'est plus obligé' de fonder dans ses terres des écoles pour ïes -petits en£ins et des hospices pour les vieillards et les malades : lés pat- Sans meurent souvent faute dé secours, mais libres comme ràîr. Bs sont rendus à la nature; ils jouissent pletnemeîit de la dignité de leur être : que faut-Il- de ^kU'j^otir éti^&lieih renx ? Dégagés de toute obligation envers cette classe rétablie dans tous ses droits d'hommes , les ci-^^vant seigneurs ne s'occupent plni que de leurs propres intérêts ;\ifs sont, devenus tt^-insticttit? dans l'art d'éléyer , tvon'âes oi^fa^iis, «luris des miénnos : on. n'a jamais eii, Fra|»ee)| tat^t parié df troupeaux I Sans la politique ,. l'aglo^ge;, la hqfissç et. Iç baisse de la bonne , nos conversations seroient de véritables idylles.

tJi MKrMoHAJaE^

Elle ij*est point encore^ de tëtotir.^ Elle tiesteta dans son château jusqu'à re que son grand deuil §pit ,pas?é ; e,Uft est^ tPWJ pur;s ;(bpç. 11^^^^^^ flictiqn ^e lauïprt.de ^a wçrA(Î2),j e^e fi eu du moins la consolation de lavoir mourir, trèschrétiennement.

LA. DUCHESSE

Grâces aux précautions prises très>-sagement pour éloigner de son lit de mort tous les encf- •clopédistes.

LE CHEVALIER

' A^issi jettent-ils feu et flarnme.çpptre madatoe deja FertéJmWuU,, qu'ils appeU^af ime feypa- Grilîe^iuiie imbéc^llg, une fille, barbare et dénaturée. ^ . . ,

... LA. M^ïl]ÉOHAt(t. .

: Voilà > an portrait bien ressemblant de la personne la' phis spirituelle , la ptàs naturelle et la plus parfaitement honnête. * '

LE MÀRTÉCHAL DE biROK.

Nous avons déjà parlé des inconséquences des philosbphes; mais il en est deux surtout qui sont particulièrement frappantes parmi eux; l'une qui n'admet jamais l'exaltation religieuse, lors-

(à) T^HMatae deofirin.

. ( 4ôO •

qu'entièrement dacoordavec l'Évangile^elle produit des vertus sublimes .

liE.DirC

Il est vrai que cé^ admirables ' dévouemens ne sont, aux yeux des impies, que'dé rextràvagance et surtout de ITiypôcrisie.' ' ' ^

LE MÂBISGHAL DE BIRON

Néanmoins , ces mêmes incrédules admettent tous les jours une exaltation religieuse, lorsque, par ignorance, elle produit des excès coupables que l'Évangile réprouve. Tant de mauvaise foi unie à tant d'absurdité se retrouve dans le jugement qu'ils portent sur ceux qui montrent des sentimens véritablement moniarchiques : ils prétendent qu'il faut avoir l'imbécillité et la bassesse d'âme d'un vil escilai^e, pour se soumettre » avec une inviolable fidélité à l'autorité 'royale; cependant ils admirent, dans l'ordre commun de la société, le serviteur loyal véritablement dévoué à son mautre.

LEXHEVAJUIEfl. ^

Us admirent encore, dans les situations diverses de la vie, l'homme passionné, qui fait le sacrifiée de sa. volonté, pour adopter celle de l'objet qu'il aime. .

LE MARECHAL DE RICHELIEU

Ils accordent les plus grands éloges au soldat

qui obéit aveuglément à &or «général ^ et qui , toiijpurs spusje joug de.la disciplina l^i, plus ;dej5|roti^ue^ porte jusqu'au. fanatiî^i^e Vattajchpmçnt et la soumission pour celui; qui le commande.

.,, H..-.. ..; x.E;m*^HALi)E Rifiorr."]. .->; .- ;• ,. -

- l\s «oaîivienanent : enfin que' i^' i^ttmteilt ennoblit toùti (a), jusqu'à la servitude d'uh 'véritable*

En effets en lisant l^Hisloire^ aticïeiitié, qtfî poûrroit refuser son admiration à tous ces trâîf s d'une héroîqtie fidélité, ijiiî, dans ces temps'antiques, et surtout pendant les prôscnptîons dû triumvirat, illustrèrent tant d'esclaves? qui pourroit îne pas «trcwiver» de la ' griaiidèur d airic dans Tactibn subKme 'dis l'esclave de Panopioh, qui pi?itlç nom de sôH: ftiaître, se fuit disons son lit pour se Ibire tuer Jpar ses assassins , afin de donndràPatiopicyà letémpsdç s'évâdèrîi.. ' ^

LA DUCHESSE

Quel homme libre jponvToii porter plus loin

rhéroïsmé de l'attacbemer^t?...

