PREFACE
J'ai écrit, il y a quelques années, dans un de mes ouvrages (a), la phrase suivante : il ne faut plus peindre désormais les philosophes que par leurs propres aveux ^ parles lettres qu'ils nous ont laissées, et par des citations de leurs propres ouvrages; mais cet ouvrage alors n'eut pas été entièrement complet, nous n'avions pas encore les scandaleux Mémoires de rnesdojiiesd/Épinay, de Grqffigny, de l'abbé Morellet, et le Supplément a la Correspondance de MM. de VoUaire et de €tAlembert. • ^
A présent rien ne nous manque pour pein-
(a) Mcm Dietiadnaîrg cniique et moral des Etiquettes^ de la littérature , des Mcçurs ,• etc. , 4oht on Ta Caire une nouY^Ue édition ^ sous son véritable titre iJDic^ tionnaire anti'-philosophiste ^ titre quiiauroit dû tou-> jours avoir,
dre avec une exactitude scrupuleuse et une effrayante vérité les philosophes du dix-huitième siècle.
Les écrivains les plus estimables ont publié successivement^ dans l'espace d'un demi-siècle , d'excellentes réfutations des erreurs en tous les genres de M. de Voltaire et de ses sectateurs ; mais ces réfutations, qui n'étoient soutenues par aucune cabale^ ^qn^ malheureusement toinbées dans l'oubli:
d'ailleurs ^ comme on l'a dit , ces critiqui^ ne pouyoijentêtre complètes ;et ^ dissénainées dans un j^and nombre de volumes y elles n^offrenj ppipt un ensemble assez frappant pour dé^iUer les yeux abus^ des partisaoa de ces pernicieuses doctrines ^ cpif^ l'esprit de parti n'a pas entièrement corrompu^ J'a^i . imaginé^de renfermer ce déplorable tableaii dans un cadre historique, car les dîners tki , baron.d' HqlbOfÇh ne sont pointune fiction (a). J'ai connu (à l'exception de MM. Helvétius et , Diderot)tôus les littérateurs qui se trou voient à ces réunions ^ et fai passé toute ma jeunesse dans la société là plii* mtiâlie à^éc les
{a) Voyez les Mémoires de Vabbé MoreUet^
gens de la Cour que j'ai places dans cet ouvrage , dont les uns alloîent en effet quelquefois chez le baron d'Holbach et les autres chez ifiésdàmes Necker et dti Dèffkiït : comme ma laéifiôire est fidèle, et que j'ai toujours eii d'ailleurs l'habitude d'écrire tout ce que j'ai ènteûdU dire dé remàrqtiable , je puis âssuter qtië j'ai coris'etié S tous ceux qui n'ont laissé ni mémoires , ni livrés, leur caràCtferè,- letif' tbn^ lettre ^néimehs^ et jusqu'au genre de létir esprit; qtiànt aux ehcydôpédîStés^, je rie placé dans leur bouche qtte ce <pi'ib ont écrit dans leurs lettrés , leurs mémôîtes , leurs ouvrages , et tôujbur$ àVec les citatîèfiis dti Voltiftië, dé la page, fetc ; ainsi, tout est vrâî dans ce livré; je ne placé qu'un seul persbridage anônyttiè (lé m^lt'qtiïs dé *^),' mais auquel je fié donne que des éeritimèris qùé Jàl entéhdu niîlle foi5 exprimer à des gens de sa classé ; je pourroi* cîtér entré àùtfes MM: dé Vàudi'euil^ (f Escai's , de Thîars , de Danias , de Serèht , d'Osniohd; les ducs de Nîverhois, dèVilIëqùiér, dé Gôntàùt et ses hèvèui, dé Broglie, de Coigni et ses frères ; les maréchaux de Balincour, d'Estrée, de Castries; les mar-
iç Npu3 étions convenus , maigre la loi de 3^ Thistoire , 4p supprimer des veriteg ; par- 2 courez ce manuscrit , et si vous y trouvez y> quelque vérité qu'il faille encore immoler, » ayez I4 bonté de m'en avprtir* y> {Lettres de toltaire^)
Ici toute r^He^ipp seroit inutile ; itoys n'en ferons poipt.
C^ n>t ^smmm pas sur ses opéras, ses ppésies lyriques , seis odes çt ses comédies, que yotire adiuiratiop est fondée; ses poésies fugitives, foft au-dessous de la réputation que DQm leur aypz donnée, sont trèsinférîeurps à celles de Gresset : ce n'est pas non plus ce poème si frpiil'» la Henriadey qui pçUt'CiE^User de l'enthousiasme; il a fait sans ^outjg de b,elles tragédies, mais outre les ph^iat:^ SjEins npiabje qu'elles (K^intiennent , you§ €9,îiyieiHirç5p^queiSOUS ce rapport, le géflîe.du gr^«d: Corneille çt celui du grand &ftçw$iêpntl?i?û supérieurs au si^u.Com- ^ Yftus epUf as^ure^iique vpus êtes tous 4nmé^mT^W(^fi:mç(ik^^ tousdé-
tftiler. T-^sv^în qui fut Àmimmrmnt anti^ fr((^miM^T^f(\w^\i^^ ceasela
nation asi^aisfc au^essusrdi^la nôtre ; l'wri-
.^.^ùûai^ *^^^="- ^•"■*^^**-^'^^ - ' . -^"- ---■-
vain qui appelpit ses compatriotes d^s Velr ches^ et la France, le pays des singes et des tigres; rëcrivain qui s'est moque mille foid ouvertement de l* amour de la patrie, et qui dit, dans son DictiQrinaire(jxiotpatrie\ qu'on ne doit pas être plp3 attache à son pays , que le joueur ne peut Têtre à une table de jeu à laquellp il reste tant qu'il gagr^e, et qu'il quitte sans regret dès qu'il perd.
Ce n'est pas, quoi que vous en disiez, son ardent amour pour V humanité, .qui vous attache §i fortement à lui. Un philantrope pourroit-il former le projet d'apëantir, dans sou pays et dans l'Europe entière, 1^ P.eligioh chrétienne , les goiivernemens e'tablis , et de corrompre les mœurs? {a) Vous n'ignorez pas que M- de Voltair^ fut le plu^ intolérant de, tQus les hpmmes; qu'il sollicitoit sans cesse des lettres de cachet pour faire enfermer $es adversaires; qu'il fut un persecuteur implacable ; qu'il méprisoit le peuple qu'il appeloit de la canaille ( et ce qui pourra Ypu^ parpître plus çriinmel encore), qu'il
(d) Tous ces faits sont prouyés dans U cours de Foùvrage par des citations irrécusables^
se déclara formellement contre le système de X égalité, entre autres dans le siècle de Louis XV, page 279 , où il appelle les maximes du système de Tégalité , des impertinences dignes de l'Hôpital des Fous.
