CHAPITRE X
Entretien du Baron et du Marquis de
LE BikROir-
Savbz-vous, mon cher marquis , ^ue vous n'avez pas très-bien tenu votre promesse hier, et que vous avez été très-véhément ?
LE MARQUIS
Je me suis pourtant bien contenu^
LE BAROir.
Joliment! vous autres dévots , vous êtes d'une intolérance!...
LE MARQUIS
Et VOUS autres philosophes, vous êtes d'une déraison, d une inconséquence, d'une injustice,., mais laissons cela. Je vous ai apporté deux petits extraits que j'ai faits pour vous, et que voici :
Celui-ci contient toutes les lois des Juifs , les militaires (a) et les autres (i).
Comment! vous me condamnez à lire ces deux gros rouleaux ?
LE MARQUIS
Vous m'avez bien condamné à lire un ouvrage tout entier.
LE BARON
Oui , mais un ouvrage tout neuf.
LE MARQUIS
Il est certain que celui-ci ne l'est pas, cependant il le sera pour vous. M, de Voltaire vous a persuadé que ces lois étoïent cruelles, sanguinaires, abominables, ejt vous verrez qu'avant l'Evangile il n'y en eut jamais sur la terre d'aussi douces , d'aussi humaines et d'aussi touchantes.
LE BARON
Il est pourtant avéré que l'on trouve de grandes cruautés dans l'Ancien-Testament.
LE MARQUIS
On en trouve dans toutes les histoires ; nous ne parlons que des lois générales , qu'il ne faut confondre, ni avec les faits 'historiques, ni avec
(a) On les a déjà données ( Foy. les notes du chap 6).
(^69) les ordres particuliers donnés par le Maître souverain et l'Arbitre suprême des destinées humaines; je veux seulement vous prouver que M. de Voltaire a calomnié la législation mosaïque avec une incompréhensible impudence. Lisez ces deux cahiers , et vous en serez convaincu comme moi.
L£ BAROK.
Ah! ça, vos citations sont-elles bien exactes ?
LE MARQUIS
Le doigte d'un philosophe à cet égard me paroît très -naturel, mais tout ce que je désire, c'est que vous preniez la peine de vérifier toutes mes citations ; songez que l'artifice en ce genre seroit doublement coupable pour les gens religieux ; songez ^enfin , que lorsqu'on reproche avec indignation des infidélités de cette espèce, il faudroit être bien sot et bien' maladroit pour s'en permettre de semblables ; d'ailleurs on ne m'a jamais reproché le mensonge et l'inexactitude.
LE BARON
Mon ami, vous aurez beau dire, vous tourmenter et prouver que Voltaire a calomnié, vous n'empêcherez jamais son siècle et la posté' rite de le trouver l'auteur le plus fécond et l'homme du plus grand génie qui ait existé.
LE MARQUIS
Fécond! Je le crois bien , il a écrit tant de s6t« lises et même d'inepties!...
LE BABOIf.
D'inepties! Ah ! par exemple, Voltaire inepte!..
Oui, inepte, c'est le mot; et c'est une grande leçon morale, que l'excès de l'impiété, de la méchanceté, de l'envie et du cynisme, ait pu mille fois rendre un homme tel que Voltaire , véritablement inepte (a) (a).
LE BAROïf.
Inepte! Y songez-vous?
LE MARQUIS
£t son poèine de la Guerre dé Genève^ \% trouvez-vous spirituel?
LE BARON
Cela est mauvais, j'en conviens.
LE MARQUIS
Et ses drames intitulés : Chariot ou la comtesse de Gii^r^j le Droit du Semeur, le Dépo»
(a) Tels forent les fimestes fruits de cette maxime ïpà dirigea sa jeun^se. Le piaisir est le but ufdpeisel; qui FeUtrape, a/ait son salut, (Lettre à Berger, zo octobre X733.)
( ^7ï ) sitairey VHôte et F Hôtesse y la Princesse de Nacarre, la Femme qui a raison y Trajan ou le Temple de la Gloire (a), et ces vers du divertissement de la comtesse de Givry , en parlant d'une belle personne :
Elle donne des lois Aux bergers 9 aux rois,
A son choix. Qui pourroit l'approcher Sans chercher Ce danger ?
On meurt à ses yeux sans espoir, On meurt de ne Ids plus voir.
Voici encore de la galanterie :
Vous seule ornez ces lieux , N Des rois et des dieux •
Le maître est dans tos yeux.
Ah !. si de votre cœur Il étoit vainqueur!
Quel bonheur !
Tout parle en ce' beau jour D'amour.
(«) Flatterie pour Louis XV, qui déplut également au prince et au public. Après la représentation , Voltaire entr ouvrit sa loge pour dire à son éreille : Trajan est-il eonfcnt? Le silence du roi, dit M. de La Harpe {Cours de Lit- ^rature ) , fut une réponse qui marquoit plus d'une sorte d'indulgence.
Un roi brave et galant,
Charmant, Partage avec vous L'heureux pouvoir de régner sur nous.
( Même Divertissement, )
M. de Yoltaire a prodigué , dans ses poésies lyriques, cette harmonieuse mesure (des vers de neuf syllabes), comme dans cç chœur de Tanis et Zélide.
Demeurer, régnez sur nos rivages; Connoissez la paix et les beaux jours ; , La nature a mis dans nos bocages Les vrais biens ignorés dans les Cours.
Ce n'est pas ainsi que Racine et Quinault ont fait des chœurs et des vers lyriques; et tous ceux de M. de Voltaire, en ce genre, sont de la même force. Dans son Trajan ou le Temple de la Gloire^ ouvrage à grande prétention, on trouve cette tirade :
Tout rang, tout sexe, tout âge, Doit aspirer au bonheur (a).
(a) Ce n*est pas tout-à-fait un devoir y surtout pour le bonheur dont il s'agit ; mais , au fond , la pensée est d'une si incontestable vérité, qu'elle rappelle ces deux vers de M, Sédaine :
Les pères aeroîent trop heureux , Si le Gel comliloît tons leurs vœux.
Le printemps volage >
L'été plein d'ardeur ,
L'automne plus sage ,
Raison, badinage,
Retraite , grandeur.
Tout rang, tout sexe , tout âge Doit aspirer au bonheur.
Si J.-B. Rousseau, M. de Pompignan, Grèsset , Piron eussent fait de tels vers et de telles pièces*, comme M. de Voltaire s'en seroit moqué, et qu'il auroit eu raison ! Que l'on compare toutes ces productions lyriques au Devin du village; et le vrai talent de L-J. Rousseau n'étoit pas celui de la poésie.
LE BABON.
Parbleu , vous avez une mémoire bien malicieuse.
L£ MARQUIS
Que seroit-ce si je vous citois les vers de ses opéras ! De Samson , de Pandore , etc. , de Tanis et Zélide , de la Fête de Bélébatj etc.
LE BABOir.
Ses opéras sont détestables; nous savons cela.
LE MARQUIS
Et ses opéras comiques, genre si facile que tout le monde y réussit. Les deux Tonneaux et
le Baron d^Otrante! Le baron est ua jeune seigneur de dix-huit ans ^ qui ouvjrè la scène par ces jolis vers :
Je prétends qa*on me réjouisse , Dès que j'ai le moindre désir ; Holà, mes gens, qu'on m'avertisse, Si je puis avoir du plaisir.
