‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 4 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite du ftécédenU

Otr vient de voir une partie des moyens, et des choses qui contribuèrent aux succès des. en* cyclc^distes; leurs cabales, leurs intrigues et leurs complots se trouvent parûdtement détaillés dans leurs lettres, et surtout dans la correspondance que nous possédons complète depuis peu de temps ; on en citera plusieurs fragnlens dans cet ouvrage; maisYoltaîreet ses amis durent leurs plus grands triomplîes à un mot véritable^ ment magique, par l'effet qu'il produisit sur un nombre infini tie personiies de toutes les classes; ce grand mot de ralliement, fut: tùU^ rance.On confond volontairement, depuis 60 ans> Findifiérence sur le relâchement de la morale et l'oubli de tous ses principes, avec la tolérance; il faut être toujours tolérant pour les personnes (a) , et ne jamais l'être pour les erreurs. On

(a) A moins qti'elles n'euMent la folie d'attaquer ouver-

( 34 ) lie compose point avec la morale, et l'on ne doit pas , par bonté de caractère^ s'accommoder d'un mauvais principe ; il faut au contraire le combattre avec toute Téhergie d'Uné juste indignation.

Veut-on voir des échantillons de la tolérance philosophique^ en voici quelques-uns : Lorsque M. de Voltaire donna la tragédie de Sémiramis^ on en fit une parodie^ et on pouvoit la faire bonne, parce que, aialgré le mérite et l'éclat ée cette belle -pièce, elle e&t remplie d'iiivraisemblancesi et que le ]}lan en est défectiiéus:. Ml dé^Voltaire ât agiàr tous sto amis ^ potir que le pmivi^ir^^bitraire elnpécfaât la représentatmn 4e tètte parodie; il écrivit à la ducbesse de LuTiibft ^ pour engager lit Reine à la faihe dé-' fetidrè (k ptèeéâroit dédiée ii cette/priitcesse ). Là^béitie fit répondre par madame de IiiçiTiies, que It^ parodiksépaienè d'usfo^e, et ^ju^on Uvoit travesti f^irgile. Dansle telbps buYAnnsée litté* rairè aVoitua gcâtad nènibre de souscripteurs^ M. de Voltaire écrivoit à eés Aînis i

tk €e n?est pas îfiseiîde rendre Préron ridiéuié^ j> récraîet est le. plaisir i; mais taiiteâs icës pas--

tement la religioa, le gouYememeat ou la morale publique. Il y a chez toutes les nations des lois qui punissent des dé-» lits si graves ; il faut espérer, pour l'intérêt de la société , que la philosopifie né païviehdsca jamais à les faire abroger»

(35) A sions s^auéatitisseat devant la haine cordiale 9 que je porte à rkupudctit Orner (M. Orner de »: Fleuri). Cependant la violence de cette juste » liaine pent céder' à kt raison; et puisque je ne » puis lui couper, la matn dont il a écrit son ia- » fâme réqi^iisitoik^e (a), je Fi&andonne k son » hypocrisie^ à sa liiéchanceté de singe )•«! à » toute la noirceur de son caractère. Mes anges « (]Vi. etMad. d'Argental), si j'avois ceut-mille » hommes, je sais bien ce que je ferois; mak » comme je ne les ai; pas, je communierai à Pft-^ » ques, et vous m'i^ppellefez hyppcritç tant que » \ou%v0U!àtei^{LeUresdeP^ààatrey C'est dom* 3» mage que les philosophes ne sment encore ni 9 assez nombreux, ni assez 2rélés, niàssestriclie^ » pour aller détruire avec le fer et la fiamilné » cette secte abominable ( les chrétiens. ) r^\Let* très de f^oltairej. « Si mon cher ange ( M. d'Ar- » gental) parvient à faire chasser le monstre » Fréron, qui déshonore la littérature^epuis si » long'tempè, les geiis de lettres lui élèveront

» une statue Jetez ie diable dans l'abime et

» tirez les Scythes du tombeau b^ [b) ( Lettfw du

(tf) Ouvrage plein- 4^ force ^ de raison et d'éloqn^ce, contré des brochures exécrables que venoit de publier M. de Voltaire.

(b) Tragédie qui venoit de tomber^ et que toutes ses inr^ trigues ne purent relever.

ni^ife^)..En ï7^7> ^^ écrivit à Marin , censeur royal : << On dit qu'ona oté à Fréron ses feuilljesv » mais quand on saisit les poisons de La Voisin^ m on oe se contenta pas de cette, cérémonie (a) » . -rîia même année, îL dénonce M^ de la BeaumeUé au .niarédhal de Richelieu, parce que la Beavipelle avôit écrit un, trait contre la famille de Richelieu, yoltaiireeûgage le maréchal à fihàa^er la BeaumèUe de son; gc^uvernement , ce qXii <^ h^ui II tfit chasset J.4. Rousseau de Gefie v? , çt. ili éGÛvjoi^ k larmaréchale de Luxem**» bourg l'cpjLÎl pl^gnoit beaucoup. M-. Aoussçau^ Qan^ le m^H^e temp^> il atti^oiteta. secret lesc trpu})}efi de Genève , et il écriyoit aux indifféiiens qi^'iiL.meo^'^n mélio^ .|en;.aucuue méniere^xyoici sîji^ çç : sujet ^MXXJP!^ m duc de Ghois^pl > i ^lors ministre.* •,... r .:• ' '•;,•:■ < .•.;• , ,

•. f Si j*psôi&jj.eiydi|ssup|)lierQisd'eof agferM- de A. Hauteville à demeurer^ enverïu de la garaQtie^ » le maître de juger de toutes l^s cantestations » qui.s'élevcaront toujours à Genève* Ypusse^ciez » en drpit d'ei^vpyer, un Jour k VamU^le Mue » bonne garnison pour maintenir la paix , et de » faire de Genève , à Vatniabîej ùAe bôntie place

{a) Il Touloit donc qu'çn le brûlât tout vif? Dans son Dictionnaire il dit que M. de la Beaumelle méi^ite le carcan.

