‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 12 sur 32 · B/ALEMBERT · texte numérisé non relu

B/ALEMBERT

Ne gênons point la tibeité.

l'abbé GAGlilAm.

On la gêne beaucoup, en nous empêchant de vous écouler.

d'alembbrt.

• Alors donc , je poursuis.

» Savez vous ce que dit Astruc ? Ce ne sont » point des jansênifées qui l^usnt les Msuites , c^est » PEncyçhpédie^ morbteu^ e^est PEneyehpédieî ^ Il pQUTFoii bien e^ être quelcpie chose , et ce V maroufle d' Astruc est comme Pasquin^ U parle ;»> quelquefois amassez bon sens. (Rire général. ) » Pouç moi, qwi voisi tewt w W WQffi^t çpvlçur ?» de rose , je vois d'ici les jansénistes iqtNuaBt » l'année prochaine de leur Joëlle mOTt; je i^ois'

« la toléi?aiMîç s'étaJî)lir , le$ prêtres mariés , la 9 CQnles^cdi» al^oUç , et W faiïatisinQ éOîasé (a)*

l'abbé gagliani.

Brayo, bravo.

OJDEROT.

Excellent.

p'ai^emb^iit poursuivait

n Areztf.yçus entendu parler d'une nouvelle » feuille périodique intitulée : la Renommée tiê* » tércUre , ou an dit que vous êtes assez maltraité? » Que de eh«RiHes qui rongent la littérature ! » Oti dît que l'auteur de cetle in&mie est un » oeortaii^ Lebrun y à qui vous av^z. eu la bonté » d'iécrire*UBe lettre de remerdement sur une » mauvaise ode qu'il vous avoit adressée (â). Laisr ». sonjfrtlà. toutes ces vilenies et ditesrmoi où vous » en rkea de. Corneille (0).

ik Pennettez-nu>i 9 mon cher et illustre mair i> tre y d^ajouter^ quelques ii^âeiLion^ bonpes

(4t) On wt qRe fonA U.p]»iae df» pbU9@9p]»ea,y«vfâ^

Ce ps^age se t|*Qi:^ye 4^3 4? Correspondance , tom^ XX, lettre 100,

(6) C est ce même Lebrun qui depuis,.,

les EiMiyoWp^t«&» P9f 4«^ ii^«#AÇ^ çt c]^ /3l#i^tefies, tfouvèrent le moyen de le^oti^iig^ei;.

(c) Correspondance^ tpn^» JtlJi, iet^e i3i

( io8 )

» OU mauvaises à celles que je vous ai déjà faites. » Les juifs , cette canaille bête et féroce (i)j les » juifs, les chrétiens, rabins et sorbonistes,tous » ces polissons consentent à se partager entre M eux sur quelques sottises *^ mais tous crient de » concert haro sur le premier qui osera se mo- » quer des sottises , sur lesquelles ils s'accor- » dent (a). Mon avis seroit donc de faire à ces » pauvf es chrétiens beaucoup de politesses , de » leur dire qu'ils ont raison ^ et qu'il est impos* ]» sible que tout le monde ne finisse pas par pei>* » ser comme eux ; mais qu'attendu la vanité et l'o- » piniâtrçté humaine , il est bon deipeiinettre à » chacun dépenser ce qu'il voudra, et qU/'ils » aurontbientotleplaisir.de voir tout le monde 3^ de leur avis ; qu'à la vérité il s'en damnera » bien quelques-uns en chemin jusqu'au mo«* » ment marqué.... (b) pour cette, réunion et con- » viction tuiiverselle ,. mais, qu'il faut sacrifier » quelques passagers pour amener* tout le reste M à bon port. ( On rit. ) Voilà mon cher et grand » philosophe, sauf votre meilleur avis, comment » je voudrois plaider notre cause commune; je »^ra vaille, en mon petit particulier et selon mon,

(a) On Toit Vinjustibe calomnieuse de ceux qui osoknj^ accuser ces messieurs d'irséfigion.

(6) On supprime ici on blaspliéme^

( 109 ) » petit esprit, à donner de la considération au ^ petit troupeau; je viens de: faire entrer dans » Tacadémie de Berlin Heli^étius.

» Vous avez, écrit une lettre charmante au ti prince Louis, qui en est ravi et la montre à » tout le monde , et en vérité il mérite ce que » vous lui dites par la manière dont il traite les » gens de lettres (a).

» Vous ne voulez donc pas, mon cher et illustre M maître être l'auteur de cette abomination al- » phabétique qui court le monde, au grand » scandale des Garasse de notre siècle (A)? Vous » avez assurément bien raison de ne vouloir » pas être soupçonné de cette production d'en- » fer (c) , pour nloi j'y ai reconnu au moins » quatre mains : celle de Belzébuthy ^Astaroth^ » de Lucifer et diJismodée j après tout ; puisi) qu'il faut bien trois paus^res chrétiens , pour » faire le Journal chrétien , ( car ils sont tout

(a) Cest-à-dire les philosophes.

Cofrespondance ^ tom. XX, lettre i3i.

(p) Son Dictionnaire philosophique , qu'il aaroit dû tonjours désarouer, non-seulement pour Tintérét de son caractère, mais aussi pour celni de sa gloire, littéraire; car ce livre infâme est à tons égards le plus mauTais et le pins plat qu'on ait jamais faiL

{c) Remarquons en passant, qxie. soupçonner d'une production, n'est pas français.

( itù )

* ààtant à cette éditante besogne \ je lïe vois pas t> pourquoi il ftfudlroit moins de trois ou ^iA!re »> pauifres diables j pour faiï*ettn dictiônhail*e dîa« ^ bolique {a). (On rit ««c éclats. )

n'ALEMBBRt , continuant;

» Je ne m'aperçois pas que cette abomination » alphabétique cause autant de scandale que vou;i » l'imaginez ; les pédans à grands rabats (^) j les 9 seuls à craindre dans cette circonstance, sont 9 allés voir leurs confrères les dindons (c) , et » quand ils reviendront de leurs chaumières , le » mal sera trop vieux pour s'en occuper, ils » n'ont rien dit à Saûl (d).