Quand M. de Voltaire n'est pas satirique , voilà dans le genre comique, son naturel et sa gaieté : le reste de la pièce répond parfaitement à ce début.
Il n'a pas le genre lyrique , voilà tout.
LE MARQUIS
Ni le genre comique*
LE BARO]^
Il a deux comédies restées au théâtre.
LE MARQUIS
Mais qui sont excessivement iiiférieures à celles de Destouches et de la Chaussée.
LE BARON
Ah! Naninel
LE MARQUIS
Oui, pri^e dansles œuvres de Fontenelle, pla-
( ^75 ) giat d'autant plus inexcusable que la pièce n'a réellement pas le se^s commun.
LE BARON
Vous trouvez cela, parce que le comte d'Olban brave le préjugé de la naissance.
LE MARQUIS
Point du tout, car nous voyons tous les jours, sans nous scandaliser , des grands seigneurs épouser des^Ûes sans naissance , parce qu'elles sont riches; et quant à moi, je trouverois beaucoup plus excusable de se mésallier par un sentiment fondé sur l'estime et sur l'admiration. Ce que je désapprouve dans Nanine^ c'est l'invraisemblance du fonds et des détails; c'est un jardinier qui vient demander en mariage une belle demoiselle , couverte de diamans , et mangeant à la table de ses maîtres ; c'est l'héroïne qui doit tout à la baronne ^ et qui la supplante sans éprouver le moindre remords; c'est le héros qui dit à son valet de chambre d'aller tout de suite à Paris , et d'y acheter six chevaux, une superbe voiture, des pierreries et de magnifiques étoffes; c'est le valet de chambre qui revient au bout d'un^ demiheure , ayant fait toutes ces commissions de deux .ou trois cent mille francs ; c'est ce même héros qui, trompé par un billet , qui lui Êiit croire que
Nanine donne tous ses présens et son argent à un jeune paysan, ordonne sur-le-champ que cette Nanine, qu'il a tant aimée , soit chassée sans délai du château, et conduite et abandonnée sur le grand chemin!... Voilà les froides et ridicules extravagances qui rendent cette pièce l'une des plus mauvaises du Théâtre-Français, et d'autant plus que le style en est plein d'incorrections , et que le dialogue n'en est jamais naturel.
LE BA.RON
Et t Enfant prodigue trouve-t-il grâce à vos yeux?
LE MARQUIS
Pas davantage; et vous même pourriez-vous aimer une jeune fille qui déclare nettement qu'elle veut^ dans le mariage , de la joie à table et de V amour pendant la nuit.
LE BARON, souriant.
C'est de la naïveté.
LE MARQUIS
Ce n'est pas du moins de l'innocence ; et les rôles de madame de Croupignac et de Fïerenfat vousparoissent-ils bien plaisans et d'un bien bon goût ?
LE BAROir.
Pardonnons-lui ses comédies , en faveur de ses admirables tragédies (a).
LE MARQUIS
Le comte de Foix , Zulime^ les Scythes^ Éryphilcy jgathocle^ les Guèbres^ le Triumvirat^ le Catilina (b) n'obtiendront pas ce pardon ; ailisi, convenez que si Ton retrancboit toutes les infamies , tous les mauvais ouvrages , tous les libelles et toutes les platitudes qui composent une grande partie des œuvres de Voltaire , cette immense collection se trouveroit tellement réduite , qu'il ne seroit plus possible de s'extasier sur l'étonnante fécondité de Fauteur (c).
(a) Racine a fait des tragédies parfaites, et n'a point laissé d'ouvrages obscènes ou méprisables par leur ineptie.
{bi) Irène , etc.
(c*) £t Ton pourroit même retrancher encore une trèsgrande quantité de petites pièces de vers qui grossissent le célèbre recueil de ses poésies fugitives ; entre autres , les mauvais vers suivans , adressés ati roi de Prusse , qui lui avoit envoyé des piluUes purgatives :
J^aurai Hionneur d'être purgé De la main royale et chérie Qu^on vit , hravant le préjugé ; Saigner TAutnche et la Hongrie.
S*égayer sur le sang versé dans les batailles y appeler pré-
LE BARON
Enfin , vous voulez bien admirer ses tragédies.
LE MARQUISr
Oui y mais en les plaçant infiniment au-dessous de celles de Corneille et Me Racine.
LE BARON
Vous ne lui préférez pas Crébillon?
Jttglé l'horreur de le répandre : quels sentimens ! quel goût! On n*a rien dit de plus atroce dans la tribune des Jacobins. £t quels mauvais vers ! . . .
£n Toici d'autres dans le genre tout-à-fait badin :
Adiea, ma ^nvre tabatièrel Adieu , je ne te Terrai pins.
Ni soins , ni larmes , ni prière Ne te rendront à moi; tons mes: soins sont perdos. Adien, ma panvre tabatière !
Adien , donx finit de mes écns ?
Le premier quatrain est tiré de ses œuvres, et le second de se correspondance avec Thiriot; on ponrroit même retrancher de cette fameuse collection plusieurs pièces beaucoup plus considérables , mais qui manquent également de décence et de vérité. Par exemple , celle qui est intitulée les Tu et les Fous. Ces vers ne peignent rien, et, par cette seule raison , ne peuvent plaire qu'à ceux qui trouvent toigours du sel et de la grâce aux productions licencieuses.
LE HARQUIS.
Non , cette préférence seroit une injustice.
LE BARON
Voilà une impartialité héroïque.
LE MARQUIS
Je dirai cependant qu'il y a beaucoup plus de génie dans V Electre de Crébillon que dans YOreste de Voltaire ; et que Voltaire n'a jamais fait une tragédie dans laquelle il y ait autant d'originalité qu'on en trouve dans Itha-damiste,
LE BARON
Je m'attendois bien à quelque restriction.
LE MARQUIS
Et dans ses meilleures pièces, Voltaire a pillé avec autant d'audace les auteurs français que les étrangers (3).
LE BARON
Votre acharnement contre lui est véritablement inconcevable.
LE MARQUIS
Je ne me possède pas, il est vrai, quand je songe à tout ce'qu'il a fait, et à ce qu'il auroit pu fairei.... Quand je songe qu'il auroit pu être le premier
( 28o ) critique de son siècle , et qu'il en a été le plus mauvais (^)...,
LE BARON
Je vous arrête ici, car il y a de lui des ôritiques générales qui , de l'aveu de tout le monde , sont excellentes.
LE MARQUIS
Oui , certainement, lorsque, dans ce genre , il parle sérieusement et en général, il parle supérieurement, parce qu'alors ses animosités particulières ne l'en empêchent pas. Mais ces morceaux sont malheureusement rares dans ses ouvrages , et se réduisent à quelques articles de V Encyclopédie (4).
