TOUTES A LA FOIS
Oui, oui.
LE CHEVALIER se lèye, va feuilleter V Encyclopédie, et lit tout haut.
Carnation. « Les filles brunes qui sont sages , ^ et qui cependant aiment à plaire, ne portent » ni les blondes, ni le linge, ni les coëffes d'un n beau blanc, parce qu'il les feroit paroitre d'un » coloris incarnat , noir et terne. »
LA DUCHESSE
Mais quelle folie !... Les fiJles brunes et sages portent du linge sale par coquetterie?
' LA COMTESSE
Je crois qu'elles savent au contraire que les rejlets d'un beau blanc sont très-favorables au teint des brunes.
LE CHEVALIER , contiiiuant la lecture.
« Les femmes coquettes qui comptent plus
(473) » sur leur intrigue que sur la beauté de leur cari> nation, doivent porter les couleurs qui jurent » avec le doux incarnat de la pudeur. Par exem* » pie, un fard de carmin pur, barioler leur vi- » sage de mouches, noircir de couleur de jai » leurs sourcils; en un mot, mettre sur toute » leur figure des enseignes qui appellent à grands » cris les passions. »
LA MABiCHALE.
Cela est charmant.
M. DE POWDEVESLE.
Vous allez nous lire à présent l'article Bosquet.
LE CHEVALIER
Assurément ; c'est l'article à grandes prétentions, et les éditeurs le trouvent si beau, qu'ils l'ont fait précéder de l'éloge de la brillante ùnor gination de l'auteur , qui est M. le baron de Tschpudy ; voici ce petit chef-d'œuvre, et madame la maréchale va sûrement retrouver dans ce morceau tout ce qu'elle a pensé mille fois, en se promenant dans la forêt et dans les bosquets de Montmorency : (mit.) « Où est celui qui n'a ja- » mais essuyé son front à la fraîcheur des forêts, » et ouvert l'oreille à leurs concerts?... i>
LA MARÉCHALE
Je dois vous avouer, Chevalier, que je n'ai jamais sué dans la forêt de Montmorency.
LA. DUGHBBSB.
D'ailIearS) je ne sâus pas pourquoi hL/raicheur invite à s'essujer le/ront.
LE CHEVALIER
N'importe; écoutez, Madame, et vous allez sûrement vous reconnoître dans la description «uivante :
« Ne voulez-vous que recueillir aU frais des » oiseaux et vos pensées ?.... »
LE MARECHAL DE RICHELIEU
Recueillir des oiseaux et ses pensées /...*
LE CHEVALIER , lisant.
« Jetez des masses d'arbres et d'arbustes entre ^ des sentiers sinueux ,* tels que ceux où les amans » et les poètes vont rêver si volontiers »
M. DE POIfTDEVESLE.
Si volontiers ! comme cette expi^ssion vulgaire s'accorde bien avec le ton poétique de ce morceau !....
MABABfE DU DEFFANT.
Ainsi, quand on jette des masses d^ arbres entre des sentiers sinueux^ on recueille au frais des ai' seaux et ses pensées /....
LA MARiCHALE.
Cela^est bon à savoir quand on a un jardin
LE GH£VA.LI£il , lisaiit
' « Offrez, pour Taisance de leur ménage , Taubé- » pine au rossignol, et le genêt au linot.^. Là, » j'aimerois aussi à trouver la terre jonchée de » prunes bigarrées, à écarter du pied la pomme » et la poire, et à contester la cerise slxxx loriots.... » Les contrastes sont la coquetterie de la nature » et le charme de l'art..... Je mélerois jusqu'aux » caractères des odeurs; je cliargerois les vents » de m'apporter leurs flots légers; elles éveillent » Timagination.... Peut-être elles ouvrent Fâme à » la bienveillance par Fattrait du plaisir.... Moi, » j'aime à écarter les branches en marchant et à » cacher ma tête dans les fleurs.... Il est gracieux » d'apercevoir cette architecture svelte et ajou- » rée, où des cordons de verdure s'élancent en » colonnes »
LA COMTESSE
Comparer des cordons de verdure à des colonnes 1 cela est neuf.
LE CHEVALIER , lisant.
ce Je me plairois à voir la pâquerette entourer » le pied des arbres , et la jacinthe expirer sur le » sein entr'ouvert du narcisse...., tandis que le » chardonneret chante sur la flèche d'un arbre » comme un bouquet harmonieux.... ; une de ces ^> belles soirées, où un jour tendre caresse la vue,
(476) » OÙ les vapetirs odorantes ondoient mollement 9 dans un air tiède, et lorsque le soleil qui baisse >> pénètre de ses rayons, rasant les pétales dia- ^phanes, au centre du bpsquet qui les réunit, » s'élèvent les arbres dont le vêtement est le plus » étoffé!... Une chaleur sèche et brûlante m'en- » vironne et m'accable : où fuir quand me$ fibres 3> sont relâchées , que ma poitrine manque de res^ » sorts?... Voyez par-là ces bergères assises dans s> l'eau , sous la voûte des saules ; et , par ici, leurs » génisses à moitié cachées dans les roseaux qui » s'y tiennent immobiles , tandis que , sur la roche » voisine , à l'ombre de cet orme dont ses brebis » couronnent le pied, ce berger a jeté ses vête- » mens et s'est couché près de son chien , dont
» la langue sort pantelante Ce bosquet est le
» sanctuaire des ombres et l'urne des eaux ; il y> sera aussi le temple de l'^ir »
LE DUC
Il me paroît difficile que le sanctuaire des ombres, qui doit être celui de l'obscurité, soit le temple de l'air.
LE MARIÊCHAL DE BIROK.
Quelle extravagance et quelle puérilité !
LE CHEVALIER, lisant.
a Qui m'empécheroit de jeter dans un coin la 3» courge rampante, de fouler, parmi les herbes,
( 477 ) > le fraisier des Alpes; de cueillir, en passant ,sur » les rameaux quis'inclineut, l'ahricot, la prune » et la griotte?.... C'est vous que j'aimerois alors, » cèdres immortels, dont les branches fourrées
» nagent dans les airs comme des nuages !
» D'autres plus légères voltigent en banderoles » auprès de ces touffes épaisses qui se relèvent » comme les pans d'une robe enflée d'air; ainsi » on fait jouer les formes et badiner les acci- » dens.... »
LA MARiCH/LLE.
Des accidens qui badinent^ qui folâtrent; quelle image gracieuse !....
LE Chevalier.
• Pérméttez-môi de vous citer encore un article d'un genre badin , plus charmant , s'il est possible , que celui que vous venez d'entendre.
MADAME DU DEFFAITT:
Quel est ce mot ?
Calembourg.
MADAME DU DEEFAIÏT.
Je ne le connois pas.
LA MARiCHALE.'
Ni moi non plus.
Li. BUCHESSE.
J'ai entendu dire qu*îl est stupide.
LA COMTESSE
Et atroce.
LE CHEVALIER
Vous en allez juger ; le voici :
cr Ce seroit une platitude bien froide de dire: » cet homme-la mérite d^être cru; il nejàutpas le » cuire. Mais on sera sûr de faire rire avec la » même équivoque , en supposant un homme » condamné à être brûlé , qui , au moment où » Ton va mettre le feu au bûcher, veut parler » encore pour sa justification, et en admettant » un interlocuteur qui lui adre^e ces mots ; f^a, y> mon ç^nù^ ce que tu dis là et rie^^ cest la mêma y^xhose ; tu ne seras plus cru. »
LE ifARiCHALB.
Quelle horreur !
LA DUCHESSE
Cela est véritablement exécrable autant qu'absurde.
LA COMTESSE
Cependant les éditeurs étaient sûrs de nous faire rire avec cet article.
LE CHEVALIER
Permettez - moi de vous lire encore le mot
(479) Caractère peint y dans lequel il est dit que : a les » t^es de StéroD, de Galigala^ d'Odion et de a> Commode (dans les médailles % semblent nous » décrire jusqu'à quel point les petits-maîtres » peuvent devenir scélérats.... »
LE MARliCHAL DE HICHELIEU.
J^éroUj petii'-mattre!
LA COMTESSE
On ne sait pas pourquoi on place Othon dans la classe de ces monstres. Othon fat peut-être un petit-mattre, mais il ne fat point un scélérat
LE CHEVALIER , continuant de lire.
« Dans les médailles de Y espasien , on croit » mesurer l'étendue de son avarice..., »
LÀ MARECHALE.
Cela n'est pas facile à représenter dans une gravure.
M. ÎXR MALESHERJBES.
On s'étonneroit que Yespasîen , l'un des mieilleurs et des. plus grands empereurs, ne fui dé* signé ici que d'une manière injurieuse, si l'on ne savoit pas que ce prince si clément , si généreux, et qui protégea avec éclat lés arts, les lettres et les sciences, fat obligé de chasser de Rome trois ou quatre philosophes insoleas et séditieux.
LE. CHEVALIER, continuant dé lire.
« Marc-Aurèle paroit être violemment attentif » à remplir tous ses devoirs. »
LA MARÉCHALE
Voilà encore une chose qu'il est merveilleux de pouvoir représenter dans un profil; on a raison de louer le talent extraordinaire des anciens artistes.
LE CHEVALIER
Assurément, car l'un des nôtres pourroit à peine 9 dans une. tête, nous donner seulement l'idée d'un prince médiocrement attentif à remplir un de ses devoirs.
LE MARÉCHAL DE BIRON
On ne conçoit pas comment des hommes qui ne sont pas imbécilles , peuvent insérer de telles choses, dans un ouvrage sérieux qu'ils appellent nationaL
M. DE PONDEVESLE.*
Il y a bien d'autres bizarreries dans ce siècleci 9 que l'on ne concevra pas un jour.
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
Heureux les jours où l'on s'en étonnera!
M. DE MALESHERBES
Quoi de plus surprenant que toutes les folies et les bêtises que les encyclopédistes se permet-
tent dans tous les genres, et même à commencer par Voltaire ; je m'en rappelle une de lui qui n'a jamais été relevée et qui me paroît inouie.
a La langue primitive^ dit -il, n'est-elle pas » une plaisante chimère ? que diriez-vous d'un » homme qui voudroit rechercher quel a été le » cri primitif de tous les animaux , et comment » il est arrivé que, dans une multitude de siècles, )» les moutons se soient mis à bêler , les chats » à miauler , les pigeons à roucouler, les linottes » à siffler (a)?» '
MADAME DU DEFFAKT.
Quel raisonnement inconcevable !
M. DE MALESHERBES
On en pburroit citer bien d'autres de la même force , du même auteur ; j'avoue que ce qui m'irrite le plus contre nos beaux esprits célèbres, c'est l'orgueil insupportable, qui leur donne une partialité, une injustice, une dupli-cité dont on n'a jamais, je crois, vu d'exemples : j'ai eu la satisfaction d'exprimer à cet égard ma façon de penser à M. d'Alembert d'une manière non équivoque dans une réponse à une de ses lettres (è).
(a) Dictionnaire philosophique de Voltaire, mot ABC ou Alphabet, 1 ../
{b) Cette lettre imprimée est yéritablement admirable j
LE DUC
On n'a jamais vu une secte entière aussi scandaleusement impie , obscène , séditieuse , et en même temps aussi burlesquement ridicule à tant d*égàrds.
LE MABicHAL DE RICHELIEU.