2» AdieU) mon cher et illustre confrère, vous » me comblez de dalâsfaction y par tout ee que >» vous me dîtes de mon oiirrage. Je le recom'* » mande à votre protection , et je «crois qu'en 9 effet il pourra être utile à la cause , commune ^ » et que la superstition, avec toutes les révérences

(a) Correspondance, tdm. XX, kttk« «44.

{b) LeB magistrats du parlèmâlU.

>(o} ToUftinre ilobk m dâi^te <pii sigfBifië cpet'ih sont ^rlAs pôor la leaiiiiyagiie.

(d) 'Pièce en prose de M. de Voltaire, àossi mânyaise qu'impie.

lettre 145*

(tu)

» que je fais semblant de lai faire , ne s'en trou-' » vera pas mieux. Si j'étois comme tou^ assez » loin de Paris , pour lui donner des coiqps de » bâton y assurément ce seroit de tout mon » cœur y de tout mon esprit et de toutes mes far^ Ta ces.... (a) ; mais je ne suis posté que pour lui » donner des croquigncdes , en lui demandant » pardon de la liberté ^grande , et il me semble » que je ne m'en suis pas mal acquitté {b). » (Rire* prolongés. ) i

b'aleMBERT poursuivant.

3» Adieu, mon chertnaâtre, moquez- vous tou- » jours de tout; car il n'y a que cela de bon (c). » l'abbj^ mobellet.

Voilà des lettres ravissantes.

BIDEROT.

On y trouve de tout; une grande profondeur de philosophie , et la gaieté la plus piquante. l'abbé gagliant.

Des mots ^dignes dépasser en |iroverbes. b'axibmbeiit.

il &nt ^server qàe tohoft cek e»t écrit d'un tnut de pffOitie.

(a) On supprime ici un blasphème.

{b) Correspondance^ tom. XX, lettre i^i.

(c) Correspondance itom. XX, lettre i5j.

(lia)

LE BAROir.

Oh ! oui^d'inspiration^on le sent. Ah ça , Messieurs , je vous préviens , que j'aurai l'honneur de vous présenter, dans quinze jours, un de mes anciens amis, le marquis de *** ; c'est une conquête à faire*

DUCLOS

Elle sera difficile ; on dit qu'il est dévot.

d'alembert.

Dévot!.... A-l-il de l'esprit?

LE BARON

Il en a beaucoup ; il a fait d'excellentes études. d'alembert.

C'est donc un hypocrite; il est impossible aujourd'hui qu''un homme d'esprit soit dévot.

DUCLOS

Ma foi, je suis moins incrédule sur les dévots; à quoi pourroit mener l'hypocrisie ; cela étoit bon dans le siècle dernier ^ mais de nos jours....

LE BARON

Je vous assure qu'il est de bonne foi.: Ses opinions tiennent du cercle où il a vécu ; c'est un homme qui a été bercé avec tous les préjugés de famille , toutes les idées chevaleresques d'amitié, de fidélité aux vieux principes.

( ii3)

l'abbé GAGLIAiri.

iS'U y a du grandiose dans son caractère , nduâ viendrons à bout de l'éclairer ; nous lui ferons haïr la servitude et chérir la philosophie tbU'' jours noble et tolérante.

DUCLOS

En général y méfiez-vous des gens de la Cour^ ils ont plus de finesse que Vous ne pensez.

d'alembeat.

Bah ! avec des éloges on en fait ce qu'on veut.

BUCLOS.

le sais bien que c'est ainsi que vous avez capté le bon chevalier de Jaucourt ; mais il y en a de plus rétifs.

d'alembert. •

Le fait est qu'il faut cacher à ces Messieurs les grands desseins et l'étendue de notre plan. L'esprit superficiel et léger des courtisans seroit incapable de comprendre, de sonder, et d'approfondir ces idées véritablement hardies; on ne peut même fronder devant eux le gouvernement ( et encore jusqu'à un certain point ), que lorqu'on sait qu'ils sontmécôntens du Roi ou des ministres ; mais on leur inâpire assez facilement le mépris de la superstition.

JDUCLOS.

Fort bien ,. mais ne vous y trompez-pas : ils ne veulent point du tout la destruction du culte etde la Religion ;dès qu'ils sont dans leurs terres, ils vont à la messe avec la régularité la plus édi-fiante.

d'alembert.

Sans doute , afin de ne pas perdre ^habitude de la fausseté, et pour ne pas se rouiller loin de Versailles.

L'ABBi MOBELUST.

A propos des gens de la Cour, que pensezrvous, Messieurs, de l'ouvrage du chevalier de Ghas^ telux?

d'àLEMBEBT (en souriant).

La Félicité publique? mais nous pensons que c'est un chef'd^œui^e.

l'abbé morellst.

L'auteur n'est pas ici; nous ne sommes qu^eritre nous : parlons sérieusement.

DIBEROT.

Eh bien, cela manque de chaleur, cela n'a ni plan, ni but; cependant on y trouve quelques idées philosophiques.

d'albhbebt.

Oui, oui^ l'auteur mérite d'être encouragé.

(ii5)

DIDBROT.

Ses intentions sont bonnes ^ mais scm style manque d'éclat, et ses pensées de profondeur!... Il est si difficile de bien écrire! ce On a une idée » juste de la cbose , elle est présente à la mé- 3» moire ; cbercbe-t-on l'expression , on ne la 2> trouve pas. On combine les mots de graye et » d'aigu^ de prompt et de lent, de doux et de » fort; mais le réseau, toujours trop lâche, ne

» retient rien Un musicien saisira le cri de

i> la nature, lorsqu'il se produit violent et inarti-* » culé; il en fera la base de sa mélodie ; c'est sur » les cordes de cette mélodie^ qu'il fera gronder la » foudre, etc , etc., etc (a).