(3?) » d'armes ; quand vous aurez la guerre en Italie, » Genève dépendront de vous à V amiable , mais*. »

Cette lettre infâme finit ià, et ainsi ^avec*des points (a). , .

Il écrivoit au roi de Prusse pour l'engager à persécuter les jésuites qui l'avoient , élevé (^). Dans une autre occasion , croyant la ville de Thorn au pouvoir du roi de Prusse , il l'exhorte « venger sur les prêtres de cette ville , un acte de jrigueur , commis cinquante ans auparavant contre des écoliers knpies. La.réponse du roi fut admirable ; il se refuse à cette vengeance ; il dit qu'il se contente de faire élever un mpnumenl

(a) Genève ItA aceordoit Thospitalité la phu généreuse, et il faifloît m secret to^ $e$ e^brte pour la, perdre , pbuv l'asservir. H fiiut Toir, dans ses Lettxes, des détails de cettç basse duplicité ; ils ^qat horribles ^ et trop, longs pour le« rappqrter ici.

(6) Il fi^t puissamment secondé , dans cette persécution secrète, par d'Alembert, qui détestoit aussi les jësuîtes , et qui, dans toutes ses lettres au/oi de Prusse, émplôyôit toul son crédit sur Fesprit >de te pi^Jince à tâcher de rengager i^ repousser de ses États ces malheureux fugitifs. Mais ce fut tn vaiq ; le roi dt Pnittse eut 4e bon esprit de.les.,r«ceTQir^ de les aecttèilUr, de.les établir dans une psoTt|i[|!é iiatbo]ii(}ot delaSilësie , de leur permettre d'/foiMit^K4eS.é(!oles\, des** qudks sont sortis les : hoinmes: dé l'AUeliagné les, |>lus dis-t

sur là tombe du hmeux Co|>ernie , qui se trouvoit enterré dans une petite rille de la Vaniiie^ et il ajoute : « Croyez-moi, il vaut mieux, quand » on le peut, récompenser «jœ punir ; rendre D des hommages au génie , que de venger des > atrocités' depuis long-^temps commises, à Voltaîrç intrigua vainement polir faire enferma oa du moins chasser l'anti^^ilosopfae satirique Clément. '

<Jomme il détestoit les parlemehs qui avoient flétri ses ouvrages, il dit et répète dans ses lettres, que lorsqu'ils font des repirésentatiQns'au'Roi , ils sont des imoléns. Quaiid le parlebient fut exilé à Grenoble , il écrivoit que le Roi mëloit à sa bonté des actions de fermeté ^ et il applaudit fort à cet acte , que dans ses pfinei^es il devoit trouver si tyrànnique, et 'contre le seul corps qui eut le droit d*oppôser de la i^éâfefànce à des volontés despotiques. Et quand , pâîruiïe violence inouie , le parlement fut cassé , il approuva entièrement cette violence, et, U écrivit au nouveau chancelier Bfeaupou des lettres r©»'» plies des plus basses ^tterite (a). ^ ^

t- (la^îl s*e^t beàttcovp Bioqaé du grand Corneflle, f>ftfe« qa'ii' avoit dédié «me de ses tragédies au sieur MùnkMron^ trésorier de V épargne. Jk ajoute qu'il est fâefaé qi/il: ne l'ait pas appelé Mon^m^^uri^^k le cvois bien); iiiais èst-îi iié|)0|^ «ible d'aimer un trésorier de Vépargrie? Stsice4^oni»}<e^

(39) Dans toutes ses lettres aux grands seigiietirs^ il affecte des sentimens pleins dé douceur et de mod^ation , et il mcmtre à ses amis une âme haineuse jusqu'à la fureur. Il leur écrivoît qu^il vou* droit vcôr tous les jansénistes jetés dans ia mer a9ec:un Jésuite au cùu. Belle pensée que Diderot » piUéa». lorsqu'il a jsôuimté que le dernier roi fût étranglé avec lesbqyamic Ai dernij&r prêtre (a). Telle étoit la tolérance des phiiosopfaisles ; aussi telle a été celle dès ^accdûna. Qu'eaiendcNient^i^.

m» ij^o&néte lioimiie , comme |e le s«ippose d'un àmi de Cornue, ne Taat-il pas. mieux lui^oaruier cette mAicfÉe pa-> blîqae d'attacliement , que de repidre ce même ftoQuii^gc» à 16^ plus scandaleuse coo^ci^ine. de la France , cpnmie !> fyX\ M. de Yollaire^ en dédiant un de ses ouvrages à M"*« det^ompar dour ? Et depuis il prodigua les flatteries à W^ du Barri , .qui Tenoit de £dre exiler le dba<> de Oioiseul, bienfiiîteur de M. dé Voltaire; le duo, pour cette bassesse^ se biouSla aVet le pfaith sophe. Cest aossiM. deyotai»eqiil;danft aifti0îeti«Mitiidi«> au mot Ivette (rivièt^4^J^ ocwfNW^ ^- 4e§M^î<¥r> lieuteinuii de police, à Agrippa, tfi grjind ComeULe n'a jiani^ faji^\ ni de telles jetions» ni de telles comparaisons. Au reste, 9^* de Toltaîre a dédié sa tragédie d'Alzire à un négpciant, dont* rétat n'est pas supérieur a celui de '^'iomr'^^/i^ra/.

(à) On voit même , dans les Lettres de Voltaire et de d'Akndb€irt;'qu^|[^s*u<drenttoiis9e$'éétKx'p^our engager Kmpéî.' ratrice de Russie à feire chasser honteusement de Fékin^ un Tci^tuen^ missipiMiaire ,de la. Cbifie; mais l'i^np^ra^ce »e se prêta point à cette étrange animosité.

(4o) done p^ tolérance? Liberté entière de tout écrire et de tout feire pour euxi et leurs partisans; mais violences , despotisme et cruauté contre leurs ennemis.