Vous savez aussi qu'il prodigua les flatteries les plus basses et les plus viles aux gens en place et aux princes , avec lesquels il eut quelques rapports. Il est vrai qu'il a dit et répété , dans son Dictionnaire et dans beaucoup d'autres ouvrages , qu'on doit reprocher aux auteiu's religieux du siècle de Louis XIV de n'avoir point parlé contre la guerre. Tous en ont parlé, entre autres Mascaron {a\ Bossuet , Fénélon , ' et même Boileau dans ses aatires, et avec une énergie qu'on n'a point eue depuis; et voici ce que le philosophe Voltaire écriyoit ^ l'impératrice de Russie , Catherine II :
« Mes consolations sont vos victoires, et
(a) Qui , prêchant devant le Roî , après la conquête de la Franche-CoDité , dit que les voleurs de grands chemins sont beaucoup moins coupables que les con* quérans (Voyez les Sermons deMascaron et les Lettre^ de madame de Maintenon).
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» ma crainte est que Votre Majesté ne fasse » la paix l'hiver prochain (a). »
Il ëtoit difficile^ au commencement du dixhuitième siècle , d'étonner et de subjuguer Tadmiration d'un public qui gémissoit encore sur la perte récente des plus grands hommes que la France ait produits. Il sembloit que ces génies sublimes eussent moissonné tous les lauriers immortels que peuvent obtenir la raison et la vertu réunies au talent. Frappés de ces considérations effrayantes , les beaux esprits de ce temps prirent un parti désespéré. Eh! bien, dirent-ils, frayons-nous une autre route, confondons toutes les idées, bouleversons tous les principes , flattons les passions , détruisons la Religion, et nous appellerons cette nouvelle doctrine , de la philosophie. Nous ferons des
[a) C'est le même philosophe qui écrivoit au Roi de Puisse, sur le partage de la Pologne : « On prétend que » c'est TOUS , Sire , qui avez imaginé le partage de la » Pol<^ne; et je le crois, parce qu*il y a là du génie. » Dans sa réponse, le Roi reçut très-mal ce èomplim^t; dans toutes ses réponses, ce prince ^t infiniment supérieur à Voltaire , par la politique, la droiture et la morale.
tragédies philosophiques^ en y insérant une certaine quantité de maximes séditieuses et une multitiid^e de vers contre les prêtres et la Reîigipn. Nous ferons des contes philosophiques, dies contes licpijcieu^ et remplie d'impiétés. Nous serons aussi moj;alistes : pour cela , nous pillerons Fénélon , Pascal , Massillon et autres , et nous y joindrons un fond de philosophie , c'est-à-dire du . py^rhonisme et des peintures libres et voluptueuses ^ qiij puissent séduire U jeu|:j^e9se- Nous éçrirpns l'histoire, non comme 3bssuet , m^s en philosophes, eij appstrppjhant insolemment les rois , en outrageant l'autorité souveraine et les pations entières, en calqn^niant le clergé, Les papes et la Jlejigion. .
Vous répondrez sans doute ^ççs questions pressantes, cpneXe genre humain doit à VoU taire le mépris du fanatisine : j<ç pourrois vous objecter^ qu'il nous a été prpjijyg que le fçinatim^e philosophiqxiçi est le plus pernicieux et le plus cruel dé tous ; m^is je me contenterai de vous faiire encore les questions suivantes : en supposant ^ ce qui tf è^ pas, qùé le fanatisme eût encore alors prô-
duit des troubles et des crimes , pouvoit-on le combattre plus sûreipent qu'eij Ixii opposant les maximes de FÉvangile? Et pom* anéantir le fanatisme, falloit-il corrompre les mœurs , pter aux méchans un frein redoutable , ravir aux infortunes unp unique consolation , et priver la vertu d'une sublime espérance? Falloit-il enfin écrire et répéter avec tant d'acharnement : Un y a point de Religion, il ny a point de Dieu; quand on pouvoit dire : la Rçligion réprouve , abhorre vos fureurs; vous outragez le Dieu de paix que vous croyez honorer; lisez V Evangile, nen croyez que ce livre divin, sa^ré dépositaire de V éternelle vérité! Qu'ont dit les philosophes sur les droits de l'humanité , sur la tolérance, l'indulgence fraternelle, que rÉvauffile ne dise avec plus de force et d'énergie? Ils ont exhorté les hommes à s'aimer, à vivre en paix , et l'Evangile le commande. Les philosophes ont-ils pensé que Içurs exhortations auroient plus de poids que les ordres de Dieu? S'ils étoient guidés par l'iptér et public , n'pijt-ils pas agi contre leur véritable but? et peut-on poncçvoir une conduite si inconséquente , si absurdç, unie
à un orgueil si extravagant? Mais non, Famour de rhumariité , indépendamment même de la foi , n'eût jamais inspire de semblables projets. Ce sentiment doux et pur eût fait sentir toute Futilité d'une religion qui prescrit toutes les vertus , et qui nous ordonne si formellement de pardonner, de supporter les foiblesses , les erreurs de ceux qui s'ëgai^ent; de n'employer, pour les ramener, que la douceur, la patience et la raison ; défaire du bien à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas entrés par la foi dans la maison du Seigneur; de prier poiu* nos ennemis; de leur rendre le bien pour le mal^ etc.
Ce n'est pas le caractère de M. de Voltaire qui vous a séduits ; car il n'y en eut jamais de plus vil, de plus lâche et de plus hypocrite : durant le cours de sa longue carrière, il a désavoué mille fois ses écrits, et calomnié ceux qui les attaquoient. Sejs lettres au roi Stanislas, à Févêque de Mirepoix, à Don Calmet, etc, sont de Fhypocrisie la plus odieuse et la plus inconcevable ; avec'de la droiture et de Félévation d'âme , il est irhposisible de ^*ètre pas profondément îndi-
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gné de tant d'impostures et de duplicité.
Je réitère ma question : quelle est donc la cause de votre enthousiasme pour cet écrivain? Je ne vous ferai point l'injure de croire qu'il soit fondé sur des libelles atroces^ dont le mensonge et la plus noire , la plus grossière méchanceté font tout le sel , ni sur des écrits d'une exécrable impiété et d'un cynisme affreux, aussi dégoûtant qu'effronté; j'aime mieux trouver votre exclusiveet véhémente admiration, incompréhensible^ que d'y découvrir des motifs odieux qui déshonoreroient également votre goût , vos sentimens et vos principes.