Cependant cette secte, si tous les bons esprits ne se liguent pas contre elle, cette secte audacieuse et turbulente bouleversera l'Europe : il y a déjà tant dé gens corrompus par eux, et tant de sots
MADAME DU DEFFANT
Ah! M. le maréchal, c'est voir trop en noir; et cette crainte exagérée rappelle l'étonnante prédiction dé l'abbé* de Beauregard.
LA COMTESSE.'
Qu'est-ce que l'abbé de Éeauregard?
MADAME DU DEFFANT
Comment, Madame, vous n'avez pas entendu parler du sermon réellement insensé , prêché à Notre-Dame par l'abbé de Beauregard?
LA COMTESSE
J'arrive de l'Ile-Adam , où l'on ne parloit que d'amusemens et de fêtes.
elle fait le plus grand honneur à M. de Malesherbes , et se trouve dans la Correspondance de é^Jilembert,
On m'a bien dit quelque chose de cet abbé, qui a toujours été, dit-on, très-vertueux et trèssage ; mais qui a eu en chaire une espèce d'accès de foUe.
MADAME DU DEFFAWT.
Son sermon imprimé a paru hier; il est sur le coin de ma cheminée.
M. DE MALESHERBES
Le voici.
MADAME DU DEFFANT
Le passage est marqué par une corne; de grâce, M, de Malesherbes, lisez-le tout haut.
M. DE MALESHERBES , lisant.
a Oui , c'est au Roi et à la Religion que les phiy> losophès en veulent! la hache et le marteau m sont dans leurs mains ! ils n'attendent que » l'instant favorable pour renverser le trône et » l'autel! ))
LE MAR:ÉCHAL de RICHELIEU.
Je suis tout-à-fait de cette opinion.
LE DUC
C'est la mienne aussL
M. DE MALESHERBES , lisant.
« Oui, vos temples, Seigneur, seront dépouil-
( 484 ) ^ lés et détruits, vos fêtes abolies, voire nom ». blasphémé , votre culte proscrit!.... »
L£ MARÉCHAL DE BIRON
Cela est impossible.
M. DE MALESBERBES , lisant.
ce Mais que vois-je !.... le pontife de Baal dans » la chaire de Vérité (a)1.... »
L\ DUCHESSE
Ah ! c'est trop fort.
MADAME DU DEFFAWT.
Il va VOUS en dire bien d'autres ^ je vous en prie, poursuivez.
• M. DE MALËSHERBES, lisant
(c Aux saints cantiques qui faisoient retentir » les voûtes sacrées, succèdent des chants pro- » fanes!.... Et toi divinité infâme du paganisme, » impudique Vénus , tu viens ici même prendre » la place du Dieu vivant , t'asseoir sur le trône » du saint des saints , et recevoir l'encens exé- » crable de tes nouveaux adoratem*s (è). »
(a) Le comédien Monvel qui, dans la chaire de Notre- Dame, joua le rôle de grand-prétre de la liaison. Il est à remarquer que, huit ans après, il devint fou- furieux , qa'û vécut deux ans dans une démence complète, et qu'il mourut dans cet état.
(b) lOademobella Aubry , actrice de FOpéra qui, presque
JiE . CHEVALIElt,
Voilà une . exagération ridicule qui va }us<ju'à la folie.
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
Les philosophes ne manqueront pas de crier ^M fanatisme,
xme et eiu déesfe Raison ^ £at posée sur le grand antcl de Notre-Dame , pour y recevoir solennellement les hommages du peuple. L'un des journaux, du temps ^ en rendant compte de cette auguste cérémonie , disoît que Ta déesse jetait sur le peuple des regards^ fiers, et doux. Ce fut cette même actrice qui y. sept ans après, jouant dans un opéra, le rôle de Minerve, et placée dans une gloire ^, tomba du haut du cintre (toutes les. cordes de la machine rompirent à la, fois) : elle se brisa toutes les dents, se cassa une épaule, une jambe , et se défigura horriblement le Tirage. Deux petits enfans qui dévoient représenter aux pieds de la-déesse , les génies des arts , furent arrêtés par un embarras dans la rue diies Lombards;, ils entrèrent dans une boutique ,. et y restèrent un (lemirq^uart-d'heure. Mademoiselle Aubry voulut les attendre pour monter dans sa gloire : le. public ne le souffrit pas. On lui demanda quelques minutes d'attente ; il les refiisa : les enfans n'arrivèrent qu à Tinstant même de la chute. Nous étions à Paris , et nous vimes le soir même trois, personnes qui.s'étoient trouvées à cette représentation : d'ai^ leurs tous les journaux en rendirent compte. "Le pontife de la Raison devenant^» , la déesse punie dans le même rôle , rinnocence épargnée dans les enfans,... et la prédiction à»,^ Vabbédn Beauregard!... Qjoel sujet de réflexions !.«,.
LA COMTESSE
Et , au (aity en ceci, ce ne sera pas sans raison*
MADAME BU ÔEFFANT.
Cependant M. l'archevêque a lui-même hautement blâmé cette étrange extraTagance; Fabbé de Beauregard devoit prêcher à Versailles, et n'y prêchera point; enfin il est interdit pour Èix semaines de toutes fonctions ecclésiastiques: tout cela est très-fâcheux pour la Religion , car cet inconcçvable sermon sera pour les encjclopédistes un véritable triomphé,
LE MABlÉCHAIi PB ^RICHELIEU
Ce bon prêtre sans doute extravaguoit ; on ne verra sûrement rien de semblable. 1^ pontife de JBaal ne montera point 'dans la chaire de vérité et l'on dira toujours la messe sur le grand autel de lîolre-Dwie.
LE DUC
Je connois un homme de finances, qui dîne quelquefois chez le baron d'Holbach et qui a enteudu de ses oreilles la phrase suivante qui se trouyoit dans unejettre de Voltaire adressée à d'Alembert :« Ce n'est pasi assez que les servan- » tes n'aillent ni à la messe ^ ni aux prêches-^ il » faut engager Ja bonne compagnie à n'y plus » aller (a). » Aiiisi vous vojez qu'ils ne veulent
(a) Correspondance de Foliaire et de ^Membert, •
, .( 487 ) ni de la religion .calholique , ni 4e U pr<HeSftante:: c'est Vatkéiskme , .sons ie nom adouci.du déisme y qu'ils ont le projel d^établir dans toute l'Europe.
LE MARECHAL DE RICHELIEU
Je vous assure, M. le duc, que je ne doute nullement de labonne volontëdece^Messi^rs à cet égard; je suis très-persuadé, comme je l'^i dit raille fois , que, si on n'agit pas fortement contre eux , ils amèneront upe révolution qui changera la forme du Gouvernepient; mais ils conserveront un fantôme de royauté , et ils ne parviendront point à abolir le culte public.
LE ma;^éçhal de bxron. . ^
Depuis l'invention'de la, poudret jà canpn, une i>év4:)lution esfc impos^iible ; nos» placer forjtes lieront toujours vaillamment défendues et aos trou»pes tQujoiiirs fidèles; d'ailleurs , nQtre^nat4ion ^^t loyale et générei^se; le peuple français est plein d'humanité ;: on ne verra jamaisparmi^notis les cruautés qui ont souillé T Angleterre; les Fraur çais sont belliqueux, mais ils sont sensibles ; ils aiment leurs Rois ; ils ne deviendront jamais parr jures, barbares et féroces.
le chevalier.
Les nations, comme quelques individus, peuvent quelquefois quitter leur caractèpe naturel.
Il est vrai qfii'ils y reviennent facilement; niais>, comme les arbres qu'un orage violent force à ployer avec impétuosité jusqu'à terre, ils ne se relèvent qu'après avoir écrasé ceux qui se trouvoient sous leur abri.
LE DUC
Le -symptôme le plus effrayant de notre décadence est l'esprit novateur qui gagne tous les États,
M. DE MALESHERBES
« Surtout lorsque cet esprit remuant veut » changer les lois ; car la vieillesse des lois ( qui » ne sont point barbares ) est sacrée comme celle » des hommes est vénérable. On a un grand » avantage quand ce que l'^n présente comme » de plus conforme à la raison et à la justice , » se trouve appuyé de l'autorité des siècles pas- » ses. La prévoyance est une qualité si rare !.... » et cependant l'avenir est le meilleur des con- » seillers : les fous le dédaignent. Ah ! si les honj> nétes gens pouvoient un jour se liguer!... Mais » ils craindroient par là de cesser d'être hon- ' » nétes (a). >*
LA MARÉCHALE
Cela est tout simple ; toutes les ligues jusqu'ici {à) Pensé€S de Maleskerbes.
(489) n'ont été que des complots ténébreux inventés et dirigés par de malhonnêtes gens ^ des factieux: , des impies....
LE CHEVALIER
Quand verra-t-on une ligue magnanime formée par des génies bienfaisans et des âmes vertueuses ?...
LA COMTESSE
Elle nous seroit bien nécessaire dans le moment actuel.
M. DE MALESHERBES
«Quel temps, en effet, que celui où l'hon- » néte homme se trouve heureux de pouvoir M faire le bien impunément {a). »
LA DUCHESSE
Avouons , pourtant, qu'il y a dans nos mœurs quelques changemens favorables J par exemple, nous sommes plus rapprochés de la nature, nous avons des goûts plus champêtres, nous aimons davantage la campagne.
LA MARÉCHALE
Oui, le goût de l'agriculture est, comme toute autre chose, une prétention; tous les hommes, dans leurs terres ou dans leurs maisons de campagne, se croient des Cincinnatus.
(a) Peusées de Malesherbes.
LE GH£VALI£R
Il leur suffit, pour cela, d'avoir des chapeaux et des souliers gris et de se promener le matin une heure dans les champs (u).
LA comtesse:
A propos de champs, madame la maréchale saitelle si madame de la Ferté-Imbault est revenue de ses terres?
(a) Depuis la révolution, Tamour universel de l'argent n*a pas réformé les mœurs , mais cet amour matériellement solide a mis , à certains égards , quelque règle dans les conduites. Nos grands propriétaires ont calculé qu'il valoit mieux s'occuper du soin de faire valoir ses terres pour en mettre le revenu dans ses coffres, que d'y recevoir avec agrément et magnificence sa famille , ses amis et les étrangers. D'ailleurs, comme il n'y a plus de vassaux, et que l'homme est libre f comme il n'y a plus de seigneurs , on n'est plus obligé de fonder dans ses terres des écoles pour les petits enfans , et des hospices pour les vieillards et les malades : les paysans meurent souvent faute de secours , mais iihres comme l'air. Ils sont rendus à la nature ^ ils jouissent pleinement de la dignité de leur être : que faut-il de plus pour être heureux ? Dégagés de toute obligation envers cette classe réta- . blie dans tous ses droits dhommes , les ci-devant seigneurs ne s'occupent plus que de leurs propres intérêts 3 ils sont devenus très-instruits danà Fart d'élever ; non des orphelins, mais des mérinos : on n'a jamais en France tant parlé de troupeaux ! Sans la politique , l'agiotage , la hausse et Im baisse de la bourse , nos conversations seroient de véritables idylles.
* LA MARÉCHALE
Elle n'est point encore de retour. Elle restera dans son château jusqu'à ce que son grand deuil soit pasçé; ell^ est toujours dans une grande affliction de. la mort de sa mère (aj:^ elle a eu. du moins la consolation, de la yoit rnoxair- trèschrétiennement. .