Lies d,étracteurs delà religion ont soutenu qileles guerres religieuses n'ont été connues qvie parmi les chrétiens. Cette assertion répétée dans tous leurs ouvrages , et particulièrement dans ceux de M. de.Yoitaîre , e^t '4'^utant plus extraordmaire , que l'histoire ancienne et n^dérneen démontre évidemment la fausseté. La religion musulmane est,4^toutp^ l^esreligions, çelle;quiaç^rusé leplu^ dcrguerreset de sanglans démêlés, parlesloqgues divisions des sectes Alide et Omniade; et l'histoire prouve encore que les lois des Grecs et des Romains ont été décidément intolérantes sur le culte. Cependant M., de Voltaire a éçriV* ^^.ç de tom les ajjtçiej^ pejuples , ai^cun rCa gén4 &^ H^ l^etlé de penser j'>q\ie chez les Grecs il n'y eut que le seul Socrate persécuté pour ^e^ opinions ; que les ^Itomaihs permirent tous les cultes , et qu'ils regardèrent Içl tolérance corxtme la loi la^ plus sacrée du dt^it des gens. (a).

Je trouve dans le s^^v^int auteur </ei: Ze^fre^ de quelç^^sj^^yune^^cj^ 4^

♦ (à) TraM de latolétànce ; article rStùs Roniàms onf été. plémns, - •

traits qui prouvent Fintolcrance des anciens; voici cet extrait rapi^de et détaillé :

a L'intolérance étôit un principe de législa- » tion, une maxime de .politique reçue chez les 9 peuples audens, même les plus vantés. En effet, » quand on voit Abraham persécuté pour sareli- » gion dans la Chaldée^ et le célèbre Zorbastre,le 9 fer et le feu à lamain, persécutant dans le royaume » de Touran ; quand on voit les Hébrfeùx n'oseï' 4» offrir des sacrifices dans l'Égyple, de peur d'ir- 3» riter le peuple contre eux; les Perses briser les j> statues des différens dieux de l'Egypte et de la » Grèce; et les différens nomes égyptiens s'ar- 9 mer tantôt contre leurs vainqueurs ^tantôt les :i^ uns contre les autres^ pour défendre ou ven- 9 ger leurs dieux; il me semble qu'on peut. bien » ne pas les regarder comme indifférens sur le

» culte Ne oitonsjpoint ici les villes du Pélo--

» ponnèse, et leur 'sévérité contre Tathéisme^ lest » Epb^ens poursuivant Heraclite commeimpîe, » les Grecs armés les,uns contre les autres parle ».zèle de la religion (dansi la guerre des Amphic- » tions. Ne parion&ni des affcéu^es.cEuautés que » trois successeurs. d'Àlexandi?e «»ef cèrent cojrit » tre les juifs, pour lés forcer d'abandonner leur «culte; ni d'Antiochus, chassant les philoso- » phes de ses Çta^ts; pi dçç Épicuriens bannis de V pluMeurs villes grecques, parce qu'ils corrom-.

:& pQient les citoyens par leurs maxipes et par » leurs exemples^ Ne cherchx^ns point des preuves » d'intolérance si loin:. Athènes, la polie el sa-- V vante Athènes , nQU$< en fournira assez de preu-^ ^ ves. Tout citoyen y faisoit. un serment public x> et solennel de se conformer à la religion du » pays et de la défendre ; une loi expresse y pu- » nissoit sévèrement tout discours . contre le& % dieux, et un rigoureux décret ordonnoit de » dénoncer quiconque nieroit leur existence. La » pratique y répondoit à la sévérité de la législa- » tion. Les procédures commencées contre Pro- 3» tagore; la tête de Diagote mise à prix; le dah* » gerd'Alcibiade;Aristate obligdde fuir;Stilpon » banni; Anaxagore.éijhappant avec ^eine à la » mort; Phcyné accusée; Aspasie ne devant sou » salut qu'aux: Jarmes et aux prûèires de Faciès; » Périolès luirméme, après tant de services ren« » dus à: la patrie, et tant ^e gloire acquise, cqa^ y» traint de paroitre devant les trabunaux, et de » s'y défendre (a); des poètes^ même de théâti^e , » en péril , malgré la passion des Athéniens pour » ces spectaoles; le peuple muitntijrant i^énïtre D l'un , et sa piècemême interrompue }usqu^à ce

[a) Êerklès , disciple et ami d'Anàxâgbre , deviiît suspect ^athéisme pour avoir pris la d^ensé àè ce'pîiilofeo]^e.\

• •'••■' . -3 . M-" j j ( NiOe de fatàù^rdes liHmsl) '^■

3 qu'il se fut justifié ; l'autre j ugé , traîné au sup*

V plice, et près d'être ]a{JÂdé| lorsqu'il fut heu** ]> reusetnent sauvé par spn frère (a) ; tous ces phi« B losc^he» / ces femmes télèbres par leur esprk 7^ et parl^rs^charmesy ces pioétes , ces hommes 9 d'État poursuivis juridiquement pour avoir écrit » ou parlé eonire:lesdieux;uiieprétresseexécutée 9 pour en avoir mtroduit d'étrangers; Socnite j> condamné et buvant la cigiiê, etc. ; oe sont des 9 £iits qui annoncent assez que la faveur , la di* » gnité, le mérite, les talens, même (es plus ap'^ v plaudis, n'y furent pas pour l'irréligion un abri m sûr et tranquille. .. Les lois de Aome n'étoienl i> ni moins sévères, ni moins expresses^. • On ria^ » dorera point de, dieux étrangers ^ disent *eUes » formellement... L'intolérance des cultes étran-

V gers , chez les Romains , remontoit aux lois des t dooagé tables , et même à celles des rois. Suivez » Hiistoire de ce peuple fameux , vous y verrez

-» les mêmes défenses portées par le sénat, l'an a) de R. SaS , et les édiles chargés de veiller .à leur » exécutioo , l'an 3^9 ; les édiles vivement j^épri* » mandés pour avoir néglilgé <d'y ténh*^ la main ,

