DU CHAPITRE IL
(i) Voici ce <|ue Voltaire écrivoit au P. Toumemine, iésuite. ^
« L'autenr du libelle pourra m'imputer.des sentimens que » je n'ai jamais eus , àos livres que je n'ai jamais faits ou qui » ont été altérés indignement par les éditeurs , je lui réponadrai, comme le grand Corneille : Je soumets tous mes décrits au jugement de l^ Église, Je déclare à lui et à se&> • semblables que si jamais on a imprimé sous mon nom une *pag« qui. puisse scandaliser seulem^^t le sacristain de leur » paroisse, je suis pfét à la déchirer^deyant lui^ que je veux •vivre et mourir tranquille dans le sein de TÉglise catho- «liqne , apostolique et romaine.» (Voyez les Lettres de Foliaire,)
n dit encore (mais ironiquement), dans une autre lettre à M. d'Axgental : « Si l'on m*a(tribue le Dictionnaire philo- > sophique , je me hâterai de le désavouer avec mon inuo- » cence ordinaire »
Voici uae autre lettre très-curieuse qui se trouve dans ses Lettres inédites , lettre 98*^ à M. Vévéque de Mirepoix* « Je sais asaez que depuis les Socrate jusqu'aux Descartes , «tons ceux qui ont en un peu de succès ont en à combattre vies fîireiffs de l'envie \ quand on n'a pu attaquer leurs ou-
»Yrage6 oh leurs mœurs, on s'en est vengé en attaquant leur vreligion. Grâce au Ciel , la mienne m'apprend qu'il faut » souffirir. Le Dieu qui Ta fondée fiit ^ dès qu'il daign^ être •homme, le plus persécuté des hommes. Après un tel » exemple, c'est presque un crime de se plaindre. Corrigeons »nos fautes, et soumettons-nous à la tribulation jusqu'à la » mort. Je puis dire devant Dieu qui m'écoute que je suis un »bon citoyen et bon catholique. Je le dis imiquement parce » que je Fat toujours été dans le ccsur. Je n'ai pas écrit une »page qui ne respire l'humanité ; j'en ai écrit beaucoup qui » sont sanctifiées par la Religion. Le poème de la Henriade «n'est , d'un bout à l'autre , que l'éloge de la vertu qui se »soumet à la Providence. J'espère qu'en cela ma vie res> » semblera toujours à mes écrits (â). »
' (a) Le Dictionnaire des Hérésies va me fournir le tableau fidèle de tous lés systèmes et de toutes les opinions philosophiques qui ont paru à tant de gens d'une nouveauté si piquante (è)-
(a) Ce poème est rempli de choses non effrontées , mais indirectes contre la Religion, entre antres dans ces yers corraptenrs où Ton vent justifier et même autoriser les égstenkens lès pluâ coupables de Tamour.
Êtes'ifous dans ces lieux faibles et tendres cœurs, etc.
On voit dans une lettre de J. B. Roos^e^u <jue , dans la seçoiide édition, il retrancha le personnage de Rosny pour y substituer celui de Famiral Coligny, le boute-feu de la France , dit J.-B. Rousseau , et qui par là prètoit davantage anx déclamations contre les càtholi({ues et la cour, c[ae ne le ponvoit fiiire le sage et vertueux Rosny. .
(b) Je ne puis présenter dans' une note que le fond des opinions , mab cts opinions fîuent soutenue^ avec beaucoup d'art et de subtilité, comme on pem; bVu' convaiBcre en Usant rÔAvrtige qne j^indiqae et VBUtoire tfccUsiastique de M. de Flmiri. Bn retranchant senlnnent de Vffistçire des Hérésies tons les ^stimpsi d« religiqn ( car tons ces che&
Le» JdMmsies, d<MKt la aecle se ferma yen Ttti 746 , «nsei^oâfiiit que TAipe kumaÛM est une énkBuution de TiàtcUigeoce M^éme, e» qu'étant une ^otftiondek Dhrinité, toutes le» wûoBs de râine , uille au corps , ne doiwiil être regardées fue connue des mouveiueiis indîAércm en cuieloèflaeis , et qm ne ^ortoient aucune atteinte à la dignité auturelle de rhomme. Cette secte rcjetoit la prière et te cnlit. Ses principes Fentrainèrent 4aus ies excès les plus hoccibles eu tout genre (a),
Les Albanais i. secte du viii* siècle , nioient le péché originel et je libre-arbitre. Ils croyMent le monde étemeL Ik condaii^npient le mariage. .
Amauri , sectaire ^xl xif siècle, ei^ignoft que Dieu n'é«toit point différent de la matière première.