LA DUCHESSE
Grâces aux précautions prises très-sagement pour éloigner de son lit de mort tous les énc/clopédistes. ,
Z^ ÇH£ViU:.I£B. ,
Aussi jettent^ils feu et flamme contre madame de la Ferté-Ihabauit, qu'ils appellent une hypocrite , lune imbécille, une fille barbare et dénaturéei> . ;. ;^^ • . •= , , •' . . :
: {•••.■•. ■ • ' ;- "XÂ MÀïliCHALÈ. ''- •••:•"«' ' '
• Voilà un j>6rtr^ifbîèh ressemblant de la per- '^otine la plus spirituelle, là plus naturelle et la plus parfaitement honnête.
LE MARÉCHAL DE JBIRON
..'.il'-:!:
Nous avons déjà parlé des inconséquences des .philosophes; mais il en est deux surtout qui sontparticuhèrement frappantes parmi eux; l'une
qui n'admet jamais l'exaltation religieuse, lors-
(a) Madame Geoffrin.
qu'entièrement d accord avec l'Évangile, elle produit des vertus sublimes....
LE DUC
Il est vrai que ces admirables dévouemens ne sont, aux yeux des impies, que de l'extravagance et surtopt de l'hypocrisie.
LE ]»IARÉCHAL DE BIRON
Néanmoins , ces mêmes incrédules admettent tous les jours une exaltation religieuse, lorsque, par ignorance, elle produit des excès coupabfes que l'Évangile réprouve. Tant de mauvaise foi unie à tant d'absurdité se retrouve dans le jugement qu'ils portent sur ceux qui montrent des sentimens véritablement monarchiques : ils prétendent qu'il faut avoir l'imbécillité et la bas» sesse d'âme d'un vil esclave^ pour se soumettre avec une inviolable fidélité à l'autorité royale; cependant ils admirent, dans l'ordre commun de la société, le serviteur loyal véritablement dévoué à son maître.
LE CHEVALIER
Ils admirent encore, dans les situations diverses de la vie, l'homme passionné, qui fait le sacrifice de sa volonté, pour adopter celle de l'objet qu'il aimei
LE MAR]£CHAL DE RICHELfEU.
Ils accordent les plus grands, élpges au sojiflstt
( 493 ) qui obéit aveuglément à son général , et qui , tonjours sous le joug de la discipline la plus despotique, porte jusqu'au fanatisme l'attachement et la soumission pour celui qui le commande.
LE MA.RECHÂ.L DE BIRON
Ils conviennent enfin que le sentiment ennoblit tout (a), jusqu'à la servitude d'un véritable esclave.
M. DE MALESHERBES
En effet, en lisant l'histoire ancienne, qui poiuToit refuser son admiration à tous ces traits d'une héroïque fidélité, qui, dans ces temps antiques, et surtout pendant les proscriptions du triumvirat, illustrèrent tant d'esclaves? qui pourroit ne pas trouver de la grandeur d'âme dans ''Faction sublime de l'esclave de Panopion, qui prit le nom de son maître, se mit dans son lit pour se faire tuer par ses assassins , afin de donner à Panopion le temps de s'évader!...
LA DUCHESSE
Quel homme libre i^oxxvrxÀl porter plus loin l'héroïsme de l'attachement ?...
{a) Et de plus ils ont répété mille fois que la passion excuse tout, autorise tout, et même les égarcmens les plus criminels. Cette maxime si fausse et si pernicieuse, mais adoptée par leurs disciples , forme le fond et l'intérêt d'une grande quantité de romans modernes.
^ LE CHBVALIEB,
La classe de la noblesse a produit, depuis des siècles, une foule de généraux d'armée et de ministres d'État, de grands magistrats, d'ambassadeurs, etc. Esi-il donc étonnant que , justement enorgueillis des hauts laits de leurs ancêtres qui, par leurs talens et leurs services, ont répandu tant d'éclat sur la patrie et sur leurs familles , les nobles soient passionnément attachés à la race auguste des Bourbons, la plus ancienne et la plus illustre de l'Europe, et qui compte parmi ses ayeux des souverains si dignes d'exciter l'admiration et l'enthousiasme.
XE MARIÉCHAL DE RICHELIEU
Et voir avec indifférence une odieuse conjuration attaquer ce trône antique, entouré de si glorieux souvenirs, ne seroit-ce pas renoncer au noble titre de Français? car si la nation française est la plus célèbre de l'Europe ^ eUe le doit à ses rois.
LE MARECHAL DE BIRON
La lecture de notre histoire sufïiroit pour nous maintenir dans la fidélité.
LA HARiCHALE.
Malheureusement on ne la lit plus guère.
, M. DE M^LESHERBES.
Pour moi , je puis assurer que , s'il falloit sa-<
( 495 ) crifier ma vie pour le Roi , je le ferois sans balancer fa).
LA COMTESSE
On reviendra aux bonnes lectures.
' M. DE l^OWDEVESLE.
Oui , quand le néologisme aura fait tant de progrès , que le langage des bons auteurs sera devenu si suranné , qu'on ne Tentendra plus , et que l'on comprendra moins encore leurs sentimens et leurs doctrines.
M.. DE MALESHEABES
Je me souviens d'avoir écouté ici , dans ce même salon, et avec le plus vif intérêt, M. le président Hénault , faisant une courte et rapide énumération des grands hommes qui ont régné sur la France.
MADAME DU DEFFANT
Je me le rappelle aussi.
• M. DIS, MAtESHERBE».
Ma mémoire est fidèle , et , si je ne craignois d'être accusé de pédanterie , je^ pourrais rapporter presque mot pour mot tout ce qu'il a dit.
LA MARJÉCHALE.
Nous serons charmés d'entendre à la fois («) 1793.'...
(496) M. de Malesherbes et le président Hénault. (Tout
le monde^ presse M. de Malesherbes de parler. ) M. DE MALESHERBES^
Pour ne pas abuser de vos bontés, je tâicberai que ma citation soit bien exacte. Voici le début de mon auteur :
<c Qu'il doit être cher à tous les Français ce trône le plus ancien de l'Europe , ce trône auguste sur lequel ont régné depuis le valeureux Pharamond, Clovis, Clotaire II, Dagobert (si grands pour leurs siècles ) (a) , Pépin , Cbarlemagne, Hugues Capet, le juste et pieux Robert , Louis VII, Philippe Auguste, Louis VIII,
(a) Voici encore une inconséquence philosophique : les philosophes reconnoissent qu'un prince né dans une nation dépourvue de civilisation , peut être un grand homme, quoiqu'il ait fait des actions cruelles (pourvu toutefois qu'il n'ait rendu aucun service éclatant à la Religion) , c'est ainsi qu'ils ont prodigué de pompeux éloges au Czar Fierre le Grand ^ en reconnoissant gu'on ne devoit attribuer qu'à la l:>arbarîe de son siècle et de sa nation les actions cruelles qui ont souillé sa vie , et s'ils n'ont pas eu la même et juste indulgence pour le grand Clovis , c'est que ce prince fat Icjjremier Roi chrétien; et ces mêmes philosophes se passionnent pour Julien l'Apostat , livré aux plus abominables superstitions , pour ce prince barbare qui faisoit égorger lès vieilles femmes, pour consulter l'avenir par l'inspection de leurs entrailles , qui 'fit mourir son gouverneur Ursule , etc. ; mais cet empereur abjura la Religion chrétienne,..
( 497 ) Louis IX , Philippe le Hardi, l'intrépide Louis X, le loyal et véridique roi Jean r*", le sage Char» les V, le brave et clément Charles VII, Char- ' les VIII, surnommé le Victorieux, Louis XH, Père du peuple, le chevaleresque François^P'' , surnommé le Restaurateur des lettres et des sciences , Henri le Graad , Louis XIII , dont le règne fut si éclatant {a) , Louis XIV , et tant de princes et princesses du sang royal, ailssi renommés par leur goût éclairé pour les arts et par l'élévation de leur âme et de leurs actions , que par celle de leur naissance. Le souvenir de tant de gloire dans tous les genres, et la reconnoissance d'une longue suite de bienfaits , doivent porter au comble l'attachement de la noblesse pour la muonarchie. Tous les souverains qu'on vient de nommer avoient d'autres droits, mais aussi puissans, à l'amour de tous les Français; car ces rois ont protégé avec éclat, les sciences , les lettres , les arts, les manufactures , le commerce et la navigation. Il est à remarquer que, dans cette longue nomenclature, on n'a point parlé des princes qui , sans être brillans , furent
{a) Et par d'admirables établissemens de charité : l'Hôfel- Dieu, les Enfans-Trouvés , les Sœurs de la Charité, Tamélioration des prisons , les infirmeries pour les galériens , des desséchemens de marais , de grandes plantations et d'autres ouvrages publics , de nouTeUes manufactures , etc.
(498) néanmoins de bons rois , et que dans cette liste, unique dans l'histoire, on ne pourroit citer que deux souverains dont la mémoire soit véritablement souillée : celui dont le nom retrace le souvenir du plus déplorable événement, Charles IX, irrité des cruautés et des profanations des calvinistes , fatigué des intrigues du factieux Coligny, eut la foiblesse de céder à d'affreux conseils et de permettre le massacre de la Saint-Barthélemi!.... Mais son caractère ne fut point cruel : il aima les arts, protégea les lettres, et les cultiva lui-même avec un grand succès (a). L'autre monarque , indigne de régner sdr une nation généreuse , Louis XI, a laissé un nom détesté , parce qu'il fut cruel, vindicatif, avare, dissimulé, et qu'enfin il n'eut rien de Français; cependant, il eut la réputation d'un grand politique, et il fut un roi populaire, si Ton pouvoit honorer de cette belle^ qualification , non Vami , mais le flatteur du peuple; il affecta de dédaigner le faste, la représentation , et de mépriser la noblesse ; il entroit souvent, sans aucune suite, dans les maisons des simples artisans et s'eutretenoit familièrement avec eux ; il fit souvent manger à sa table des négocians et même des marchands (6).
(a) n nous reste de ]ui des vers adres<;és à Ronsard , et fort supérieurs à totis ceux de ce poète si fameux de son temps.
(b) Henri IV fut un Roi populaire , et Louis XI un Roi
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LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
De quelque parti qu'on puisse être, il faut reconnoître qu'un attachement à toute épreuve pour son maître , ou son chef, ou son souverain, est toujours respectable, touchant et digne d'éloges.
LE CHEVALIER
Toutes les actions humaines ont pour cause deux sentimens très-différens par leur nature , et qui se ressemblent quelquefois par leui^ résultats; l'un vient de l'âme et l'autre n'est produit que par l'imagination : le premier , est la source inépuisable du véritable héroïsme ; le second, formé par l'amour-propre et l'égoïsme, a souvent fait faire alternativement des bassesses, des crimes et des actions éclatantes, suivant le caractère ou la situation de celui qu'il domine ; il fait ramper ou il inspire la passion de s'élever; mais seulement pour étonner et pour subjuguer, car il n'a jamais fait connoître la véritable gloire, puisqu'il n'a pour base que la cupidité, l'orgueil et l'ambition.
LA COMTESSE
C'est ce sentiment impérieux et turbulent,
libéral^ dans le sens qu'on attache aujourd'hui à^e mot, qui , comme on sait , n't rien de commun avec les idées de désin^ téresscmeni, de mépris de l'argent, de magnificence bienfaisante, etc.
( 5oo )
qu'on appelle esprit de parti djins les temps de rébellion, et qui, dénué de toute affection particulière, s'envenime et s'exalte seulement pour des opinions et pour des nouveautés, qui semblent promettre aux intrigans des changemens brillans dans leur situation.
M. DE MALESHERBES
Ce n'est pas là en effet Y esprit de parti de ceux qui sont attachés. aux anciennes lois et à un gouvernement établi depuis loHg -temps; car il se mêle nécessairement à ce dernier esprit de parti une affection que l'habitude , les traditions et la reconnoissance peuvent rendre très-passionnée (a).