{a) Et de pins ils ont >i;épété mille fois que la pcLssion excuse tout , autorise tout ^ et même les égarcmens les plus criminels. Cette nîaxime si fausse et si pernicieuse, mais adoptée par leurs disciples j forme le fond et V intérêt d'une |[raiid« quantité deiM}mans modernes. ^

• Cï CBRBVALIER.

' La classé' de la noblesse a produit, depuis des sïècles, une foule de généraux d'armée et de ministres d'État, de grands magistrats , d*ainbassadeurs, etc. Esl^il donc étonnant qù^ , justement enorgueillis 46^ hauts faits de leurs ancêtres qui, p^r l§ur^ t^l^ïis et leurs^ervîoes, ont répandu tant d'éclat sur la patrie et sur leurs familles , les noblés soient passionnément attachés à la race auguste des Courbons, la plus ancienne etj la plus illustre de l'Europe, et qui çpippte parmi ses ajeux des souyerains î^i dignes d'exciter l'admiration et l'enthousiasme.

> . . • il t • • •

VE MABECÎCAXi PB RICHïLICU. .

Et voir avec in^ifféreDlceUiiekodiQase conjuration attaqu^er ce trône anlfiqUe^ eùtouré dé si glorieux souvenirs,^ ne spoU-^é pafe renQucér au noble titre (Je Français? c^r si la nation fk*ançaise est la plus célèbre de V£urppe^j^lle le dpit à ses rob.

LE MARÉCHAL DE BIROI9'

' Là lecture de notre histoire sufliroit pour nous maintenir dans la fidélité.

LA MARliËQAL&w

Malheureusement on ne la lit plus guère.

.,,, ; 3»l, PB MALESHBi^RES» ;. • .

Pour moi , je puis al^surer que ,. s'il faUoit sa-

<*î*ifièr ma' vie pour le Roi, je le fèrois san^ balancer fà): '" ■

' Oh reviencfra aui boiinès lëdùres.

M. DE PONDEVESLE.

Oui , qi^and le néologisme aura fait tant de progrès,, que le langfige des bons auteurs sera devenu si syranné., qu'on ne l'entendra plus, et que, l'on comprendra moins encore leurs sen)ime]DS:et leurs doctrines*

.:• ... .M. IME »rAIiBMER3ES. .' .. ...

, V>M m^âoimvms d'ayqîrëcoiité ici, dans ce même salon, et avec le plus vif intérêt, M. le président, Héxiault^ j ' faisant tnle ' courte et rapide é»tiiné¥atio» des grands hômmefic^i oiit régn^ Siir la France. ' "'

JUAViAiME DU DEFJFAWT.

, Je tnfe le rappelle aussi. .

M. DE MALESHÈrBÈS.

. Ma mémoire est fidèlq y et^ si je ue craignoi$ ci^étré accusé' de pédanterie, je pourroi^ rapr ^tter presque mot pour mot tôiit ce qu^I a dit

LA MARÉCHALE

Nous ^robfli charmés d'etntentlre à la foi$

(fl) 1793!...'

( 496 ) M;, de Malesherbes,etle président Hénault (Tout

le monde presse M. de Malesherbes de parler. )

M. DE HiiLl&SHERBSS.

Pour ne pas abpser de vos bontés , je tâcherai que ma citation soit bien exacte. Voici le débiA de mon auteur:

« Qu*il doit être cher a tous les ï'rançais ce trône ^ le plus ancien de TEurope, ce trône auguste sut lequel ont régùé depuis le valeureux PharamÔnd , Clovis , Clotâire lî , D'agôbert (si grands pour leurs siècles) (As) , t^epirj , Charlemagne, Ilugued' Càpety le jîisté et pieux Robert, Louds VII ^Philippe Augiiste^^ X^^oiiis VIH,