{a) Comme lorsqu'il dit, dans le Siècle de Louis XIV ^ que La Fontaine rsHa que le seul charme du naturel ; lorsqu'il dit que la Métromanie n'est une bonne pièce en cuicun sens ; et qu'il dénigre J.-B.v Rousseau avec une si ridicule injustice ; qu'il dit que Boileau n'est qu'un versificateur; que Gresset n'est qjsCun fat et qu'un plat fanatique ; que l'auteur de Didon et d'un grand nombre de belles odes , n'est qu'un sot ; que le roman cle Clarisse est assommant et ne se peut Ure; que Shakespeare n'est qu'un bateleur; lorsqu'il dit que les caractères des pièces de Racine ont de la foiblesse et de V uniformité y un amour qui tient de l'idprlle (apparemment celui de Phèdre, de Rbxane , d'Hermione^ d'Oreste , etc. Voyez le Dictionnaire philosophiqucyy enfin , lorsqu'il commente le grand Corneille. ...
M. de Voltaire seroit infiniment moins méprisable , s'il avoit mêlé à ses monstrueux écarts quelques grandes vues politiques, et qu'il se fut abusé lui-même par un système spécieux. La politique , futrcUe fausse y ennoblit en quelque sorte les principes erronés d'un homme d'esprit; elle ne les justifie pas, mais elle leur donne ce motif imposant d'amour du bien public et d'un tendre intérêt pour les générations fittures ^ dont l'enthousiasme réel ou factice excuse toujours^ aux yeux de la multitude , tout le mal qu'on peut faire à la génération présente. M. de Voltaire a l'esprit trop frivole pour l'appliquer à la politique; il ne s'en est jamais occupé. En préparant un bouleversement tiniversel, il n'a ni plan^ ni système; il méprise naturellement le peuple» et les idées d'égalité révoltent son orgueil («)•
(a) « n faut (dit-il dans ses Lettres) séparer le sot peuple » des honnêtes gens pour jamais , et il me semble que la » chose est assez avancée. On ne saaroit souffrir Fabsurde A insolence de ceux qui vous disent : Je vetix que vous pen- « siez comme votre tailleur et votre blanchisseuse. » Par conséquent, si votre tailleur est un honnête homme, qui pense qu'il faut avoir de bonnes mœurs, de la probité, de Thumanité, il ne faut pas s* abaisser k penser comme lui.... Au reste , ceci et toutes ses lettres prouvent (car il y répète plusieurs fois qu'il ne veut point du gouvernement de la carnaille) qu'avec le projet de faire une révolution ^ il n'avoit
Il hait les grands seigneurs , parce qu'il n'est , pas né dans leur classe. Loin de dédaigner les richesses, les distinctions, les honneurs et les décorations, il en est fort avide ; mais il voudroit qu'on les prodiguât aux poètes et aux gens Ae lettres. Il adoreroit la royau|é,s'il étoit favori d'un roi. Il abhorre la Religion, les prêtres et les parlemens qui condamnent ses ouvrages et ses niceurs. Tout est abject et puéril dans ses erreurs et sa conduite , parce qu'un orgueil effréné et le plus profond égoïsme en sont uniquement les mobiles et la cause.
Toute sa vie, jusqu'à l'âge de soixante ans , n'a été, comme celle des Sarrasins, dont parle Ammien Marcellin, qu'wwe longue fuite. Toujours chassé, toujours poursuivi; attaquant sans cesse et fuyant ; se déguisant , se masquant pour se venger, et se trahissant toujours par le cynisme de ses écrits ; tour-à-tour et souvent à la fois flatteur et calomniateur, impudent et lâche , épuisant en même temps toute l'effronterie de l'impiété et du libertinage , et toute la bassesse de l'hypocrisie ; inconséquent autant que perverti ; soutenant al-
nullémcnt des flentimens démocratiques. Tous les philosophes vouloient renverser les autels et les trônes; mais , à l'excq;)tion ide Rousseau , ils ne vouloieùt point âpi gouvernement démocratique. - f.
ternativement le pour et le contre; persécuteur cruel de ses ennemis, et déclamant sans cesse contre l'intolérance ; affectant le plus profond niépris pour les rois, et leur prodiguant en secret l'adulation ; jouant continuellement les rôles si vils d'espion et de délateur; ambitieux, dévoré d'orgueil et d'envie; dédaignant l'estime, parce qu'il n'y peut prétendre ; mais cependant aspirant à la domination universelle, et voulant tout corrompre pour diriger l'opinion générale^ pour être admiré avec enthousiasme et pour régner sans contradiction.
Infortuné , qui ne connoît ni la destination de ses talens supérieurs, ni l'ascendant sublime qu'il pourtoit prendre sur son pays et sur son siècle! Ah ! si de nobles idées exaltoient son imagination ! Si de grands sentimens et une véritable philantropie animoieat son cœur ! S'il faisoit autant pour les intérêts de la morale et des mœurs qu'il fait contre! Quel nom il laisseroit! Et quel surcroit de gloire il répandroit sur la littérature française et sur sa patrie !... ^
LE BARON
Enfin vous reprenez haleine ! cela est heureux. Mais juste Ciel! que tirez-vous donc encore là, de votre poche ?
LE MAKQUIS.
C'est un cahier imperceptible !....
LE BARON
Oh ! c'est trop fort , j'en ai bien assez de deux.
LE MARQUIS
Vous m'avez envoyé , il y a quelques jours , les Mœurs y de M. Toussaint; je les ai lues, et je vous demande si mon tour de me permettre de vous lire quelques maximes détachées.
LE BÀRorr.
Cela sera-t-il long ?
LE MÀRQuis.
Non ; et je vous promets , si vous m'écoutez attentivement , de ne vous plus proposer désormais de lectures y et de ne vous plus donner d'extraits.
A cette condition , je vais être tout oreille.
LE MABQUIS.
Ce sont quelques maximes tirées de l'Ancien et du Nouveau-Testament.
LE BARON
Si je ne suis pas converti à la fin de cet entretien , ce ne sera pas votre faute.
LE MARQUIS
A présent écoutez : « La crainte du Seigneur
( ^85 ) » est le commencement de la sagesse ( Pros^. » chap. (i) (a).
(a) Et Tamour en est le complément. U fant remarquer qu*aacune religion , excepté la véritable , n'a fait un commandement de Famour de Dieu. Les païens recommandoient de craindre les dieux ; ils n'ont jamais prescrit de les aimer et de les prier; ils leur rendoient des hommages , mais ils ne les prioient point. M. de La Harpe (dans son Cours de Littérature) cite une phrase du philosophe Toussaint , qui prescrit Ù!aimer Dieu et ses semblables. M. de La Harpe ajoute r « Remarquons , avant tout, ce larcin fait au christia- » nisme par un ennemi du christianisme. Aimer Dieu! Voilà » bien le chrétien qui se montre dans le déiste , sans que le . » déiste ait Tair de s'en douter. Aimer Dieu ! Il eût été cu- » rieux de demander à Toussaint où il avoit pris ce précepte » fondamental. Qu'auroit-il répondu si on lui eût dit : Un » homme aussi instruit que vous ne peut pas ignorer qu'on » parcourroit toute l'antiquité païenne sans rien rencontrer » qui ressemble ou qui conduise à ce dogme de l'amour de 9 Dieu ; tous les moralistes , tous les philosophes , tous les » législateurs ont voulu qu'on honorât les dieux avant tout, » mais pas un n'a parlé d'aimer Dieu , pas même Socrate, ni «Platon. Cela n'est doncpas, à coup sûr, dans votre religion » naturelle , puisque personne au monde ne l'y a jamais vu, » et qu'il n'y a rien de semblable dans toutes les religions » dont la loi naturelle a été )e seul fondement. Vous ne pou- »vez pas ignorer non plus l'immense latitude de ce pre- » mier dogme, ni son extrême importance.