{a) point de liens sans devoirs ri^ciproques, et par conséquent sans vertus. On n*a jamais dit lès devoirs de Vamour, mais bien de Vamour conjugal. Le devoir et la vertu sont donc les bases de toute société. L'amitié étant un sentiment pur , fondé sur l'estime , est un lien , tant que les devoirs en, ^ont réciproquement remplis.
Il n'y a point de liens entre un tyran et ses sujets ; ces derniers ii'ont que des chaînes, La force ^ le crime, le vice peuvent forger des chaînes ; la crainte ou l'attrait du plaisir peuvent les recevoir, mais la vertu, seule peut former des liens : les chaînes n'asservissent que matériellement ; elles n'ont aucun empire sur les esprits et sur les âmes ; on brise sans scrupule des chaînes ; on ne rompt des liens qu'avec remords; la réciprocité des devoirs entre le souverain et les «ujet» aiflermit les trônes. ''-
(Soi)
M. DE POWDEVESLE.
Nos philosophes et surtout Raynal, en exhortant à renverser le trône et les autels, se vantent d'être inspirés par un ardent amour pour le genre humain.
LE MARECHAL DE BIRON
C'est-à-dire pour les générations futures ; car il faudroit immoler à ce sentiment la génération présente.
LE CHEVALIER
Cette courageuse philantropie est d'autant plus extraordinaire, qu'il n'en résutteroit que des séditions, des révoltes, des guerres, des massacres et des bouleversemens universels.
MADAME DU DEFFAWT.
Et le tout , /?owr le bonheur de la postérité.
M. DE MALESHERBES
Dans tous les temps, les factieux ont tenu ce langage; c'est toujours, à les entendre, pour nos arrière-neveux qu'ils travaillent , qu'ils complotent, qu'ils détruisent, qu'ils dépouillent et qu'ils s'enrichissent, "s'ils le peuvent
LE DUC
Mais comment se fait-il que cette ardente passion pour le genre humain n'ait jamais engagé cette espèce dephilantropes à se dévouer per*
sonnellement, dans les calamités publiques, au soulagement de leurs semblables, comme les François de Sales, les Vincent de Paul, les Belzunce, les Lagaraie, les Luigi (a), et cette foule de saints se sacrifiant pour les autres (mais qui, à la vérité, n'étoieat que leurs contemporains)? Comment se fait-il encore que, parmi ces mêmes hommes, toujours prêts à tout entreprendre pour nos arrière-neveux, on ne puisse citer des fondateurs d'hospices, d'hôpitaux, et enfin des sacrifices entiers de fortune et d'ambition , dont la charité chrétienne a donné tant d'exemples?...
LA COMTESSE
C'est que la charité^ et ce que ks déistes appellent la bienfaisance^ sont deux choses trèsdifférentes.
LE DUC
Cela doit être ; car la bonté naturelle ne peut être stable et fixée que par la Religion; et, en agissant toujours avec la certitude de plaire à Dieu,
{a) C'est un vertueux prêtre qui, de nos jours, a fbndé à Smyrne , pour les pestiférés , un hôpital qu'il dessert luimême, ayant consacré toute sa vie à ce pieux et sublime dévouement.
Ge trait est rapporté par un écrivain non suspect en ce g<Hire, par \q philosophe Morellet, dans son voyage de Sicile,
( 5o3 ) elle atteint le plus haut point de perfection et de sublimité où elle puisse parvenir. Il est certain d'ailleurs, que la Religion est le plus grand frein des rois, des chefs des nations et des peuples (a).
LE MABECHA.L DE RICHELIEU
Cela est incontestable , et c'est pour cette raison que les philosophes l'attaquent avec tant d'acharnement ; ils sont déjà parvenus à Faffoiblir ; si ce mal augmente, on verra, je le répète, une rés^olution tenible,
LA DUCHESSE
Je suis très'frappée d'une altération déjà fort visible dans les mœurs de la bourgeoisie et des artisans; lés marchandes commencent à porter des plumes et des fleurs, et, dans ma politique, c'est un bien mauvais signe.
LE CHEVALIER
Que dites-vous donc. Madame , d'une danseuse de l'Opéra, qui vient de prendre un valet de chambre , qui n'a point l'habit de ses autres domestiques, et qui, chez elle, annonce les visites?
[a) Dont elle assurera toujours la fidélité. Aussi , dans la révolution , a-t-^on vu une province où la Religion s'étoit conservée dans toute sa pureté , la Vendée , donner l'exemple le plus héroïque du courage et de rattachement à la monar-^ chie.
MA^>J|ME DU DEFFANT
Une danseuse de l'Opéra!
LE CHEVALIER
Oui, Madame, et c'est mademoiselle Dervieux.
LA MARÉCHALE
Voilà, soyez en sûr, de très-mauvais présages.
LE MARECHAL DE BIRON
On reproche aux vieillards de regretter toujours le temps passé; mais ce sentiment est aujourd'hui bien ex<iusable; par exemple, la classe des domestiques dégénère visiblement; un seul trait du siècle de Louis XIV suffiroit pour le prouver. Lorsqu'on établit l'impôt de la capitation, on en exempta toute la Iwrée de France; si pareille chose amvoit à présent , qu'en résulteroit-il ? que toute notre Iwrée seroit charmée de ne rien payer. Eh ! bien alors toute la Iwrée du grand siècle fut excesdvement choquée de cette exception; dans toutes les villes , tous les domestiques se rassemblèrent, représentèrent qu'ils étoient citoyens comme les autres sujets du Roi, et qu'ils dévoient payer l'impôt : on leur accorda ce qu'ils demandoient , et l'on reçut leur argent.
M. DE MALESHERBES
Voilà un trait devenu bien gothique.
LE DUC
Dans ce temps -là on vivoit beaucoup plus dans ses terres, on y donnoit de grands exemples de piété et de charité. Tous les grands seigneurs avoient non-seulement, comme nous le voyons encore, des chapelles dans leurs châteaux , mais ils en avoient aussi dans leurs hôtels à Paris ; enfin la magnificence des processions publiques et de toutes les cérémonies religieuses avoit beaucoup plus d'éclat que de nos jours; l'instruction chrétienne étoit plus répandue, et le peuple conqoissoit mieux ses devoirs.
LA COMTESSE
Nous avons toujours de ^i belles processions à la Fête-Dieu! Quoi qu'en dise l'abbé de Beauregard , on ne parviendra point à nous les ôter.
LE MABECHÂ.L DE RICHELIEU
Je lien répondrois pas.
LE CHEVALIER
Et nous possédons encore un admirable monument de la foi catholique.
MADAME DU DEFEANT.
L'église de Saint-Pierre de Rome?
LE CHEVALIER
Je n'avois pas l'intention de désigner cet in-
comparable édifice, où tous les arts ont déposé leurs chefs-d'œuvre les plus parfaits. Je voulois parler de l'île de Malthe, ce rocher que la Providence a placé au sein des flots orageux, comme pour apprendre à tous les navigateurs, que les héros qui Fhabitent sont accoutumés depuis des siècles à braver tous les genres de dangers.
M. DE PONDEVESLE.
Oui, ce phare religieux rappellera toujours, par son aspect ou son nom seul, les plus nobles idées de l'antique chevalerie et des vertus chrétiennes et guerrières (a).
LE CHEVALIER
Puisse-t-il être à jamais heureux et triomphant au milieu des orages et des tempêtes!
MADAME DU DEFFANT
Nous parlions de présages : il en est un encore qui me paroit très-mauvais; nous avons déjà beaucoup perdu de notre gaieté.
LE CHEVALIEB.
C'est une grâce française qui tient au caractère national; car la gaieté s'allie naturellement
avec la franchise.
(a) Les lois et les statuts de Tordre de Mal^ étoient admirables.
LA MARiCHALE au Chevalier.
Si la nôtre s'altère, vous n'avez rien à cet égard à vous reprocher; ce n'est pas votre faute.
LE CHEVALIER
Je n'ose plus aujourd'hui me livrer à cette gaieté que je regrette, puisqu'elle saVoit vous plaire; je deviens distrait et rêveur.
LE MARECHAL DE BIRON
On a substitué à la gaieté innocente et franche, une gaieté -factice et de mauvais goût qui ne se manifeste que par des sarcasmes, des jeux de mots et des calembourgs.
La méchanceté exclut naturellement la gaieté.
M. DE PONDEVESLE.
Je suis persuadé que si les charmans contes d'Hamilton paroissoient aujourd'hui pour la première fois^ ils n'auroieht aucun succès*
3Vr. DE MALESHERBES.
Us ne contiennent aucune satire, ils ne sont ni licencieux, ni impies, ni séditieux; on les trouveroit trop frivoles.
LE CHEVALIER
La remarque est très-juste : nos beaux-esprits ont décidé qu'il y a une profonde philosophie
dans l'esprit de révolte , dans la licence et dans l'irréligion; ils ne peuvent soutenir sérieusement de telles choses qiiepar desgalimathias et des amphigouris; ils ne peuvent plaisanter dans le même sens qu*en prenant un ton burlesque, et en employant conlinuellemeut les mensonges , les calomnies et les injures les plus grossières; s'ils parviennent à rendre cette mode générale, on ne parlera plus de l'urbanité et de la gaieté françaises.-.
M. DE PONDEVESLE.
Et la littérature tombera dans la plus entière décadence,
M. DE MALESHERBES
Joignez à tout cela le néologisme....
LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
Et l'Anglomanie , qui nous fait joindre à cette fausse gaieté dont nous venons de parler, Je goût des scènes les plus lugubres et la passion des tombeaux : nous en avons dans nos jardins, dans nos poésies, dans nos romans, dans nos tableaux....
LE CHEVALIER
Nous devons surtout cette mode aux Nuits d^Young.
LA COMTESSE
. J'ai été en Angleterre, et je puis vous assurer
( 5o9 ) que les Anglais sont fort loin d'être aussi tristes que nous nous les représentons; nous ne connoissons en général de leur littérature que ce qu'elle a de sombre; ils ont pourtant d'excellens ouvrages d'un très-bon comique,
• M. DE PONDEVESLE.
D'abord le Spectateur (a), et le poème dlludibras.
LE CHEVALIER
Un grand nombre de comédies charmantes , entre autres celles de Farquhar, qui n'ont point été traduites.
LA COMTESSE
Et des poésies fugitives remplies de grâce et de gaieté; enfin je ne leur trouve en ce genre un mauvais goût que dans leurs débats politiques; il est ridicule, et même inconcevable, de vouloir mettre de la gaieté dans des choses aussi graves et aussi importantes.
LE CHEVALIER
On voit en effet, dans leurs journaux, que beaucoup d'orateurs de la Chambre des Communes se permettent souvent des plaisanteries et des épigrammes, chose assurément bien déplacée
Ça) Le meilleur Journal à tous égards qu'on ait jamais fait , mais très-msJi traduit en français.
( 5io ) dans une telle assemblée, quand il s'agit de discuter les intérêts d'une grande nation.
H. DE H ALESHERBES.
C'est manquer à la fois de dignité nationale et de respect pour le public.
M. DE POI^DEVESLE.
C'est qu'il est plus aisé de faire rire les oisifs et les sots , que^de parler avec assez d'éloquence, de sagesse et de noblesse pour satisfaire tous les gens raisonnables qui pensent bien.