C'est raisonner en homme qui a lotig-temp^r médité sur l'art d'écrire.

b'alembert.

Et qui sait joindre lexemple au précepte.

LE BAROir.

Le chevalier de Ghastelux est aimé dans le monde. On lui reproche de faire^ dans la i^tir versation , nn tisage trop fréqucfttt ûes pointes et

(a) Fils naturel de Diderot U est inutile d'iiuister sur le ridictde visible d'un tel galimathias.

Digitiz.ed by VjOOQIC

( ii6 ) ■

des calembourgs ; mais il a de la politesse , de la grâce; il plaît aux femmes; il a des mœurs douces

DIDEROT

Tant pis : les passions sobres font les hommes

communs (a) C'est le comble de la folie y que

de se proposer la ruine des passions (b)^.^..' l'abbé gagliàki.

Oui, comme le dit fort bien Fauteur de P^^prit (c) : ce Loin de nous tous ces pédans épris » d^une fausse idée de perfection. Rien de plus » dangereux dans un État , que tous ces mora- » listes déclamateurs et sans esprit , qui, concen- » très dans une petite sphère d'idées, répètent » continuellement ce qu'ils ont entendu dire à » leurs mies, recommandent sans cesse la mo- D dération des désirs, et veulent ^ en tous les

(a) «Passons, dit M. de La Harpe, sur l'expression sobre » que Fantear Oroit neuTe, ef qui n'est que forcée. Il est faux » que les passions modérées (comme l'auteur vouloit et de- » voit dire) fassent toujours des hommes communs. Aris- » tide, Marc-Aurâe, Phocion étoiéht trè»-modérés dans » leurs passions', très-sobres dans tous les sens pour répéter » le terme de l'auteur : étoient-ce des hommes communs? » et combien j'en pourrois citer d'autres ! » ( Cours de Idt" térature, )

(^) Pensées philosophiques de Diderot^

{c) Helvëtius.

( ÏI7 ) > cœurs , anéantir les passions. Le Sentiment est ^ l'âme des passions. Or, le. sentiment n'est point » libre ; ce n'est point parce qU'onie veut , qu'on » aime ou qu'on hait ; il ne peut donc être çri- » minel (a). »,

DUCLOS

Eh bien, Messieurs, je trouve que c'est aller trop loin. Certes, Fénélon, Corneille n'étoient pas des hommes communs; ils avoient assuré«ment des passions très'Sobres (b).

d'alembert.

Les écrits philosophiques ont exalté toutes les grandes imaginations , et c'est un bien qui doit produire des actions éclatantes, de nouveaux ch«fs- d'oeuvre littéraires , et d'utiles réformes dans la politique et dans le corps social. Le génie François commençoit à s'éteindre^ il falloit le ranimer; on n'acquiert point d'ascendant pax la douceur sur une nation usée ; on ne l'entraîne

{a) De lesprit

(S) Dans ces deraiers tempa on. 4 Vu en AUemagpRe U]^« secte d'illuminés y qui avoit pris ces mots pour devise : Rien par raison y tout par passion, H est résulté de cet engagement ce qu'on devoit en attendre , des suicides et une horrible dépravation de mœurs. L'article f?a^^{o/i dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, est exécrable; son obscénité et sQu, infamie sont teDe$ , qu'il est impossible d^en mn citer.

(ii8)

que par la forée; celle des passions est la plus pui^aute de toutes, puisqu'elle est puisée dans la nutiire. Lacssof» donc agir la philosophie; elle ne p^ût alarmer que ceux qcii manquent do prévoyance et de profondeur.

DUCLQS se levant brusquement , et prenant $on chapeau pour s'en aller^

Messieurs , j^ai l'honneur de vous^oufaaitQr le bon soir. (H dit à part en s'en i^lant. ) Ils en feront tant qu'ils me rendront dévot !... (a) ( Il sort préci* pitanunent. )

p'alesibert.

Quel or^iu^î

JWBJçaoT.

Je vous l'ai topu|Qurs dit , c'est u^ eaprit très* dangereux;^

. Il: a de la franchise.

pinEROT.

C'est-à-dire que par fois il a de la brutalité.

l'abbé IKTORELLET.

11 a bien peint les courtisans dans ses^ Consi-déraUms sur les mçsurs (&).

(«) Propres paroles de Duolos.

^6J C^t tout k ^utraire. l) n'^^voît jamais connu la Cour,^

("9) d'alembert.

Fort bien , mais on peut lui reprocher quelques petits ménagemens inutiles pour certains préjugés : en tout , il n'est pas franc du collier, ^n regarde à la pendule. } Que vois-je? Il est six heures passées! J'avois promis à mademoiselle d'Espinasse d'être chez elle à cinq heures; comme le temps passe ici !

LE BARON

C'est VOUS qui l'abrégez ; mais il passera plus vite encore pour vous où vous^allez.

d'alembert.

Adieu, Messieurs; à demain ches^Madame Geof-

m yëcu dans le grand monde , et ses tableaux, dans ce genre, manquent absolument de vérité, et sont d'un mauvais ton'; mais, dans le reste de Touvrage, on trouve, au milieu de quelques erreurs, des remarques judicieuses et beaucoup d*esprit et de finesse ; enfin , on ne peut hii reprocher les galîmathias de Diderot, les principes odieux d'Helvétîus, la pédanterie de d'Alembert , son acharnement contre la Bcligion , et les grossièretés en tous genres , et les calomnies qui ont tant de fois souillé la plume de Voltaire.