: (a) . Ce&lJBêfhiifi, Sw^'his^ le sativa «n se éép9siUa«t le fara» ^ montrant AYCC larme» atii^ Atbé^ims ^'H ayeit perdu la naiik en conbâttant pow! eax< I^'aiitK.poëte est Euripide* Tous devx accusés d'avoir perlé dies dieia e^eq^irr^Triittiiè^*

y^ et des magistrats supérieurs nommés poiii^ les » faire observer plus sûrement. Voufe y verrez le » culte de Sérapis et d'Isis interdit, et les ora- » toires dé ces nouvelles divinités démolis par » lescdnsuls, Fan 536; des décrets des pontifes » et des sénatus-consultes sans nombrç contre » les religions étrangères, citées au sénat l'an 565, 3» et tin nouveau <;ulte proscrit l'an ôaS. Cette » intolérance ne discontinua point sôus les etn- » pereurs j témoins les conseils de Mécène à Au- » guste (a), non-seulemeht contre les athées et » les impies , mais contre ceux qui introdui- 30 soient ou honoroient, dans Rome, d'autres » dieux que ceux de l'empire , jfemoinfe lés su- » perstitions égyptiennes proscrites. Les'dieuit

{a) LfiB Conseils de Mécène h' Auguste, Yoje?. Dipn CasxcW , lib. XLII. «Nous crpyonft, ^it l'auteur des h^tftt$de » quelques jui£s , devoir, rapportez: ici en ea^ier ,|Ç(passage »de cette histoire. Nous le traduirons littéralement^ d*a^ès »le texte grec. Honorez Tous-méme , dit Mécène à Auguste , » honorez soigneusement les diéu^ seloil les 'usages de nos «pères 9 et fotcez les autres d'elles hotiorèr. -Hati^^efc ceux V qui iunovent dans la refigion./oioiii- seulement. >à..i;aûs« » des dieux; (qui les méprise ne respecte rien) , mais parce • que ceux qui introduisent des dielii «idttVfeaUt engagent «plusieurs personnes à suivre des tdi^ étran^èrëé , et que d« »là naissent des unions par siônflèhl^ Vies li^s, defi-asso- »ciations, toutes choses dangerif|is*s dâki» la .wiMiWPchie*- iCè V souffrez point les athées, etc^» (Nfite de routeur des Lettres."^

» étrangers, que le relâchemejat de la disciplnie

» avoit introduits ^chassés sou» Claude; les juif»

» bannis pour leur reUgkm ^ sous Tibère; mai»

» témoins surtout; k^ chrétiens exilés ^ dépouillé»

V de leurs jbieiis^^ et livrés si joug-temps ^ ol «n : si

» grand. nombre, £^ux plus cruels supplices^ uni«

» qu^i^çi\t pour leur, religion , sous; lès: Néron y

D les Dotaitien, les /Maximi^^ lea* Aioolétien v

» et mémefsou»les:6ii)peri9ursks plus humains y

» sou&Trajaa^sôu^niaTc-Àurèle. Les lois mêmesy

9 que Jies philosophes 4*Athènê3 et die. Rome écri*

D vireift^ p^W\ cle£! ) répiibli^ine» itnagînaîi^es , sont

» intolérante^t. Plfttc^U nei laisse pas dtix citoyetas>

» la liberté du euU^ ». ^t.Cicérpa leur défetid ex*

spressément: (V^ypir ^autre$ dieux que dsusde

».rÉtat.> .i;-. '•; .> .^ \ , '•■

On^ voit si les ofwienÈ peuples n'ont jamai» gêné la liberté de. penser y si che& les Grecs So^ craie Jiit seul persécuté ^>si les Momaifis pertni" rent tçus les cultes et regardèrent la tolérance comme un droit sacré. Conçoit-on que Ton puisse faire imprime!:' ^. ave( tette confiance, dies mensonges si grossiers; etldonl: ila: iséfutation étcÂt si facile; à .faire? C'est. ainsi que M. de Voltaire» a écrit dans tdtis le$ genres. C'est encore lui, qui en écrivit , du fanatisme dails l'histoire du siècle de Louis XIV, dit: Cette fureur fut inconnue au paganisjne; il ç^umt lâ^ terre de ténèbres ^

( 46 ) mais^ il ne V arrosa -^uère que du sang des ahi^ maux. Et le sang de tant de victimes humaines^ nxuaoolées en Thof ii^eur des faux dieux ^ et cette mukitadê de captifs, qtie la superstition immoloit siir le» tombeaux 9 et ces suicides m fréquens, si nombreux , autorisés par là religion d^s païel^^^ tous ces faits et ceuî cpjli^ j'âi déjà dité$ p^tiVoi^t** ils< être iiKx>nnus à M^ de Yoliaii^ ? Il d'igno*^ roît meane* pas que son l^âros, ce prince si j^A^ Uaopheqja'îA a tant vânté^ Julien l'Apoîtat^ souilla ^QS le sang humain soh bras viûtof'i^ui , en con^ sohant l'avenir dans des etitrailles palpitadtëÀL;. u .Mais quelle fut l^t$rîgine Am persécutions èën*' )» treles chrétiens? étmt-ce commue dans les guei"- » res du seizième siècle, ta cabale^ la révolte , la » politique, la faction dés seigneurs puissans? 9 iNoQ., les chrétiens, étoient soumis aux em|>e^ » reurs , ils remplissoient tous les devoirs de ci* )i toyens, k Superstition seule v^sa leur satig , » e( leur fît Subir d'alïretix supplices ; et cette » cmiette persécution , qui dura trois siècles, ne }> put jamais les forcer à la révolte 4 lors tnéme » <^^tls auroient pu troubler et renvei'ser Tenbpire (a) ? » Et cette fureui^, dit M> de Voltaire , fut inconnue ou paganisme ! Quelle confiance peut inspirer un écrivain qui moiatre une telle

' {h) Lettres critiquer de l^ibbéGauehal.

partialité? L'exfcès de son inconséquence n'est pas moins étrange. Le zèle pour la religion , même le plus modéré, lui paroit absurde et cruel, et cependant il déifie les princes pafens^ il les a|^eHè des éages^ des biehfaitewrs adaray Mes j et ces mêmes princes MaroAnrèle , Trajan^ Adiieo, ont joint aube superstitions les plustex** travagantes, un esprit de persécution ^ qui afidt couler des flots de sang. Ils onton]oiméIemas«» sacré tl'une multitodé de chrétiens. Ainsi las fa* natîqUes païens pouyoient être aux yeux de M. de Voltaire des ^ier^teurs déVtXniyen^dt^ princes* adorables ., et pour détester véritablement les fureurs de ce gienre.^ il faUoit qu'il lès pût attribuer âU fak»^ttdm<s des chrétiens.

