‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 26 sur 32 · DU CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE XI

(i) Ok trouve, dans les Œuvres de d*j4lembert un nombre infini de passages aussi ridicules , et, entre autres, celuici , dans ce même Eloge de Despréaux.

c Despréanx , qui ne Youloit pas qu'on/ûi tiède pour les » anciens , ne vit , dans Fami de Perrault^ que leur ennemi » déclaré ; il le traita comme le voyageur traite la cigale qu'il » rencontre parmi des sautejrelles , et qu'il écrase avec elles D impitoyablement , par la seule raison qu'elle a le malheur >> de se trouver dans une compagnie qui lui déplaît. »

Aucune relation de voyage ne parle de cette mortelle an* tipathie des voyageurs pour les sauterelles : il est possible qu'en marchant^ un voyageur écrase des sauterelles et des cigales , mais sans les poursuivre impitoyablement, et comme on écrase des fourmis, des araignées et d'autres insectes. D'ailleurs, cet ami de Perrault, qui étoit Fontenelle, ne fut nullement écrasé par Despréaux. Les satires de ce dernier n'ont fait tort , ni à la fortune , ni à la réputation de Fontenelle, Enfin Despréaux ne haissoit pas Fontenelle , par la Seule raison qu'il avoit le malheur de se trouver dans une compagnie qui lui déplaisoit ; mais il le haîssoit parce que Fontenelle n'aimoit pas les anciens.

Voici une autre comparaison, plus ridicule encore, au «ujet de la pièce de Pyrrhus ( par Crëlnllon ) , qui fîit bien reçue du public :

« Mais Faccuâl fat passager, et Touvrage a disparu iU » dessus la scène , comme un collatéral éloigné , intrus dans » une succession qui ne lui appartient pas, est obligé de re- » noncer au partage qu'il prétendoit faire avec les héritiers « légitimes (a)* »

Quel goût! quel style!... Dans TËloge de Bemouilli, M. d*AIembert , pour annoncer qn il ne parlera , ni de Taib* née de sa naissance , ni de celle de sa mort, prend cette ingénieuse tournure : a Je laisse à des chercheurs de dates » et à des compilateurs, le soin de le faire naître et mourir. » Je ne crois pas que Ton puisse trouver dans Voiture une phrase plus ùngulièrement ridicule.

Dans l'Eloge de Destouches , il dît que telle pièce qui a du succès à Paris est peu goûtée en prorince , « parce que » Fauteur y a peint les mœurs de Paris plus que celles de la » nation ; cdles du moment plus que celles de ï année \ elle r» jargon du jour plutôt que celui du lendemain. » Voilà «ne plaisante critique ! A moins d'une réyélation, où ne peut peindre que ce qui existe ; et si les mœurs doivent changer le lendemcdn , il faut être prophète pour pouvoir peindre cette révolution. Ces petite écarts^ ce manque total de sens commun, se retrouvent continuellement dans ces Eloges. On a dit que Thomas avoît commencé à gâter I9 langue française , par les galimathias emphatiques répandus dans ses écrits. On peut sans doute lui reprocher quelques Cftux brillans , et souvent des pensées trop recherchées; mais du moins cet auteur a plus souvent encore de la grandeur

ia) Éloge de Grébillotu

dans les idées. U est toujours noble; il est quelquefois sublime; il n'est jamais extravagant ^ cosune Diderot, ou puéril , comme d'Alembert : Texagération peut être excusable, la. platitude ne sauroit Tétre. On pardonne tout^ et même ayec estime , à Télévation d'âme ; mais la fausseté des sentimens , unie à la prétention et à la petitesse, ne peuvent exciter que le mépris.

(i) L'ode que Lebrun adressa à M. de Voltaire, avoit pour unique motif de l'engager à tirer de la misère la petite nièce du grand Corneille. Cette ode étoit noble et toucbante; elle annonçoit un talent que Fauteur a gâté depuis, en le profanant avec iadignité.