Cet ouvrage , malgré sa médiocrité , est à l'abri de toutes réfutations, parce qu'il est entièrement fondé sur des faits incontestables et sur des citations de la plus parfaite exactitude ; il faudra donc se borner à dire vaguement que l'ouvrage est détestable, et vraisemblablement certains journalistes ne manqueront pas d'ajouter que j'y soutiens nettement que M. de Voltaire est inepte......^
et que j'ai découvert qu'au fond il n'est qu'un sot; si j'avois fait une telle découverte, elle vaudroit la peine d'être publiée, car elle se-
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roit tres-etonnantç ; ùiaià je ne puis m'attrîbuer cette gloîte. M. de là Harpe, qu'on n'accusera pas (même d(arïs s'ori Cours de littératiire) à^ ktoit cherche à i'àbaîsser lés vràîs tàléns de M. de Voltaire, dit que l'esprit supérieur de cet écrîvâiii iie l'a pas préservé du ridicule d'écrire beaucoup â'mëpiws et de hêtiéesy assertion qiiî est prouvée par ùii grand nôînbrè de citations ; et voilà ce que j'ai rapporté dans ce livré. Airisî, non-isèùlement je tfai pas dit que M. de Voltaire fût ifièpte^ mais ce n est pas moi qui riiè suis servie du itiot ineptie^ en citant des passages auxquels cette épithété convenôit si bien; |e n'ai fait en cela que copier M. de la Haipe. Comnie j'ai, depuis 46 ans , ïè mérité d^a- Vôîr bravé dans tous mes ouvrages , et riiê- ' ïRè lés pliis frivoles , les ressentiriiens si rédoutés des* philosophes modernes et de leurs partisane , je ùè fais nuftément ùri actè de côiïrage en publiant les Dîners du Baron âtiolhàch; d'ailleurs, je suis petsuadtèé qu fl existe de belïes âriiès dans tous les partis , et cëliès-ïà sèr6tit sûrement frappées de la masse d'erreurs, dé soj)hîsmés monstrueux, d^'iriconséquênces, de noirceurs, de grôssiére-
tes, de mensonges calomnieux et de basses méchancetés , que, dans un seul toluirie, j'offre à leur méditatiotai ; je tié riàc|ue point de m'attirer là halinië dés côerurs nobles et généreuk ; il est* facile de liiêptihér f ànimosïté dès autres.
Tài vil de bièii prêik la tiiort^ il y a neuf mois ; mkîs^,àm6tt âge, quafid la tombe se referme, elle r^ste toujours entr'ouvèrte !
C'est dans les langueurs d'une pénible convalescence que j'ai fait plus des trois-quarts de cet ouvrage : j'ai cru souvent que je succomberois à ce travail prodigieux , et cette idée, loin de le ralentir, me donnoit de nouvelles forces pour le continuer. J'aurois vivement regretté, en mourant, de n'avoir pu payer cette dernière dette à mon pays et à la jeunesse que j'ai tant aimée!.... J'aurois eu néanmoins une puissante consolation, en peasant que je laissois en France d'illustres défenseurs de la bonne cause , dont les talens sont mille fois supérieure aux miens.
Gomme auteur, je tiens si peu de place dans ce livre , que je n'y puis mettre un grand intérêt d'amour-propre : je n'y suis qu'un éditeur laborieux , infatigable. Ce n'est pas
A-'.J.Ae-
dans rabattement naturel de la vieillesse, et quand toutes les illusions de la vie s'évanouissent, que Ton peut, n^algrë des- souffrances habituelles , composer un livre pour briller et pour obtenir des éloges; je nai été guidée , soutenue et fortifiée que par le der sir et l'espoir d'être utile ; si ce voeu est exaucé, je serai, en dépit des nouveaux libelles, pleinement satisfaite.
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GHAPITRE PREMIER; Intpoductioa et Plan de Vouprage^
Oita donné suçces^i vendent au public , les bistoi^ xt^à^hi Jacquerie y àeX^Ligue^ de hJ^rondey etc^ mais on n'a point encore dpnné.unç histoire suivie et complète de la plus grançh .conjuration ^u'oju ait jaimais formée en Erançjç jet w^èrpe en, Europe , celle dont lç3 philosophes^ modernes ont été les chefs. Elle commença sou^ la régence ; rhypocrile Fontenelle, en. fut le prçjsniey. in^t^r,
gateur (a), et M. de Ypltaire le premier, çfe^ff X^Sr
(a) Ce fut Fontenelle qui , sur la ^n du r^sne de Louis ^V^
fit imprimer son pieux discours sur la Potence ^ qui est termme i!>ar une pnere at^ iieroe incarne; et ce fut lui qui, âom fâ' f ^ëàc'e,* fit'pàroltft isbni Htstoin^ des Ofidcles , (îùnff
matériaux de cette histoire contemporaine , sont disséminés dans une multitude d'ouvrages ; on les a rassemblés et mis en ordre dans un seul volume. Il est assurément très-curieux de connoitre les molifs et de suivre le fil d'une conjuration qui a bouleversé l'Europe entière, et dont lès ramifications se sont étendues jusque dans les autres parties du Monde. Cette immense et surprenante influence n'est nullement à la gloire de la fausse philosophie , elle ne prouve que la corruption de la nature bamaine qu'il est touj ours plus facile de séduire que d'éclairer : le mal se propage avec une effrayante rapidité sur cette ferre malheureuse, tandis que le bien n'y jette que des germes profonds, indestructibles à la vérité, mais que presque pjartout les passions empêchent d'éclore ; nulle nation ne communique à une autre l'esprit de paix et la santé, et le démon de la guerre allume sans peine les flambeaux de la discorde , et la peste est contagieuse !... Ce livre déplaira beaucoup aux infortunés disciples des faux sages du siècle dernier , car les philosophistes n'y seront jugés que par leurs propres écrits et leurs imprudehs aveux. Leurs plus grands admirateurs frémiront en voyant leurs maximes fondamentales réunies et form9.nt le codé moral et politique qu'ils^ nous, ont laissa ^ il sera éga^enlent impossible de justifier ces hor^
rîbles maximes et la duplicité de leurs anteui*S| ou de nier des atrocités ^ des actions et des ca-^ baies qui ne seront que des citations scrupuleu-» bernent exactes ^ tirées de leurs ouvrages et de leurs lettres.