Koiis n'ei^treronspoînticidànsledétail des au^ très mensonges hi&toriqUes de M; de Voltaire; il est enfin universellement reconnii que jamais historien et jamais £iateur n'a fait de» mensonger aussi multipliés et aussi impudens. L'un des plus odieii^ , est celui dont l'abbé de Cavei^ac fut ^objet; cette calpmnie est si remarquable dans toutes ses circonstances, queje croi^ devoir la rapporter ici : Jeun Nos^i de Caveirac>, né à Lille en 1 713, embrassa l'état ecclaûastique et publia beaucoup d'ouvrages estimables relatif à la théologie, à la morale et à la politique. L'un des meilleurs a pour titre : U Accord parf:Ç,it de la nature ^ de la

(45) toison y de la réirélation et de là politique, tië titre seul annonce la conception la plus morale et le plan le plus étendu ; s\ cet ouvtage eût eu la réputation qu'il devoit avoir ^ il eût servi de préservatif contre le système philosophique moderne. Voltaii^e et ses sectateurs le sentirent ^ lé génie du mal leur inspira ce qu*ite dévoient faire dans cette occasion : La génération, qui s'éteignoit^ connoîssoit TouVrage et l'estimoit ; les philoso*phes trauailloient ^vi€ la jeunesse, et par leurs nombreuses brochures si'étoient emparés de tous ses loisirs; Il s'agissoit de Tempécher de lirîe cet -excellent ouvrage de Fàbbé de Gaveirac : Le crii tiquer. étoit difficile et hasardeux^ et d'ailletirs c'étoit un moyen sût de le faire lire. On prit tin autre pbrti ries calomnies ainsi xpie les délations né coûtent rien aux chefs de parti et même à ceux qu'ils* font agir. Voltaire et ses sectateurs, n'osant attaquer le livre de l'abbé de Gaveirac, ré*sôlurent de déshonorer l'auteur, et de le rendre uii objet de mépris et d'exécratioril L'abbé de Gaveirac avoit fait anciennement un Mémoitè Sur le Mariage des Calvinistes^ à la suite duquel ' il avoit ajouté une Dissertation sUr les fournées de la Saint-Barthélemi. Le titre n'annonçoit rien qui dût piquer la curiosité ; oti rie lut point cette bro(ihure qui resta à peu près ignorée; l'édition^ au bout de douze ou quinze ans, fut dispersée^ od

(49) ne la trouvoit plas dans le commerce; l'auteur mourut : alors Voltaire s'empara de l'ouvrage pour le travestir, dans un extrait calomnieux , avec la plus impudente fausseté. Il écrivit , répéta dans tous ses pamphlets, et fit répéter par toute ^a. secte, 'que l'abbé de Caveirac étoit un monstre qyi avoit fait , dans cet ouvrage , la plus infâme apologie de la Saint^Barthélemi^ On le crut , et l'auteur et ses ouvrages, non-seulement perdirent toute réputation , mais tombèrent dans un. profond mépris ^ur la parole de tant de ca-^ lomniateurs réunis. Quel triomphe pour la secte d'avoir ainsi couvert d'ignominie un homme plein de talens, quijétoit pieux et qui étoit prêtre, et de plonger dans l'oubli des ouvrages lumineux contre le philosophisme L. Cependant le temps qui tôt ou tard dévoile la vérité ^ fit connpître à qu^elques gens de lettres (mais depuis la mort de Voltaire ) cet ouvrage de l'abbé de Caveirac, et. ils virent^ avec autant .d'ifidîgnatipn que de surprise, que. tout^3 les déclamations contre cet ouvrage n'étoient que d'atroces, ca^ Ipmnies. Le seul but 4c 1 .auteur dans cet écrit, a été de prouver qi^'il-périt moins de mondjqf dans, ces horribles journées qu'on ne l'avoit ,ci:u d'abord. Voici à ce sujet comment il ^'exprime : « Éloignés de deun^ siècles de cet affreux évé- » nement , noys ppuvpii^. çn parler, non sans hor^

i> reur , mais sans partialité. On peut répandre » des clartés sur se3 motifs et ses effets tragiques, » sans être l'approbateur tacite des uns ou le con- » templateur insensible des autres; et quand on A enleveroit à la journée delà Saint-Bartbélemi, » les trois quarts de ses excès , çUe sèroit encore » assez afïreuse pour être^ détestée de ceUx en »qui tout sentiment d'humanité n'est pas en* » tièrement éteint. »

Ajoutons à ceci, que les philosophistes n'ont jamais parlé de la véritable apologie de la Saint- Barthéiemiy faite, par Naudé, dans son livre intitulé : Des coups d^Etat , dans lequel il loue ce massacre comme l'action de la plus haute sagesse politique 9 en n'y blâmant qu'une seule chose, c'est qu'on n'ait pas exterminé tous les calvinistes sans en épiargner un seul. L'ouvrage de Naudé ,fit du bruit ^ et étôit ifort connu. Néanmoins Voltaire ^t ses amis gardèrent à c^et égard le plus profond silence. Pourquoi? Nàudé étoit impie et séditieux; il fut, dans ses ouvrages, le précurseur de la philosophie moderne?