(3) Diderot , dans tous ses ouvrages , montre la même dépravation de principes. Cest lui qui , dans VEncjclopé^ die , a donné les extraits de la doctrine des anciens philo-» sophes ; et toutes les idées du juste et de l'injuste , du bien et du mal , y sont bouleversées. L'éditeur y joint , par ses propres réflexions , tout ce qui peut tendre à diminuer le mépris du vice et le respect pour les idées morales» Partout il insinue , ou même il professe le système affreux de la fatalité. Tous ces articles sont révoltans. Il suffira de cïXec celui ^Aristippë y dans lequel l'éditeur trouve tout simple qu'un philosophe aime des courtisannes , et qu'il aille à la Cour pour y flatter, y dissimuler, etc. Dans ce même article, il rapporte d'horribles maximes d'Aristippe, qu'il approuve sans restriction ; entre autres^ celle-ci : que la vertu n'est à souhaiter qu'autant qu'elle est un plaisir présent, ou une peine qui doit rapporter plus de plaisir; qu'il n'y a rien en soi de juste et d'injuste^ d'honnête et de déshonnéte, La fin de cet article est si infâme , qu'il est impossibl«( de la transcrire dans cet ouvrage.

(4) A l'occasion des déclan&ations de Voltaire contre les

religieux et religieuses , -voici la lettre qile lui édrivît la sœur des Anges , religieuse de F Annonciade , et sa tante.

< Que TOUS tenez mal votre parole , mon ch<Hr neveu :

» vous m'aviez promis de respecter la Religion et ceux qui la

» pratiquent , et vous leur faites sans cesse de nouveaux ou-

» trages! Que voulez-vous à ces religieuses que vous calom-

p niez dans toutes vos brochures , et que vous peignez (très-

»|aussement) comme des esclaves infortunées? Vous qui

DVOQs piquez d'être humain , pourquoi insultez-vous au

» malheuri dont vous supposez qu'elles sont les victimes ?

»Si elles supportent le joug avec résignation, on doit les

1» admirer ; si c'est avec impatience , il fant les plaindre et

» non les outrager. Vous parlez sans cesse de faire dubien^

3» et vous ne cessez de faire du mal; nos villes sont rempUes

» de vieilles filles, et vous vous: plaignez continu^lemant du

» mal que font les monastères. Commencez à sacrifier une

» partie de votre fortune à faire établir- les célibataires du

^ siècle, et puis vous parlerez de rendre utiles les célibataires

» de la Religion. Mais je vous connois» mon cher neveu ;

» vous êtes bien éloigné de proposer ce projet , «t de le faire

» valoir à vos dépens. H s'agit bien moins de l'intérêt de la

D population, dont vous vous souciez fort peu , que de celui

» de votre commerce typographique^ qui v.ou^,ti<$nt fort à

» cœur. Il faut plaire aux gens du monde , et vous cherchez

»des ridicules hors du monde. A-t>on jamais vu, dans au-

»cun siècle (grâce à -^os apologies du luxe), autant de co-

» médiens , de baladins , de farceurs , de musiciens, de par-

9 fumeurs, de perruquiers , de courtîsannes ^ qu'on en voit

B à présent? L'Egypte n'avoit pas autant de sauterelles.

» Soyez reconnoissant au moins une. fois dans votre vie , et

» convenez que, si vous ne devez pas beaucoup aux religieuses»

( 4o6 ) » rotis avez dègrairâes obligations aax religSeiu:. Les Jésuite» «TOUS oBt inspire le goût des Belles-Lettres et de la Tertu; )) et si TOUS n'avez profité que de la partie la moins impor- *3» tante de leurs leeons , ce n'est pas leur faute. Commeiit un » auteur pourroit-il écrire fhistoirè , sans le secôut« des re- » cherches pénibles et savantes des tolitaires, dont vous en-' * viez tant les richesses et si peu les vertus ? Mais il y a plus : » les mains laborieuses de ces vertueux cénobites i^'ont-eUes » pas défriché et fertilisé les 'cantons les plus stériles , et *■ peut-être cdui que vous habitez? Leu^ domaines ne sont- »ils pas encore la portion de TÉtàt là plus peuplée et la » mieux cultivée ? Leurs maisons né softt-^Iles pas la rés*^ i sOtdc^e de tant -d'autres , qu'elles soulagent du poids dWe » trop notobreàse famille? Beaucoup -de fiunilles illustres » nVnt-elles pas été relevée^ dans leur ehute par elles, et » soutenues dans une spkfiideur utile au service du Roi et » au bien du royaume ? Quand on a de la raison et de Yhu^ h manitéy peut-on ëirk jalotix des biens ecclésiastiques? Ne » sont-ils pas le patrimoine de ees communautés où la plus » Jpure charité s'exerce avec une vertu si héroïque? Ifen'a- ^tron pas doiiné une partie à ces hôpitaux, où l'indigence »est sbcoùrue par un sexe dâieat; qui sacrifie la beauté et » la jeunesse , èt^ûvént la haute naissance, p<mr' soulager » ce rama^ dés misères humaines , si humiliantes pour noire » ox^eil et si révoltantes pour iiotre délicates^ ?