[a) Voici encore une ixitoii%éX3jpuàcef jfMiù^pAiq : les l^hilôspphes reCQnnoi^9^t4u'ài^ pFincp.rié dl^l^•uBe^aliQ& dépourvue de civilisation , peut être un grand hçtmnie «quoiqu'il ait fait des actions cn^elles (pourvu toutefois qu'il n'ait rendu aucun service ëclatatit à la Religion ) , c'est ainsi qu'Os ont prodigué de pontpeux éloges au C»«^ ^eff^ ^, Cnmd. en reconnoissant qu'on ne devoit attribuer qu'à la barbarie de son siècle et de sa nation les actions cruelles qui ont fiduillé 5à vie, et s'ils n'Ont pas eu la mètttà^ ^ti juste indnlgfpnoe pour le grandXloyîs', c'est que ce pr^ce f^^t lepnh r^^ier Ikii chrétiex; ^ o^s mêmes plulpsçpl}^ se^p^sionncnt pour Julien l'Apostat , livré aux plus abonûiiables^ superstitions, pour ce prince barbare qui faisoit égorger les vieilles /ommes, pour consulter, l'avenir^ par Im^p^^lion ^de leurs entrailles , qui fit mourir son gouverneur Ursule etc. • mais cet empereur abjura la Religion chrétienne, . .

Louis IX, Philippe le Hardi, l'intrépide Louis X, le loyal et véridique roi Jean I^*", le sage Charles V, le brave et clément Charles VII, Charles VIII, surnommé le Victorieux, Louis XII, Père du peuple, le chevaleresque François V^ , surnommé le Restaurateur des lettres et des sciences , Henri le Grand , Louis XIII , dont le ^règne fut si éclatant (o), Louis XIV, et tant de princes et princesses du sang. royal, aussi renommés par leur goût éclairé pour les arts et par l'élévation de leur âme et de leurs actions , que par celle de leur naissance. Le souvenir de tant de gloire dans tous les genres, et la reconnoissance d'une longue suite de bienfaits, doivent porter au comble l'attachement de la noblesse pour la monarchie. Tous les souverains qu'on vient de nommer avoient d'autres droits, mais aussi puissans, à l'amour de tous les Français; car ces rois ont; protégé avec éclat, les sciences, les lettres, les arts, les manufactures'', le commerce et la navigation. Il est à remarquer que, dans cette longue nomenclature, on n'a point parlé des princes qui, sans être brillans , furent

(a) Et par d'admirables établissemens de charité : THôtel- Dieu , les Ënfans-Trouvés , les Sœurs de la Charité , Tamélioration des prisons , les infirmeries pour les galériens , des desséchemens de marais , de grandes plantations et d'autres ouvrages publics , de nouveUes manufactures , etc.

(498) néanmoins de bons rois , et que dans cette liste, unique dans l'histoire, on ne pourroit citer que deux souverains dont la mémoire soit véritablement souillée : celui dont le nom retrace le souvenir du plus déplorable événement, Charles IX, irrité des cruautés et des profanations des calvinistes , fatigué des intrigues du factieux Coli-' gny, eut la foiblesse de céder à d'affreux conseils et de permettre le massacre de la Saint-Barthélemi!.... Mais son caractère ne fut point cruel; il aima les arts , protégea les lettres , et les cultiva lui-même avec un grand succès (a). L'autre monarque , indigne de régner sur une nation généreuse , Louis XI, a laissé un nom détesté , parce qu'il fut cruel, vindicatif, avare, dissimulé, et qu'enfin il n'eut rien de Français; cependant, il eut la réputation d'un grand politique, et il fut un roi populaire, si l'on pouvoit honorer de cette belle qualification, non l'ami, mais le flatteur du peuple; il affecta de dédaigner le faste, la représentation , et de mépriser la noblesse J il entroil souvent , sans aucune suite, dans les maisons des simples artisans et s'entrelenoit familièrement avec eux ; il fit souvent manger à sa table des négocians et même des marchands (b).

(a) 1\ nous reste de lui des vers adressés à Ronsard , et fort supérieurs à tous ceux de ce poète si fameux de son temps. (6) Bveori IV fut un Roi populaire ^ et Louis XI un Roi

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

De quelque parti qu'on puisse être, il faut reconnoître qu'un attachement à toute épreuve pour sqp maître , ou son chef, ou son souverain, est toujours respectable , touchant et digne d'éloges.