Toute la' secte' philosophique s'aocordôit à menti^ avec cette impudètace dans les libelles el dans les puvrages historique {a): Leur chef le

[a) Quand les amis mêmes de Voltaire le lui reptochoient, et lui représefitoient qu'il étoit sans 'exemple d'écrire ainsi

recommandoit sans cesse : «c JVon pas timide» » ment , disoit Véltsare , non pas pour un temps; » mais hardiment et toujours..* Mentez mes amis^ » mentez , ye vous le rendrai dans V occasion (a). >>

Avec cet esprit de mensonge et d*imposture, qui fut parfaitement secondé par d*Alembert , on n*est pas étonné de Tatrocité des calomnies qu'ils ont publiées contre tous ceux qui combattoient leurs principes ; la même duplicité les fit recourir sans cesse à la plus basse hypocrisie, on en citera plusieurs traits dans les dialogues; nous allons seulement ici rapporter un fragment de la préface d'Alzire et deuic lettrés curieuses en ce genre: '

«On m'a traité dans vin^t libelles (dit-il) » d'homme sans reli§[îon; on renouvelle souvent. » cette accusation cruelle d'irréligion , parce que » c'est le dernier rt^fiige des calomniateurs (^). » Je ne ferai qu'une seule ijuestion: je démande » qui a plus de religion , ou du calomniateur qui » persécute, ou du calomnié qui pardonne ? Ces » mêmes libelles mè tAiitent d'homme envieux

des livres sériem; d'histçire, il répQndoit qu'il ftlloît aux Français non des histoires , mais d^s hfstonettes.

(a) Lettre à Thiriot, ai octobre 17^01 •

[b) ïn effet, il est bien calomnieux d'accuser M. deVoU taire d'impiété l

» de la réputation d'autrui. Je ne connois renvîe » que par le mal qu'elle m'a voulu faire (a).. J'ai » défendu à mon esprit detre satirique {b) et il » est impossible à mon cœur d'être envieux (i). » Examinons maintenant sans partialité, ainsi que sans enthousiasme, s'il est vrai que grâces à l3i philosophie , le xviii% siècle ait été un siècle de lumières, et que, si les grands auteurs du siècle de Louis XIV eussent connu les idées lumineuses et les opinions des philosophes modernes , ils n'auroient pas manqué d'adopter leurs systèmes. Ce siècle philosophiijuen*2i certainement produit, ni dans la littérature , ni dans les arts , des ouvrages supérieurs à ceux qui ont illustré le siècle de T^ouis XIV; et cependant ce beau siècle nous a laissé des modèles acTmiiables dans tous les genres , et n'en a trouvé aucun dans celui qui l'î précédé. Il a réformé et fixé jusqu'à notre lang[ue; il a tout créé et tout perfectionné , et nous,

[a) Quelle AvJoct injustice criantQ , , d^accuser, A^cnvifi l'auteur des Commentaires des piétés de Corneille , 1^ déti^cteiir de Boileau , de La Fontaine (il a dit que ce grand fabuliste n'avoit que le seul charme du naturel) et même de Racine (yoyez son Dictionnaire philosopHique)\ de J.*B. Rousseau, de Gresset, de Crdïillon , de^Pompignati , «c: ,«t le jiiéMécuteur de J.-J. Rouç^s^u. . . : . >

(b) Ici l'hypocrisie est poussée jusqu'au ridicule le plus risible;

imitateurs heureux quelquefois , mais toujours imitateurs , et si souvent au-dessous de nos modèles , nous appelons exclusivement notre siècle an siècle de lumières /....

Malgré toutes ces réflexiôfls, on répète encore par habitude , que la philosophie a répandu des lumières qui manquoient absolument aux auteurs du siècle de Louis XIV. Que signifie cette phrasé ? Personne n*èn ignoré le véi^itable sens, le voici : Les idées hardies des philosophes sur la Dii^initéy sur la nature de Vhomme y sur Péga- Uté , sur la fatalité y sur le culte y sur la religion haturelle ^ ont appris à raisonner ^ à penser j les auteurs du siècle dernier ri ont pu connoître ces opinions : s'ils les eussent connues , ils n'aU" roient pas manqué de les adopter. Mais , privés de ces lumières , ils ont été liserés aiix préjugés, enfin ils n'étoient point philosophes.

Il est vrai qu'on ne trouve , dans les écrits des plus célèbres, aucunes traces de la philosophie moderne ; il est encore vrai que s'ils en eussent eu les principes , ils atîroient composé des ouvrages absolument difFérens de ceux qu'ils nous ont laissés. Cette idée doit-elle faire regrettw qu'ils n'aient pas cultivé la philosophie? Par exemple, cet admirable discours de Bossuet sur l'histoire univ^^elle , nous ne l'aurions pas ; la Religion en est la basé, et c'est elle seule qui

(54) peut donner cette force majestueuse ^ et cette sviblime éloquence qui a fait dire, même à un phir losophe , que ce discours n^a eu ni modèles , ni imitateurs : son style n^a tnouvé que des admi^ rateurs (a). Et ce livre immortel , Télémaque , s'il existpit , ne seroit plus qu'un roman philo^ sophique ! Au lieu de cette ravissante peinture de l'Étre-Supréme , puisée dans les éciiturcB \ saintes , on nous y diroit que Dieu pardonne tout,

pardonne toujours et ne punit jamais. Et Corneille et Racine , que n'étoientrils philosophes ! Nous n'aurions ni Polyeucte, ni Ath^lie {b) : on en peut dire autant de tous 1^ ouvrages de ce siècle : il est incontestable que d'autres sentimens , d'autres idées, d'autres qpinion^ , eussent produit des ouvrages absolument différeiis^ Ainsi nous serions privés de tous ces chefs-d'œuvre qui feront à jamais la gloire de notre littérature et de notre nation. Il n'y aguères de réflexions qui.pukseQt inspirer davantage le dégoût dq la

(a) M. de Voltaire : remarquons, en passaiîat^ qu'ion ne dit pas qu'arn discours n'a pas eu dimitaieurs.