LA COMTESSE
J'avoue que rien ne m'a jamais paru plus choquant que le compte rendu de leurs séances publiques, où l'on trouve sans cesse ces phrases : j(Oii rît.... éclats de rire.... rires prolongés.... etc. )
LE MARECHAL DE RICHELIEU
Quelle indécence!... de tranformer en théâtre bouffon un sénat respectable. Eh ! bien , notre nation, que l'on peint si légère, seroit incapable de s'abaisser ainsi. Oui, si jamais le gouvernement représentatif pouvoit s'établir en France , je suis persuadé que le seul bon goût suifiroit pour préserver nos orateurs d'un ridicule si révoltant
LA MARÉCHALE
A propos die bon goût, M* le Maréchal , con*
(5ii)
noissez-vous la liste des spectacles qu'on nous donnera cette année à Fontainebleau?
LE MARicHA^Ii DE RICHELIEU.
Non, Madame ; mais M. le duc de Duras, qui est un fort bon juge , m'a dit que l'on joueroit une tragédie de Debelloy, qui auroit sûrement du succès.
LA MARÉCHALE
Tant mieux : j'aime Debelloy ; il a des sentimens véritablement français.
M. DE POWDEVESLE. |
On n'accorde pas toujours à son style cette excellente qualité.
LE CHEVALIER
Oui ; mais, depuis Racine, on n^est pas fort difficile sur le style en poésie , et les plus foible» ' vers de Debelloy valent bien ceux-ci :
Ma rîguenr implacable.
En me faisant plus craint , m'a fait pins misérable (a) •
Et du noeud de Fhymen , l'étreinte dangereuse Me rend infortuné, s'il ne vous rend heureuse (&).
{a) Marianne, de Voltaire.
(6) Il faudroit *i elle. ( Zaïre. )
(5ia)
De votre esprit la naïve justesse ,
Me rend surpris autant qu'il m'intéresse (o).
Mon front mal déguisé fit parler mes ennuis [b).
D'où viens-je ? où vais-je ? où suis-je et d'où suis-je tiré (c)?
J'en pourrçis citer une grande quantité d'au* très de la même force et du même auteur.
M. DE PONDEVESLE.
Il est certain que, dans ce genre, Debelloy auroit de la peine à surpasser ceux-là.
LA' DUCHESSE
On ne se doute pas ici de l'heure qu'il est, et je crois que la pendule vient de sonner deux heures.
MADAME DU DEFFAIfT.
Eh! bien, c'est l'heure de la confiance et des entreliens intimes.
LA COMTESSE
Oui, pour vous, Madame, qui vous couchez à trois ou quatre heures.
(a) Natiine, Au lieu de qu'il, il falloit qu'elle; il s*agitde la naïve justesse,
(b) Ériphile, du même. Un front mal déguisé qui fait parler des ennuis !
(ç) Monologua de Coton, du mémew
MADAME DU DEFFANT
Et' VOUS VOUS en allez tous à la fois! Quelle cruauté !
L£ MARÉCHAL DE RICHELIEU
Je suis forcé d'aller coucher ce soir à Versailles!
t£ DUC.
£t moi aussi!
M. DE MALESHERBES
Et les af&ires du lendemain!...
LA COMTESSE
. Et les billets du matip!
'le CHEVALIER.
Et le^ rex^cl^-vous donnés aux ci^anciers!
■' MADAME ' DU DEFF AI^T
Quelmalheur d'y maiiquerL. , .
LE MARJÊGHAL DE BHRQK.
Et la revue dès gardes fràriçaîses!../.
MADAME DU. DEFEAjq*...; ,.
Quelle diversité de motife et dé luisons !...
LE MARlÉGHAIf. DE RIGHELlÉÛ.
Il en faïut tant pour vl>us quitter (5)!.^;. n :
' • • ' .. .-•: . -i .:::'.. : '• -:.' ' ■'» ii'.i.? •
Flir DU DBRIN^lElt CnSAPITRE.
.(5i4), NOTES
DU CHAPITRE XIII ET DERNIERv
(i) En parlant de rjffFïq^ri^dej:M.4Pî Là Iiaiïjd(C3«^ de Littérature) , dit que les intentions séditieuses des philosophes commencèrent à se manifester dès le premier volume, et que le seul article 'ai<Â>^lEfiék>it'af^z!s<^dsileux pour justifier les réclaiiiatio;i| f^ s'élevèrent de tous côtés» M. de La Harpe continue ainsi : « Un événement qui fit . beaoctfùi?' aè ttiiié ^ àë tkiiif.s''iPs ^ï m'Mtk^on pédistes furent nt>V9ipf m^^t iii^liqif/é^ ^jdeyyoit encore ouvrir »les yeux sur leurs n\achinations et. sur le progrès^ de leur o pernicieuse influeiicé/et céfutia tkeseîïéla'bDe derrades, »qui avoit fourïfkXM^igttë ^Uiiieàdi /siMida importans du u Dictionnaire j t^ii^^,^y»..^'^iDpf^J^ ét^ijj en ça^ôme ^tçn^ si » audacieuse dans les dogmes, et si artificieiisement enve- *»loppée dans leîfMAi1ï;^què^1k ïttiMWïMuté de travail y «étoit)yi^J4^t$fel|J,ft:||i,^^ d4)S9f|^>n^Bui)|fiçi^u-
» tenir la thèse , et le philosophe Diderot^ qui se crut obligé
,, , -. .iJ3iJ'Au5lfl'i(} . JAHDkli/^r. ^U ^-.^ ^^'^
» d en publier Tapologie. iréfoircjair que le philosophe avoit
«fourni ]a.âbe^in£Mfa^kidtâi«lhéJ/¥{ lè(i]S*îlteiiâr btréAsLC-
» tion théologique. On n'oubliera jamais , dans l'histoire de
• ce siècle, ce pïiBmièRf!ne«itif)»fcHc *l IJiippiété, affichée
I» et soutenue avec toutes la solennité de ces sortes d'actes , au
»«iili^ des écoles de Sorbonne ^ et, .entre autres blasphèmes, «les mirtkcles d*£sculàpe , mis en . parallèle avec ceux de >JésnsOfarist : quon juge combien avaient été déjà travaillés '^tOtts h» moyiens de la secte, paur venir à bout , dès i75i , «delaire arborer l'étendard de la révolte contre la Religion, .
• daps le sein mêiiie de cette Soriioane, appelée le Concile i^Stubsistantdes Gaulies. Mais il n'étoit i)as possible non phis «>^ue c0ttepvo;vo<^tiji>n sacrilège fût în^unie; elle avo^y il V fBt vrai , échïippé aux censeurs mèknes de la thèse , aux » juges naturels du répondant , et l'on ne peut guère le conliçeffi'vg.^^'^k siipposaiiit qu'il» At Ta votent pas lue; car, ttfou^ leé fondemenaidèla Roligion révéliîe , et ceux-miânie \^fi la Religion na^ureUe y sont , ou renversés par d^s asij»)Sertionssophistiqiii«s^ oit* ébranlés par.dftn impudent scepti- ;»qi$^e :v la thèse e|ccédaît«d^'beaUconip par «9 longiiem^iU Mjpesure ordinamdnfonmatvet {)OUr ^uiver cette, disprpporftrlipn, Tpa.avoit.eurertotir^ > lafinestie dcjs caraet^^s|.ce MquV>ny avdit'Uiâséid6«hfistiamyiieapt>afQnt , servit ^enj«4^nt quelques: heures». à dérober Tirtéllgibn., ipar ce ne fut .t^n'îEis«e9 tândiqu'tftn^dea théologiens présens> qui vepiott de ^^^itaitcourir , se leira emipronidnçant'ces pacolps^qu':^ n-'^- «>^iYoil: pei^ètre ja^aâs^ef tçndixes.dans: ui» fscte de $rO|^qpne : li catUiatn: Gknsii et Sçligi^nis deffe/uio ooMtm ffih€i({m \ . .Qn •> imagine ^ans pdne quel effet produisit dans l'Assemldée.ce
• peu de paroles, et quelle attentiofi elles atti^-èrent aussitôt »sur la thèse. Bientôt ^'indj^^^pn devint générale , et le ré- Mpondant, sommé par.^ses-,^pçrieurs ^e,{aii;ft çe^ser.le scan- »>dale en se rq]tirant. L'examen n'étQ$tvp^9.4^cilç, et le ré- M sultat n'étoit que trop clair ; mais les magistrats se crurent )) aussi obligés de vengeir l'insulte faiié à la Religion, qui «est loi de r!Etat. Le censeur négligent fiit* dépouillé de s'a » place de professeur ; le bachdi^,|,dèpr^té 4e j^ise de 4;orps ,
«s^enfult à Berlin , où la protectioiL, raccneil même de Fré^ vderic^ qui ne vit d'abord en lui qu'un philosophe persé^ » cuté pour ses opinions , heureusement n'étoufifèrent point • Aes remords que la -bonté divine fit naître dans le cœur d'un • 9 chrétien et d'un ecclésiastique qui avoit déshonoré e^es udeux caractères. L*abbë de Prades publia en 1754, une ré^ » tractation formelle de toutes ses erreurs y on il {>rotesta qu'il «n'avoit pas assez d^une vie pour ple«rrer sa conduite pas- »sée y et pour remercier Dieu de la grâce qn'il loi a voit faite, V de lui inspirer 'le repentir de sa (kute. »" ..
{1) Dans le tenrps où "NL de Voltaire étoit lié'avee M. de Pompignan, voici ce qix'iîlm mandat sur la satire : «La « satire ne paroft jamais dansun jour ptui^^odieux, que quand t» elle est lancée cotttre des peMonnes qifon aiouées aupas» ravant. Cette rétractation h^ést une flétrissure hnmiltante » que pour son auteur. S'il n'est pas eontent des procédés «' de celui-dont il a fait l'éloge , il doit se taii'e ;'maîflil ne faut ~bpas chanter la paJikTodi^et se condamner soi-même (â).k ' Et puis- M. de Voltaire , après avoir j>rodigaé les pks grands éloges à M. Lefranc de Pompignan , a fait contre hû les ptni' sanglantes satires. Il a^eales mêmes procédés pbur J.-B. RotCsseau, pour Desmaliisy'JpoiirMaupertms, après itvoir fait ponr lui ces qualve vers,, que l'on mit an bas de son pèrtraitt :•
Ce globe mal connu qu'il a su mesurer ~ Devient un monument bu sa giô'àé sié ifoiîdc; ' ' Son sort est de &ter'la'%kn>0 du monde, ■ petulplÀli^ietderédairer. •' '
Quelque temps après il le déchira de la manière la plus .^ruelLe ; car .Maupjertuis étoit alors danger^iAsement ma-
' (a)tfiAhe ï Til. de PoÀii)lfgiUti < tîj àxirtl ^Sp ).
lade* M. de YoltAÎre a passé sa vie à chanter ainsi la paU^ nodie snruoe infinité d'autres ; mais la plus inexcusable de ces honteuses rétractations fut celle qu'il fit contre le roi de Prusse, qui l'avoit comblé de bienfaits. Kousseau, comme on i'a déjà dit, n'a pas été moins inconséquent : il a écrit, dans Emile <t de fort belles choses en faveur de la Religion ; et , dans ce même ouvrage , il a inséré un morceau trcs-impie; il a dit et répété, dans ses écrits, qu'un athée est un sot lorsqu'il se refuse un crime qui lui paroit utile à ses intérêts , ou qui favorise ses passions. £t dans son roman d'^eloise , il a représenté un athée sons les traits <le l'homme le pluff sage et le plus vertueux. Il a beaucoup disserté sur les devoirs sacrés des pères et des mères ; il a mis tous ses enfaus aux Enfans-Trouvés. Quoiqu'il eût adopté tous les principes philosophiques , voici le portrait qu'il trace des philosophe» :
' JK Ils sont fiers , affirmatifs, dogmatiques , n'ignorant rien , ».iie prouvant rien, .se moquant les uns des autres; et ce » point commun m'a paru le seul sur lequel ils aient tous » raison. • . . Jamais , disent les philosophes, la vérité n'est » nuisible aux hommes. Je le crois comme eux ; et c'est , . à -» tnon avis, ime grande preuve que ce qu'ils enseignent » n'est pas la vérité..» Un des plus familiers sophismes du » .parti philosophique , est d'opposer un peuple supposé de D.bons philosophes y à ua peuple de mauvais chrétiens. .. . » Reste à savoir si la philosophie , à son aise et sur le trône , » commanderoit bien à la gloriole , à l'intérêt , à l'ambition » et aux petites passions de l'homme , et si elle pratiqueroit » cette Immanité si douce qu'elle nous vante la plume à la » main (a), w Par les; principes^ la philosophie ne peut faire
(a) C'est noe chose qni ne reste plus à savoin Depuis la révolution *ion8 ne sommes qne trop éclairés à cet égard.