Il y a presque toujours quelque chose de bi-» zarre et d'inexplicable dans la gloire purement; humaine : si M. de Voltaire^ n'aspirant point au titre d'historien^ nfeùt pas publié àes ouvra-* ges historiques remplis d'erreurs, de mensonges et dans un style à la fois épigrammatique, incoi^ tèct et toujours négligé y s'il n'eût pas feit de mauvaises comédies, de mauvaises odes, des opéras détestables ^ une multitude innombrable de pamphlets 9 de satires et de libelles ^ dont la calomnie, l'impiété la plUis révoltante , le éynisme le plus effronté font totlt le sel , on iie Fauroit jamais proclame génie universel (a). Xje grand
(a) On ne parle point Ae la Mennade, parce qu'un
poème y fàt-il meilleur que la Henriade, ne pourroit étrtf
Pun des titres à YutnversaUté ^ pour TaUtenr de plusieunt
beDes tragédies. Tout poé'ise , capable de faire de bonnes
tnig^es , le selroit aussi de composeï' uxi' bon poème ëpî^
qne. Si le& grands auteurs tragiques ne s*en avisent pas ,
c^est qu'ils aiment mieux consacrer leurs tâlràs au théâtre ,
dû, suivant Tingétiiéuse expressioli de M. DeliUe, its en-*,
tendent Umte leur renommées Qui pourroit douter que Aa--
cme^ s'il Keût TOidu, n'eût fait un poènie épique égal au
R^pklf) çi &it des ti^édies $«bUme3 ^ dies .poésie» lyjliqu^ ; gdiptr^les , une excellente comédie,
moins à la Henriade» par la yersifidi^îoiif et très-svpérkiir par le plan, l'imagination, les épisodes et la maniçre de. tracer çt de soutenir les caractères? «Voltaire^ dit M. de La
M Hafpé (dans son éicell^t Cours de Littérature), Voltaire i (e^f feieii (<»itt tfatoir tété xkk ^étàé tiiiî^ersel, pùist[a'il n'é- 4 toit pas lâéMitffètii iTcililNit Aé &elrt^elip>te |K>ëlé'aiii^ H yerif^ Ijl apriii^i il estiosai^ idains denxgedfca trèsMip-
»»^ ppsé?,^ la Uagé^ie ^t 1^,»^^^ légwe r »«» le Ij^iqu^ ^ \» » comique lui ont manqué ab^olumenjli; et dans l'^opée ^ » et d^ins le poème Iiérpi-càmique , il est à peine au second » raifig. 11 hépéiit sôùtèhfr le parallèle , ni avec le Tasse , i ta aihetr ttiltoià, iiî iVèè l^titeûr dU Lutrin; que seroili -cb ïi âdtttïiiiiellfetti di» â¥akt Hoiflië^ TirgUef Je oe »; pi«(e{ps«iep«arfé dis<géiife» éoyùMe^ 3ioaé>3k4ieftdtc|m.^ » et oçftes il »> ,%{uiwra ^g^q^toi^l eo poési^ Un Ifomf^é ^ im£:j^,lk^oitAyoYl étf pliïsjmpçwuqueaiçntp^rtsçé i^ue.per^ » sonne , puisque seul il. s'est élev^ au plus haut degré aan» » ce qui est de sciences éi dans ce qui est de génie , c'est Bos- » suet. Il n'a point d'égal dans l'éloquence ; dans celle de V . Fçcaisonfunèbre, ^cfn^ ce^le dfi ^U^toire i njan^^ic^ d^ afj^ Éçctioçs.r^©eps«| (yx^v.se^tilf^^Wtfw* surC4\^'^wf»hi I» daiui; celle dfi ^09i^r^ver»;(T9y»l^ ^ort • niéij»etffi^)3ne»q9n«fi>|f pa&4téfjlui»^ (]â^W$:wM^Qi«Oei! » immense q^uj^f^i^jf^enfen^uçe ^ufjftd'a^tres^cdle 4^ )a,i»et^
» ligi^n. Cçst l'iipu^e ql^ fej^ ]le.p}fts n^JiofWPWtt Wa »ra we » et à l'Église des deiaûcrs^i^y^ij c^|M{|idant. qfi ;(^'^D)iAp$4ni * . un ^spr^VtiJç^eiselii ^^^ ;fçiqiî^^ ^mtmt l^Jfifkim^m^
» ^ni^fes ^'uwwjsaHiiért 4ft wïW^,r*:w.4^/lffF«P^HpWfrv
(5) des lettres suri Boctt-Royal que.rcm'peîQt conpa* rer aux Prùûindnaiês ; imak dn ne Fa poitit loué sur sQBLgëme amuersei^ il a vu ptéiérer la Phè« dvede Pradon à:14 smqbs çika vu toniber Alhçiie,' le cfae£-d''(»iiYre 'de là seèhe /française et de tous les ifaéatres antâensi et^moriémes t. ^ Il ite fut point ehrfde i««â. a n« «p«,rii, j«nd, ^ L«, dont il liitTobjet^ il décbîgnadU'&md dé sa ^ande âme le ivîl méÉiér.ile itbellîsté, et loin déplaire des cabales -, il;ful> là mctime de z^eUe qu« Ten^ lÎDrma contre lu2>L 4
M. :de Toltaîrè ne péÙYoii daipttiereC régner qaè sur un sièole coirompu^ il le fornu^ ! (Les doo laines alors étoîent fiDeare^nnes , lefi irddititHis dagrand .siècle^ ia jBste:.âdmiratioli: pdUr les •grands^hoBiBEMSlpiiiHUustbèrebt, enàJâiillenoîent rinfluencf»^ et ia ^Folé ^ on ; .ki^oi t de i ia raiscm ^ dUigoût, .nnsèntimeoCnroai du beau ^ on réspèo* toit la religion , irautorité 7 lès lois;' on aimoit sesscmYeraitts. Il &lloit>renversei^ tbpt cela; fotitestlés oàrriéresjde; la. véritable gloire avoient (été patffxmrues , anee^ un éclat déséspéraii t pour Torgueil-et Famfoition. On voulut donc oïlvrir dfs routes nouvelle^ ^ et ne pbuvatit surpasser
» sdpfaiqne , tfnî croyoit réxvet Tesprit humaift par de non- ^ iréllé» ptétét»^»Hi&^t qui le rarbaissôît en effet par de tiou^
ni pfiéme égaler des modèles parfaits , on prit la résolution de contester leurs droits , d'anéan* tir leur doctrine, de tourner en ridicule leur croyance et leurs maximes, de jeter une extrême confusion dans toutes les idées morales , de tout brouiller, de tout confondre, d'usurper la louange et de braver le mépris, enfin, de corrompre l'es» prit pubUc afin de le séduire, et de régner sur une multitude égarée. Uu seul homme ne pou* voit suffire à un tel dessein; M. de Voltaire, après avoir obtenu un équitable et grand succès au théâtre, fit paroitre l'épitre la plus infâme et la plus impie; ensuite ilpublia plusieurs libelles , c'étoit tout ce • qu'il pouvoit faire tout seul; il sentit bientôt le besoin d'une grande association , mais il étoit fort difficile , surtout alors , de la for^ mer. Les clubs ( si favorables aux conspirateurs ) n'étoient pas encore connus eii France , notre nation avoit la préséance sur toutes les autres et n'en copioit aucune; elle étoit même le modèle des autres qui croy oient atteindre le phis haut degré de civilisation en adoptant ses modes , ses coutumes et ses usages. Nous nous contentions dans ce temps , de nos brillantes voitures à sept glaces , de nos coursiers à superbe encolure ; iious aimions beaucoup mieux dans nos fêtes des carousels et des tournois que ces courses mereepaires où la seule vitesse tient liçu de noblesse et
d'élégance aux chevaux , et dont ramour de Targent, formant tout rintérét, profane la nature en transfonnant les gazons fleuris et les pelouses en tapis de jeu; nous préférions la conversation, au thé, au punch et à la cohue, enfin nous étions François! Nous admirions les magnifiques jardins de Lenotre ; on n'y voyoit point de palais placés dans des prairies, des ponts sans nécessité , des ruines et des tombeaux sans •souvenirs ; nous pensions que des parodies mesquines et ridicules ne sont point d'ingénieuses imitations de la nature; les beaux-arts portés alors au plus haut point de perfection, n'offroient rien de puéril, de faux et . d'imposteur , et s'ils vouloient produire des illusions , le bon goût , toujours ami du vrai , eitigeoit qu'elles fussent parfaites , il prescrivoit des bornes à l'idéal et des règles à la fiction (a).