{b) Il fal\oit certainement de la piété pour faire Pofyeucte , el nne très-grande connoissance des écritures saintes pour faire AihaHe; et si par hasard ces sujets eussent tenté un philosophe , il n'est assurément pas douteux qu'ils auroient été traités dans un «qwrit tout différent » et par conséquent ces chefs-d*ceavre a*existeroient pas.

philosophie. Enfin y lorsqu'on prétend que ces grands hommes du siècle dernier n'ayoient; au* cune connoissance de nps opinions philosophiques, est-on bien assuré de ce fait ? Songeons que les littérateurs de ce temps étoient infiniment plus ixistrujits que les nôtres ; l'étude des langues savantes paroissoitalo^ indispensable. On sayoit par cœur tous les aut(;ars: grecs et latins. On connois^it parfiutement tous les systèmes des anciens philosophes ; c'^toit déj^ connoitre la plus grande partie des idées et des opinions des phir losophesmodarnes; quant à l'irréligion, ae connoissoit - on pas les . principes ,du philosophe Hobbq^j né dans le xvi?. siècle (a)! Nos esprits forts, n'ont fait.q^e répéter tout, ce qa'avoit écrit ce £une^x athée contre la^ Providence,, contre la Divinité , et sur le bonheur., layerjtu, etc. 11^ ont eziçore renouvelé ses opinions»: q\ie tofu nos'fentiniens et nos, idées viennepfL^d^s, sens<ji (juç h vjiaiet le f(^ix ne sontqufi deisinyre^f sions dont nous nepoauyfiis^scQnstatef^la réalîté^^i gu^iï ny a *«iucune pmpnété légitime y ni -^mn d!' injuste ou 4^just^ pqr^ ^i^même. Hqbbcsi passs^ bea\^coup de tepipsen ]^rance<;.ilayoit%decgra};i^ talens , et ses opinions n'y causèrent que de Tindiâ[nàtion ; tous les s'à^atis , tous les gefis <Jê lètfres

(a) En i588. . . • .j . ; -:•... .. ,/ ..

lurent ses ouvrages , qui furent même traduits : on trouva ses principes détestables , et ses raîsontiemens absurdes; la curiosité lui procura deis lecteurs, mais il n'eut, dans ces temps d^igno^ rance^ ni disciples, ni partisans. Spinosa vint ensuite, il attaqua la Religion avec acharnement ; ingénieux autant que hardi, ce fut avec beaucoup d'art , d'esprit et de subtilité qu'il confondit et renversa tous les principes de la morale , et qu'il fôrtiîà sonàffreùl système d'athéisme ; son siècle hfétoit pas assez avancé pour lui y il ne séduisit personne ; on se récria sur son inconséquence , sur ^ mauvaise foi ^ et ses erreurs parurent également odieuses et méprisables. Cependant nous avons vu ces mêmes erreurs , après îin long oubli, se renouveler et s'étendre : on lious les à données pour aes raisonnemens neufs et profonds, des lumières utiles au genre humain!.... Pèii de t^mps* après Spinosa, et toujours dans lé siècle dernier , partit ce fameux dictionnaire, ouvrage étbnilânt , non d'une société nombreuse, iriàîs d'un seul homme. Fénélon , Bossuet , Radhè,; Boileau , etc., êxistoient, lorsque Bayle publia ison dictionnaire (a), et. tous ces grandis

, (a), ^énëlon et Çodleau iie moururent que près de vingt ans après la publication de cet ouvrage , dont on connoissoit d'ailleurs les morceaux les plus (Célèbres long-temps avant qu'il fÙt imprimé.

(57) hommes ne tombèrent point dans le septicisme philosophique , devenu si commun de nos jours. Le septicisme de Bayle ne "fut pas plus contagieux pour eux que ne l'avoit été celui dé Montaigne , dont les Essais étoient entre les mains de tout le monde , depuis plus de cent ans , quand Bayle donna son ouvrage {a).

Les philosophes modernes ont puisé dans ce dictionnaire, comme dans toutes les autres sources *de cette espèce; et il est exactemeîit vrai qu'oii rie trouve pas dans leurs écrits une seule opinion hardie, un seul trait contre la Religion, qui ne se trouvé aiissi dans lès ouvrages bu de Montaigne, deHobbes, dé Spinosa, de Bayle, ou de Èolliris,' de Tindal , de Shâftcsbury (^), auteurs victorieiisemént réfutés *dans lés siècles précêdeiisi'Mais ce 'n'est pas tout : ces philosophes dfes seizième et dix-septièmé siècles, copiés par lès nô^ès, ne fatsoient eux-métoes que rè-i nôuvieler d'anciennes foliés , dé vieilles cireurs, sou^nuès déjà par des hérésiarques fameux, qui, en attaquant lés dogmes «de la foi, se méloient aussi de moralisei^ et de former des systèmes. lies pères de FÉgliié tx^mbattirent^ces erreurs.

(a) Montaigne mourut en ^S^st. ' r. \

{b) AtLteâr& anglais dont M. de Voltaire a pri^ toutes les idées 9 ainsi que celles de BôlinglKrDke et de plusieurs autres.

et en montrèrent:rabsi^dité;Bo$suet, lui-même, en a réfuté un très-grand nombre (a). Il n'a donc tenu qu'aux, savans et aux .grands hommes du siècle dernier, de devenir philosophes; mais ils avoient trçp d'instruction et des idées trop -justes, pour se laisser séduire par des mensonge et des citations fausses , et pour ne pas mépriser des raisonnemens inconséquens, des opinions absurdes et des principes pernicieux. Ils ont cqot serve une foi vive .et pure , et ils ont qonnu^tQU5 le^. vains argun^ens qui .la combatte^l: (a)..Vha^ bitude cpastante de soutenir de mauv^dses^pi*' niions, rend4'ej5pr|it si^btil et fauX;, et gâtep^Gesr $airemen^.l;ç gout;^- Quand pf^i^ie cherche j4^ais la vérité, oi^|fii^ par la mi^priseï:, on n'eslime plus que leç ;bç^utés;de cpnventipn , ,oi) nç $<^nt plus : l^ charme dçs-^f Aç^^ i^^^g^^W^ et;.toi;icha^-» te^; on s'éloigne^de la . uature„.pigL^roublfe , et n'ayant; plus.flour bi^enji^cp:., nijrègle cer^i^je, ni le sentiment qvji^pej*!; suppléer au^tçpnnoissauces, on i^éçfdç, :en ayeugle, çt souvent au hasard j.oul'pnin'estfcappé^qV^e de ce qui parpît brillant; l'oBj ij-'^^n^ye que des Jue^r^ trompç^Mr ses et des prp4Hç!^ipns, bizarres. jAq$sipî;çsque