~»^nc«n bien qaie la Religion ne le fasse encore'nMeux ^ et'Is » Religion enfant beaucoup que la philosophie ne pvm laire^ . , » Tons les crimes qui se font , âans le clergé comme ailleurs, » ne prouvent point que la Religion soit inutile ^ mai» qtfe » très-peu de gens <»nt de la religion. iCos gouiremcmeKs » modernes doÎTent incontestablement au christiatiikme kltr » plus solide autorité et leurs révcilutions mfCttns fréquente»; » Il les a rendus eux-mêmes moins sangnlndirès. Cela se » prouve par les faits , en les comparant^anx gouvvnienietra )> anciens. La Religion , mieux connue , écaitant le Fana-* » tisme , a donné plus de douceur mtx mceurs. chrétien»es. » Ce changement n'est pas Fouvnige des lettres ; danrf partout » où elles ont brillé , l'humanité n'en a pa» été plus r^pec- » tée. Les cruautés des Athéniens , des Egyptiens , des etn^ » pereurs de Rome et des Chinois, en font foi. Que d*(«uvr«; »de miséricorde sont l'ouvrage de TÉvangilc! Que de rester « tutiohs , de réparations « la confession ne fait-elle pas faire » chez les catholiques!... Quand les philosophes scT'oient «n » état de découvrir la vérité , qui d'entre eux prendroit in-* > » térét à elle ? Chacun sait bien que son système n'est pas » mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce qu'il » est à lui ; il n'y en a pas un seul qui « venant à trouver le » vrai et le faux , ne prëiîirât le mensonge qu'il a Wm^ , à » la vérité découverte par un autre. Ok est le philosofAe »qui, pour sa gloire, ne tromperoit pas le genre humain ?... X» L'essentiel est de penser autrement ^«e les antres. Chez » les croyans il est athée ; chez les adiées il seroit of<»yant.. . » Fuyez ceux qui , sous le prétexte d'expliquer la nature, se- » mait dans le coeur des homoMs de désolantes ddctrihes , » et dont le scepticisme apparent est cent foîs plus affirmatif » et plus dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires. »Sons îe hautain prétexte qu'eux seuls Sont Maires, vrais,
» ds'to&ne foi , as noQS' icAnoÂtleat impërieUsemcAt à leur» «idécisons tranchantea , et prëtendenl: nous donoer pour les » Trak piiBcipes des chosis , les iainlèlligibles systèmes cpfuis • ont bâti dans leor imia^atioii : : du tiasts , rùavenAaA , ludâtolUBJnt , foqdaiit «ox. pieds totift ce'i^fèe les, hommes «respectant , ils ^ént mnpc affligés la dernièrb consolation «de* leur misère, aux pms^ans et'atix TÎaheB Icrseul ftetn 9 de kntrs' paàsions ; ilscrrraèiunit'dés cœurs le remords du » çrinm'/i'espdir -de Ib vertu ^ et se wùitènt iencolpe d'Aire les «bienfitttcwrsdu génre]itthiain(a). » < r.:< : •
"(^} On lit, dabs ¥É'tttde 'du eiBia^^f humain -^imnobaffitte frèstWttarcpiaBle tm les un£àtaiUx[ ^t (jm,' em> ëtuMi wtrtt > da difl^renee infinie q|ii setrottTerentrè lenribstiiâotset Ja)vm0iy humaine , pvbéTe qu'ils ont ^té «réés pour fhànAxtui; eî qn'^s sohtiMts pour* Icifr obéir < Je ne puîs.nier»efai5erfeqcir{^itir 4e citer 1» chapitK:*
-tflDffn» lé^>skmaàsmx forent cr^és po^ obéir ûnanîffletteht netrànb r^staneeàtfbomme^eirbn ToltendorliibeatMcrqp » de traces de cet empire seruTiïrain. Les «nimanx dont des » esclaves révoltés; .mûs'ôn trouve to^oursteiieuir tmîns- » titttit)'<sttdes Àcnlnis- ^ attestent leur servitude priiiiitii'e. » fin Vain les tyrans les pllis im{»itoyiables foudroient âssnj et-* « tir ifhomme à jcértaîn^ tràvans séi^res , iioÀ^e nafeàre liiéme » »Y oppose, l/lionteien'^tpas eo^»formé fidut^onvoir^np-- » pléêrle^ Cbeva); il n'est paSc ai^ez fort 'p<w^ 'remplacer ic 9^ bœuf, le- cbameafa, le dromadaire ét'féJépharitç ainfei' » llM>nfine, daMs -aueteÉe suppoiition y n'e^ -f^if pleiâr'^tre » esclave. Les animani^^ doivent^ a^oif lés dfiaicùlt^ ^isi tés •-rfendèiktSttSceptibleid'obéit fcPliomftte', ièt îte* les ont en » effet. Ils sont tous capables d'être façonnés , apprivoisés » paf l'homme, et de'xiloVet^sbns'^oh joùg. LA vtic' de Pa-
{a) Emile. • • ♦* • *' ' \ ' '
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» t«nîr est intitile à des êtres dont la destination est bornée; 9 les ftnimaiix ne l'ont point; mais' ils potoèdent la mémoire, » parce qne cette faculté est nécessaire à des eaclayes , et » même à des setriteurs ; car^ sans ie souTenir de la réeom^ » pense etdn châtiment , il n'y auxoit point de sonmission. » L'homme est tônjonrs un être imposant pour les «animaux ^ «même les plus redoutables, et.ks plus féroces ptenneiit, V ' du premier mouvement,* «iailaile' à soniaspect • Cette crainte, » natm^e dans leabétes farouche», est si forte , qn!au rap- «port de tous les Toyageurs, lest seules (to^aiations de i»rk<Mm«i0u{fisent pour les éloignet (à). Ces mêmes éma- «^ nafeîionsltqui causent de JlNdSrot'^aïKr animant carnassiers et wdGâsoeesl^insptxentiun stttaeliiement prodigieux aux animaux >r Ipacifiqi^; tels., par.«xenlple , ipm. le; chien. Ainsi , Fhômme >r peut! dompter les animaux les pltis retâoulablfis; il peut les » apprivoiser tous , et il possède une vertu physique et mys* ^.târieuse.qui éj^vanjte les |)iva sanguinaires ,«tquiaAtache «puissamîi^nl>/90nt.qu;irfdestine à.vCTi^ sous son toit, et >» qu'il charge jdtt soini de: le.défendrei ->L'iDsliact des animaux, à piusi^urs égards, est snUlme, 9el.îl'n4'est teliqiue parce qu'ira ne sont que d<es machinés, »-^ .qu!iilSf.oh^laent invinciblemémi'à la main p«ii5santei.qui »ile^ condjûti Ainsi , e'ëst Jbien grataîtement que l'on admire 3» leurs morars; 'on ne p^nt admimr, à cet égard , que la sa- » gesse suprêmoiqui iesidiriga ,;puÎ9qn'll He peut y avoir de »^ .morale patiftti^desiêtr^InlaJ^riels que Unwa* plonge dans » le néants Xont-ce quirtieni; à larvejim^esaiBKJitjse trouver » parmi enx;vi)s n'ont point la fentatipn.de la déhanche;, » ils sont à rahri:de tofities. 1^ déprayafion^ de l'imagination,.
(a) « Forcés de pa«^er. la.i^iût danses BoTèts, les voyageur» en Amé- » riqne se préservent des bètes £iroiiches, en plaçant autour d*eux, sw: » des pieux, une partie de leurs vêteroens. »
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tt mais ils n*ont pas Yiâèe dé lit pudeur; c'est pourquoi ils » sont conformés de' manière à pouvoir, sans souf&îr, se «passer de vétemens : l'homme est , pour ainsi dire , averti » de là pudeur, par la nécessité absolue dé se vêtir. Il est à b remarquer que le éorps de l'homme ne produit rien dontl'art upnîAsé composer des tissus d'étoffes, et ique le^ animaux, » ain^i que les plantes , en produisent de variés à l'infini; et » dalis'leâ climats où Thommë a le plus pressant besoin de » vétemens, les animaux offrent les plus belles, c'est-à-dire » les plus chaudes fourrures. Une remarque à faire encore, » c'est qu'une femme , quand elle devient mère , ne reçoit » de là liature que le lait nécessaire à Tenfant qu'elle doit » mettre au jour, tandis que^ parmi les animaux, cette subs- » tande si précieuse est eitrémetnc^iît surabondante , afin que i l'homme en puisse profiter, en s'appropriant une nourri- » turé aussi agréable qîi'elle est utile et pure.