LE CHEVALIER

Toutes les actions humaines ont pour cause deux sentimens très-différens par leur nature , et qui se ressemblent quelquefois par leurs résultats ; l'un vient de l'âme et l'autre n'est produit que par l'imagination : le premier , est la source inépuisable du véritable héroïsme ; le second, formé par l'amour-propre et l'égoïsme , a souvent fait faire alternativement des bassesses, des crimes et des actions éclatantes , suivant le caractère ou la situation de celui qu'il domine ; il fait ramper ouil inspire la passion de s'élever; mais seulement pour étonner et pour subjuguer, car il n'a jamais fait connoître la véritable gloire, puisqu'il n'a pour base que la cupidité, l'orgueil et l'ambition.

LA COMTESSE

C'est ce sentiment impérieux et turbulent,

libéral y dans le sens qu'on attache aujourd'hui à<cc mot, qui , comme on sait , n'a rien de commun avec les idées de désinr téresscment , de mépris de l'argent, de magnificence bienfaisante, etc.

Sa..

( 5oo )

qu'on appelle esprit de parti dans les temps de rébellion, et qui, dénué de toute affection particulière, s'envenime et s'exalte seulement pour des opinions et pour des nouveautés , qui semblent promettre aux intrigans des changemens brillans dans leur situation.

M. D£ MALESHERBES

Ce n'est pas là en effet V esprit de parti de ceux qui sont attachés aux anciennes lois et à un gouvernement établi depuis loHg- temps; car il se mêle nécessairement à ce dernier esprit de parti une affection que l'habitude , les traditions et la reconnoissance peuvent rendre très-passionnée (a).

(û) Point de liens sans devoirs réciproques, et par conséquent sans vertus. On n'a jamais dit les devoirs de Vamovo', mais bien de Vamour conjugal. Le devoir et la vertu sont donc les bases de toute société. L'amitié étant un sentiment pur , fondé sur l'estime , est un lien, tant que lés devoirs ea $ont réciproquement remplis.

Il n'y a point de liens entre un tyran et ses sujets ; ces àaniers n'ont que des chaînes. La force, le crime le vice peuvent forger des chaînes ; la crainte ou l'attrait du plaisir peuvent les recevoir, mais la vertu seule peut former des liens : les chaînes n'asservissent que matériellement - elles n'ont aucun empire sur les esprits et sur les âmes • on brise sans scrupule des chaînes ; on ne rompt des liens qu'avec remords; la réciprocité des devoirs entre le «ouvçraia et les sujets aiïerjqQiit les trônes.

( Soi )

M. DE PONDEVESLE.

Nos philosophes et surtout Raynal , en exhortant à renverser le trône et les autels, se vantent d'être inspirés par un ardent amour pour le genre humain.

LE MARÉCHAL DE BIROIT

C'est-à-dire pour les générations futures ; car il faudroit immoler à ce sentiment la génération présente.

LE CHEVALIER

Cette courageuse phUantropie est d'autant plus extraordinaire, qu'il n'en résulteroit que des séditions, des révoltes , des guerres , des massacres et des bouleversemens universels.

MADAME DU DEFFANT

Et le tout , pour le bonheur de la postérité.

M. DE MALESHERBES

Dans tous les temps, les factieux ont tenu ce langage; c'est toujours, à les entendre, pour nosf arrière-neveux qu'ils travaillent , qu'ils complotent, qu'ils détruisent, qu'ils dépouillent et qu'ils s'enrichissent, s'ils le peuvent. (

\ LE DUC

Mais comment se fait-il que cette ardente passion pour le genre humain n'ait jamais engagé cette espèce de philantropes à se dévouer per-

sonnellement , dans les calamités publiques, au soulî^gement de leurs semblables , comme les François de Sales, les Vincent de Paul, lesBelzunce, les Lagaraie, les Luigi (a), et cette foule de saints se sacrifiant pour les autres (mais qui, à la vérilé, n'étoient que leurs contemporains)? Gomment se fait-il encore que, parmi ces mêmes hommes, toujours prêts à tout eutreprendre pour nos arrière-neveux, on ne puisse citer des fondateurs d'hospices, d'hôpitaux, et enfin des sacrifices entiers de fortune et d'ambition , dont la- charité chrétienne a donné tant d'exemples?...

LA COMTESSJE.

C'est que la charité ^ et ce que les déistes appellent la bienfaisance^ sont deux choses trèsdifférentes.

tE DUC.

Cela doit être ; car la bonté naturelle ne peut être stable et fixée que par la Rehgion ; et, en agissant toujours avec la certitude de plaire à Dieu,

(a) C'est i^n vertueux pï-étre qui, de nos jours, a fondé à Smyrne , pour les pestiférés , un hôpital qu'il dessert luimême, ayant consacré toute sa vie à ce pieux et sublime dévouement.