(a) Il faut observer qu'en Angleterre, l'apostasie a été tris-favorable aux jardins que nous appelons à l'anglaise, puisque ces jardins sont remplis de tombeaux véritables et de débris d'églises , d'bermitages , d'abbayes , de prieurés et de couvens , qui ont en effet existé, et le ciel nébuleux de la Grande-Bretagne est toujours en barmonie avec les idées mélancoliques et les scènes lugubres. D'ailleurs , là magnificence anglaise surpasse infiniment la nôtre en ce genres: on ▼oit dans les jardins de "W aller , auprès de Londres, des pré* cipices de plus de trois cents pieds de profondeur; on peut
( lo) l.-J, Rousseau ; mais il se lia intimement avec Helvétius , Damilaville , d'Alembert , ( qui grand géomètre , n'a pourtant rien inventé et dont les talens littéraires ne pouvoient assurément causer d'ombrage)) Diderot, St-Lambert, Grimm, l'abbé Morellet , Thiriot : « Le reste ne vaut pas Thon- » neur d'être nommé (i). »
Cette société formée s'occupa sérieusement , sous l'inspection de M. de Voltaire, de la grande idée de régénérer la morale , la littérature , et l'État.; mais on sentit, comme on l'a dit déjà , que, pour atteindre ce but, il falloît nécessairement une immense association, et qui pût même s'étendre jusque dans les pays étrangers. Après beaucoup de réflexions , on enfanta le projet de faire une encyclopédie ; Fidée h'étoit pas neuve, l'encyclopédie de Chambers existoit déjà en Angleterre ; elle étoit même traduite en français , mais elle ne contenoit ni verbiage, ni déclamations séditieuses , ni impiétés ; les philosophes s'en emparèrent pour fen prendre tout ce qui pouvait . leur épargner du travail et des recherchés, ils y ajoutèrent toutes les idées philosophiques ; en la faisant prodigieusement volumineuse, ils se flattoieiit, avec raison, d'y donlier une importance qui feroit tout à fait tomber çeUe de Ghambers. Gette entreprise promettoit un succès complet, aux desseins des premiers
€kek philosophes , et leurs savantes combinai* sons , à cet égard , ne prouvent que trop combien ils en sentirent l'importance; elle leur donnoit la facilité de répandre rapidement et partout leurs opinions. Elle ne paroissoit être qu'une entreprise laborieuse et purement littéraire 9 dont le projet n'alarma pas d'abord le gou* vernement , et qui obtint le suffrage et la reconnoissance du public; néanmoins les noms des chefe donnèrent des inquiétudes très«fondées à tous les gens religieux.
Sans avoir l'air d'intriguer, on fit ouvertement des enrôlemens dans toutes les classes; pour travailler à ce grand ouvrage^ on comprit que plus on emploieroit de monde et plus on auroit de partisans : aussi multiplià-t-on à l'infini , et sans nécessité , le nombre des coopérateurs. On savoit bien que chaque individu qui auroit seulement l'honneur de mettre dans cette énorme compilation un seul petit article , se passionneroit pour l'ouvrage entier, et qu'il procureroit des preneurs dans sa famille et parmi ses liaisons et ses amis; on gagna plusieurs hommes de la cour à force de flatteries, mais en leur montrant de la hardiesse et quelques opinions paHicuIièreSy qui ne tendoient, disoit-on, qu'à déraciner des préjugés intolérables. On eut soin de leur cacher le véritable fond des choses,
^éCf
c'eat-àrdire le projet formel de mettre téutês le» passiom à l'aise , et d'ouvrir un vaste cbaix^ aux aniibition^ les plitâ. désordonnées , en ànéanr tissant, la rdigioà, la morale, et en renVersAtlt le gouyemement. Ce secret n'étoit bien connu qxm. de hmX on éiK pw^timi cjui furent 'les véritables to^jjnpés, VdlVairp, d'AteœfeeW, He|r wtiusv Diderot, Condoi?eet, Rayn^l, Dauitfiîiville , l'abbé^ MôreUei: , ces fenieuxconspiratetirs, dans de petits; comités particuliers, avtèt^pfiM^ le plan le plus détaillé dé la ;grande confia ration; ils K^n^inrent unanimement quîi falioitppur préliminaire à l'Ëncydopédie ,'et pm^ dant la durée de l'entreprise^ répandre sucoes^ sivement dans le public un nomlne prodigtetqi de satires cooertre les prêtres « conlre les gm& reli^ox et contre toulies >les lautdrités, et en outre, multiplier lek brachofrès in^pies et lice^ ncîeuses. Dans c^ pdtites assemblées -tënébr^U'- -ses, forent cpnçûs et arrêtés les plans du- livre de VUsprit^ de <7a/i^(f 6, d'une infinité de^oonte^ èe ce gettvef\ Ae^^adig^ de i^Sistm^ep^losOr phiquedes ihdôs^ du Dictionnaire phiiosephique^ de VEss4dsuries Mieurs ides. Matit^n^ , ^n pdème sur iq JLoimUureHè^^i^. Ce foteneoiTe là que l'anîliveàta lies til^fesdespampblet^âbiilttlés : les Siy lee Quand, les Pourq^m., dohtioniQOH^P l'exécution à' <kê aiitèurs subfalteriies^ : qu'i^n^ne
( i5) manqua pas d'ériger parla suite en beaax-esprits, qui furent loués à outrance par toute Ta cabale, car dès^lors ît fut unanimement décidé que Ton fîeroit une réputation d'hommes de génie , à tous les écrivaiiis, quelque dépourvus de talens qu'ils fassent, qui entreroient dans le parti philosophique, et que par les mêmes motifs on déctareroit que tous ceux qui combattroient la légion (fes* prits forts ^ n'étoiént que des hypocrites et des sols. Ce qui rappelle des vers ingénieux de PaitSian (neveu de l'évêque d*Alet) auquel l'abbé de Ftancheville avoit deinandé ce que c'étoit que ' le bel esprit.
Yoici la réponse que liii fit Pavillon r
l)e Fair dont oq vit aujourd'hui , Il importe fort peu. dç l'être ^ Mais si vous voulez le paroitre , Tahes des partisans et clierckeï de l'appuî.
Tâchez donc à former une petite bri^e , Joignez quelqjies bourgeois, à force gens de cour^ Que tous ceux qui seront entrés dans votre intrigua Aveé empressement voUs pr6nent tour à tour ,
Et que sur l'hôtel de la ligue
En grosses lettres spît ëcrit :
\ Hors la cabale point d'esprîi.
Ne désespérez poîiit', àÙéî , je vous en quitte . Tâchez <le ne point oroièe éti «Die» ,
siT.
Et tda TOUS tiendra lieu De toute aorte de mérite.