«Les- animaux perdirent pour l'homme coupable^ la soui»mis^ioii' qu^ils'ne dèvôiéht qu'à' l'homme innocent; mais »'en perdant l'obéissance pour laquelle ils étoient nés , ils »n'en restèrent pas moins faits pour la servitude ; leur na- »ture n^ ^'éleva point, et, an contraire, elle se rabaissa en » se dépt'avant , quand elle cessa de téropli^ sa destination •première; plusieurs d'entre eui, abusant de la force phy- «siqué , devinrent cruels et furieux, et leur férôcïtîè ne doit »s'adoucîï* que lorsque l'homme les rétablît dans leur con^ vdition primitive, en trouvant le moyen de les assujettir. »Cest ainsi que les animaux sont tombés dans lé^ désordre ' »et dans l'anarchie , maux auxquels n'échappent' point les. «rébelles, quelque juste fondement que puisse avoir leur »réb'élUon; car, ceux qui sont faits pour être gouvernés , 'ne » peuvent trouver la paix dans TindépeAdance. » • Ce* réflexiom sont ti<ès-justes ; elles admettent une in-
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contestable yë^té , fondée surtout par le chrîstîamsme » c^est qu'aucune créature humaine ne doit être esclave ;.jasÀ& il est Trai aussi . que l'homme , né dans xine classe, q^ •l'oblige a consacrer . ^n temps à des travaux n^çrpenaires ^ ne semble destiné qu'à obéir ^ cependant,. s'il est né avec, dit g^énie^ il peut sortir de cet état , conijne on en a vu tunt d'exemples dans les temps anciens et modernes ; mais , si ^es t^lens extraordinaires ne le tirent point de l'état où il est né, il seroit pour lui aussi dangereux qu'absurde, de prétendre à l'indépendance. On trouve dans le Tableau de P^ns de Mercier, un chapitre fort curieux fait en 1788» sni: Vir^uh^rdijjtatLon parmi le^peuple : ^a^teur peint ^v.ec vérité l'insubordin£(tion des domestiques et des apprentb contre leprs maîtres ; tqus les genres dlnsolenc^ de nouvelle daxe de ce peuple qui , trenjte ans avant la révolution^ éf;oit le plus poli et le plus obligeant de l'Europp : l'auteur remarque que tons ces gens-là Usoient <d.e uiauva^^ livj^es , «t surtout les garçons perruquiers , qui d'ailleurs attrap^iejij^^ de temps en temps des discours philosophiques de leurs pratiques qu'ils, seplaisoient à répéter, . . ,
Ce Tableau de Paris contient beaucoup d'impiétés dans les -preijiiers vo^,umes^ et de ti^ès^boniies choses en faveur de. la Reli^on dans les der;iiers; 1^ ayant-coureurs de la révolution, coi^im.epçoient à frapper l'auteur et à.cîbanger ses -opinions \ il n'étoit plus qu'à mpitié philosophe , et dest trop encore pour étnç ^on moraliste. Mercier montre dans cet opyrage (à travers bea^iÇiOup â^evxg!QX»)j de l'esprit, du talent, une belle âme; tou£ les philosophes qui réuniront ces avantages^ seront inconséqoe^s.dans leurs écrits , parce qu'ils retomberont $o^v<înjt igialgré: .eux daps les id^ r«digieuses : c est ce^qui ,est arrivé à J,--J. Rousseau*
I^ous^tenpij^e^ns cette note par une remarque admixable
4'ii^.a^t«$iuç4îg>>Q â*^ecité odnûné une aatoritéTéritable, PfMrP^%i^i^v^'ttaajours dai^ ses. écmts autant de pureté qu« d^ pr(^{p4d«)Jir* Vqwî ce paragiiaplie tiré de lu jbégislaiion pjm^itwei Que e^eiui qui7>eut^^tre le plus gtand. parmi hs hom^iié^y.ne $oUqUti ikur sen^iteur, « Mot sublime deveau » usuel dans les langues chrétiennes, où il a été) appliqué a« » ministèrci f^Utiqua dinst qu'au «linistère.reUgievx , puisque ttlesfonetiiOns les plus élôvéas é^^jamamént mt^eirmcey et qtie ^Jf*§^ «t •<»mi>««w a'iapprilent flferwr. » - * ...
Un finc^nazqttet dévoué là sesncugusjtes deToirs , \smi à la fois la ReUgio», ses. sujets eirÉl»*. - \ '
(4) Jrfl j^irtiesae -eatv dp tdu$ lea âgesi, Oelui diiî l'en peut ^U*ele plusaimalile» pu létphiabDiiiphSIrinentiiwuppbrtabli» ^% ridicule. Je Jiî^ diucis le» Mémoires de Sottf.^ qUSipe grand homme', dans sa vieillesse, étant rietirédAiisisop.'Bhâteatt,.j r^se9i]9loij( a^tQiur de. li«!fi<a,iwwibriuè0tfamilleyetqiie ses p^tits^çnfans, et s^; 'tnhu^ , : âgé^ :d«^ -pliis : de .quarante laîns , n^ §'4^^jîpi^ jiM¥iai[S.QU.$a^£éâeii«e^sur desifaûftenilsJ / < : Je, li§.idans les il^i^^es 4e :}n»ddme de .Sévîgné , ' que le^s de . ipadiàme dte Gngasi^ i^y^etiant de rairniée^ apfeè& ^fji étte di^fii^glié fl^ la /ipailièce lapins bnikiite^ lédmmiii'aainaière u]|ç lettre iqui &t|i$$oût aioâi :]« Qi^el seraMman bfmheur d« »me trQUyer à yc^ pied^^ dr^b^stlsat vplte main ék cHo^er as<* vpûrer à y^9trfiij^«ie!... !» Qu'ils: aostîtouoliftliapokir- une mire ces nobles sentimens si délicatement exprimés, ^ -et que i la seule j^atermté. peut insipirori II n'est M qitie pouii cUè , il ne pe^t s^a4f:^g^er<|u^ài»^e ,09- langage de si bon goût, qui e^prisn^àilaiQi^ la pl99: tw4re. afïèofeion et le plus profond r^ect I Quelle a<bmrabl« «iyilisation qite celle îqid contribn^^ païucQ gen^ de gjcâne eti d'ëléglaïkce, à exalta, é pttfectîonner ainsi les çentimeùs les piiisipurs et les plus sacrés! Les péoés et les mèrds tt'ont*4ls nenpi^du'de leUrs droits, lors({a^iis
ont permis à leurs enfans de sûbstittier à ce lanjg^age de ht piété filiale, êelui d'une amitié vidgaire ^ et enfin celm d'une révoltante y^/ilé? A.ujanrdliui , on termine une lettre à sa mère en disant : adieu ^ mon amie^ je timbrasse» PaTOfue que , dans ce gente , j'aimerai toujours mieux la manière d*éarire de M. de Grignan*
(5) Je ne pçds mieux terminer cet ouvragé qlf en citant quelques fragmens d'un excellent discours d'un homme de beaucoup d'esprit ( M. Linguet }, Ce discours parut en 1788, un an avant la révolution, par conséquent Fauteur n'avoit pas vu les résultats de la philosophie moderne. Ce discours me paroit le chef-d'œuvre de la logique et de la modération ^ et le sublime du ton calme, froid, et justement sévère. M. Linguet suppose que Voltaire existe encore, et, loi adressât]^ la parole, il lui dit :
« Je laisse aux théologiens , aux pasteurs honorés de ce i»Biûiistère:le soin de justifier la révélation, d*ea établir la j» vérité ; mais je vous demande , au nom de cette même rai- 3» son dont vou» croyez défeiïdre les droits, ce que vous >» trouvez d'humiliaiit pour elle dans ces mystères! ils sont «incompréhensibles , comme l'ont déjà observé des écrivains «plus éloquens que< moi ; mais s'ensuit-il de-là nécessaire- »ment qu'ils sont ahsnrdes?'fou,t n'est-il pas mystère pour «vous dans la nature , et tout y est-il extiavagant , împosx) sible ^ absurde ?. . . .
» La foi ne dépend pas de vous f soit ; mais le silence est » en votre pouvoii* : encore une fois , qui vous force à le » rompre ? On n-exigëroit pas d'^ aveugle né qu'il crût aux » prodiges de la lumière ;- T-organe nécessaire pour en avoir » quelque idée lui manque. S'il se Contentoit de les nier tout »bas, «»n se contenteroit de le plaindre; si même, en éle- )>.vant la voix ^ il se «hornoit à dire dans sa chambre que ce
«sont des absurdités, et qa*il fantétce imbécille pour les » admettre; quand il prodigueroit les plaisanteries, et les » bonnes m^e , ce qui ne lui seroit pas difficile , pour ap- » puyer son système ,' l'indulgence accompagneroit encore la » pitié. Mais s' il se mettoit à crier dans la rue que ceux qui » souffrent des fenêtres à leurs apipartemens s<»nt des dupes , » et les architectes qui les pratiquent des scélérats f si , avec » des pierres et son bâton , il commençoit à les briser ; si , à » ses cris ^ d'autres aveugles et même des clairvoyans mal in- » tentionnés se ramassoient , et que tout antionçàt le desir avec » les S3rmpt6mes d'ime émeute , ne faudroit-il pas accdurir , n ne faudroit-il pas user de sévérité envers le prédicateur et » ses prosélytes ?
»Si les cérémonies reHgiellseB étttrainoiênt aujourd'hui, » comme autrefois, dans le paganisme , cet appai^il sangui- » naîre et effrayant qui souilloit les temples* ......<, votre ré-
•pugmcoce seroit elcusable... Mais le christianisme a' purgé » ses sanctuaires de cette barbaije affligeante ; il a substitué à «ces massacres une ofirande douce ^ piaisible, qui ne choque i>ni les yeux , ni l'esprit î physiqueiAent même elle est le sym- »bole de la paix et de l'union ; à nel'euvisager que du doté •politique , die lie peut inspirer que la concorde , l'amour «des hommes et la reconnoissan^e pour la Divinité. Quand »ce culte n'fturoit que cesevd avantage, c'en seroit assex «pour mériter les égards d'unpfailos6phe humain ; et sa pui»> » tance actuelle j la prbfondejar de aes racines , l'impo^ibi- » lité de l'^arracher sans: ébranler toutes les constitutions e(- » viles auxquelles il est maintenant inco^>bré , sont d'autres «considérations décisives qui suf&roient pour interdire le •desir même de sa destruction-, quand -elle seroit possâlle. «Et comhicin d'autres motift encofc» même en admettant
«cette possibilité , se réiLniroieiit ;pôac imposer silenee à de » véritables pbiloiophes'l ...
» Je a*€Xdmiilûi})(Hnt si ce thiéisme tant vanté aujotinl'hiii » n'est pas réelkmcnt un athéisme déguisé pat ce léger adouificissementide nom ; si be Bien r^gué sans piètres et sans nmini^^es d«Aft le ciel inteUeetuel on il se cache, est an «étire beauconp^tts effectif qiie' le dièn^oardj innet, aveni^glêetineoilciant d'i^aiure^ Je n'examine pas si cette comu iiiunien tolonfaôre , Spirituelle et secrète ^ cet hbmnia|^einu|écie«Lr t^ildû tacitemeiKtà Dtea , sanis inâncnce sensible, et » indigné uniqujement p^ la rsâson, est im frein anssi sût y wai|Ssi*efS(^e pour les pâsèickas et les désirs isontraâ'es à » Tordre général , qu'une Religion souteniiié par Tappareil «di«.$e$ ^èrémooiès ^ p«r la finirefé îàe^ sa jmocaie > par Ik mavj^té de ses. dogmes^ par la p9wjpQjniéme4uiî entoure ses »i»ini*toes.;JAle;i|lppQS«. ^. . i:;.
n Je spppo$e etictiivejqueson ascei^nt sera leiaème sur tous »le^ bi»*i»es. , fintï lious les. étants » 4ur «oul^ les< liasses dj&4a itso^i^té ; je supfiofis '. qiie le> pbikisophet^ ptlidant .firoîdement iL^a,ndm de la rAilon:>* et fdifiGtutlknfjierip dis l'occasion, l'ait ^n94ge ou :1e désavantagé qu'il y àutoit-, . soit «à réûster, »SQit à fcifodomfaer f pten^raiSùrrks ocnurs antatit de pbilvoir f>>fttS le. )}<K&tife -promettant ^ dalaii^afft .d&'FÊtre toui^pv^f^^mt >' 'éw4:hiJlbn£ak$iat des Décompenaes ; réitérant' à 'dba<pie if4Qst2mt; fie%iBKiWit;esî'i8t> »estpdr0ibed9e6:;^Qiiir ré^eotirç et, » gerçant dès k-présisot iinej«iridimk«i s^vèteriet^ redoui)table f^ leiKappok*t.«{it'elItt aonéQ les/jpgeiiwns.fbtdrs ; je
i^UppOse.tOUt cdUurt ;':jlf:.'i .
