TOUS A LA FOIS
Oui, parlez, parlez.
(a) Ces messieurs, dans leur commerce intime, se ptodignoient mutuellement cette épithète, comme on peut U Toir dans leurs lettres.
l'ABBi GAGLIAiri tire un fauteuil au milieu de la chambre; on fie m^pproche {)Our former uu cercle autour de lui; Tabbë prend sa perruque d'une main et gesticule de Fautre (o).
« Je suppose ,. Messieurs, celui d'entre vous » qui est le plus convaincu que le monde est » l'ouvrage du hasard, jouant aux trois dés, je » ne dis pas dans un tripot , mais dans la meil- » leure maison de Paris , et son antagoniste ame- » nant une fois, deux fois, trois fois^ quatre » fois, èhfih efôfistàiùïtièift râftê Aé siîc.
» Pour peu que le jeu dure , mon ami ï)iderot, » qui perdroit ainsi son argent,- dira sans hési- » ter, sans en douter un seul moment, les dés » sont pipés, je suis dans un coupe-gorge.
» Ah, philosophèl Xjoîm'mlerrit? parce que dix » ^ ^thitt coups de dés «ôdt soitifà 4n oothet , »' AeiEûamèifeÀ vcmsfoire|perdreîsixfraracs',votis » «èr^efc hrtÈtëttiedt <jae «^j'esl eh ^Côûsé^encte * Vi*ûi*e maneeuvte ttdMi^^ *d'«n« comànnkisbii ii ^âMifie«euse^ dHiifie ifri^ïmexfië breii tissae;'ef » en voyant dans cet Univers xrti iiof»I]ta[<e Bi|>ro* D digieux de combinaisons mille et mille fois plus D difficiles, et plus compliquées, et plus soute- » nues, etplus utiles, etc., vous ne soupçonnez pas » que les dés de la nature sont aussi pipés (i)?— »
[il) Mémoires de tdlfbë jMorèUet, pâg. t36, toin. t^', ^Conde édition «
i>lbEROT.
Vous raisonnez ; mon ami, de la manière du monde la plus piquante (a); mais il faut revenir au simple. «La véritable manière de philoso- M pher, seroft d'appliquer rentendetnent à Ven- » tendemeht , rentendemeul et ^expérience aux » sens, les sens à la nature, la nattrre à l'investi* » gation des instrumens, les instramens à la te- » cherche et à la perfection des arts, qu'on jet* » teroît au peuple pour ïui apprendre à respec« » ter la philosophie (*).» ^Pensées sut tinter^ prétation de la Nature y parlA. Didferdt.)
d'alembeat.
Cefai est très^profond.
tE BARON.
Oh! il a uiie profondeur!.. Ah ça, M. d'Âlembert, vous nous aviez promis la dernière fois de nous apporter une lettre du patriarche de Ferney.
. l>'ALii:aifiBRï'.
Il "fout vous satiisfaire; ^n void ime qui vous
(a) C<ast le jugement 4e M. Mondlct, sur ce discours.
(^) Je ne sais pas si cela peut s'appeler 'la» W/iKiè^ Mio^iito de philosopher; HMâs «e n^est certainemetit pas la ^riiablt manière deYaisomiér jwtte «t avec «l&vié.
( lOO )
égayera. (il tire une lettre de sa poche, la déploie et lit tout haut. )
rc Je VOUS demande en grâce , mon cher maître ^ » de me dire ce que c'est qu'un livre contre ces » pauvres déistes, intitulé la Religion vengée y » et dédié à M. le Dauphin, dont le premier » tome paroît déjà, et dont les autres suivront » de mois en mois , pour mieux frapper le pu- » blic.
» Savez- vous quel est ce mauvais citoyen, qui )» veut faire accroire à M. le Dauphin, que le » royaume est plein d'ennemis de la^ Religion ? M Mandez-moi le nom du coquin, je vous prie, » et le succès de son pieux libelle. Votre France » est pleine de monstres de toute espèce (a). (On rit.)