NOTES

pu CHAPITRE Vr,

(i,) M. de YpHaire , dans ses letfiies à d'Aleinbert, montre un profond chagrin Sttr quelques articles: de IJSncjrclqpédiei, qui sont raisonnables, parce qu'ils ont été fûts dans les commencemens de l'entreprise par deux ou trois hommes es-, timables qui écriToient de bonxie -foi; oes articles ont été philosophiquement corrigés par les renvois imaginés par Diderot, et dont nous avons déjà expliqué l'artifice dans les chapitres précédens. Le mot athéisme fut ainsi corrigé, mo^ difié et détruit par le sljratagème des renvois. L'article étoi^ bon ; le voici :

«cLe mpuvement n'étant pas essentiel à la matière , et la » matière n'ayant pi^ se le donner à elle-même, il s'ensuit y> qu'il y a quelque autre substance que la matière , et qa.e » cette substance n'est pas un corps... Le mouvement n'étant -» pas de l'essence de la matière , il faut nécessairement qu elle Tif l'ait reçu d'ailleurs. Elle ne peut l'avoir reçu du néant , car » le néant ne peut agir. Il y a donc une autre cause qui a » imprimé le mouvement à la matière , qui ne peut être ni » matière, ni corps; c'est ce que nous appelons esprit... Si ? le monde s'étoit formé par le seul mouvement de la ma-r. ^ .tière, pourquoi se seroit-cllc si é^nisée d^s ses çomme^.

( lai )

» eemens , qu'eHe ne puisse plus et n'ait pu depuis plusieiirs « siècles former des astres nouveaux ? Pourquoi ne produi- » roit-elle pas tous les jours des anisiaux et des hommes » par d'autres voies que par celles de la génération, si .elle B en a produit autrefois? Il faut donc croire qu'une. cause » intellîçcnte et toute-puissante a formé , dès le commence- ^ ment , cet Univers en cet état de perfection où nous le » voyons aujourd'hui. On fait voir aussi qu'il y a du des^ » sein dans Ta cause qui a produit l'Univers ; c'est la der- » nière des absurdités de croire et de dire que l'œil n'a^ pas » été fait pour voir, ni l'oreille pour entendre. Il faut, dans • ce malheureux système , réformer le langage le plus .rai*- « sonnable et le mieux établi , afin de ne pas admettra de i connoissance et d'intelligence dans le premier auteur du « monde et des créatures. Il n'est pas moins absurde de » croire que si les premiers hommes sont sortis de la terre ^ » ik aient reçu partout la même %ure de corps- et les mêmes » traits, sans que l'un ait eu une partie plus que l'autre; » ou dans une autre situation. Mais c'est parler conformé- » ment à la raison ' et à Texpéricftice , de dire que le genre » humain soit sorti d'un même moule , et qu'il a été fait d'un » même sang. »

Si l^on admet un Dieu, on ne peut se le représenter que sous les traits augustes qui conviennent au souverain absolu, an créateur de tout ce qui existe. . Source étemelle de la justice et de la vérité , Dieu ne peut nous tromper, et tous ses décrets doivent être équitables. Ces notions si naturelles, me suffiroient seules pour me convaincre de l'immortalité dis rame. En lisant l'histoire, en jetant les yeux sur la terre « je vois souvent le crime impuni , le vice triomphant, l'innocence opprimée etla vertu malheureuse. Je sais que l'homme ^^çiçux ne goAtera jamais le bonheni: et le repos ; mais [\

( laa )

peut à ioroe àé eoiruptièn , s'endorcir contre ks remords , obtenir des succès éelatans, ^t s'enirrer dfune £iusse gkure. Je sais que Ytiomase Teitueux trouvera t<nijoiui!S'd^ consolations au tond de «on âme; eepeikdant s'il «st persécuté, calomnié, s'il perd les otjets de son aifeedon, si la misère eC ieê maladies se joignent è tanft de in^ux ^ je le toîb piérir victime infortunée d*un sort slfunieste* ^Pais^je croire alon que la justice étemelle ne lui tiendra compte, ni de ses sacrifices ▼evtueux , ni de sa résignation ^ ni de ses so«£franccs ? et qu*8H près cette -vie dëplovable , le créateur r^lbnuera dans le néant «et être malheureux? Pnis-je croire que 'le aeâérai auqudL tout a prospéré, l'usurpateur heureux, tCronvwel , par exemple, l'assassin de son roi, n'ait eu après la moit qu'un destin semblable à celui du monarque infortuné qu'il conduisit sur réchafawl? Comment concilier avec cet affreux système , l'idée d^un Dieu , d'un être souverainement équitable? « Dieuydit M. » l'abbé Gauchat, Dieu peut abandonner les siens poiH un » temps ; cette épreuve passagère devient un préoîeux avan- » tage; mab il laut enfin qu'il les justifie, qu'il les venge, » qu'il -les couronne. Cetlb protection est esséntii^enimKt ren- » lefmée dans Fidée de la justice. Ainsi, nier rinunortalité » de l'âme , c'est nier les perfections de l'Êtrc-nSuprême , c'est » anéantir sa loi ;... Ater à Dieu l'attribut essentiel d^être la p source, la règle du bien, l'ennemi du mal, c'est le dé- « «nûrt... Dieu est la Térité et la puissance; àea promesses » et ses menaeésBoflt réelles; la oonsbience qai les expiinie p est vraie; ainsi, lumières, a!ltraits, remords, tout ce qui y» nous annonce sa loi, annonce l^inuiiertalild.