» L'amour de Dieu est par lui-même un sentiment sou- «verain auquel tout doit être subordonné; un sentiment V pur, seul capable d'épurer tous les autres. Comment encore,
» Le Seigneur est patient , il est grand en puis* t) sance , il diffère à punir ; mais il punit à la fin » ( Nahum , chap. i ).
» Celui qui est incrédule n'a point Tâme droite, /n mais le juste vivra de sa foi. Gomme le vin » trompe celui qui en boit avec excès , ainsi le » superbe sera trompé , et il ne demeurera point » dans son éclat, parce que ses désirs sont vastes » comme l'enfer, qu'il est insatiable comme la » mort, et qu'il travaille à réunir soussapuis- » sance toutes les nations , et à s'assujettir tous » les peuples ( Habacuc^ chap. 2 ).
w Ecoutez, mon fils , les instructions de votre » père (Prot^. chap. i). Celui qui honore sa mère » est commeunhomme qui amasse un trésor. Ce- » lui qui honore son père trouveia sa joie dans ses » enfans, et il s^a exaucé au jour de sa prière. » n jouira d'une longue vie. Celui qui craint le » Seigneur honorera son père et sa mère , et il » servira comme ses maîtres ceux qui lui ont * donné la vie ; honorez votre père par actions, » par paroles et par toute sorte de patience.
» La bénédiction du père affermit la maison
V a-t-il mis ce précepte , àTabri de toute interprétation abu- »sive? en nous l'expliquant de manière à ne pas laisser liea » à Terreur?. Celui qui vfiaime^ garde mes commamiemens^ »I1 n'y. a pas d'autre amour de Dieu. »
».des eufans, et la malédiction delà mère la déi> truit jusqu'aux fondemens.
» Mon fils , soulagez votre père dans sa vieil- » lesse, et ne l'attristez pas durant sa vie. Que ^ si son esprit s'affoibUl^supportez*leetnelëmé- » prisez pas à cause de l'avantage que vous avez » sur lui ; car la charité dont vous aurez usé en- » vers votre père , ne sera point mise en oubli.
» Dieu vous récompensera pour avoir supw porté les défauts de votre mère. Il vous établira » dans la justice , il se souviendra de vous au )» jour de l'affliction , et vos péchés se fondront » comme la glace en titt jour s^ein.
» Combien est infâme celui qui abandonne » son père, et combien est ifuaudit de Dieu celui » qui aigrit l'esprit de sa mère ( Ecclésiastique , » chap. 3 ).
» Enfans , obéissez à vos pères et à vos mères, »en ce qui est selon le Seigneur, car cela est 3> juste. Honorez votre père et votre mère afin » que ypus soyez. heureux, et que vous viviez M long-temps sur la terre {^àint Paul aux Ephén ^Âe/ï^., chap. 6 )•
» £n£ans, obéissez en tout à vos pères et mères, » car cela est agréable au Seigneur (^ saint Paul, » aux Cohssiensy chap. 3 ). Profita de mesle- » çons , dit le sage , de peur que vous ne disiez » un jour : Pourquoi ai^je détesté la discipline,
» et pourquoi mon cœur ne s'est-il point rendu » aux remontrances qu'on m'a faites ? Pourquoi » n'ai-je point écouté la voix de ceux qui m'en- » seignoient , ni prêté l'oreille à mes maîtres » ( Prov. de Salomoriy chap. 5 ) ?
» Celui qui aime la correction, aime la science ; D mais celui qui hait les réprimandes est insensé » ( Pr09. chap. la ).
LE MARQUIS , s'interrompant.
Croyez-vous qu'il soit indifférent aux pères , aux mères et aux instituteurs , que les enfans connoissent ces maximes en les regardant comme sacrées.
LE BARON
Vous les avez bien choisies.
LE MARQUIS
Il n'y a point de choix dans l'Écriture^aînte. Les préceptes ne s'y contredisent jamais, et sont tous également bons. En voici maintenant sur les devoirs des pères et des époux : ( n littout haut.)
ce Élevez bien votre fils, et il vous consolera M et deviendra les délices de votre âme('Prof^. » chap. 29).
» Celui qui instruit son fils y trouvera sa joie » et se glorifiera en lui parmi ses proches ( Eo- » ctésiastique , chap. 3o ). »
» Corrige» yotrç eoÊiot et n'en désespérez pas • (^Pwj'.jcbap. ^9).
» N'irritez point vos enfaos ; mab ayez soin de j» If^bÂep j^i^ver en. les corrigeant et les instrui- » ^q^ s^qn le Seigneur (Sl Paul m^: Ephé- » siens, dbap. .$)•
^ (Celui qui 4 trouvé une bonae femme a re« » çu du. ^&gnf^m une source de joie ( JProv.^ >» chap. i8).
>) Que les femmes soient soumises à leurs ma- 3» ris , comme au Seigneur. Et vous maris , aimez « vos femmes comme Jésus-Christ a aimé l'Église^ » jusqu'^ se livrer pour elle.
» Que chacun de vous aime donc sa femme » comme soi-i^em^e , et que la f<çmme révère son » m^vi ( St. PaïUauQc JÉpI^. chap. 5 ).b
Ypjiçi lej» cans^b à la jeunesse : « Ce qui rend » la vieillesse yéuér^le , n'est pas la longueur j» 4e h vie , ni le nombre des années ; mais la » prudence de l'homme lui tient lieu de cheveux » ))|auc5 , .^ h viç sau$ tache est une heureuse )> vieillesse ( La Sagesse , chap. 4 )•
» Ecoutez en silence, et votre retenue vous acii querra beaucoup de grâces ( Ecclésiastique , » chap. 32 ).
» Ne parlent, jeupe hompie, qu'avec peine dajns » ce qui vous regarde. Quand vous aurez été » interrogé deux fois , répondez en peu de mots.
( ^9^ ) » Conduisez-vous, en beaucoup de choses,comme » si vous les ignoriez 9 et écoutez en silence on » en faisant des demandes.
» Lorsque vous êtes avec les grands^ ne pre- » nez point trop de liberté ; et ne parlez pas » beaucoup où il y a des vieillards. On voit l'é- » clair avant que d'entendre le tonnerre; et il y » a sur le visage de Thomine modeste ime grâce » qui le fait estimer avant qu'il parle. »
Ecoutez ce que l'Écriture enseigne aux souverains :
« Le prince qui écoute favcMrablement les faux » rapports , n'aura que des méchans pour mi- » nistres (a). ^
» Le prince qui foule les peuples excite des » séditions et des révoltes. La miséricorde et la » vérité sont la garde des rois , et la justice est l'or- » nement des trônes. La justice illustre les peu- » plels. Un roi juste rend ses États florissans. Un
(a) Et tout rapport qui accuse sans preuves positives^ incontestables, non-seulement />e«f être , mais est vraisemblablement faux. Les orateurs chrétiens ont admirablement parlé contre la guerre et les conquêtes ; et dans un de ses sermons , après avoir fait une peinture terrible de l'injustice des conquêtes et de la barbarie de la guerre , Bossuet ajoute : « Un prince doit faire des conquêtes dans son propre » État, en gagnant les peuples à soi ,en les gagnant à Dieu » et à la justice , en déracinant les vices. Bossuet. »
( ^9ï ) 4» peuple nombreux fait la gloire du souverain. »> Proi^. (
...... Vous devez le tribut aux princes, parce
» qu'ils sont les ministres de Dieu Rendez
» donc à chacun ce qui lui est dû ; le tribut à qui » vous devez le tribut , les impôts à qui vous dew vez les impôts , la crainte à qui vous devez la » crainte , l'honneur à qui vous devez l'honneur » ( iSf . Paul-aua: Romains , chap. i3 ). »
Et ces admirables préceptes pour les maîtres et pour les domestiques :
« Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres, avec » toute soite de respecta, non-seulement à ceux i> qui sont bons et doux , mais même à ceux qui »> sont d'une humeur difficile ( Première Ép. de » St. Pierre^ chap. a).