D ALEMBERT continuant. -
» Je ne conçois pas comment tous ceux qui » travaillent à V Encyclopédie ne s'assemblent » pas, et ne déclarent pas qu'ils renonceront à » tout, si on ne les soutient ; faites un corps, » Messieurs; un corps est toujours respectable.
[a) Supplément aux Œuvres de Voltaire y correspondance de d'uilembert, tom. XX de r Ouvrage , et le tome !•' de la Correspondance.
Le mauvais citoyen^ le coquin , le monstre eut bien tort , en effet, de dire que les philosophes attaquoient la Religion. .. ,
( lOi )
» Je sais bien que ni Cicéron, ni Locke n'ont 3» été obligés de soumettre leurs ouvrages aux » commis de la douane des, pensées (a). Je sais » qu'il est honteux qu'une société d'esprits su- » périeurs, quî travaille pour le bien du genre » homain 9 soit assuj^ettie à des censeurs indignes V' de yous lii:e;,Qiais ne pouve^rvous pas choisir 9 quelques reviseurs raisonnables? Ameutez- » vous, et vous, serez les maîtres; je vous parle » en républicain, notais aussi il s'agit de la répu- » blique des lettres. Moquez-vous de tout et Ji sqyez. g^is.» {Correspondance^ etc., Qieme tome, lettre 19.)
DIDEROT
Cette lettré a bien le cachet dti patriarche de Femey !.
l'aBBIÎ QAGIiIANI.
Il e$t inimitable.
d'alembeat* Voutez-vous'voir ma réponse?*
{a) Appeler les censeurs, les^ commis de lu douane des pensées !i.,. St cette phrase se trouToit dans les Lettres de Voitnre, elle y paroitroît bien ridicule. Cette expression rappelle ce passage de Bardiélemy Gracian, un ancien auteur :
« Les pensées ' partent des vastes côtes de la mémoire, ». s'embarcpent sur la mer de l'imagination, arrivent au port
( iM ) : ;
LE BAROK.
Assurément.
, . b'aleiioert.
Lav^îi^i: (H Un tout hAut.)
« La Religion vengée, n\on chtt é* illiistn^ ï> philosophe , est Fotivïage cfes aHciens maîtres >y de François Damiens (a). Quelqu'un qui Kt le M Journal de Tréç^oux rtie dit hi* que dans te >> âernieT journal vous étiez iK>mittémeiit et in- » décemment attaqué. Ci? po<?/^, dit-on, quis'ap^ » pelle Vami des hommes , et qui est f ennemi ?> du Dieu que nous adorons {V). Voilà comme
9 de resq^ritpow être enregistrées àl» douane^ âfi r^i^tei^de-r » ment. »
(a) C'est ainsi qu'il désignoit les jésuites , parce que Damiens servit quelques moiB< d&n& leur maison ; la calomnie est aussi absurde qu'elle est atroce ; mais il est bien ccr-tain , }>ien avéré , que les régicides de 98 étoient des disciples pas^ sionnés de la philosophie moderne*' Au reste, cet acharnement inouï contre les jésuites , prouve combien i)s étoient utiles à la Religion , par leur talent et par l'éducation qu'ils donnoient à la jeunesse.
(6) Con^çoi^on qu^m^se plaigne sémeus^iment i» c/^tti) accusstidn, qvaad oehâ ^cn ^ l!Qbi«l n$ s'qçcu^ 4a^ tonte sa CQorsespondïiiMK > (|iie défi i«^y<9na de délWv%M>Svligion et toute religion., qu'il ne dovne àû opn8eîls:qwB vfih^ • tiveoient à ce projet^ «t qu41 leraÎB^ lottle» itt» <le^es pai* X^ exécrable blasjf^me?
( io3 ) M ils vous habillent , et vqîU çç qnç M. de Maies- » herbtSj le protecteur déclaré de toute la ca- » naille littéraire, laisse, imprimer avec appro- » bation et privilège.
Il w% vfai qm^ ce pfoieéAé ^t |i^aq««.