(2) On a tant déclamé sur Yùmtilàé et sur ï oisiveté des prêtres , que smrvèbt les meilkurs esprits, par -habitude et sans iréflesdon , répètent qn^lques-^snes de ces phrases. Xe Voyage 4'Mspagne de l'imp artial et védique M. de Bourgoing , offre

mie plaisante distraction de ce genre. En parlant de la fa« mense chartreuse de Xérès, à la vue dé Cadix, il dit que ces religieux donnent à trente pauvres enfans heur première éduc€ition, et qu'en outre ils donnent aussi un asiîe à douze pauvres ' vieiHards infirmes , qu'ils nourrissent , qu'ils servent et quHls soignent d'aune manière toudhante ; ce qui^ ajoute M. de Bourgoing , doit > leur faire pardonner leur pieuse oisiveté. Tous les jours' servir et soigner douse vieil* kads, instruire trente enjhns, est une vie assez bien employée , et qu'il est plaisant d'appeler une pieuse oisiveté.

D'où Tient oette animosité contre les ecclésiastiques? Depuis yingt-cinq ans ils sont martyrs ou dépouillés !... QuAod ils eurent des richesses et de la considération, le culte religieux aToit de l'éclat et de la majesté ; les pauvres étoient 9otdagés ; les hôpitaux mieux administrés ; le peuple et les viHageois contenus , instruits de leurs devoirs ; l'éducation ptibfiqne fondée sur d'excellentes bases ; la jeunesse docile et modeste , et la nation florissante ; il y avoit alors une mo~ ,wle naiforme, .non-«enlement bonne , mais sublime ; e'étoit D^Ue de TÉv^ogite. -Quand leur influence a diminué, tons les Heç^ ^K^îaux se sont velàdhés > quand la haine et le mépris ont j(ein]^é l^ire^Qot et l'estime qu'on :avoit pour eux, on ;9^^»Bv^rsé Jes ajftl^ et les ^ne&, et cm a couveift la France 4'^baffLndsl,.. Les eeclésUstîqnes ont eu de grands biens, vm» «ien ii!a JA»i4s été plus pur et plus vespectabk que l'o^ 4^n« i» oes ffiwluAts., don^ au T«ste» on a foxft exagéré Ifét«n^; i)s4cvQimt teurs richesses aux dons partîeulieffs de h |Niété,^l à leur ^s^yail» à des d4fi»oliemens 4e ievrains in-

« Q^l^ 1^ ^M* et vu^^ 4^^ 9 dit 9 en parlant d'eux, un % célèbvelM5torm(a)» ils ne 8^lassQ»^t point de répare? ka

(a^ M. OaiUard, Histoire de François /"',

( ia4 ) >» ravages que des brigands guerriers ne se lassoient poii^t » d'exercer: Les champs qae.le démpu û,e la destruction V€h » noit de parcourir la flamme à la n^ain , renaissoient et fmo- » tifioient par (es efforts du zèle et de la charité. Tandis qu« » les soldats pilloient et brûloient , les religiei^ défrichoient ; » par eux, les, la^des prodnisoient , le sable d^yenoit fertile ; » les m$trais se cbangeoient en jardins, les eaux mprtes et crou^ - » pissantes en canaux , vivifiant les déserts, qui se couvroient » de bâtimens nécessaires à la culture; le travail é^pit pour » les moines le fruit du travail pour 1^ pai^vr^s* Ces ri- » chesses arrachées 4 la terre dans ces temps de calamités » publiques , la charité les répandoit d^ns le sein des mal- » heureux ; on rendoit la liberté au prisonnier , on assuroit » la subsistance à Tinfi^me , des soulagemens à la veuve, des » secours à l'orphelin ; on nourrissoit jusqu'au barbare , dont » les bras énervés par Tige n'avoient plus 1^ force de dé- » truire ; la charité se vengeoit de la fî^'e^^ p^ des bienj^ » faits. ».

^ Dans aucune autre classe , on n'a fait de la fortune un usage plus humain et plus utile. Lorsque jadis on voyageoit en France , on reconnoissoit à l'instant, par la beauté de la culture , la propreté des chaumières et Faisancé des paysans^ que l'on étoit sur les terres d'une abbaye. Leur état leur interdisoit l'usage des brillantes superfluités d'un luxe rui*neux; et, en même temps, il leur prescrivoit de^ aumônes que les moins charitables parmi eux ne pouvoient se dispenser de distrib|ier; et, dans les besoins de l'État, on trouvoit en eux de grandes ressources, par les dons gpùeUii^ les plus magnifiques.. Les religieux delà Trappe, au nombre de cent vingt, n'avoient que trente mille livres de rente, et, avec ce revenu, ils achetoient tous les ans pour mille écus 4e M^i qu'Os distribuoient aux pauvres de la campague \ ei\

ottCre , lis entretenoient des familles entières izni les TiUag^ voisins , et ils recevoient plus de quatre mille hàtea par an^ Si, parmi ces voyageurs, il y en avoit de malades, on les gardoit tout le temps de leur maladie, et Ton donnoîtde l'argent à ceux qui n'en avoient pas assez pour continuer* leur route.

'Comment avec un tel revenu, une maison de cent vingt

personnes pouvoif-elle faire ces immenses charités ? Cest que

tous ces religieux cultivoient eux-mêmes leurs terres , leurs

bois y leurs jardins ; qu'ils ne mangeoienf que des légumes

à l'eau, ne buvoient point de vin; n'avoieAt pour foute

chaussure ordinaire qiïe des sabots ; pour vétemens, que des

robes de laine, qui duroîent quatre ans^; pour meuble,

qu'une paillasse , etc. Malgré le malheureux succès de tant

de calomnies atroces répandues pendant près d*un siècle

contre les prêtres, il n'en est pas moins vrai que nous leur

devons tout. Ce sont eux qui , pair l'instruction évangélique,

ont formé la véritable civilisation , qui n'est autre chose qu*e

la perfection des idées morales. Ce sont eux qui ont défriché^

des terrains immenses , et donné les premiers d'utiles leçons

d'agriculture. Ce fut une société de frères réunis sous le nom

de Frères des Ponts , qui éleva en France les premiers ponts

d'une solide et savante construction.