A ^lÊiUkim., dans oeTeJis>-^Ià'jniéine , «nfirc dt^xiHKmières d-as- ^>siK0rl!pi!drev cptl)aim»ent.uii«effieaeîl)é.pai1iille«J» jtpéférnri^ceifee sei'oifrneUe pas due àieelfo qair«Btbétftbltb ? •
> vVbilà iàn édific&qnî m'asâtlre un abri suffisant pour tous «Iheis besoins; seriez^Vbus excusable de le renverser, unis'^éinetit pai^e' que ybùs èh pourriez substituer un aiitrè »^î âiiroît le même avantage?
» C'est le bon ordre, c'est l'amour de là Vertu ^ c'est la vfititeHiHé éhtre lès hommes qui va faire régner le théisme, »je le veux j malâlâ Rdtgroh à-t-elîe un autre but? SéS tbi- *mstrtes dnt deà passions; mais vos philosophes en seront-ils v^jceiiipts ? Elle a un appareil gênant, elle â des pratiques »ârtigffnteâ , elle exigé une docilité peu agréable; ses plrêtres * veulent lion^seulèment qu'on lés croie, niais aussi qu'on «les resjpecte. Cela est Vrâii; mais qtiand on ne la regàttlerbît «toujours^ ahisî que Vous le voulez, que comine un établîsse- »itient purement civil , comme tinè in^tîtatioù politique de&stînée à cotisblidër l'édifiiie sdcial ,' à' assuret' le repos général » de'fôiitè» les peuplades 'qui se réunissent pour vivre en com- •ïriuhV cet appareil^ ces pratiques, cette soumission, ce totesffjiect , nfe sciroieht-cë pas de^ chosfcîs néce^aires ?
» Cônteàtcz-voùs à tin souverain le droit tf aVoir des gardés , %>à un magistrat celui d'avoir des Iréterirs, dès appariteurs, des » htibsièns ; etc. Regàrdez-vbus coinnie ùhe usurpation lié leur »pâltt , les hommages qu'on leur rend et îa vénération qu'ils »ei[igënt? Pourquoi donc cet achartietûént aies trouver' in- »jùstes , humtiians, quand c'est à une mîtré ou à ûiic étble MqU^îRf ^'adressent , lorSqiië vous les' approuviez eiivérs' un «idiàldîéiné où iih cotdon bleu , jaune ou roùgfe ? Assurément , »tlcri^rt*est nibib^ philoisopHi^ùe ', rieii ïl'éstpîus puéril 'que icétté diisttiidtîbn... Yôûs rougissez d'être contraint à des déi*ftrèiices pbût litt ciiVé, pour utl évoqué; m&isi>ientôt vous '^ttotiViérez ihétim^edés é'eltës qu'il faut avoir pour un s^e- »rîfÎF, pour uit aldërmàn, pour uh bailli, pour un cHance- •lier ^, ^6iit ûn%î?ttltttes cei gradations dé rob^ïssancc se
«touchent et se soutiennent Tune par Tautre : votre pfaiiosovphie seroit même inconséquente, si^ ayant une iQJ^.hrisé » un de ces jougs , elle respectoit plus scrupuleusement le se- Dcond... C'est donc réellement le plus affreux désorâ^que »vous tendez à introduire, même sans le vouloir; c'est donc »>de la société entière que tous tous déclarez ennemi ^ en pu- «bliant que vous n'en voulez qu'à ses tyrans.
» Et que seroit-ce , si je suivois , jusque dans les classes • inférieures, les funestes effets de cette indépendance que «vous réclamez an nom de l'humanité, et pour soutenir, » dites-vous , la dignité^ de notre espèce ? Je continue à «ne contester à votre réforme aucun des avantages que «vous lui attribuez; je consens toujours à supposer que M le théisme, une fois reçu , accrédité universellement^ van- »dra pour le bien public, autant que tout autre culte; » qu'un philosophe , de son cabinet , édianffera autant les «esprits par un bon traité de morale, qu'un prédicateur « ou un curé , par des sermons publics ou des exhorta- «tions particulières et verbales; qu'un coupable, on un «homme foible et ten^ dfi le devenir , sera rappelé à ses » devoirs à l'aspect d'un lycée comme à celui d'un tejo^e ; «qu'il se formera même des académies de vertu, comoie il «y en a de langage , de manipulations physiques^ et que ces «beaux esprits ^ en dissertant élégamment et à leur aise sur « les bonnes moeiu^ , travailleroi^t, ayec autant de succès à «leur maintien, qu'un clergé nombreux et régulier, dont ce «ministère est la principale et même l'unique profession. «Mais, pour passer de l'ancienne servitude des esprits à. leur «nouveljie indépendance., il s'écoulera nécessairement un «certain temps. Ce n'est que par. le mépris de ces rites, de «ces pratiques de l'esclavage,^ que voi;^s parviendrez à l'éié- «vatiçn sublime et épurée dont se. berce votre philosophie.
•flot.iîitervjtlie sera franclii, peat^^être sans danget, par nkqaelqiiâi^ àteeft plus sensibles, mieux organisées) ^aaraaties ^df» lentàlÊDBs, pwQne fortune sdffisanle, ou pat le âé- «fMU d'oocasions. Oelles-4à ne oroîront pas leurs devoirs ■9titlistnûs avec les aceiessoirefrcffii ea avoietit prééédelmnient »accompagné îa théotiè. Soit :^als'l6 peu|4^ , ee peuple que »Y<ms cro^eÈ essentiM d'Mairer , et qu*il kl au moins trèstoimportàntide contenir; ce peuple peut qui tout est tentiiFtion, «patoe que dms sa Vîë tout est privation ; ce peuple qui n'a ^pas atté minute sans besoins , et un mouvement sans ^onitrainte, sera-l-il ca|)ab4e dé^ mêmes véâe»ons>et des mêmes «ménagemens ? Quand tous lès bomtnes seront devenus phii»losôphes et tbëistes, ils n'autont plas besoin d'étrè dité^ stiens : je le veux; mais dans le temps de leur éducation, «dans l^intervalle employé à les désabuser des vicu* fwéjfu- >gés , à les impréjgner de ces nouvelles l4imièrés , qvfo serônt- •»ils?
i>>Distingueront4ls la vertu qu'il faut aimer et pratiquer » toujours, de Torgane qui la prêchoit, organe que voks kur 1» apprenez à détester et à 6dr? Sauront-ils restreindre aux Ddccompaghemenis extérieurs lé mépris que vous recomtmând^fc poitir les objets de leur adoration passée, et se Dtrouvet encore liés par 1^ devoirs, quand ils «lôiâ ^seront » plus par les pratiques visibles , destinées àdeur en rappeler »rabîeî^«ncfe ?
«Si volte Ivésttiiefl siir la i^époAse , tous les bùnnêle^gefos , )»plusietirs de vos partisans mrônses,' plusieurs de ceux que ^ vous avez lé plus accusés «t J>ervértKS , ne la («voient-ils t>as vpourTOus? Voyez ^e ^ai se piinsse' dttns feèlte sô<eié»é.où «Vous jbuîsi^is d*uh tinonkplïe si flatteur éA apparence, où ^vouè iave% réellcnv^ntlbiNié làhe ^c^ie^ toôti pas d'élèves , V pniÊâà de pfrédicans aussi: feélés ^ ati^i^i bardis que votis. Tout
» j est apprécié , tout y est discuté, tont y est détruit ; ,mkiê » qu'en arrive-l-il? Demàudez-le aux magistrats chargés du «ministère rigoureux institué pour punir les ctimes com- «mis , et TOUS saurez s'ib.ne gémissent pas d'eu voir multif- «plier le nombre > en raison 4e ce que s'affoihlit le pouvoir • du ministère pacifique destiné à Içs prévenir.
» Quant aux délits que la loi lie peut firapper, parce qu'ils » sont > ou secrets, ou d'une espèce pour laquée eUe.A'a «point de «hàtimens : quant à ceux qm ne troublent. que «l'intérieur des familles par la d^truct^on des sentim^ms qui «en font le bonbeur, consultez le çri uniyarsd pour siayoir » si le diéisme test plus propre que la ReUgion à les rq>rimerk « Oseriez-Yous assurer que ce soient les familles philosophes «où se trouvent des enfans plus . respectueux , des époux » plus unis , des amis plus fidèles , des domestiques plus sûrs ; » et > si vous le disiez , votre propre cpnsçience , votre^ propra « expérience peut-être n'arréteroient-elles pas cette assertim «mensongère avant que votre bouche e&tfini de)apnonon-
.»cer?
. ,»Et. encore,; si ces Irisiez eiSets d'une licence vainement ii. décorée par de trop beaux noms , se bomoient à Tenc^nte
<^« des maisons où die se développe avec le plus d'impunité, » les vrais amis des hommes pourroient se contenter . d'en gé-
' «mir; mais ils s!étendent à toutes les çlasseseomme à tous les » esprits. Le laquais qui sert à table voit des hommes réputés «honnêtes, se réunir pour trouver ridicule le pasieur qui «lui.prêchoit la fidélité et le culte, qui sei|l lui en assuroit «la récompense. II. seroit bien;imbécille , s'il ne se tcouyolt
»pas lui-même ridicule de persister à étire fidèle....
» Cette épidémie , cependant , gagne de toutes par^ ; elle «pénètre jusqu'à l'ouvrier, tapi ^^n^ Les galetas, ji^squ'au
. « paysiin mourant de faim et de désespoir dans sa chauniièr^ »
«ils apprennent à comparer leurs besoins et leur misère avec »la valeur des «enfuies qui les perpétuent;* ils cessent d'aller j» «ntendre- le curé , qui ,• au prône , leur ea £»isoit espérer »une indemnité, qui balançait dans le confessional les pro- »grè» delà tentation de s'y soustraire : et quel est le résultat » de ce terrible affranchissement ? N'est-ce pas de toute né- «cessité, le crime ou le désespoir? Et l'un né doit-il pas «presque. aussi nécessairement naître de l'autre (a) ?
»C*est ici , surtout, que l'on sent la prodigieuse difïérenca ^ entre les spéculations arbitraires de la philosophie , et les » services de la Religion , qui , réunissant une théorie suvblime à des pratiques usuelles, est réprimante et conso- «lante tout à la fois
»Que rend la philosophie à l'indigent, en échange des »fers dont elle le charge a l'approche des possessions du » riche ?ya-t-elle pénétrer dans sa chaumière, au milieu de » la fiinge qui Tentoure ? Va-t-elle s'asseoir près de ce lit de » douleurs, où le moindre des maux du moribond est souvent »la maladie qui le dévore? Lui offre-t-elle , dans le visiteur » compatissant qui l'exhorte , l'image du Dieu juste qui va » l'indemniser, dans une autre vie , des soufïrances de celle- -ci? Impose- t-elle à ce dissertateur éloquent l'obligation de «seconder,*^ par des discours temporels, effectif, les espé- V rances verbales et futures qu'il prodigue 7
» Le philosophe qui rempliroit quelquefois , dans sa vie , » ce ministère de bienfaisance , seroit un prodige de vertus : »la Religion en fait, pour ses ministres, le plus commun de » leurs devoirs et une fonction journalière ; ils ne peuvent
(a) Et c'est en efiet ce qui an-ÎTa ua an après la publication de cet «crit......
»«'y rdaser sans crime, niénae h différer sans préYarioA-
»tioii. ••••., ^.^ % • •.
«Cessons dp&c, encore une fois, de déciier^ d attaquer
}>ia- Relira ;: f|aand il semit vrai qa'on pût se flatter de
.iiparYeniiria;!^ détraire, ce seroit lé plus grand des* crim«i
}i4e..le.teliteiri 9. : . .. .
, {JSixaflnen ntisp^fië, deit^uvrofffs de Foltaircj par liingaet.}
tis.
..m:'. vif».
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