II
* . Les bourgeois
JPfnveqt trèsr rarement iinportmier les jpoîs : iXa Coiir te croira £o^;.areste chez toi, bon haiiime.
>f . DE PONDE VESLE.
On n a jaii^ais fai): une application plus heureuse et plus spirituelle.
LA DUCHESSE
Cette réponse, est; j{harman<e^ j^.ne la coni?x)issois p^s. ' , ^ , I ; . , ..
; . LE ÇppEVALÏEÎl.- ; ■'.'.'.
Je le crois . bien ; je suis , peut-^etire^ la • seule personne de la société qui Fait lue ; on a eip vain de l'esprit contre M. de Voltaire ; malgré l'inconçey^lç grossièreté eti'iinpudeiice deses libères, par un, prestigis inconcevable on appelle toutes ses injures de la gaieté, et, coipmç il ^ déçlai^ que tous ses adversaires sont des hypocrites , des jno(nst!Pes et des sots, on est persuadé du moins qu'ils sont des imbécilles, et jainais on ne daigne lire leurs réponses.
LA COMTE$S3B* . '
On finira par ouvrir les y feux. ' ^ •
LE DUC
En attendant , les mœurs se dépravent , Vimpiété fait d'horribles progrès , et les athées se midtiplient (i).
M. DE MA.LESHERBES.
ce Une société d'athées peut-ell^e subsister? » Cette question à étié souvent agitée , et j'y ré- » pondrai par cette autre : Une poignée de sa- » ble que n'unit aucun ciment peut-elle être » dispersée par un ouragan (a) ? »
MAni.ME nù DEFFAirr.
le suis persuadée que nos philosophes passeront de mode; je ne vob, dans leurs écrits, qu'une vieille friperie (b), et je n'y trouve pas une idée neuve. Il est certain que Yoltaire a gâté la critique par les injures et les grossièretés de tous genres. i
LA COMTESSE
Il est vrai <Jue l'on chercheroit en vain , dans ces querelles littékâirès , Ja délicatesse , la grâce et la finesse françaises. . ■ '
(a) {Pefuées,,de Mulesherbes^) Voltaire a dit et répété mille fois dans son Dictionnaire et ses autres oaTrages^ que le règne de Tathëisme seroit, de tous les gouTememens , le plus tolérant et le plus doux : on a pu en juger par le gon- ▼emement de Roberspierre.
Ib) Mot que madame du Ddlant répétoit souveat.
la! duchesse. '
Ils se détruiront eux-mêmes par leurs propres ouvrages, où l'on trouve continuellement le pour et le contre sur les personnes , sur les choses , sur les doctrines (2).
. LE MARECHAL DE RICHEUmi.
On y trouve même aussi leur propre condamnation. Voltaire a dit, dans son Dictionnaire , ([ue la vie d'un forçat est préférable à celle W un faiseur de^ libelles; car ^ajouCe-t-il^ tunpeutahoir été condamné injustement aux galères ^et Vautre les mérite. '
LE CHEVALIER
Et J.'J. Rousseau n'a-t-il pas écrit que P homme , (juip dans un lii^re^ attaque la Religion établie ^ mérite d'être pendu ?
M. DE POTTDEVESLE.
H faut rendre justice à M. de Voltaire , il n'a jamais prêché la chimère de l'égaKté.
LA COMTESSE
Jamais^ c'est trop dire; car on trouve un grand nombre d'idées de ce genre dans la coihédie de Nanine et dans quelques autres ouvrages du même auteur.
LE CHEVALIER
Voici, sur .ce sujet, un passage de lui qui m'a
paru si Taisounable, que je L'ai retenu par cœur.
I£ UAJRÉCHKL DE QI|lOir.
Un passage raisonnable de Voltaire en valoit la peine.
LE CHEVALIER
« La prétendue égalité des hommes , dit-il , » que quelques sophistes (a) mettent à la mode, » est une chimère pernicieuse. S'il n'y avpit pas M trente manœuvres pour un maître ^ la terre ne M seroit pas . cultivée. Quiconque poçsèd^ une » charrue a besoin de deux valets et de plusieurs » hommes de journée ; plus il y aura ^rhomipes » qui n'auront que leurs hras. pour toute for- »> tune y plus les terres seront en valeur (3). »
LA. MARÉCKALE.
Une des choses qui me déplaît le plas dans les écrivains modernes j c'est .leur mauvais ton dans leurs contes et dans leurs romans , lors^'ils font parler les gens du monde.
LA COMTESSE
Comment , Madame la M^échale , vous n'êtes pas charmée des conversations de la comédie du
Cercle , où l'on voit le jeune homme le plus ^ la
(a) 1\ Touloit ici désigner J.-J. Rousseau , et non assurée ment ses amis les sophistes ènc^rclopé^stes qui , «. vec beau- €Ottp moins de talent ^ ont dit les mémqs cko^ea «ur V^fotUé.
(467) mode faisant delatapis^érte? où Ton entend des
femmes de la Gour se tutoygm (4).
XA J»Û<(^R£SS£ DB GHAMMOK'r.
On m'a parlé de Tarticlé Femme dans XEncyclopédièy qui, dit-on, surpasse tout cela.
MADAME Dt DEFFANT.
On me l'a 4u avant-hier; il est charmant : on y dit que , dans un salon , Chloé chiffonne les manchettes iTun petit mcCttre (â), ce qui peint à mbrveitie une jeune personne de la Cour et du meflleùr air. (du rîL) (^)
LA liARÉCHALE.
Cette agréable peinture de mœurs n'aura peutét^re plus de sel dans quelques années ; car nos jeunes anglomanes , pour mieux imiter les Anglais ^ ne porteront peut-être plus de manchettes, et alors on ne sait pàé trop 6e que la brillante Chloé pourrai chiSSonuet.