DUCLOS
Mais, pas trop dans les principes du gouver* uement
^S BARON
O^f,^ d'u». gouvernement imJ^éçiUe*
l'abbé OA&i.IA]II.
Comme tous les gouvernemens actuels qui vieillissent dans les idées gothiques , au milieu d'une régénération qui fermente; mais écoutons notre ingénieux lecteur.
» J'ai donné àThinot le peu (|'ai^ç4olM»s quç jç o savois sur les différens personnages dont vous j) me parlez. J'y ajoute (a).... (Tout k monde rit aux éclats. )
^) NouB lab&OB» va um tecwi^y wm ^'^ ^ in^s^ siUe qu'une plume dëse^le pui««il f»v>m \^ H#mf m^- 4otes, les oalomuies o!isoènç« «t mi^fê, q^ ^ ^?l^^t 4«DS c«tte lettue.
{Cm^^fi^^^:i *W/ ??:> i«**y^ '5- )
(io4)
d'aleMBERT continuant.
» Je VOUS remercie de m'avoir envoyé votre » charmante épître sur Tagriculture , qui ne parle » guères d'agriculture, et qui n'en vaut que y> mieux; des gens de votre connoissance, qui » ne sont pas descendus à!' Israël y car ils servent p et Baal et le Dieu d^ Israël , l'ont trouvée si » bonne qu'ils ont voulu la lire à la Reine; mais » il y avoit deux vers, mal sonnans et offensans » les oreilles pieuses ^ qu'il a fallu corriger pour » mettre votre épître en habits décens , et pour » la rendre propre à être portée aux pieds du » trône, et croiriez-vous que c'est moi qui ai fait » cette correction? Mais cela est encore trop bon » pour Versailles (a).
» Oui , en vérité, mon cher maître , noire théà- » tre est à la glace , vos pièces seules ont du mou- » vement et de l'intérêt, et, ce qui vaut bien cela, » de la philosophie {b). Corneille disserte , Ra- » cine converse et vous nous remuez (c).
{a) Correspondance y toin. XX, lettre 84*, « {b) Cest-à- dire beaucoup de traits contre la Religion et ks prêtres.
(c) Cinna, Rodogune, le Cid, lesHoraces, Pofyeucte/ etc. y ne contiennent que de froides dissertations !. . . • On ne trouye dans AÛialiCy dans Bajazet^ Andromaque, Britannicus y Phèdre^ IphigéniCy que de froides conversations !.... Ou n'a jamais poussé plus loin l'adulatioB et l'injustioe.
( io5) » Savez-vous que les Pandours ne laissent pas 9 de faire encore quelques incursions par-ci, par- » là sur nos terres. Un curé de Saint-Herbland » de Rouen, nommé Leroi, qui prêche à Saint- » Eustache^ vous a- honoré , il y a environ p quinze jçurs, d'une sortie apostolique, dans » laquelle il a prisia liberté de vous mettre en » accolade aisec Bayle. BToubliez pas cet hony nête homme à la première bonne digestion » que vous aurez; son sermon mérite qu'il soit » recommandé. au prône. (On' rit.) En voilà «issez » sur les sots et les sottises (a)... »
PUCLOS.
Pardon , si je vous interromps , mais cela est aussi trop fort.
d'alembbut.
Comment?
DUGLOS.
Que diable, pourquoi cette colère contre ce prêtre; vous raffolez tous de Bayle; vous le prônez sans cesse; aànsit accolade 4ont vous parlez n'est nullement injurieuse.
Ces passages se trouTent dans la Correspondance, t. XX , lettre 94. .
(a) Correspondance ,iiom. XX, lettre 99.
( io6 )
MoÉn cher I>ados , sey«B sûi^ qu*il esè toojeur»^ utile de dauber la prétraille (%). (On th. )
DUGLpS.
Oui y x^ais rii],cousé(}meiicç..* Laissez-te donc achever sa joKe tettre.
Oui , ovu , et ne l'uiteiTQqi^pes^ pji^.