La plus grande partie de nos hôpitaux a été fondée par des prêtres , ainsi qu'un grand nombre de manufactures. La littérature , les sciences et les arts leur ont les mêmes obligations. Ce sont des ecclésiastiques , qtd , par les plus Iabo-« rieuses et les plus savantes recherches , ont seuls débrouillé le chaos de l'histoire. Ce sdnt des prêtres missionnaires qui nous ont fait jouir des plus précieuses richesses des autres parties du monde , de la soie , du quinquina , de la cocbemlle et d'une infinité de plantes bienfaisantes. Que ne doi^

DigitizédbyCjOOÇlC

(ia6)

irent pas aux. périlleux voyages des nussionnaires , la botanique, la géographie et l'histoire naturelle? Que ne leur a pas dû rëducatioa publique et même les éducations particulières , dont les prêtres étoient presque toujourô chargés ? Ce sont encore eux qui ont rapporté de la Grèce et de l'Asie, les plus précieux manuscrits y en nous conservant , malgré la guerre et le pillage , tous eeux que nous possédions » et qui , dans tous les temps, ont rétabli les études et les lettres tombées en décadence , et même en oubli. La littérature n'a jamais dû sa renaissance qu'aux ecclésiastiques^ Dans le ix« sièele, sous Charlemagne et Louis-le-Dék>unaire , oa ne voit de science que parmi les prêtres.

Dans le x« siècle , surnommé le siècle de/er^ oi les Hou-" grois, les Normands et les Sarrasins inondèrent et ravagée rent la France ; on la barbarie anéantit les monum^is du génie ; où les monastères furent pillés et abandonnés^ on ne vit que des désordres , des répudiations , des mariages cassés. Quelques religieux conservoient seuls le dépôt sacré de la morale^ et celui des livres dérobés à la fureur des Barbares : Hervé , archevêque de Reims , Albon , abbé de Fleury, et quelques autres. Mais dans ce même siècle parut un pbé» nomène I Gerbert , ecclésiastique qui avoit été en Espagne ^ en rapporta des manuscrits rares qu'il tenoit des Sarrasins. Ce fut lui qui introduisit en Frauee les chiffres arabes ou in-^ diens que les Sarraatis lui avoient fait connoitre. Gerbert étoit mathématicien et mécanicien ; ce fut encore lui quicons-* truisitla première horloge à touesi II lut archevêque de Reims, puis de Ravenne, et enfin pape sous le nom de Silvestre II. Il eut un illustre disciple , le roi Robert , auquel il inspira Tamonr de la vertu et le goût des lettres.

Au x»« siècle , un célèbre théologien , Pierre Lombard , se fit une prodigieuse réputation par le livre fameux qui lui

( la; )

a mérité le nom 4« maitre des sentences. On regarde PierM Lombard comme le yrai fondateur de Pimiyerftité de Paris* Alcuin y sous Cbarlemagne , n'avoit fondé <ïue des écoles particulières : d'illustres prélats furent dans ce siècle les plus ardens protecteurs des lettres et des arts. A cet|e ^«qua, de yastes. édifices , de gtandes élises s'élevèrent de toutes parts dans la capitale et dans les proirinces. Pour les bâtir et pour les décorer , on vit renaître , à la voix de la Religion y tons les arts à la fois ^ Tarchiteoture, la sculpture , la peinture ^ rorfévrerÎ6« Dans oe temps, ces arts étoient exaxiéa par des ecclésiastiques. L'architecte d*un pont bâti sur la Saône , en io5o , fut Tardievèque de Lyon. Des religieux pienoient le titre de maitres^maçons ; d'autres , comme nous l'avons déjà dit, celui de Frères des Ponts : un évéque d*Auxerre destina trois prébendes de sa cathédrale pour un peintre, pour un vitri^, pour, un .orfèvre (a). Enfin ^ dam ceménve siècle, Tabbé Suger, grand homme d'État, ministre intègre , ecclésiastique vertueux, écrivoit ses ouvragée historiques, faisoit de grand^ fondations : Saint-Bernard composoit ses éloquentes oeuvres saerées; plusieurs prêtres coltiroiest avec succès la poésie latine jt et un moine , nommé Geoffiroi, donnoit aux nations modernes la première idée du théâtre y par les tragédies pieuse^ de sa composition, qu'il bisoit représenter à ses écoliers. ; Dan» le xiu* siècle , l'université fut entièrement établie (6).

(a) y oyez inr tons ces ùàti historiques, Fâfibîeu, Fies des iïïtistte» ArekUêUes; et Tabhé Lehœtif, Èêàt 4ei Sn»tkc9s e* Frunet, dèpmis Mo- ^jusqu'à Philippe-U-Bel,

(h) EQe fat noimnée imlTefsité, partie qo'eUie contetioit toas Us ta» ▼ans, et qa*elle enseîgnoit tontes les sciences. Ses {nremiers statuts fiirtnt dressés an commencement dn xiii« siède , par Robert de Goorçon ,

L'on lie trôuvoit presque plus de savans que dans soii seitf ^ et tous ces savans étoient ecclésiastiques. Ce corps de savans et de gens de lettres, reconnoissant lé souverain pontife poiit chef, il en résultoit que le pape étoit à la fois le modératenf universel de la littérature ainsi que de la Religion. Cétoient aussi les ecclésiastiques qui exerçoient la théone de la mé-' decine isous le nom de physique : ils ahandonnoient aux laïcs la composition et l'emploi des remèdes. De là viennent les apothicaires : en prescrivant les opérations mamtelles, ils né les faisoieilt pas ; de là viennent les chirurgiens.