(a) Les éciiyains da siècle dernier désignoient ainsi et sous le nom de nmés^ les jeunes gcais qu'on fqppeloit dans le monde les hommes à la mode, c'est-à-dire qui avoient 1« plus de grâce, d'élégance et le meilleur ton.
{b) M. de Voltaire, dans ses Lettres à d'Alembert, se moque de cet article, qu'on n réformé dans les dernières éditions ; quand une chose de mauvais goût ne contenoit ni calomnie, ni obscénité, ni impiété, M. de Voltaire en sentoit le ridicule dans les autres , et la condamnoit toujours,
LA COMTESSE. '
Quel dommage si cette mode passoit ! il est si agréable de se représenter des femmes aussi recherchées et aussi charmantes que mesdames de Lauzun, de Poix, dHénin, de Simianne, deSabran, de Laval, etc. , chiffonnant les manchettes du chevalier de Coigni et de MM. de Vaudreuil, de Fitz-Tames , d'Archambaud , etc.
LA DUCHESSE
Madame la maréchale, voyez-vous madame de Lauzun dans le salon de l'Ile- Adam ou du Palais-Royal, se précipitant sur les manchettes du chevalier de Coigni? .
' LA MARÉCHALE
C'est en effet un joli tableau.
LA COMTESSE
Plein de fraîcheur et de vérité.
LE DUC
Si nos petits neveux jugent les moeurs actuelles sur CQ^ jolis tableaux y ils en auront une idée bien juste!...
M. DE MALESHERBES
Et les fats, comme nos romanciers, les peignent mal !...
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
Parce qu'ils ne savent pas distinguer l'un de l'autre, l'impertinent de mauvaise compagnie et l'impertinent de Cour; le premier^ bruyant, confiant , bavard , parlant haut , est souvent ridicule^ et toujours importun ou déplacé; ce caractère se confond avec celui de l'insolent , car l'insolence n'est autre chose que l'eff tonterie d'une impertinence habituelle et sans art.
LE CHEVALIER
L'impertinent qui n'a pas vécu dans le grand inonde et à la Cour, n'a été que rarement réprimé ; il est actif. L'impertinent de Cour est passif: ce n'est point la vivacité qui le décèle, c'est le dédain ; il a tout le calme de l'insouciance,' toute la distraction affectée du mépris; tout en lui vous déplaît et vous blesse , et vous n'en pouvez rien citer de choquant. Ce n'est point avec brusquerie qu'il vous repousse , c'est au contraire avec une politesse glaciale : il n'est jamais offensant par ses réponses ou ses discours, ou même par ses actions; mais il l'est à l'excès par son indolence , son sourire , son silence et toute l'expression de sa physionomie. Vous ne pouvez ni le supporter , ni vous plaindre de lui.
LE MARÉCHAL DE BIRON
A quoi bon .tant d'art? «
K. DE PONDEYESI/E.
A se rendre odieax et à se faire hain
MADAME DU DEFFANT
Copiment l'orgueil qui donne Fimpertînence, ne dit-il pas qu'il vaiidroit mieux plaire et se faire aimer ?
M. DE MALESHERBES
On doit avouer , à la louange de la noblesse, qu'en général l'impertinence est plus rare dans sa classe que dans les autres , et que , p wmi les gens de la Cour, ceux-mémes qui, à leur manière, sont quelquefois impertinens avec leurs égaux, ne le sont jamais avec leurs inférieurs; inai$ il Êiut convenir que , depuis un grand nombre d'années , les gens de lettres , dans leursi préfacés, dans leurs satires, dans les journaux et dans leurs discours académiques , ont poussé l'impertinence et la grossièreté de l'iasolence aussi loin qu'elles peuvent aller.
LE CHEVALIER
On peut faire ces reproches surtout à M. de Voltaire ; il Êiut pourtant en excepter ses prémices ; il est élonnant que ses admirateurs les plus passionnés n'aient jamais loué en lui la qualité la plus rare dans un auteur, celle de toujours parler de lui et de ses ouvrages avec une convenance parfaite. Nul écrivaiti li'at autant întri-
gué et cabale pour se faire des prôneurs et pour assurer ses succès daits. toii^ les genres ; mais nul aussi , après de tels succès ,- n'a eu un langage si complètement exempt d'orgueil et de vanité , en parlant de ses productions.
M. DE PONDÈVESLÈ.
Rien n'est plus vrai ; que Ton compare, sous ce rapport ^ les préfaces de M. de Voltaire à celle de La Grange-Chancel , de M. de La Harpe (a) et de tant d'autres , ev l'on sera surpris du ton de niodestie d'un homme si justement, célèbre à tant d'égards.
LB CBEVALIE]^.
M. de Voltaire, ne faisant pas des préfaces pour se vanter , a aussi le mérite de les rendre très'intéressautes sous les rapports littéraires.
LA MARÉCHAUE.
Comme le bon goût est utile !
LE CHEVALIER
A propos de bon goût^ ou du moins pour égayer la conversation , je voudrois bien pouvoir citer les mots Carnation et, Bosquet de PEn^cjrclopédie; mais je les ai lus rapidement , et je ne me les rappelle pas mot à mot.
f«) Avant sa; conversion. *
MADAJCE DU DEFFAWT.
Il ne tient qu'à vous de nous les lire , VEncj^ clopédie est là sur une grande table auprès de la fenêtre.
LA DUCHESSE
Ah! chevalier, lisez-nous ces articles.
f LE CHEVALIER.
Ces dames me l'ordonnent-elles ?