Enfin , en s'engageant à saper tous les fondemens des trônes, on se promit^ quand rintérét.de la bonne cause l'exigeroit ^ de flatter sans mesure les souverains , leurs maîtresses ^ les ministres et tous les gens en place , en un mot y on fit le serment (le seul qui ait été respecté dans cette société ) ^ de mentir , non-seulement souvent , mais toujours, pour le bien général {fl)i N'oublions pas d'ajouter qu'il fut expressément recommandé à tous les Jrères de faire distribuer gratis'les pamphlets et les brochures dans les petites villes , les gros bourgs , surtout aux foires , et d'en faire circuler à Paris un grand nombre parmi les jeunes gens et \e% jeuries femmes {h). Les encyclopédistes sentirent aussi qu^il falïoit , pour le succès de leur dessein , ôter toute influence à la religion
(a) Cest ce que M. de Voltaire répète sans cesse dans ses lettres à ses amis, auxi^els il dit, mentez y mentez , mentons, mes amis : quelles flatteries n^a-t-il pas prodiguées à Louis XY, qu'il a comparé à Trajan , à madame de Pompadour (2) ^ et depuis à madame Dubarri, au maréchal de Richelieu, qu'il appelle toujours dans les lettres qu'il lui adresse, son héros, et qu'il désigne dans d'autres lettres delà même date, écritet à ses conEdens , le. tyran du tripot ou le tripotier*
ip) Voyez les Lettrés dt Voltairei .
sur l'éducation publique; delà, leur acharde-ment contre les jésuites, dont les utiles succès en ce genre ne pouvoient être contestés. M. de Voltaire a écrit, qiCdfaut être un monstre pour ne pas aimer ceux auxquels nous dei^ons notre éducation 'y il fut élevé aux jésuites, ce qui nef Fa pas empêché de calomnier et de persécuter ces religieux avec la plus odieuse persévérance. Ce fat Diderot qui , pour l'Encyclopédie , créa l'art ingénieux des renvois. Écoutons - le luimême nous dévoiler toutes ces petites ruses phi-^ losophiques sur cet objet ; il parle de l'ordre et de la manière qu'on a suivis , en composant ce Dictionnaire : « Je distingue , dit-il , deux sortq» » de renvois , les uns de choses et les autres de » mots. Les renvois de choses éclaircissent l'ob-* » jet, indiquent ses liaisons éloignées avec d'au-* » très qu'on en croiroit isolées , etc.... Mais quand » il le faudra , ils produiront aussi ( ces renvois ^ » un effet tout contraire , ils opposeront les no- » tions , ils feront contraster les principes ; ils » attaqueront, ébranleront, renverseront secrè- » tement quelques opinions ridicules qu'on n'o- » seroit insulter ouvertement; si l'auteur est im- » partial, ils auront toujours la double fonction* » de confirmer et de réfuter, de troubler et de
» concilier.
» Il y auroit un grand art et un avantage in^
ti fiui ciaps ce^ deraiers renvois. . L!ouvtage eti*' » tkr 60 1^eQçyroit un« fQccie mteme^ et. une uti* » li té secrète d<Hit:kii| efft^s aaurds seroient né- » cessairement Si^ii$ible.$ avec le temps; Toutes » le$ foi^ par exempl^^ qu'un préJMgé. national » mériteroit du respçqt ^ il laûdroii ^ à 3Qnartide » particulier, Tex^poser Fespactueusement^ et ayed ^ tout son cortège de vi^isemblànee et. de sé« » ductiouy mais renverser rédifijCjè de fenlge , » dissiper un vain aftia». de p<!Mus$^te^ cjq. ren- 3> voyaut , am articles où ides princes' soUdés » servent die base aux tédtés o^ipoisée^* Cette )» manière de détrouiper les honmi^ opère Jirèâ-' )» piromp^bierit sur les bons esprits:, et elle '0|lè^
» infiEÛiliblement, et sasis aucmné fâcbeasie e6n« » séqiien^ , siecrètem^ni et sàn& éclal sui! tous » 1^$ «spôls. C'est l'arj dà\ dédràre taciteriaent « lea eonàSquences les plus fortes. Si ces penrvoisf t de coofirsnatian et de jréfuAaticm sont prëvus y» avec adurtsaoy ils doBiieroisl à une Mncjnaio^ x( pçéie^ bie^raofère quia doit a^oii* uid tmn iKo^ » tiœoaÂre ^ce caractère eatt de changer lu façon » xs^mmun&de pen&etx*^ y ouvrage qudb produira ». d^girandeftet générai',: aufia des défeùtsid'exé* Y QUtiori, j'j/!.cbnaieaar maki fe pian et Itsibpd n ea serbhfc excrfUec^f X^'oiivBage a^ hiopérëra » rien de pareil , sera mauvais , quelque : bieft ». quaâ:: en pmsse dire d'aUlçurar l'éloge passera
iF"*-
» et l'oiivrage tombera dans rouJ?ii(a)... Ënâti^
» une dernière sçyte d/e rei^voi^^ qpi peut eJr^
D ou de mots ou de chps^es, ce ^ont c^ijdc que j!^p-7.
» pellerois volontiers satiriques Qvi^pigra<mmfi,ti-
» qiies : tel est, ppç^ejcemplç , çe|^i qi^se.trpmrQ
m dans un de nos articles, où, à la suite d'ui^ é^ogQ
B pompeux, on Ut: voyez C(q>uchQn. Le mot bi|r-
» lesque Capuchon , et ce qfi'on trouye à Tarjî-^^
» de Capuchon , pourroient %ire soupçonner ^^
» que l'éloge po^^peux n*est qu'une ironie ^^ et
» qu'il faïut lire l'article avec préçautioQ^ et en
» pes^ exactement tçus les termes. Je n^, \çmt
:()a). "^rtpXk.U gmnd secret Ae la- sec^ <Qt de- tikAt secte ;îl s'^ de fairie.did. bruit, d^bouleyersfsr, d'op/érér une réyo-
lution ; c'est ainsi.qu'on se rend Célèbre à peu de frais , c'est-
à-dire sans taleiis. Lé caractère d'un bon dictionnaire est de changer la façon commune de penser. £h ! si cette façon ^e penser est utile et raisonnable ? Il n'eàt pas question dé cela ; d faut faire un outragée assé^ bardt ptfiÉr qu'il he puâsscf jamais tomber 4ans Poubti* Le dtc.tioiixtaâr9'qui'nQ<s^9.qati[ savant et sage , sera mauvais : on le consultera toujours : mais qu'importe l On n'en parlera point, ce ù'est pas là le compte des philosophes. Si les éditeurs de TÈricjclopèdle n'avoient pas le^ talens de Bayle , du moins ils avoient le même but et les mêmesi idées s^r la manière qu'on doit cm-* ployer pour composer un bpn dictionnaire. Bàyle auroit bien nu nous donner lui-même cette .définition ; mais il aVoit trop d'art et trop d'esprit pour sç démasquer isivec* cette surprenante msJadresse.