» Serviteiu*s, obéissez avec crainte et respect j » dans la simplicité de votre cœur , à ceux qui » sont vos maîtres selon la chair, comme à Jésus- » Christ même. Ne les servez pas seulement lors- » qu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pen- » siez qu'à plaire aux hommes ; mais faites de bon » cœur la volonté de Dieu comme étant serviteur » de Jésus-Christ et servez-les avec affection , re- » gardant en eux le Seigneur et non les hommes; » sachant que chacun recevra du Seigneur la ré-
» compense du bien qu'il aura fait Et vous ,
» maîtres, ayez de même de Taffeclion pour vos
( ^9» ) y> serviteurs , ne les traitant poipt avec rigu^eur » et avec menaces , sachant que vous avez les uns » et les autres un maître coij^ua <^s le Ciel , »^ qui n'aura point d'ég^r4 ^ la cooditipp des per- » sonnes. ( ÉpUndt $qmt P^ui afw: jÉph^J^ns , » chap. 6).»
Yoil^ ^Qs doute des semences très-nu^rales; mais il y a d's^ilkurs dans la Religion une secheris&îse qui en éloigne n^turfillesoenl; les âmes sensibles.
IX MÀEQUIS.
Il &ut connoitre bien peu la Religion pour l'accuser de sécheresse. Premièrement , vous avez vu la tendre humanité qui régne dans toutes les lois et tous les dogmes de l'Ancien-Testament; vous avez vu que l'Évangile est surtout , d'un bout à l'autre , une loi d'amour.
LE BARON
Oui, d'amour divin, mais qui e?cclut toutes les affections humaines.
LE m^RQUI^,
Où prenez-vous donc cela? La Religion règle toutes ces affections, et loin 4e les exclure lorsqu'elles soi^t légitimes , elle les forti&e en les sanctifiant. M]^ pi^^oi^i^e aux époux de a? a^^- ^r l'un poi^f r^sttre y qasfud ce dévouement est
( ^3 ) • riéoe§$ftk'e. C'é^t elle encdre qui jirescrit lés pltis téi^aëhânâ dévôits de Tamilié fraternelle et de la simple amitié. C'est elle encore qui dit :
« Le frère qui est aidé par son ftète est comme » une ville forte {Proi^. , chap. t8).
» Qu'il est avantageux et qù'îl est doux à » des frères de vivre dans l'union (Ps. de Da^ » vid , ï 33 ).
» Ne dites pas à votre ami : Allée et reve- » nez ; je vous donnerai demain ^ lorsque vous Ts> pouvez lui donner à l'heure même ( Proi^. , » chap. 3 ). •
y> Celui qui est ami, aime en tout temps , et x> le frère se connoît dans l'affliction ( Prw. , » chap. 17).
» Le parfum et la variété des odeurs sont la » joie* du cœur, et les bons coilseils d'un ami » sont la joie de l'âme. N'abandonnez point » votre ami, ni ï'ami de votre père (Proy. , » chap. 27 ).
» L'ami fidèle est une forte protection ; celui » qui Va trouvé possède un trésor ( Ecclésias.j » cbàp. 6).
» Rendez à tous Thonneur qui leur est dû ; » àime2i vos frères , draignez Dieu , respectez le » Roi [Première Ép. de St. Pierre), »
Et tant d'autres traits admirables sur tous n6s devoiirs ^ et sur toutes les vertus ; sur là
(^94) bonté ^ la charité , la vérité , la sagesse , lar vieillesse^ la chasteté , et contre l'avarice et Tor^ gaeil. ^
a Achetez la vérité j et ne la vendez point ; » et faites de même à l'égard de la sagesse , » de la doctrine et de l'intelligence ( Proi^. , » chap. i6).
» La vieillesse est une couronne d'honneur, » lorsqu'elle se trouve dans la voie de la justice » (Proç^.y chap. 3).
» La femme sainte et pleine de pudeur est » une grâce qui passe toute grâce ; tout' le prix » de for n'est rien au prix d'une femme vrai- » ment chaste {E celés. , chap. 26).
» La femme modeste sera élevée en gloire » ( Proi^. , chap. 1 1). Comme le soleil , s'élevant » dans le Ciel, qui est le trône de Dieu, éclaire ^ » embellit ITJnivers, ainsi le visage d'une fém- M me vertueuse est l'ornement de sa maison.
» La grâce est trompeuse, et la beauté est vaine; » la femme qui craint le Seigneur est celle qui » sera louée ( Prou. , chap. 3i ). La bonne con- » duite de la femme est un don de Dieu. Une w femme de bon sens est amie du silence (Ecclés.y jn chap. 25).
» Abstenez-vous de tout ce qui a l'apparence » du mal {St. Paul aux ThessalonienSy chap. 5).
» La foi qui n'a pas les œuvres est morte en » elle-même (Ép. de St. Jacques , chap. 2).
» Que votre vie soit exempte d'avarice {St. Paul » aux Hébreux^ chap. 3). •
M Ayez soin de vous procurer une bonne ré- » putation, car ce vous sera un bien plus stable » que mille trésors grands et précieux ; la bonne » vie n'a qu'un x^ertain nombre de jours , la ré- » putation demeure éternellement ( Ecciés. , » chap. i4)*
2> Où sera l'orgueil , là aussi sera la confusion; ». mais où est l'humilité, là est pareillement la » sagesse. Le Seigneur détruira la Maison des » superbes (Proi^. , chap. i i^et 1 5).
» Le commencement de l'orgueil de l'homme x> est de commettre < une apostasie à l^égard de j> Dieu , parce que son cœur se retire de celui qui » l'a' créé; carie principe de tout péché est l'or- M gueil. L'orgueil n'apoint été créé avecl'homme, » non plus que la colère avec le sexe des fem- » mes {Ecclés.,ch2ip. 18).
» J'ai vu l'impie aussi élevé, que les cèdres du » Liban ; j'ai repassé , et il n'étoit plus {Ps. 36). , » Aimez vos -ennemis , faites du bien à ceux » qui vous haïssent 9 et priez pour ceux qui vous » persécutent et qui vous calomnient , afin que » vous soyez les enfans de votre père qui est « dans les cieux , qui fait lever son soleil sur les
1» bons et sur les méchans , et fait pleuvoir sur » les justes et sur les injustes {Èv.St. Mathieu j » chap. 5}«
y> Ne négligez pas l'hospitalité ^ caà c'es^t en n l'exerçant que quelques-uns €>nt reçu diéz eux » dés auges sans les connoître. SouTente-vous » de ceux qui sont dans les chaînes, comme si » vous étiez vons-^mémes avec ewx ; et de ceux » qui soufâ^nt, comme étant voiis-ménies dans » un corps mortel ( Ép. de St. Paul ceux Hé- » ^r^iiar , chap- 13 ).