Ce trait est rapporté par un écrivain non suspect en ce genre , par le philosophe Morellet , dans son voyage de Sicile.

elle atteint le plus haut point de perfection et de sublimité où elle puisse parvenir. Il est certain d'ailleurs, que la Religion est le plus grand frein des rois , des chefs des nations et des peuples (a).

LE MARÉCHA.L DE RICHELIEU

Cela est incontestable , et c'est pour cette raison que les philosophes l'attaquent avec tant d'acharnement; ils sont déjà parvenus à Taffoiblir ; si ce mal augmente, on verra, je le répète, une résolution terrible.

LA. DUCHESSE

Je suis très-frappée d'une altération déjà fort visible dans les mœurs de la bourgeoisie et des artisans; les marchandes commencent à porter des plumes et des fleurs, et, dans ma politique, c'est un bien mauvais signe.

LE CHEVALIER

Que dites-vous donc. Madame, d'une danseuse de rOpéra, qui vient de prendre un valet de cham* bre , qui n'a point l'habit de ses autres domestiques, et qui, chez elle, annonce les visites?

[a) Dont elle assurera toujours la fidélité. Aussi , danâ la révolution , a-t-on vu une province où la Religion s'étoit conservée dans toute sa pureté , la Vendée , donner l'exemple le plus héroïque du courage et de l'attachement à la monarchie. . .

MADAME DU DEFFAWT.

Une danseuse de l'Opéra!

Oui, Madame, et c'est mademoiselle Dervieux.

LA MARÉCHALE

Voilà , soyez en sûr, de très-mauvais présages.

LE MARÉCHAL DE BIRON

On reproche aux vieillards de regretter toujours le temps passé; mais ce sentiment est aujourd'hui bien excusable; parexennple, la classe des domestiques dégénère visiblement ; un seul trait du siècle de Louis XIV suffiroit pour le prouver. Lorsqu'on établit l'impôt de la capitation, on en exempta toute la liurée de France; si pareille chose arrivoit à présent , qu'en résulteroit-il ? que toute notre livrée seroit charmée de ne rien payer. Eh ! bien alors toute la Iwrée du grand siècle fut excessivement choquée de cette exception ; dans toutes les villes , tous les domestiques se rassemblèrent, représentèrent qu'ils étoient citoyens comme les autres sujets du Roi, et qu'ils dévoient payer l'impôt : on leur accorda ce qu'ils demandoient , et l'on reçut leur argent.

M. DE MALESHERBES

Voilà un trait devenu bien gothique.

LE DUC

Dans ce temps -là on vivoit beaucoup plus dans ses terres, on y donnoit de grands exemples de piété et de charité. Tous les grands seigneurs avoient non-seulement, comme nous le voyons encore, des chapelles dans leurs châteaux, mais ils en avoient aussi dans leurs hôtels à Paris ; enfin la magnificence des processions publiques et de toutes les cérémonies religieuses avoit beaucoup plus d'éclat que de nos jours; l'instruction chrétienne étoit phis répandue, et le peuple connoissoit mieux ses devoirs.

LA COMTESSE

Nous avons toujours de si belles processions à la Fête-Dieu ! Quoi qu'en dise l'abbé de Beauregard , on ne parviendra point à nous les ôter.

LE MARÉCHA.L DE RICHELIEU

Je n'en répondrois pas.

LE CHEVALIER

Et nous possédons encore un admirable monument de la foi catholique.

MADAME DU DEFFAWT.

L'église de Saint-Pierre de Rome ?

LE CHEVALIER

Je n'avois pas l'intention de désigner cet in-

eomparable édifice, où tous les arts ont déposé leurs chefs-d'œuvre les plus parfaits. Je voulois parler de l'île de Malthe, ce rocher que la Providence a placé au soin des flots orageux, comnie pour apprendre à tous les navigateurs, que les héros qui l'habitent sont accoutumés depuis des siècles à braver tous les genres de dangers.

M. DE PONDEYESLE.

Oui, ce phare religieux rappellera toujours, par son aspect ou son nom seul , les plus nobles idées de l'antique chevalerie et des vertus chré- • tiennes et guerrières (a).

LE CHEVA.LIEII.

Puisse-t-il être à jamais heureux et triomphant au milieu des orages et des tempêtes !