V drois pas supprîiher entièrement ces renvois ^ » parce qu'ils ont quelquefois leur utilité. On » peut les diriger secrètement contre certains ri- » dicùles , comme les remroié' philosophiques » contre certains préjugés. C'est quelquefois iin » moyen délicat et léger, dé repousser une in- » jure sans presque se mettre sur la défensive y D et d'arracher le masque à de grands person- * nages. » Voyez dans V Encyclopédie ^ le mot Encyclopédie (a). Conçoit-on que des auteurs puissent ouvertement montrer de telles intentions , et se dévoiler avec autant d'imprudence ? Ce qui rend cet article aussi ridicule qu'il est révoltant , c'est que l'auteur s'y vante de son adresse , de $es ménagemens , et s'y glorifie de n'employer que des moyens délicats et légers. A quoi servent toutes ces précautions , toutes ces finesses si bien conçues 9si subtilement imaginées , lorsqu'on en donne une si positive et si longue explication {b\ Lespretnièréslivràisbns de l'Encyclopédie con-^
(a) Voyez surtout les Lettres de Voltaire à d* Alembert , et Toyez aussi les Mémoires de M. Griinm.
{fi). Les lettres d'un ami des philosopliistes^ celles de M. Grimm lie laissent plus le moindre doute sur les intentions perverses des encyclopédistes. Qu'on lise dans ce mau- ▼ais ouvrage la lettre de Diderot , écrite à rimprîmear de \ Encyclopédie* Nous en donnerons par la suite un fragment.
( 19) tenaient en tous genres une infinité de choses extrêmement repréhensibles , mais néanmoins les éditeurs employèrent des ménagemens et une sorte de décence dont ils s'affranchirent entière-^ ment par la suite. D'ailleurs on n'étoitpas encore dans le secret des renvois , l'R ne pouvant se trouver dans le premier volume : on fut assez content du mot jàme qui , lu sans renvoi , n'offre rien de condamnable , et grâce à l'hypocrisie, Ic^ premier volume ne parut pas révoltant aux yeux des gens irréfléchis, qui forment toujours le plus gjKmd nombre. Tous les frères se réunirent pour élever aux nues le Discours préliminaire de d'Alembert; on répéta, on écrivit dans mille brochures f que ce discours , aussi profond que brillant, étoit un chef-d'œuvre d'éloquence , et qu'on y trouvoit des pensées subUmés et un styie tou-^ jours parfait. On ne pouvoit nier que le plan sur l'enchaînement des connoissances humaines ne fut tout entier de Bacon , l'auteur du discours en convient lui-même ; on pourroit très- justement critiquer plusieurs parties de ce plan , quoiqu'en général il soit bon; mais enfin cette partie essentielle de tout ouvrage n'appartient point à d'Alembert , qui ne peut revendiquer que le style , toujours glacial , souvent incorrect , et rempli d'affectation ; cependant les nombreuses voix des encyclopédistes retentissant dans topte
«-,.. -VLiJ^^'^^*»
(ao)
la France , eurent pour échos tous les lecteurs^ superficiels et tous les gens qui ne jugent que sur parole; l'ennui même que cause la lecture de ce discoursicontribua à sa réputation ; les personnes ignorantes et timides qui avoient quel* ques prétentions à l'esprit , et qui n'avoient pas eu le courage de le lire, se joignirent à ses admirateurs , uniquement pour se donner un bon air : ainsi cette renommée s'étendit ; l'intrigue l'ayoit formée, le préjugé la conserva : l'abbé Cérutti, dans son. langage ridicule , écrivit : quUl rCyavoit dans le monde que deux belles fcu^ades , celle du Louvre et celle de V Encyclopédie , et cette belle pensée fut presque généralement applaudie. Voici quelques passages de ce fameux discours : «A'if^ tête dés connoissànces ; qui consis*- » tent dans . l'imitation , doivent être placées la T> peinture et la sculpture. On peut y joindre cet >t art , .né de Ja nécessité et perfectionné par le » luxe , l'architecture , qui s'étant. élevée par de- >> grés des chaumières aux palais, n'est aux yeux » du philosophe , si on piîut parler ainsi, qiiè le » masque embelli; d'un de nos plus grands be- ^» soins. L'imitation de la belle nature y est moins » frappante et plus resserrée que dans les deux » autres arts dont nous, venons de parler »,
Le masque embelli dun besùinL... Quel lantgagQ et quel galimathias baroque! D'ailleurs,
(ai )
commept Tarchitecture est-elle urfe imitation de la beUe nature^ et copiment un palais imite-t-il un p9y3age , ou une belle créature humçiine? Il est impossible de déraisonne^r d'une manière, plus ridicule avec un ton plus doctoral ; l'auteur dit ensuite que la musique tient le dernier rang dans Vprdre de V imitation : ainsi , suivant l'aut^yi* , l'architecture imite mieux 1^ belle nature que la musique , ce qui est tout. aussi £aux que le reste , car l'architecture n'imite rien, et la musique ( d'une manière abstraite ) peut imiter les accens de la mélancolie , de la douleur , de la joie. L'auteur ajoute -ywc la musique dans son origine n'étoit peut-être destinée àreprésenter que du bruit ; on n'est point étonné que l'auteur ne r^connoisse pas , d'après les saintes écritures , que l'origine de la musique est céleste (a) ; mais il auroit dû savoir qu'elle est diâuns la nature, et c'est une des découverte^ de notre célèbre Rameau, qui a su trouver dans» la base ïbiidamentale^ le principe de rharmonie et delà mélodie, mérite in^mensedan^. ce bel aft, et que les Italiens ne lui contestent pas. Bans %^ heureuses
{a) Aussi, comme k dit ingémeui^mc9it dans ses Pensées, an ëmy^ suédois, 1^ chancelier «Oxenstiem, la musique est le .seul des plaisirs terrestres, que l'on ait osé. mettre dans le Ciel,
et profondes recherches sur ce point , il a le premier^ découvert , que tout corps sonore , lorsqu'on le frappé y rend aussitôt naturellement , par rémission' d'un seul son, les trois notes de r accord parfait j et" dans cet ordre : la tonique, la douzième et la dix-septième maj eûtes, c'est ce que Rameau appelle la trinité musicale (a).
D'Alembert prétend qu'il doit y avoir dans une république plus d'orateurs (è),d'histôriens et
(^) Kameau n'a pas étendu cette comparaison , à lacpelle nous allons donner un développenent qui nous paroit offrir quelque chose de neuf et de curieux : i» , il est singulier qu'avant la découverte de Rameau , tous les musiciens se soient accordés à appeler cet accord de la nature ^ celte trinité musicale y accord parfait; et 2<>, qu'il y eût aussi une convention universelle de commencer et de finir toute composition musicale , par ce même accord. Je suis V alpha et V oméga; 3<*!, eniin, par une règle aussi antique qu'invariable, toute dissonance en musique seroit un crime irrémissible, c'est-à-dire une faute intolérable, si l'accord parfait ne la sauvoit pas : le mot sauver est dans ce cas en musique le mot technique ; observons encore que la musique n'étant créée que pour célébrer les louanges de Dieu , cet accord parfait de la nature est toujours majeur, parce que ce ton triomphant est le seul qui puisse chanter la ^oire et exprimer les transports de la joie. L'homme dans son triste exil inventa le lugubre ton mineur.