On trouve dans tous les siècles suivans , un nombre égal d'ecclésiastiques d*ttn mérite supérieur : c'est encore à dés ecclésiastiques que Ton doit Téclat que les lettres et les arts répandirent sur le xvï« siècle et sur le règne de François !•' ; ce prince attira en France lé Génois Benoit Tagliacamé , si distingué par son talent pour la poésie la^ne : François !<' lui confia l'éducation des princes , ses fils , et lui donna Vévéché de Grasse. Etienne Poncher, évêque de Parb , âvoif seul eu le courage, dit M. Gaillard {a), de combattre la colère aveugle de ZiOuis XII contre les Vénitiens , et de s'opposer à la ligue de Cambrai : il fut disgracié^ François I*''^ lui donna rarchevéché de Sens , et le chargea du soin d'at^ tirer en France les savans étrangers. Ce fut par le conseil de ces grands hommes que François I*' , malgré les désastres de la guerre , immortalisa son règne par son amour pour les lettres et par la fondation du collège royal.

Le vertueux évéque de Lisieux qui , sous Charles JX sauva sa ville et son diocèse des fureurs de la Saint-Barthélémy ;

dit le cardinal de Saint-Édeime, légat du Saint-Slége» Les papes et nos rois la comblèrent de £iveiirs.

(a) Histoire de François /"•»

les cardinaux d'Ossat et du Perron , dont le profond savoir et les rares talens furent si utiles à Henri-le- Grand et à la France , le cardinal de Rambouillet , célèbre par son babiieté dans les affaires , appartiennent à ce siècle.

Le XVII* siècle offre des noms et des ecclésiastiques plus câèbres encore , parce que la langue française , perfectionnée et fixée par des chefs-d'œuvre , assure aux bons écrits de ce temps une immortelle renommée, et que l'histoire des personnages illustres de cette époque si récente , est connue de tout le monde. Saint-Vincent-de-Paul qui établit les pères de la mission , qui fonda deux hôpitaux pour les vieillards , Fun pour vingt hommes , l'autre pour vingt femmes, qui rétablit fH6 tel-Dieu, fonda celui des Enfan»-Trouvés., institua les Sœurs de la Charité , qui fat le protecteur des émigrés de la Lorraine, le bienfaiteur, pendant la guerre, des pauvres habitans de la Champagne et de la Picardie , celui de la ville d'Ëtampes, des pestiférés et des galériens de Marseille, etc. Dans ce siècle où la Religion sanctifia les talens les plus éminens, on vit briller ensemble dans la chaire évangéliqne, Bossuet et Bourdaloue; l'illustre archevêque de Cambrai , appartient à ce siècle, Santeuil , chanoine de Saint- Victor , illustra son nom par ses poésies latines et sacrées ; on pourroit citer une foule d'autres littérateurs aussi distingués dans la même classe , et un nombre égal de savans dans tous les genres de négociateurs et d'hommes d'État. Mais en voilà peut-être assez pour justifier les prêtres de l'inutilité et délai pieuse oisiveté qu'on leur reproche avec tant d'acharnement et d'animosité depuis soixante-dix ans.

(3) Le chef des prétendus philosophes modernes , pour attaquer les lois données par Moïse , s'est permis, suivant sa coutume , une foule de mensonges et de citations fausses. Le savant auteur de Texcellent ouvrage intitulé : Lettres de

quelques Juifs à M, de Voltaire , a réfiité sed erreurs aree nne clarté et une précision qui ne laissent rien à désirer, cl il a prouvé que ces lois , attaquées par l'ignorance réunie à la mauvaise foi , étoient d'une admirable sagesse. Les lois rituelles , qui défendoient de manger certains anîmaux malsains (a), furent sans doute très-sages. «Où est le ridicule, » dit Fauteur des Lettres, que des nourritures nialsaines aient » été interdites , et que d'autres , qui peuvent paroitre agréa«- V blés à quelques peuples , aient été prohibées pour desrai- » sons particulières qu'oii ne peut condamner quand on les « ignore. Parmi ces lois rituelles j les unes avoient pour ob- » jet d'inspirer aux Hébreux une horreur invincible pour les » superstitions abominables de leurs voisins. De là ces dé- » fenses de passer leurs enfans par le feu {b) ^ de les stygmatt tîser(c): D'autres lois étoient destinées à leur retracer les

» merveilles opérées pour eux par TÉtemel D'autres,

» comme autant d'emblèmes et de paraboles utiles , cachoient » un fonds admirable d'instruction.. . D*autres furent l'effet » d'une sage politique.... Il est même des lois qui paroissènt » avoir été spécialement destinées à servir de preuves sub- » sistantes et palpables d'une providence continuelle de Dieu » sur son peuple, et de la mission divine de son premier » conducteur. Telle fut, entre antres, la loi du repos de » toutes les terres pendant Tannée sabbatique ; loi singulière,

(a) Tels qae les poissons sans écailles y les porcs , les hérissons , les hibonx, les santereUes , les rats , les lézards, les serpens. On mangeoît des saaterelles en Orient ; on en mange encore dans l'Arabie, ainsi que des lézards et de certains rats.

(fi) Comme fiiisoient les adorateurs de Moloch.

(c) Quelques idolâtres s'imprimoient sur la peau diverses figures en l'honneur de leurs dieux.