3» Quand je parlerois toutes les langues des ^ hommes et des anges mêmes, ^i je n'ai point k «> charité, je lîe suis que comme nb airain son- » nant et une (fj^mbale ret^ntisdftitfte ; quand >i j'aurois le don de prophétie, que je pénétrex>.rois dans les mystères, que je posséderons x» toutes les sciences, et quand j'aurois toute ia i> loi possible, jusqu'à tt^^oifer les monta- » gnes , si je n'ai pas la charité, je ne suis » rien
» La chatité est (^atieiïte, elle est douce et » bien£sdsante ; la charité n'est point envieuse ; oi elle n'est point témérâimret précipitée; elle ne » s'enfle point d'orgueil;- elle -n^esft point dédai- » gueuse; elle ne cherche poiiit ses propres in- 30 térpts; elle ne se pique et ne s'iaigrit 'point; elle M ne pense point le mal ; elle supporte tout ; elle
M espère tout ( St. Patd aux Thessaloniens , » chap; 5 ) ».
L£ BÀROir.
.Enfin, vous avez entrepris de me faire entendre toute rÉcriture-Sainte.
Lk ttÀRQftris.
t^às du fout , car il faudrôit la lire d'un bout à Tautre pour en èoiiuoitrè toute là sublime' beauté*
LE BAROir.
On pourroit faire aussi , et dans votre genre , tin ihàghiûque recueil dé sferitëhces philosopBiqùes.
LE MARQUIS
Je le sais ; mais toutes cçs belles sentences seroient pillées de la Bible, et formeroient d'incompréhensibles contradictions avec d'autres préceptes qui se trouvent aussi dans vos ouvrages philosophiques ; voyez donc combien la morale évangélique est admirable , utile et nécessaire , et combien la votre est inconséqueiriie 5. insensée et pernicieuse.
LB BARON
Moiî thet marquis, il y a plusieurs points ca« pkati^x feur lesquels vous ne tâmenetez jamais lès Ames fortes , élevées et courageuses.
liE MARQUIS.
Quels sont donc ces points capitaux ?
L£ BARON
Par exemple, la crainte, qui fait le fondement de votre doctrine; rhumUitéy que tout dévot àdit pousser à l'excès , et qui Q'est au. fond qu'un langage et qu'une pure hypocrisie; car, comme le dit fort bien le grand Corneille :
K Le prix que nous valons, qui le sait mieux que nous?» LE MARQUIS.
Je vais vous répondre par ordre : D'abord, sur la crainte^ qu'il ne faut pas confondre ave^ la terreur , « il peut y avoir une sorte d'abaissement » dans la terreur qu'inspirent les tyrans, parce M qu'on ne sauroit s'en affranchir par la pureté w de sa conduite et par la vertui La crainte fon- » dée d'un mal af&eux, auquel on peut se sous- » traire par une conduite vertueuse, non-seule- » ment n'est point une foiblesse, mais est au M contraire la preuve de la raison la plus esti- » mable. Une telle crainte est le seul garant sô- » lide du devoir et de l'obéissance légitime, celle ifi que nous devons à Dieu , aux lois et aux che& » des nations. Si la crainte n'existoit pas parmi , » les hommes , la licence et l'anarchie seroient au » comble. Si l'on craint avec raison les rois éclai-
( ^99 ) » rés et yigilws, est^il donc insensé de craindre » le Souverain suprême qui. sonde les cœurs , et » qui sait découvrir jusqu'à nos plus secrètes » pensées (a)?
Quant à Vhumilité^ voici ma réponse : « Lors- » que l'Évangile nous recommande l'humilité , » c'est-à-dire de ne point aimer les louanges et » de cacher nos bonnes œuvres , il ne nous de- » mande rien qui ne soit parfaitement conforme » à la justice. Nous sommes sans cesse obligés » par bienséance, et même y pour éviter le scan- » dale de dissimuler nos foiblesses; ainsi, celui » qui dit tout le bien qu'il fait, quoiqu'il ne » mente pas, n'est qu'un hypocrite, parce qu'il » cache, autant qu'il le peut, beaucoup d'actions » et de sentimens condamnables , de sorte qu'il » ne se montre jamais qu'en beau , et qu'il doit » donner de lui une opinion avantageuse que l'on » n'auroit pas, û l'on connoissoit ses fautes se- » crêtes.. Ce même jaisonnement doit foire sup- » porter la calomnie, non-seulement sans aigreur, M mais avec une parfaite résignation. Nous de* >) vous toujours la regardervcomme un juste châ-» » timent que nous inflige la Providence; car, si » l'on dit de nous le mal qui n'est pas, nu! ne
{a) Étude du Cœur humain ^ pag. 85,
. (3oô) » ^etit dif ë ôà éSLiréit tout lef mal qtii «milite {d). #
LÉ *AfeÔ]V. '
Enfin, vous êtes donc bien persuadé qu'il n'y a de l'esprit et du génie que dans la. Bible.
LE MARQUIS
Certes^ et sdvesWous pourquoi i^ c'est que je l'ai lue ^ relue et médilée.
LE BABOW.
Ainsi 9 à vous entendre, ce siècle-cî ne doit rien à la philosophie?
LE MARQUIS
11 lui doit le renouvellement de beaucoup d'erteuf*s^ et une épouvantable confiiaion d'idées titorales.
LE BARdiC. . r
Vdiià liiez déUc les progrès iiiouis daris les sciences^ darns rhiMôii^e nattiretle pât eieimple? Buffôti ti'est pôitf vous qu'tih es|B»lf înëdioiûçe;
(à) ÉfUàt du Càmr ka/Hàin , pâ^. ^;
lyjûHètifS le térittblé ohtétiâft tte pe» jatnaii» être < leux , puisqu'il sait qwe %f}fat ee qm'il a dt bon lui yieni de Dieu, et ne peut être, çbtonu que par la foi, la prière et Thumilité ; et que la pr&omption lui ferait perdre ce don de la grâce. Admirable et sublime doctrine qui rend la Terta la plus parfaite, inséparable de la modestie f
Bufion est le plus grand écvivaia de ee si^le, un observateur admirable.
LE BARON
Jl est philosophe pourtant.
l,^ SfAIlQUIS.
Ke voug en flattez pas; il n'a voulu être d'aucun paiti , et tout le monde s^it qu'il méprise beaucoup les philosophes modernes.
Ah! Bufïbn est dévot!
LE Ikf ARQUIS.
Non , il p'n pas ce bpD^eur ; mm du ^oins il n'est point impie. Il est vrai qu'il a imaginé quelques mauvais systèmes qui ne s'accordent point avec la Genèse ; les savans s'en sont moqués, et la Sorbonne les a censurés : alors il s'est rétracté avec toute la bonne foi qui est dans son caractère. Il a sans doute fait un bel ouvrage , mais cette éloquente histoire pourroit avoir une grande supériorité de plus ; l'auteur n'a pas toujours la verve, l'abondance et la chaleur qu'on y desireroit; la piété manque à son génie!...