Hutter et Gabriel enseignoient que tous les biens doivent être en commun ; qu'on doit regarder comme impies les sociétés où cette égalité ne se trouve pas ; que le culte doit être dans le cœur seulement (6).
de parti vonloient conseryer une religion ) et ne snpprimoit d'aillenn ni les détuls ni les raisonnemens , on formeroit one longue suite de yotmnes'qtd ïi!o(t^toient qu\ine répétition exacte et fidèle de tout ce que iidb livres pliil0SO{>liiqn«s 'côirtjeiuient. Si Ton àjotitoit à c«la plusietm passages tirés des philosophes païens, et quelques morceaujc cheîÀ tiré» de lient&igne , de Rolibes ^ de SpincMa et de Bé^ , mis prétenSdus philosophes modernes se trouyeroient absolvnelit isi entièMuiietit >dà' pouUléf. Cet ouvrage sw^oit certainement xxkA-piquani et t^軫tile.
{a) Mémoires pour servir à l'histoire des igaremens de l'esprit humain ou Dictionnaire des Hérésies, par M. Pluquet , tome I*', pag. 3o. Je n*indiquerai plus la page ; je suis Tordre du Dictionnaire : si Ton veut vérifier FesuictitBde des citatioiM , mi potom ^Mraàer dans le DSetioanaîre le 00m de la aeote on des sdetaires : •qoattd je vèapiai c« oïdM, j'indiquerai la page.
{b) Page 70. On tronye dans ce paragraphe le système é^'égaUfi dti
Les Anahiq>tiftes ont formé diverses sectes fameuses par leur folie et leiâ^s dérëglemens. Les unes soutenoient que tottte espace de servitude est aviliteante ; les autres que la joie et la bonne chère étoient l'hommage le plus parfait qu'on put rendre à l'auteur de la nature ; d'autres encore prétendoient qu'on peut indifféremment' choisir la religion qui convient et qu'on aime le mieux {a),
Arabes ou Ârahiens. Cest le nom qu'on donne à une secte qui dans le m" siècle attaqua l'immortalité de l'âme. B se tint sur ce sujet, en Arabie , une grande assemblée; à laquelle Origène assista. Il y parla avec tant de solidité et de modération , que ceux qui étoient tombés dans l'erreur des Arabiens l'abandonnèrent entièrement.
Les Arméniens soutenoient qu'on ne devoit croire que ce qu'on peut comprendre , et qu'on ne devoit pas chercher à ramener les autres à sa croyance.
Arnaud de Bresse et plusieurs autres sectaires se rendirent célèbres par leurs déclamations contre le clergé. Us prétendoient que les prêtres , les évéques ne dévoient point posséder de biens fonds , etc.
Amauld de FiUeneupe, autre sectaire f prétendoit que Dieu n'a point menacé de la damnation éternelle ceux qui pèchent.
Les AthocUns^ hérétiques du xui* siècle, enseignoient que l'âme mouroit avec le corps.
Les Beguards soutenoient qu'on ne devoit rien refuser à la nsîtnre , et que tout ce qu'elle demande , tout ce qu'elle
philofopliBs ; bMQCoap d'antres sectaires otA soatena cette opinion ; et noos aTon« tu les philosophes Hoberspierne «t Matât la mettre en pratique.
(a>PAge8x«
inspire ne saoroit être crtmineU Les excès de cette secte liirent abominables.
Les Nestotiens de Syrie nioient les peines étemelles. Leurs mœurs servirent à prouver l'utilité de la croyance contraire.
Consciencieux est le nom que Ton donna à d'anciens hé* rétiques , qui ne connoissoient pour règle et pour législateur que la conscience. Cette erreur fut renouvelée dans le xviie siècle par un Allemand, nommé Mathias Knutzer, qui , de cette erreur, passa à l'athéisme.
LafamiUe ou la maison d'amour étoit une secte qui faisoit consister toute la perfection dans l'exercice de la bien* faisance. Elle prétendoit être au-dessus des lois , et elle avoit sar la Itolérance illimitée toutes les idées des philosophe! modernes {a). Les premiers hérétiques prirent le nom de Gnostiques ; ce mot sig^iifie homme savant et célèbre ; et eneJSet , ces hérétiques se vantoient d'avoir des connoissances et des lumières extraordinaires. Us s'attachèrent à prouver qu'il y a dans le monde une infinité de désordres , d'irrégularités , de contradictions. Enfin , il y eut des Gnostiques qui crurent que les hommes n'étoient en effet que des animaux ; que cette supériorité dont ils s*étoient enorgueillie étoit une chimère , et qu'ils ne différoient des reptiles , des volatiles ' et des quadrupèdes que par la configuration de leurs organes. Telle fut cette branche de Gnostiques que l'on nomme Borborites.
•ffermiasychef des hérétiques nommés HermilloteSy adopta l'eiTeur d'Hermogène sxjx réternitô du monde. 11 enseignoit que le monde étoit le seul enfer qui existât.