(à) Voyez , dans les nQtQ|».lk ce dtapitve^ tontes les opinions, js^ns excepfip^, ,àfi^ pldlpsophes .modenif^i tirées du Dictionnaire def^flfêifésie^^ dç Pl«<pi^t

"( 59 ) tous les écrits philosophiques de ce siècle, sont* ils entièrement dépourvus de raison et de goût. On ne trouve ni génie dans les plans , ni vérité dans les peintures et dans les caractères. Le style emphatique et négligé , le ton impérieux et hautain des chefs de la philosophie moderne , ont eu long-tempd des admirateurs qui prenoient de 1 enflure pour de l'élévation, et de l'insolence pour de l'enthousiasme. Quand Fénélon, Bour* daloue , Bossuet , ^assillon , donnent aux rcns et aux peuples de sublimes leçons^ ils ont le ton du respect et de la modestie, et cette modestie est sincère; ils ne sont point les inventeurs de la morale qu'ib enseignent, ils ne font qu'en déve^ lopper les prii^ipes ; mais quand l'auteur des Pensées philosophiques et ses adhérens instruis sent i'umVer^, ils nous déclarent que leurs opinions sont les seules raisonnables, qu'ils ont enro découvert des vérités inconnues avant eAx; ils nous proposent de mépriser tout ce qui, jusqu'alors, nousavoit paru le plus digne de notre vénération et de' notre amour , et chaéun d'eux s'écrie > voilà mon système ^ voilà mes idées , vmlà mes décisions , eX qui refuse d'y croire , de les adopter et de Is'y soumettre , montre autant de stupidité que û^ préjugés éiifai^eugtement Tel est. le fond de toutes leurs instructions morales et philosophiques. Il n'est pas étonnant que

des beaux-esprits , qui ont cette c;onfiaiice eii leurs propres lumières , et qui regardent leurs jugemens comme ceux d'une suprême sagesse, parient en maîtres, eti législateurs et sévissent rigoureusement contre les réfractairés. Cet inconcevable orgueil a gagné tous les disciples; le plus obscur, comme le plus célèbre, a joint à la prétention Ae propager les lumières, celle d'écrire at^ec chaleur y avec énergie j de là ces déclamations sur les préjugés, ces pompeux éloges de la philosophie, ces exclamations déplacées, ces apostrophes violentes aux souverains, aux peuples, aux nations; de là,cet éntfaoùsiasmi^ forcé , ce ton dogmatique et cette ii)sipgLde mbùotonie qu'on retrouve dans ' les écrits de* <^ genre. Il faut penser avec prof ont/ae*r, s'exprimer avècjbrœ et sentir vivement U faut encore montrer des passions violentes , utt ardent désir de gloire et le goût des arts. Quant au style , on exige qu'il soit piquant et brillant. Du reste ^ on compte pour rien l'harmonie, la. vérité , le naturel , la raison et le mérite si rare de savoir combiner «t tracer un bon plan. Autrefois an consultoit son talent et ses forces en écrivant, &n choisissoit un genre , on suivoit l'impulsion de son caractère et dfe son -génie; aujourd'hui on se croit obUgé de montrer toutes les qualités que je viens de détailler dans

( 6i ) quelque genre de composition que ce puisse être; dans un poème, dans une ^pitre, dans une tragédie, dans un éloge ^ dans un voyage , dans un biUet » il faut de la philosophie, il hul éclairer le genre humain. Il en résulte que tous les genres sont confondus, que tous les ouvrages se ressemblent, que toutes les convenances sont négligées, que très-peu d'auteurs sont à la place qui leur convient , et savent profiter des talens réels qu'ils ont reçus de la nature ; cependant les phi<* losophes nous répètent que leurs ouvrages sont dans les mains de tout le monde y et qu^ûs font T instruction et les délices de tous lespeuples de r Europe.

Je vois très-clairement le mal que les prétendus philosophes ont. fait; pour le bien, de trèsbonne foi, je l'ignore.. Je Vois qu'en attaquant la Religion , ils ont détruit les mœurs; je vois que l'audace et la licence de leurs écrits ont fait per* dre à Içnrs nombreux imitateurs cette: délicatesse, ce ton de noblesse, et de. simplicité que donnent la raison, la sagesse ; la modestie et la décence. Je vois qu'ils ont ébranlé le respect dû à l'ailtorité souveraine , préparé tout ce que nous avons vu depuis , et substitué le plus froid égoïsme à ces grands sentimens de patriotisme qui distinguoient particulièrement notre nation. Je vois le suicide, fruit de l'irréligion, plus com-

mun parmi nous depuis vingt ans qu'il ne le fut jamais chez aucun peuple. Je vois une multitude de gens d'esprit, des sociétés entières adopter et croire des folies dont on se seroit moqué dans des temps que nous appelons barbares; la Baguette dwinatoire j les Mystères de la cabale y le Somnambulisme occupent de grands personnes ges. Tels sont les résultats de ces lumières philosophiques si vantées. M. de Voltaire a voulu être unii^ersel; tous ses disciples avoient aussi la prétention* d'être à la fois législateurs , politiques^ littérateurs y saifans, amateurs des beaux-arts et philosophes. Cette manie a gagné tout le monde ; on veut parler des choses qu'on entend le moins j et à l'aide de quelques mots scientifiques , retenus par hasard et toujours placés mal à propos , on croit démontrer des extravagances par d'excellens raisonnemens de physique et de chimie. Quand les ignorans sont devenus vains et présomptueux, qu'ils se crojeut des philosophes profonds, ib né peuv^t être éclairés par les vrais savans. Toute décision contraire à leurs préjugés les révolte, et Tamour-jiropre rend leur obstination insurmontable.

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NOTES

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