Combien il seroit à désirer qu'un Bossuet , profond naturaliste , entreprît de nous donner l'histoijfe des minéraux, des végétaux et des ani-
maux , en ne perdant jamais de vue , ainsi'que ce grand homme, Dieu et la Providence ! Il n'auroit à redouter, ni l'éloquence , ni le talent des écrivains qui, de nos jours, ont traité cette matière ; il suivroit une autre route ; son ouvrage n'auroit rien de commun avec les leurs, et siwtout avec ceux de quelques botanistes modernes. Combien d'idées nouvelles naîtroient naturellement de ce plan! car' la vérité seule donne tout ; profondeur et finesse d'observations, résultats neufs, utiles et lumineux; c'est elle uniquement qui peut donner à l'imagination toute sa force , à l'âme toute l'élévation dont elle est susceptible , et au style d'un écrivain cette énergie qui entraîne et ce ton qui persuade.
LE BAROIC.
Mon ami, vous avez de l'esprit et de l'imagination, je suis bien sûr que vous deviendrez auteur; mais je vous avertis que, si vous conservez lamanie de vouloir mettre la Religion à tout, vous n'aurez point de succès; croyez-moi, cette mode est passée ; il faut écrire pour le temps où l'on vit, et soyez persuadé qu'on se moqueroit beaucoup d'une histoire naturelle écrite d'un bout à l'autre dans l'esprit dont vous parlez.
LE MARQUIS
Cependant, si, dans le récit des actions des
Sommes, un historien n^envisageoit ses per^ sonnages que comme des machines^ dirigées par une invisible fatalité , guidées vers le bien par unes pente irrésistible, entrsdnées dans le crime par des passions insurmontables , que résulteroit-il d'une semblable lecture? Quelle impression produiroit-elle sur le cœur et sur l'esprit , et quel fruit en pourroit-on retirer? Ceux mêmes qui ont tout fait pour propager ces déplorables doctrines , en ont si bien senti l'odieuse absur-. dite, qu'ils les ont toujours abandonnées dès qu'Us o^t écrit l'histoire.
ivàiis lorsqu'on veut nous expliquer les merveilles de la Création, a-t-on le droit de nous intéresser davantage en oubliant toujours le Créateur , que dis -je, en révoquant en doute son existence ?
Comment l'étude. des cieux et de l'Univers ne conduit-fcUe pas à l'idée sublime de la Divinité? Est-il rien de plus étrange, de plus révoltant qu'un astronome impie, qui, les yeux satis cesse élevés vers les cieux, ne contemple les astres que pour blasphémer ? qui , se privant luimême du bonheur d'admirer, et dépouillant cette science, maj^tueuse de son charme et de sa grandeur, la réduit aux froides combinaisons des calculs? *
Eh! que m'importent tous ces prodiges qu'on
me 4écouvT6 daas les trois règnes de Thistoire naturelle, s'ils ne sont pas p(roduits par iine sagesse infinie , et par uqe puissance protectrice et sans bornes? Puis-je adaiirep avec en^ou*sîasmedes phénomènes sans résultats, un^ouvrage sans plan et sans but, un spectade où rien n'est Élit pour l'âme , puisque rien ne s'y rapporte à rhomme ?
En Tain youdroit-op, par ui^appaiieil sdeniifique , ennoblir ou déguiser la sécheresse et le vide d'une si vaine étude; si, dans tous ces objets créés , on ne montre pas la Brovidence qui les protège et qui les conserve ; si l'on ne cherche pas à mHnitier, non dans les mystères de la suprême intelligence , mais dans tous les secrets de sa bonté , je mépri^ la scienof ; car en supposant qu'elle ne fut pas corruptrice, il est toujours évident que, ne pouvant élever mon âme et contribuer à mon bonheur ^ elle m'^st au moins inutile. Alors je ne vois dans la botanique qu'une assommante et fastidieuse nomenclaturp. Le règne animal^ ainsi que le règne minéral, ne m'ofïre plus que des i^difications de la matière et l'idée stupéfiante du néant; j'aime mieux m'endormir doucement dans le se^n d'une paisible ignorance , que de consumer ma vie par de malheureux efforts d'imagination ( qui ne produiroient que des monstres ) ; par des recherches
pénibles sans résultats bienfaisans , et par des veilles et des travaux sans gloire. Oui , la gloire dans la littérature et dans les sciences ne sauroit s'allier avec l'irréligion hautement professée. L'impiété est également vile et stérile ; elle n'a pu dans ces derniers temps que répéter ce qu'elle a dit dans les siècles, les plus reculés. Comment pourroit-elle être ingénieuse ? Elle flétrit le cœur et dessèche l'imagination ; elle a même trop de bassesse pour inspirer une véritable audace. L'impie se tait , se cache ou se déguise lâchement^ quand il croit qu'il seroit dangereux pour lui de se montrer à découvert ; mais lorsqu'il pense q^'il peut impunément lever le masque, il étonne par son manque de pudeur et par l'excès de son effronterie ; il fait du bruit alors ; l'indignation, la surprise, et l'approbation du vice et de la folie forment sa célébrité passagère. Son orgueil jouit pendant quelques instans d'une honteuse réputation; mais il n'a jamais eu, il n'aura jamais de renommée durable.
C'est la contemplation de l'Univers qui , même dans la littérature , a fait naître toutes les idées du beau, et ces lois si justes qui prescrivent la simplicité dans les moyens, l'unité dans le plan , la variété dans les détails, la liaison dans les diverses parties , l'harmonie , l'accord , la majesté dans l'ensemble, la morale et l'utilité dans le but»
( 3o6 ) La Création entière fut rouvrage d'une seule pensée (a), mais d'une pensée divine qui, par son étendue et par sa profondeur, en fait naître une infinité d'autres. Dieu voulut que ce grand ouvrage offrît toujours à l'homme coupable et déchu le souvenir ou la réalité d'une punition paternelle. Dieu mit sur tout l'Univers l'empreinte auguste et touchante de sa justice, de son amour pour ses créatures, et de sa bonté suprême. Il répandit sur la terre beaucoup moins de maux que de biens ; il y prodigua les richesses réelles, il y sema les maux avec mesure , et, toujours à côté d'eux , il plaça les remèdes ou les dédommagemens. La classe des animaux paisibles est infiniment plus nombreuse que celle des bétes féroces; et il est bien remarquable que les animaux qu'il étoit le plus facile de soumettre au joug , soient précisément ceux qui pouvoient rendre le plus de services à l'homme, tandis que les animaux farouches^ incapables de prendre de l'attachement pour un maître, ne lui seroient d'aucune utilité dans la vie domestique. Ainsi, Dieu ne s'est pas contenté de donner à l'homme tous les moyens de force, d'a-
(a) L'Homogénéité qui $e trouve dans les trois règnes , et la chaîne qui les unit, causeront toujours la plus vive admiration à tous ceux qui auront fait de l'histoire naturelle une étude un peu approfondie.
