‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 9 sur 32 · DU CHAPITRE V · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE V

(i) Voici une remarque de M. de Maistre , bien frappante par sa justesse et par la manière piquante dont elle est exprimée. Après avoir parlé de Thypocrîte modestie des philosophes modernes, il ajoute: «Toutes les fois que vous voyez > un philosophe du dernier siècle s'incliner respectueusement

• devant quelcpie prol)lème, nous dire , que la question passe » les forces de F esprit humain; qu'il n'entreprendra point

• de la résoudre y etc. , tenez pour sûr qu^il redoute au con- » traire le problème comme trop clair, et qu'il se hâte de «passer à côté, pour conserver le droit de troubler Veau. » le ne connoîs pas un de ces messieurs à qui le titre sacré

• S honnête homme convienne parfaitement. [Soirées de » Saint-Pétersbourg, tome ï«', page i58.) »

(a) Voici encore des réflexions de M. de Mâistre, qu'on ne peut s'empêcher de rapporter ici : « ]^* essence de toute » intelligence est de connoître et d'aimer. Les limites de sa » science sont celles de sa nature. L'être immortel n*apprend » rien ; il sait par essence tout ce qu'il doit savoir. D'un autre «côté , nul être intelligent ne peut aimer le mal naturellement «ou en vertu de son essence : il faudroitpour cela que Dieu » l'eût créé mauvais , ce qui est impossil^le. Si donc l'homme » est sujet à l'ignorance et au mal, ce ne peut être qu'en vertu

» d'une dégradation accidentelle qni ne sanroit être que la * ^ suite d*an crime. Ce besoin, celte faim d<la science, qui » agite rhomme, n'est que la tendance naturelle de son être, » qui le porte vers son état primitif, et l'avertit de ce qu'il » est // gravite , si je puis m'ezprimer ainsi, vers les régions » de la lumière. Nul castor, nulle hirondelle, nulle abeille , » n'en yeulent savoir plus que leurs devanciers. Tous les » êtres sont tranquilles à la place qu'ils occupent. Tou^ sont » dégradés, mais ils Fignorent; l'homme seul en a le senti- »» ment ; et ce sentiment est tout k la fois la preuve de sa gran^ » deur et de sa misère, de ses droits sublimes et de son in- » croyable dégradation. Dans l'état où il est réduit, il n'a pas • même le triste bonheur de s'ignorer; il &ut qu'il se con- » temple sans cesse , et il ne peut se contempler sans rougir : a>sa grandeur même l'humilie, puisque ses lumières, qui » rélèvent jusqu'à l'ange^ ne servent qu'à lui montrer dans lui » des penchans abominables , qui le dégradent jusqu'à la » brute. Il cherche dans le fond de son être quelque partie » saine sans pouvoir la trouver : le mal a tout souillé , et » rhomme entier n'est qu'une maladie (a). Assemblage in- » concevable de deux puissances différentes et incompatibles, « centaure monstrueux , il sent qu'il e^t le résultat de quel-* » que forfait inconnu, de quelque mélange détestable qui a » vicié l'homme jusque dans son essence la plus intime. Ra- » cine a dit :

» Je ne fids pas le bien qae j'aime , » Et je £ala le mal que je hais (h), »

{Soirées de Sâint-Pitershoui^ , tom. V pajç. 86 et sniv.)

(a) Hippocrate, lettre à Démagete.

{b) Yoltaîre a dit beanoonp moins hien :

m On fuil le bieD epi'on aime ; oa hait le mal ^'on fait. »

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