« Les biens ecefésiàstiques-ne sonM)^ pas encore le par- » tage de ces coUéges , de ces séminaires, de ces écoles , plus » que jlanais née^èssaircs à Féduca^n de la jeunesse ? L'avan- » tage de TÉ^tat^ celui de là Religion, se réunissent pourvotis » imposer silence. Voyeaî le b^lt où îl.est , et ne vous pi- . » quez pas de c&ercher un mieux qui seroit peut-être le pure.

» Qu'il est mal adroit de se plaindre sans cesse que I^glise

» d^evpk rÉtal ! 11 y a loiiante ans que chaque maison » religieuse ( qvoîqiie le nombre ea f(d pliu grand Blùt%y » comptoit att moins le douUe de svfets plus qn'aujottt^httl \ >>!« royaume n'en aToitpasmoins plits d'un million d'hmiàlliei » qu'il n'en possède. Atouet que ee n'est pas la clerg<é êéon* » lier qui nuit à la population } et tous ^ qui Votdéfe qptùti » tolère les erreurs monstrueuses des îdolâtrM , âtè Tuk*<:s^ » des quakers y tolères les Tertus do tos clMioitoyens ; adou«- » cissea l'Acreté de vos dèdamations contre les rdl^eta. » Tandis que Youa Vomisses -votre bile coflOre éulL , il / â » peut-être trois itûlle solitaires rertueitt qtii lèvent des » mains pures au Cîd pour détourner les fléAux prêts à fon^ » dre sur vonso. J« me joins à ces bonneis âmes, mob cbet » neveu; et comme je m'intéresse toujours à la TÔtre, je doiê » finir par quelques avis y qaiy peut-être , nt sef 6ht pas iHtt-^' ».tiles.

^ Vous dèdamieB sans cesse contre des personnes que vottf » supposes être malhenreuses , cela n'est pas bttihaln; voué » les injuries , cela n'est pas noble; tous opposes au tableau » de leurs vertus celui des bienfiiits qna vous dit^ répandre 3» sur des infortunés ^ cela n'est pas modeste. Xe ebrëtîéU » cacbe le bien qu'il fait^ le sag« n'eu parle pas... Gardes , » surtout y le silence sur l'église que vous oves réparée ; car 9 il vaudroit beaucoup mieux né pas décbirèr le sein dé «l'Église universelley que df^BdbcIlir des chap^^es de vil-« »lage»

» Je suia tout à voni , etc.^ etc. »

Soxua DXft Angcs (a).

(«) Gcttfl Isuie Mttltèe d'ua Utse tatlttaê t rolmtre, Pmtkufatiêé^ curieuses de savù et 4k M mcfCffaieM.i^'BtttflL

Tous les pliilosophisles, tous les rëpubUeains , et les jact>bins leurs disciples , répètent snccesftyement y et sans inter-^ ruption , depuis quatre-vingts ans , que toutes les religieuses sont des imbécilles et des victimes. Qu'en savent-ils , puisqu'ils n'ont jamais pénétré dans les cloîtres ? Ils ont vu néanmoins que des victimes, lorsqu'on leur a déclaré qu'elles pouvoient quitter leurs cloîtres , ont refusé d'en sortir, et qu'il a fallu les en chasser avec violence pour les mettre en liberté; et qu'enfin les regrets d'un très-grand nombre ont été si courageux , qu'après les avoir débarrassées de la retraite et des grilles , on a cru devoir aussi les affranchir de la vie. (a). Quant à l'imbécillité , il est certain que les religieuses n'avoient pas une conversation brillante, et qu'elles eussent fort mal soutenu celle des gens du monde ; mais pourquoi ne seroit-il pas possible qu'une religieuse eût, comme tout autre personne, de l'esprit naturel ? On répond que leur genre de vie doit les abrutir. Il est cependant bien dégagé de toute idée matérielle et grossière. H sembleroit que les véritables causes qui peuvent corrompre le goût et gâter l'esprit , se trouveroient plutôt dans la dissipation fn« vole et continuelle qui prive de toute réflesdôn, dans les vices qui dégradent l'âme. Une femme qui a passé tonte sa jeunesse à ne s'occuper que de sa toilette , de sa parure et du bal^ doit-elle avoir l'esprit' plus cultivé qu'une rétigieuse? I^est-il pas , au contraire , beaucoup plus simple de penser que la solitude et le silence , l'exercice constant et l'habitude de toutes les vertus , le mépris du faste et des grandeurs humaines, l'amour de la retraite , de là firu-