( 3o7 ) dresse et d'industrie nécessaires pour se ressaisir de son primitif empire sur les animaux. Il a daigné lui préparer des conquêtes faciles , véritablement utiles et sans danger , et les lui désigner en douant tous les animaux devenus domestiques d'un instinct doux et tranquille ; et si l'animal le plus sensible n'offre rien d'utile à nos besoins physiques, c'est pour lui un bienfait 'de la nature; il falloit que l'homine ne dût jamais être tenté de faire une victime du chien fidèle , son compagnon , son gardien , son dé-» fenseur.
Parmi les végétaux , le nombre des plantes salutaires surpasse de beaucoup celui des plantes vénéneuses; et, d^ins les lieux où se trouvent ces derniers, on trouve aussi leurs antidotes. Par exemple , le contre-poison certain du fruit du mancenilier, est l'eau de la mer bue sur-le-champ; et ces arbres ne viennent jamais que sur le bord de la mer. C'est ainsi que, sur le sommet des Alpes, croissent toujours ensemble le thora y dont le suc est un venin mortel, et Vanti-thoruy son contre-poison , le seul efficace que l'on connoisse; et c'est ainsi qu'au Choca^ dans l'Amérique méridionale , où les serpens les plus venimeux se rencontrent par milliers, se trouve cette plante miraculeuse, le guaco , dont le suc est un
ao..
préservatif certain contre le danger de leurs morsures.
Sur la terre, les précipices, les volcans, les antres affreux n'occupent qu'un petit espace, ainsi que les écueils et les gouffres dans la vaste étendue des mers.
La divine Providence ne se manifeste pas moins dans les soins qu'elle prend pour conserver tout ce qu'elle a créé : l'anatomiste , le botaniste et le naturaliste l'admirent également ; Tun en examinant la structure du corps humain, et les autres en étudiant l'organisation des végétaux et celle des insectea et de tous les ani«maux. Ceux qui sont assez malheureux pour ne voir dans ce grand spectacle que l'effet d'une puissance aveugle et du hasard, sont privés de tous les sentimens élevés que cette contemplation inspire naturellement aux âmes religieuses. Quelle idée noble et grande a jamais pu naître d'une telle croyance? L'impiété, absurde dans ses erreurs , est toujours abjecte dans ses systèmes. Ici la foi devient une lumière ; seule , et dépouillée des secours des sciences humaines, elle peut découvrir , dans l'étude de la nature , des rapports admirables , des desseins sublimes que l'orgueilleuse incrédulité n'apercevra jamais.
LE BARON
Au milieu de toutes vos lumières^ il &ut convenir que vous montrez un orgueil peu commun , en pensant bonnement que TUnivers entier n'a été fait que pour vous.
L£ MARQUIS
Ah ! vous voilà humble ; mais on^ sait ce qu*on doit penser de l'humilité des philosophes. La Providence n'agit que relativement pour les brutes , et elle cesseroit d'agir , si elle n'avoit pas, pour objet de ses soins , une créature raisonnable , animée d'une âme immortelle; car cette Providence , n'étant autre chose que la justiqe et la bonté divine, toujours indispensablement unies ensemble , qu'auroit-elle à punir ou à récompenser sur la terre, si l'homme n'existoit pas? L'homme est donc fait pour y régner , puisque non-seulement il y est nécessaire, mais que, sans lui , toute l'harmonie , toutes les beautés en se* roient anéanties. Le seul être qui puisse connoître Dieu , peut seul vivifier la Création. Sans la connoissance de Dieu, il n'y auroit ni morale, ni lois raisonnables; et, sans culte, ni liens, ni rapports entre Dieu et l'homme , qui ne peut jouir de la souveraineté qui lui est confiée, qu'en puisant à la source intarissable de la perfection et des lu** mières, et qu'en méritant, par la reconnoissance^
( 3io ) tous les bienfaits de l'amour et tous les secours d'une protection suprême.
LE BARON
Vous parlez très-bien, mon cher marquis; mais je vous avoue qu'il me semble que, dans votre propre système , vous rabaissez infiniment la majesté divine, en la supposant sans cesse occupée d'une multitude de petits détails , la conservation des plantes, des insectes
, LE MARQUIS
Ce sont au contraire les philosophes modernes qui n'ont pas d'idée de la suprême puissance. Sans doute le souverain d'un vaste empire ne doit s'occuper que de l'ensemble du gouvernement ? parcequ'il ne pourroit suffire aux détails. Dieu voulut borner l'ambition de l'homme sur la terre , en lui refusant la possibilité de gouverner seul un grand État.A mesure que l'homme étend sa domination , il est forcé de confier à d'autres le pouvoir de régir et de commander: il conserve les honneurs de l'autorité souveraine ; mais il en perd le véritable droit , celui d'ordonner tout lui-même.
Dieu suffit à tout : d'un seul regard , il voit l'ensemble et les moindres détails .de ses ouvrages; il n'a besoin ni d'effort , ni d'application , pour veiller sur tous les êtres qu'il a créés , et pour
préparer en même temps les révolutions des empires.
L'histoire naturelle cessera d'être une science aride , quand on y cherchera les traces si multipliées dé la bonté divine ; la science alors produira le plus noble , le pllis doux sentiment du cœur humain , l'admiration fondée sur la reconnoissance ;et l'histoire de la nature, en montrant toujours l'homme enrapport avec Dieu , donnera la vie à tous les objets créés , et l'intérêt le plus puissant à toutes ses descriptions. Quel charme alors dans cette étude ! Voir Dieu partout dans l'Univers , c'est anticiper sur les joies du Ciel où l'on ne verra que lui.... Ces vérités seront toujours combattues par une aveugle impiété ; mais-, aux yeux mêmes des incrédules, qui ont conservé de l'élévation d'âme , elles valent mieu:?;, à ne les considérer que comme une hypothèse^ que le système ignoble et dégoûtant qui nous représente l'homme comme un animal perfectionné , qui peut et qui doit dégénérer et redevenir , avec le temps , un quadrupède ou le plus vil insecte.
LE BARON
Je vous le répète, mon ami, vous dissertez il merveille ; mais si vous vouliez bien mettre un terme à toutes ces déclamations anti-philosophiques , vous obtiendriez facilement la bien-
(3ia)
veîUance d'une société nombreuse éclairée et puissante , et je vous en répondrois. Vous avez de l'instruction , du talent y et vous desirez sans doute de la célébrité.
LE MARQUIS
Moi ! poiiït du tout ; et celle que je vois à de certaines personnes sufBroit pour m'en dégoûter.
LE BARON
Parlons franchement : tout homme d'esprit aime la gloire. Je ne vous demande point ce que vous appelleriez une apostasie^ mais cessez de déclamer Contre les philosophes et surtout contre leur chef; employez votre belle imagination a faire des ouvrages d'un genre agréable , et ne vous érigez point en réformateur. Alors je vous promettrai d'éclatans succès; car, il ne faut pas i^'abuser, ce sont les philosophes, et uniquement eux , qui font aujourd'hui les réputations. Contentez-vous de plaire ; soyez moraliste , si vous voulez , mais sans attaquer et sans offenser des gens redoutables et pleins de génie. Prenez avec moi cet engagement , et nous vous élèverons aux nues.
LE MARQUIS
Je préfère votre estime à votre indulgence.
LE BARON
Vous vous en repentirez.
LE MARQUIS
Jamais.
LE BA.aow, brusquement.
Adieu, donc.
LE MARQUIS
Adieu.
NOTES