(5) Oui, on en convient, surtout si cette république a une chainbre de députés, et si l'on appelle orateurs un prodigieux nombre de personnel , autorisées à dire tous les
( ^3 ) de philosophes, et dans une monarchie, plus de poètes, de théolpgien^ et de géoQaètrç&.L'âuteur fait, dans ce singulier jugement, l'aveu in-> direct qu'il préfère les républiques aux ;monarchies, puisqu'il, assure qu'il s'y trouve plus de philosophes^ et comme il méprise les théologiens qui, selon lui, sont en grand nombre dans les monarchies , il doit haïr cette forme de gouvernement. Cependant il nous apprend qu'on y trcmve aussi plus de géomètres\, ce qui doit tempérer son aversion; il auroit bien dû nous dire pour-quoi les géomètres fuient les républiques pour se réfugier dans les monarchies; c'est une chose qu'il est difficile de comprendre sans explication.
joiss en public , fout ce qui se préseule à leur imagiuation. On TÎToit dans une monarchie sous Louis XIV, et Ton y vit de véritables orateurs : Bossuet (que d*Alembert veiit inen,' dans ce même discours, placer à c6té de Démos- , thène), FëAélon , Bourdaione, Nicole / MassiUon, sur la fin du même temps ;. non-senlement ils pi^clièrent la Religion avec une éloquence admil»ble^ mais ils épuisèrent tous les, sujets les plus utiles sur la morale; ila* osèrent parler avec énergie contre les conquêtes et la guerre, et sous un roi conquérant; ils parlèrent avec. la même force, sur les devoirs des «souverains y sur ceux - de& pères y des enfuis ^ des époux, etc. Enfin > ils n'employèrent leurs rares talens et leur génie y qu'à miiinleair Tordre, la paix, et à faire fleurir la verlu.
tègiient daa* toutlcé dÎBèdià*» , suffii*ëierit ^dlir -le i^endre odiel^t £| toutes î^s fièrS.tiïihes qiir ont db la d fohtii'^ ; t^dtis 1^'ën cilërôhs^qtie quelques èratts : « Qri^l-qU^àbyùrde (dit Tatiteiur^) qtt'ùile •M peljgioB ptiis^e^ëti^e, (rtpfdche.'que Fitapiélé y seule peut^Ésiité àlâ'ttôtte) (éï)'^e rie ^ont ja- » mai$ les phiiô^t^hés qui lâ^étWiteént (^).
piété seule peut djare des .bla^j^hémc^. • ..,»,• , i i • ,
Yé] Ils n'oseroient ! Il&sont pour cela trop amis de Tordre,
' de la paix et de la morale ; et les événemens dont nous avons
'Àé témoins, prouvent assez <;ombien les philosophes res-
pectent la Religion ; et qui né sait pas^ qu'ils soâti intaj^ables
de l'attaquer dans leurs écijits !.. . Cependant il est de fait que
.jksi philosophes, dais Tantiquité inéirie, ^rélit •sp«»^efi|trtt«r
Tgiffdés cpniitie treihd»iga:eat): et* qu'Us > fiirent '^b<âïés ^^^^
' iRome, sons /le > gouTetfnBmeât rdoim ' et ^ mod^ ' de '^>e^a-
-sîeii;:ils 'fun^nt des seids, «emaixpie 'Ua écmaôii «modefiie
(M. iGrévieih)'^ rqhi k^'obutnâgiiuc»! d'user à leur 'égdi^d
' id'uôie /sévérité /0|ipo5ée k son rmcttaation -/U' -y >a plw': '■ 'les
einpeitetirs , ^- ohfttsùn leis philos6^68 , ni^ fmûi»m; ^dit
finétonv ,' qWB'ss^c^T^rmer h 'dandUm^neé4eis'p0nêes "éQHtre
eux. En effets dès tel %Ûo\ aviÉM'TlR^e^itlgaité , fts atdî^nt
été bannis de Rome for im déct«t du sénat , p!in>è |)^tm
les vegardo^t >commedei^diseoui»eiirs dâflj^j^euscy éapabtes
•par leurs' sophtaoies <de réipaitidre pasmi ^k j«tanesse 'des.
opinions funestes à la patrie. Ce fut sur les mèines .prin?
çipes qi|e le vieux Caton fit congédier prompteitfetit lrô%»^
Xi'àulfcur prot€^te'.qufe les encyclopédistes « sans éabale et sâiis intrigue, li^'attendent d'au- »tre récompense dé' Ifeurs soins et de* leurs ef- » forts que là, satisfaction d'avoir bieè mérité de » la j^trie («).»:' ' ' '
D'iilembert termine son discours en formant le souhait que cet ouvrage ( t^En&yclàpédie ) puisse étendre- sut *les cœurs -rempîre de la ^értii? (è)... Dans un supplément à ce discours , datts k pi^cëdû t*ôî^ièïtoe volume , i'Alembert, après avoir «prodigué de pompeux éloges à tous ses associés J ^isa\.ëfhodestement:is< Nouscroyons > pouvoir nohs appliqtrer ce mot de Crémutius » Cordirs : Kon-seulement xjin se souviendra de >> Bfu^s et dé Gc^StW,' ^n se soù^iéhérà encore P'deÂous. ji H feut! saVôit'j^^ota' sentir la^beauté ée ^étte= citation , que y pair Un ordre (du sénat toînffln; lèS'Ouvrages dé ce mêmeGEénmtîUs Cordus, forent brûlés : Ainlsi nous conviendrons que l'ap*
'Wiiratôftdearft pSâo^Pl^héi.;/ eto. [Féy.éixt'ïé même sujet le
., *^{a}^ !m.a^t€Ja4c|ienAiuiailiC«q«îilffOAt obtenu^* le^plaisir de fabe.}>eàac99P :de bniU 9' celai de ^rqdxiive>,uii^ grande réyolutioi^y ^ et enfin l'^^antage :plus solide . dje ,^ÇBer beau.coup d*argent. . * . '
(b) On sait combien les articles Population , Aristippe y \dbbé, Pjrdionisse y Genève^ etc. , et tant d'autres , sont fait^ jpovpp étendre V empire de la vertu. /...
plication de ce mot aux philosophes modernes est parfaite, cstr il est certain que l'on se souviendrai toujours des principaux encyclopédistes , ainsi que de Raberspier^ et de Marat. ^ .
L'indignation générale , après la publication du second volume , retarda de deux ans la publication du troisième. Les encyclopédistes promirent d'être plus sage^ à l'ayenir , et le Gouvernement eut la foiblesse de permettre la continuation de cette pernicieuse compâation ! D'Alembert^ dans la préface dont nous venqns de parler, assure le lecteur, que les éditeurs ne reprennent cette entreprise que parce que la nor tien a usé di{ droit qu^elle awitde V$xiger. Comme la nation n'avoit ppint ^ovs dç repi^ésen," tans , comment s'y pritr«Ue pour exiger ce prétendu droî):? L'auteur* ajoute dans cette même préface, cette phrase si humble \ nous n^ aspirions point au succès^ nous ne demandions que de ^indulgence.
Tout le mpnde sait , à quel point les encyclopédistes méprisoient les succès et la gloire ellemême; cette phrase s'accorde mal avec là citation dé Crémutius Coidus , mais ces petites inconséquences de la philosophie ne sbiit que des bagatelles ^uxjreuxde ses admirateurs.
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NOTES