(a) C'est ce qu'on avoît déjà vu à Genève, k la pKtendne réfbnntlion £dte par Calvin* Tîntes les reUgiease« tekaèceat de sortir de Itnn. «onyents, alors on les persécata «t on les ch|Ma«

galité , de la paix et d'ime sainte égalité, doirent naturellement élevée Fàme et perfectionner la raison. On se récrie sur la profonde ignorance des religieuses ; cependant toutes les maitresses de classes des UrsuUnes et des Filles-Sainte- Blarie , savoient parfaitement l'histoire sainte , la chronologie de rhistoire profane , la géographie et l'arithmétique -, plusieurs savcnent le latin (iz). U n'y avoit point de couyent où il n'y eÀt une bibliothèque. lies gens du monde , qui n'ont jamais étudié l'Ecritnre^ainte , savent du moins comrbien le style et les pensées en sont sublimes. Les religieuses lisent , d'ailleurs , coiktinuellement les ouvrages immortels de nos grands orateurs chrétiens; et l'on croit qu'une personne qui y dans la retraite et la méditation y nourrit sana cesse son esprit par de teUes lectures , a bien autant d'idées morales et d'instruction que les femmes qui n'ont lu que des brochures , des feuilles éphémères , et quelques discours académiques.

(5) Il faut voir, dans la Correspondance , avec quels artifices et quelle suite M. de Voltaire , d'Alembert et les autres chefs, se faisoient valoir mutuellement. Il faut voir ^ comment d'Alembert, qui, dans ses écrits et sa conversation, afiectoit :un sa gra^d désintéressement , employoit en secret le crédit de Voltaire et de ses amis pour se faire donner des pensions par le roi de Prusse , l'impératrice de Russie , le goHvernement français , même madame Geoffrin (b). Voltaire exigeoit les mêmes intrigues pour se faire élever une

(a) Entre antres , madame de Lamoignon , snpcrlenre des JFiUes- Sainte-Maiie, une véritable sainte, et Fnne des femmes les' pins spiiitnèlles et les pins savantes que j'aie connnes.

(b) De i,5oo liv. viagères; elle en avoit assnré de semblables à MM. Morellet et Thomas. ( Mémoires de Moreliet. )

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statae, et sé faire louer à F Académie et dans tdus les on» vrages de ses partisans. On peut dire que le soin de sa ré* putation a beaucoup plus exerce son activité que la coin-. position de ses ouVrages.

(6) Il est reiiiarquâble que M. de Voltaire^ qui avoit une grande fortune , et qui montre à d'Alembert une amitié ^i vive, uii attachement si éendre> ne lui ait jamais offert de. lui prêter de l'argent, quand d^Alembert se plaignoit sans cesse de sa pauvreté. t)'Alembert lui écrivit qu'il désiroit passionnément , pour sa santé et poursOn instruction, de faire le voyage d'Italie ; mais qu'il manquoit d'argent , et qu'il le supplioit d'engager le roi de Prusse à faire les frais de ce voyage. M. de Voltaire lui répondit ;

« Je soubaîté que Denis {a) fasse ce que vous savez-; mai» » je doute que le viatique soit assez fort pour vous procurer «toutes les commodités et tous les agrémens nécessaires » pour un tel voyage ; et si vous tombez malade en chemin , » que deviendrez-vous {^) ? »

Et après cette réflexion , M« de Yoltaiie parle d'autre chose !

n faut avoir l'àme bien basse et bien insôisible pour écrire ainsi à son ami intime , alors même qu'on avroit qim fortune bornée , et M. de Voltaire avoit 100,000 livres de rentes ! Dans le siècle précédent , Voiture écrivoit à son ami: J'iU besoin de i5,ooo livres; si w>us ne les apezpas, ven^ dez ei mettez en gage; car it me faut absolument cette somme sous trois jours. La somme fat envoyée dans les vingt-quatre heures.' Pour qu'un tel langage soit noble et touchant , il faut une amitié bien .sincère et bien éprouvée ^

(a) Le Rm de PniMe.

(^) Corresponéance , toa. XXI y pag. 7 3.

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mais avant que la philosopbie moderne eût éclairé rUnipers, les exemples de cette espèce d'amitié n'étoient pas rares. Les intrigans n'ont que des preneurs ; la vertu seule est la base de la véritable amitié.

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