» unique, et qui naturellement ne devoit yenir à l'esprit to d'aucun législateur. Elle étoit fondée sur une promesse 9 expresse: Faites ce que je vous commande, dit le Seio gneur ; que si vous dites : que mangerons-nous la sep- » làèm,e année , si nous ne semons p€Ls et si nous ne recueil- » Ions pas ? Te vous donnerai ma bénédiction la sixième » année y et cette année produira pour trois. Lérit. î5 , i8, » 31. Cette loi ne peut être fondée que sur la certitude que » dut avoir le législateur que chaque sixième année ptodtu- » roit abondamment pour trois. Sans cela , Moïse cbttrott » risque de faire périr ses concitoyens de famine , et d'atti- » rer sur sa mémoire la malédiction publique. Or, cette cer- > titude , de qui pouvoit-elle yenir que de Dieu ? Conçoit-oU » qu'il eût osé porter une pareille loi , s'il n'eût été c|tl'un lé- » gislateur ordinaire ? Mais' ce qui auroit été le comble de la » folie dans un politique qui n'aùroit eu que des ressources » humsdnes , est une démonstration qu'il en avoit d'autres , » et que le Seigneur, dont il se disoit le ministre , Tassistoit » effectivement et yeilloit sans cesse sur Israël... Toutes les » parties de la législation mosaïque annoncent la haute et V divine sagesse du législateur (a). Ses dogmes sont raison- » nables et sublimes ; ses préceptes i-eligieux et moraux , » sains et purs; ses lois politiques , militaires et civiles, sont ^ sages, équitables et douces ; ses lôis^ même rituelles , fon- »dées en raison; toutes, en un mot, sont admirablement » Calculées sur les desseins et les vues au législateur, sur les » cirdonstances des tempis , des lieux , des climats ; sur les rf inclinations des Hébreux et les moeurs des peuples voi- » siiis. Dans cette législation , rien qui contredise les lois * de la nature ou celles de la vertu. Tout y respire là

(a) L^antenr de cet ouvrage prouve cette vérité en entrant dans le plus grand détail sur toutes les parties de la législation mosaïque.

• piété, la justice, l*honnéteté, la bienfaisance. Son ob- » jet , son ancienneté , son origine, sa durée, les talens , le » génie et les vertus du législateur, le respect de tant de peur » pies , tout concourt à en prouver Texcellence. Vos plus » grands hommes [a) Font admirée et Font regardée comme » la première source du droit divin et humain (b) ; et vous, » Monsieur, vous n'y voyez qu'absurdité et que barbarie!,,» Monsieur de Voltaire a surtout déclamé contre les lois militaires des Juifs. Il a répété qu elles étoient inhumaines et barbares. Ecoutons encore là-dessus l'auteur que je viens de citer. Je me bornerai à quelques exemples frappans.

« La législation juive défendant d'enrôler la jeunesse au- » dessous de vingt ans,é. Elle ordonne que quand les trou- »pes sont rassemblées les chefs déclarent que quiconque » ayant bâti une maison , ne Va point habitée , ou ayant ^planté une vigne y n*enapa^ recueilli le fruit y ou ayant » pris Aine épouse , n* a point habité avec elle , soit libre de » s'en retourner dans sa maison , et dispensé du service • pendant cette année [c)„„ Que si l'armée étoit obligée de y> passer sur les terres des citoyens ou des alliés, la loi défend » d'y faire aucun dégât. . . Tu paieras tout , dit-elle , jusqu'à » Veau que tu boiras Les lois ne permettoient d'cn-

(a) Cest nD Juif qui parle à M. de Voltaire.

(b) « Noos pouvons citer entre antres le chancèLîer qni , de nos jonis , » a ÙJX k la France nn honuenr immortel par ses vertus et ses talens. Ce » grand homme aToit tant de respect pour la législation mosaïque ; il es- » timoit le droit des Juifs si sage , qu'il s'étoit fait extraire et rédiger par » ordre de matières, un corps des lois juives. Mais les d'Aguesseau, les » THôpital, les Bacon , petits légistes , foibles génies en comparaison de » nos philosophes ! »

( Note de V auteur des Lettres,)^ . (c) Dentéronome.

» treprendre aucune guerre par caprice, par ambition

» On ne pouvoit prendre les armes que pour se défendre » contre d'injustes invasions , ou pour tirer satis&ction des » torts qui avoient été faits ; et ce n'étoit que sur le refus » de réparations qu'il étoit permis d'entrer dans le pays en- » nemi ; la loi même alors ne vouloit pas qu'on y fît de dé- » gâts inutiles;... elle défendoit d'en couper les arbres frni- » tiers... Lorsqu'après avoir défait l'ennemi on mettoit le

> siège devant une de ses villes, la loi obligeoit défaire aux

> habitons des. offres de paix{(d),.. Si parmi les prisonniers T^de guerre, dit la loi , tu vois une captive qui plaise à ton » cœur, et que tu veuilles Vépouser, tu remmèneras dans » ta maison ; là, vêtue de deuil et les cheveux coupés , elle » pleurera pendant un mois son père et sa mère ; alors tu » viendras vers elle, et tu seras son mari y et elle sera ta ^ femme {h\^ *

Voilà ces lois militaires que M. de Voltaire appelle des lois d'une cruauté, d'une barbarie détestables. H est vrai qu'il ne les a pas citées , et qu'il leur a imputé des cruautés qui n'étoient en usage que chez les païens , des cruautés qui ont été exercées par son héros, un empereur philosophe , Julien l'apostat, dont les troupes , comme le remarque V auteur des Lettres, aux sièges de Najora , Malcha et Dacires , firent un massacre général , sans distinction d'âge ni de sexe. M. de Voltaire a écrit que V usage des Juifs étoit de tuer les mâles dans les villes prises d^ assaut , et qu'il leur étoit toujours ordonné de tuer tout, excepté les filles nubiles ; tandis que la loi ne permettoit de tuer que ceux qui portoient les armes^, et qu'elle prescrivoit d'épargner les femmes et les en- Êms ; et M. de Voltaire , et ses partisans , et ses^opistes ont

{a) Deatéronome.

(&) Deatéronome.

répété et écrit mille £ois qne la loi ordonnoit de tuer les en- Êins , les femmes mariées , tout, enfin, excepté les filles nu^ biles, aSTest-il pas clair, lui demande Fauteur des Lettres, » que c'est calomnier grossièrement nos lois , ou montrer » évidemment à toute la terre que tous ne les avez jamais » lues? »

^^*mMm»^.tmM^mé»j»^^^,m^m^m»,m^,m^^^^^^^^^^^m,^^^^^^^^^^^^^^^^.^^^^^^^^^^

Page 1