Pelage nia le péché originel ; il flatta Torgueil humain ; il étoit éloquent. Il eut une multitude de sectateurs.
« Ce n'est point sur la corruption de la nature, disoitnl,
(a) Tome n , paye 56.
» qa'il Auit rej.eter nos imperfections. La nature hninaîae est » sortie pure des mains du Créateur. Nous prenons/ pour une » corruption attachée à la nature, des habitudes vicieuses » que nous contractons , et nous tombons dans une injustice »que les païens ont évitée, etc. (a). »
Fïgikmcey fameux hérétique du ▼* ùêcle, attaqua avec emportement le célibat et les vccux.
Wiclefsou^l que tout arrive nécessairement. Il remonta jusqu'aux idées primitives du droit des hommes sur la terre, et prétendit prouver que les droits établis de propriété et de puissance sont injustes et chimériques.
Zmngle prétendit que l'on peut assurer affirmativement que tous les païens qui ont montré des vertus sont sauvés ; tels que Thésée, Hercule, Socrate , Antigone ^ etc.
Voici encore quelques opinions d'hérétiques que j'ai trou- Tées dans V Encyclopédie.
BéuUUde, qui mourut -vers Fan i3o 4^ Jésus-Christ , en- . éeignoit que Tàme étoit punie en cette vie* Il enseignoit en-^ coreqne , loin de combattre ses passions , ilfalloit leur obéir et leur cé4€r.
JBi^us , qui vivait sous Charles V , soutenoit que tonte bonne enivre est, de sa nature , méritoire du Ciel, indé* pendamment des mérites de Jésufr-Christ.
Robert Brown , chef de la secte des Brownistes , éloit Anglais, n mourut en x63o. Il condamnoit la célébration religieuse des mariages, n rejetoit toute forme de prises.
Les Cainistes nîoient la résurrection; ils exhortoient les hommes à se livrer à tous leurs penchans.
Les Chercheurs étoient des hérétiques sceptiques, qui ne
(a) YoiU tout le bat à! Emile , dont on a troavé iis îcUm ai
réeoiinoissokiil ni ne nioient Fanâientieité des Écritoretf , et se bomoieftt à prier Dieu de leat révéler k*vénl^. Encfclo-pédie ^ mot Chercheur,
Voilà oertainement tow 1m prlttcipe» , toutes les idées , fontes les opinions renonvelés et sontenos par les prétendus plûlosopkes modernes (a). Ces hommes orgntUtenx ont été les mêmes dans tous les sièdes, ee quH est facile de pronrer par les portraits qae leurs historiens nous en ont tracés. En Toici deux que je copie littéralement, et qui ne paroitront pas nouveaux : « Donnât fiit bientôt Toracle et le tyran des » Donatistes; ils devinrent^ entre ses mains, des espèces y* d'automates , auxquels il donnoit la direction et le mou- » vement qu'il vouloit. Donnât avoit la plus haute idée de B sa personne , et le plus profond mépris pour les hommes, » pour les ma|[istrats et pour ^empereur même. Ses secta- » teurs prirent tous ses sentimens ; les Donatistes ne voyoient » que Donnât au-dessus d'eux , et se croyoient nés pour do- » • miner sur tous les esprits, et pour commander au genre » humain. Les Donatistes animés par cette espèce dft fana- » tîsme d'amour-proprfr, qui ne se montroit que sous l'ap» V parence du zèle,... séduisoient beaucoup de monde (6). »
L'hérétique Figilance dont j'ai déjà parlé , vivoit sur la fin du iv<^ siècle.
« Figilance étoit un homme qiii aigiiisoit im trait , et qui )» ne raisonnoit pas ; il préféroit un bon mot à une bonne » raison ; il attaqua tous les objets dans lesquels il remarqua » des faces qui foumissoient à la plaisanterie (c). »
(a) A rexception de Vapologie du suicide^ on troare tontes les idées philosophiques dans l'Histoire des Hérésies , et Tapologie de ce crime est donc la seule lumière qui soit due à la philosophie moderne.
{b) Dictionnaire des Hérésies de M. Plnqnet, tome II, pag. 8.
(e) Dictionnaire des Hérésies, tome II , page ax6.
Tous ces sectaires, en renversant les principes de la morale, produisirent. des désordres et des maux infinis; cependant leur projet n'ëtoit pas de détruire la religion ; ils se contentèrent d'en attaquer quelques dogmes , ils en conservèrent .le fond. S'ils eussent eu le dessein insensé de Fané^tîr, l'empire. qu'ils. avoient usurpé sur les esprits, eût été mille fois plus funeste encore^ et leurs seqtes infiniment .plus dépravées.