MADÂ.ME DU DEFFA.NT.

Nous parlions de j^re^éz^e^; il en est un encore qui me paroîl; très-mauvais; nous avons déjà beaucoup perdu de notre gaieté.

LE CHEVALIER

C'est une grâce française qui tient au caractère national; car la gaieté s'allie naturellement avec la franchise.

(a) Les lois et les statuts de l'ordre de Malte étoieni admirables.

LA MARÉCHALE au Chevalier.

Si la nôtre s'altère, vous n'avez rien à cet égard à vous reprocher; ce n'est pas votre faute.

LE CHEVALIER

Je n'ose plus aujourd'hui me livrer à cette gaieté que je regrette, puisqu'elle sa voit vous plaire; je deviens distrait et rêveur.

LE MARECHAL DE BIRON

On a substitué à la gaieté innocente et franche , une gaieté factice et de mauvais goût qui ne se manifeste que par des sarcasmes , des jeux de mots et des calembourgs.

LE CHEVALIER

La méchanceté exclut naturellement la gaieté.

M. DE PONDEVESLE.

Je suis persuadé que si les charmans contes d'Hamilton paroissoient aujourd'hui pour la première fois^ ils n'auroient aucun succès.

M. DE MALESHERBES

Ils ne contiennent aucune satire , ils ne sont * ni licencieux, ni impies, ni séditieux; ou les trouveroit trop frivoles.

LE CHEVALIER

La remarque est très-juste : nos beaux-esprits ont décidé qu'il y a une j>rofonde philosophie

dans l'esprit de révolte , dans la licence et dans rirréligion ; ils ne peuvent soutenir sérieusement de telles choses quepar desgalimaimas et des amphigouris; ils ne peuvent plaisanter dans le même sens qu'en prenant un ton burlesque, et en employant continuellement les mensonges , les calomnies et les injures les plus grossières; s'ils parviennent à rendre cette mode générale, on ne parlera plus de Tarbanitéetde la gaieté fa*an-

çaises

M. DE PONDEVESLB.

Et la littérature tombera dans la plus entière décadence.

M. DE MALESHERBES

Joignez à tout cela le néologisme....

LE MARÉCHAL DE RICHELIEU

Et l'Anglomanie , qui nous fait joindre à cette fausse gaieté dont nous venons de parler, le goût des scènes les plus lugubres et la passion des tombeaux : nous en avons dans nos jardins, dans nos poésies , dans nos romans , dans nos tableaux....

LE CHEVALIER

Nous devons surtout cette mode aux ]>/uits d^Young.

LA COMTESSE

J'aiétéen Angleterre, et je puis vous assurer

que les Anglais sont fort loin d'être aussi tristes que nous nous les représentons; nous ne connoissons en général de leur littérature que ce qu'elle a de sombre; ils ont pourtant d'excellens ouvrages d'un très-bon comique.

M. DE POITDEVIISLE.

D'abord le Spectateur (a), et le poème d'Hudibras.

LE CHEVALIER

Un grand nombre de comédies charmantes , entre autres celles de Farquhar, qui n'ont point été traduites.

LA COMTESSE

Et des poésies fugitives remplies de grâce et de gaieté; enfin je ne leur trouve en ce genre un mauvais goût que dans leurs débats politiques ; il est ridicule, et même inconcevable, de vouloir mettre de la gaieté dans des choses aussi graves et aussi importantes.

LE CHEVALIER

On voit en effet, dans leurs journaux, quft beaucoup d'orateurs de la Chambre des Communes se permettent souvent des plaisanteries et des épigrammes, chose assurément bien déplacée

(a) Le meilleur y'ou/^a/ à tous égards qu'on ait jamais €9iit , mais très^mal traduit ea français.

( 5io )

dans une telle assemblée, quand il s'agit de discuter les intérêts d'une grande nation.

M. DE MALESHERBES

C'est manquer à la fois de dignité nationale et de respect pour le public.

M. DE PONDEVESLE.

C'est qu'il est plus aisé de faire rire les oisifs et les sots , que de parler avec assez d'éloquence, de sagesse et de noblesse pour satisfaire tous les gens raisonnables qui pensent bien.

LA. COMTESSE

J'avoue que rien ne m'a jamais paru plus choquant que le compte rendu de leurs séances publiques, où l'on trouve sans cesse ces phrases:

(On rit.... éclats de rire.... rires prolongés... . etc. )

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